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(Crédit photo : Cal State Fullerton Athletics)

L’aventure inattendue de Paul-Andre Guerin à Cal State Fullerton, symbolisée par une claquette

La saison 2018 de soccer universitaire s’est terminée avec les Terrapins de Maryland couronnés en tant que nouveau champion national en NCAA.

Depuis ce sacre, le championnat est officiellement terminé mais ce n’est pas pour autant que le soccer universitaire est fini. Une nouvelle saison est en train de débuter, ce que l’on nomme la “Spring Season“. La Spring Season, non médiatisée, est cette période de l’année où les équipes se préparent pour la reprise du championnat en août.

Les programmes de soccer masculin de Division I continuent de s’entraîner et organisent quelques matchs d’exhibition. Certains de nos français évoluant dans l’élite du soccer universitaire ont déjà commencé leur préparation. Et lors de cette nouvelle partie de saison, quelques uns d’entre eux postulent à une place pour la MLS SuperDraft de 2020.

Midnight on Campus s’est entretenu avec un joueur qui n’aurait pas pensé prendre un jour la direction des Etats-Unis. Paul-Andre Guerin, représentant de l’Île de Beauté, est apparu comme un jeune homme à la joie de vivre, passionné par l’aventure qu’il vit, et réfléchi sur son avenir.

 

 

“J’avais rempli tous mes papiers pour les Etats-Unis, en plan B, juste pour assurer quelque chose”

 

Avant de s’installer aux Etats-Unis, Paul-Andre Guerin a eu l’opportunité de goûter à 2 matchs professionnels en Ligue 1 dont un tant que titulaire avec le GFC Ajaccio. C’est ainsi qu’il est “un peu” inattendu de retrouver le Corse aux Etats-Unis.

Pourquoi a t-il fait le choix du soccer universitaire alors que l’on est en droit de penser que, après avoir vécu avec cette expérience en Ligue 1, n’avait-il pas de meilleures opportunités afin de poursuivre une carrière en France ?

 

“C’est une longue histoire. Effectivement, j’avais réalisé une entrée à Montpellier où on avait gagné 2-0 avec le Gazélec d’Ajaccio et ensuite j’avais même commencé le match contre Nantes. J’ai même joué tout le match contre Nantes où on avait fini à 1-1.

Pendant cette année-là, j’avais déjà rempli tous mes papiers pour venir aux Etats-Unis ; en plan B, juste pour assurer quelque chose.

Au cours de l’année je me retrouve à jouer en Ligue 1 donc je me dis que bon, je vais trouver quelque chose en France, ça va bien se passer. Et à la fin de l’année je dis oui, je dis non, j’étais très indécis. Puis je me retrouve avec une opportunité de signer dans un club de Nationale (3ème Division) en numéro 2. C’est alors que je me suis dit que c’est la galère de trouver un club en France.

Tous les ans, cela ne dépend même pas de nous réellement, cela ne dépend pas des efforts qu’on produit. Est-ce que quelqu’un va bien nous aimer ? Es-ce qu’on va trouver le bon agent ? Tout ça.

Je me suis dit que le projet en soccer universitaire est très intéressant parce que cela nous permet de réaliser des études aussi. J’avais fais un bac S avant. J’aurais pu faire des études en France mais pour moi c’était le meilleur compromis pour garder le foot et les études en même temps.”

 

En comparaison à un joueur de champ, il est compliqué pour les gardiens de se faire une place dans le monde du soccer. Conscient de cette inconvénient, Paul-Andre Guerin a décidé d’être prévoyant sur son avenir et ne regrette pas d’avoir pris le chemin du soccer universitaire, qui l’a permis de grandir.

 

“Je suis un peu parti sur un coup de tête. Un coup de tête que je ne regrette pas du tout et qui s’avère le meilleur choix que j’ai pu prendre. Là, j’aurais été en Nationale ou en CFA à attendre, attendre, attendre mon tour. Je n’aurais rien vu de la vie.

Et là, partir à Los Angeles ça m’a vraiment ouvert l’esprit. Humainement, j’ai vraiment grandit.”

 

“On évolue avec des infrastructures de malade”

 

Paul-Andre Guerin a posé ces bagages à Fullerton en 2016, dans la banlieue de Los Angeles, pour rejoindre l’université de Cal State Fullerton. Il est devenu le nouveau gardien de l’entraîneur en chef des Titans, dirigés par George Kuntz, second entraîneur le plus victorieux de la Big West Conference.

L’ex-head coach de UC Irvine a repris le programme de Fullerton à l’agonie en 2014 pour le remettre sur le droit chemin. Et c’est ce qu’il a réalisé : avant l’arrivée du français, Cal State Fullerton a remporté 2 titres au Big West Tournament.

Même si jouer sous les ordres d’un entraîneur référencé est flatteur, L’équipe autour de George Kuntz a trouvé les mots pour attirer le français à Los Angeles.

 

“J’ai été surtout en contact avec Kyle Schmid, le fils du regretté Sigi Schmid (ex-entraineur emblématique de la MLS) qui est décédé il y a quelques semaines. Je parlais beaucoup avec lui, surtout qu’il s’occupait du recrutement. Je savais qu’il y avait le Galaxy de Los Angeles à coté.

J’ai parlé avec l’autre français de l’équipe, Corentin Ohlmann. Le projet était aussi très intéressant. C’était une équipe qui essaie de jouer, qui avait un projet très sérieux et c’est cela qui m’a séduit à Fullerton.”

 

(Crédit photo : Cal State Fullerton Athletics)

Le programme de soccer de Cal State Fullerton possède l’une des meilleurs installations du pays pour la pratique du soccer. Leur stade de soccer, le Titan Stadium, fait partie des plus beaux stades du pays mais une question vient en suspens : comment se fait-il qu’un stade de 10.000 places soit aussi vide ?

L’Université de Cal State Fullerton détient un large campus de 40.000 étudiants se situant dans la banlieue de Los Angeles avec des conditions climatiques idéales, donc, on ne comprend pas ces faibles affluences.

Paul-Andre Guerin apporte un éclairage sur cette interrogation.

 

“On possède un très grande stade car il devait y avoir une équipe de football américain, qui ne s’est finalement pas faite. Ils ont installé une équipe de soccer à la place. C’est pour cette raison qu’on évolue avec ces infrastructures de “malade”.

Et en fait, à Fullerton, on est à 40.000 étudiants mais la plus part des étudiants prennent la voiture. Ils peuvent habiter à 30 min du campus, puisqu’il n’y a pas beaucoup de dortoirs. Par exemple dans mon équipe, il y a peut-être un ou deux joueurs qui habitent dans les dortoirs, on est tous dans des appartements à coté.

Ça veut dire que le soir et le week-end il n’y a personne sur le campus.

Après ce qui puisse expliquer que personne ne soit aux matchs, il y a tellement de trucs à faire à Los Angeles. Disneyland est à 10 min de chez nous, la plage à 20 min. Pourquoi les gens viendraient voir un match de soccer à Fullerton ?”

 

Cela fait maintenant 3 ans que Paul Andre Guerin vit en Californie. Tout comme Hugo Fauroux, avec qui Midnight on Campus s’était entretenu, le jeune Corse ressent lui-aussi les bienfaits de ce que le soccer universitaire lui a apporté grâce au travail réalisé avec le staff, avec qui il a très bien adhéré.

 

“J’ai très très bien accroché avec le premier entraîneur des gardiens Jonathyn Lomeli. C’est un jeune entraîneur mais qui bosse beaucoup, beaucoup, énormément. Ça m’a appris à être plus sur, à mûrir, à être un leader. J’ai surtout bossé mentalement.”

 

“Je prends le ballon en plein visage. Et ça, j’ai l’impression que ça m’a totalement réveillé.”

 

Toute cette dure labeur a été récompensée dans l’une des rencontres les plus importantes pour le portier de Fullerton.

En 2017, il atteint la finale de la Big West avec les Titans. Le format de la conférence veut que la tête de série la plus haute des finalistes reçoivent la finale. C’est donc à UC Davis qu’avait lieu l’événement. Dans un stade plein à craquer et au centre d’une ambiance électrique, Paul-Andre Guerin réalise un match grandiose.

On entendait les fans des Aggies, désespérés des exploits du français, râler à de nombreuses reprises. Et alors que dans les ultimes secondes du temps réglementaire, la délivrance semblait arriver pour UC Davis, Paul-Andre Guerin réalise une claquette d’anthologie afin de conserver un score vierge et ainsi permettre à son équipe d’aller en prolongation.

Les Titans remportent quelques minutes plus tard cette finale aux tirs aux buts et le titre de MVP de la finale est décerné au français à la fin de la rencontre.

 

“C’est un très bon souvenir. C’est le genre de match que tout gardien veut réaliser. Si on pouvait le faire tous les week-ends, ce serait énorme.

Ce qui est un peu drôle, c’est qu’à l’échauffement je me suis troué peut-être 10 fois. Je me disais que je vais faire perdre l’équipe, j’en suis sur. Et puis il y a ce premier arrêt. C’est un centre, le type est en face à face et il tire. Sur la vidéo, on dirait que je fais l’arrêt des mains mais je le prends en plein visage. Et ça, j’ai l’impression que c’est ça qu’il m’a totalement réveillé.

Après j’effectue un match complet au niveau jeu au pied ou au niveau des sorties. Et je fais cette claquette à la dernière minute. Franchement, je pourrais même pas l’expliquer mais c’était un match énorme.”

 

George Kuntz a remporté une 7ème finale de Big West sur les 11 dernière années avec cette incroyable performance du français. Paul-Andre Guerin explique la relation qu’il entretient avec son head coach et la méthode que celui-ci utilise et attire la curiosité après tant d’années de succès.

 

“Il gagne. Tout ce qu’il fait, il gagne. Il est assez dur avec nous. Ce n’est pas un entraîneur super gentil à nous chouchouter. Je pense qu’il est fort psychologiquement avec les joueurs.

Par exemple, moi venant de France, je vais tout le temps me remettre en question pour me rendre meilleur à chaque fois. Tout ce qu’il fait, il obtient des résultats et cela marche. Il possède le staff qui le soutient et l’aide à monter un projet de jeu intéressant.”

 

“Une vraie hargne, je pense que ce serait le déclic [pour Cal State Fullerton]”

 

Un an plus tard, lors du premier tour du Big West Tournament, le français réalise une nouvelle prestation de haut vol contre UCSB, qui met fin à leur rêve de jouer la College Cup à domicile. Paul-Andre Guerin obtient petit à petit cette étiquette de gardien qui brille dans les grand moments.

 

“Pour être honnête, j’essaie de préparer tous mes matchs de la même manière. Après, forcément, j’aime bien quand il y a un peu de pression. Souvent j’arrive à la transformer positivement. J’avais l’habitude de mettre beaucoup de pression et de passer à côté de mes matchs. J’ai travaillé sur cela et maintenant la pression m’aide beaucoup. J’adore jouer avec la pression.”

 

Malheureusement, l’aventure du français avec les Titans de Fullerton s’est arrêté en demi-finale du Big West Tournament contre UC Riverside. Cette saison a terminé sur une note décevante avec un bilan de 7 victoires, 6 défaites, 8 nuls et bien loin des attentes. Pourtant, Cal State Fullerton est une équipe joueuse mais qui souffre défensivement. Il existe un fond de jeu en place très séduisant, comme on peut le voir lors de la rencontre remportée 4 à 0 contre San Francisco.

Mais que peut-il manquer à l’équipe pour passer un cap et se retrouver parmi les meilleures équipes du pays ?

 

“Le projet, c’est ça qui m’avait plus. Moi en tant que gardien, je peux courir quasiment tout le temps et c’est ce qui séduisant et attirant.

Je dirais qu’il nous manque un peu d’agressivité, de réalisme, que l’on n’est pas assez tueur devant le but. Il manque cette petite passion. Défensivement, il nous manque une vrai hargne. Si on pouvait attraper cette hargne, je pense que se serait le déclic car le jeu a du sens.”

 

(Crédit photo : Cal State Fullerton Athletics)

L’objectif de Paul-Andre Guerin est évidemment d’être sélectionné pour jouer en MLS mais le déroulement de la dernière MLS SuperDraft, lors de laquelle on a assisté à un nombre important d’abstention, ne rend pas très optimiste sur les chances du français d’être choisi. Malgré cet inconvénient majeur, notamment à un poste où les places pour un gardien sont encore plus précieuses, le français croit en ces chances.

Et il lui reste une dernière année à effectuer où tout peu encore arriver.

 

“Si cela devait s’arrêter là, je ne pense pas que j’aurais de grandes chances. Je mise beaucoup sur la saison prochaine. Ce sera le sprint final. On aura une belle équipe et je pense qu’on sera à suivre aussi. Si cela se passe bien, cela peut augmenter mes chances mais c’est compliqué.”

 

La “Spring Season” débute du côté de Fullerton. Le français va se préparer pour sa dernière année décisive dans l’optique de la MLS SuperDraft. Mais la “Spring Season” reste un mystère sur ce que réalisent réellement les joueurs. En comparaison de la saison officielle, les joueurs suivent un programme un peu plus allégé qu’explique Paul-Andre Guerin.

 

” On continue de s’entraîner tous les jours, mais c’est un peu limité avec les règles de la NCAA.

Musculation, tous les jours, et ensuite les entraîneurs nous prennent un petit peu car le temps d’heure par semaine est très limité. Ensuite, ils partent et nous laissent faire des mini-jeux. Et puis il y a aussi des matchs amicaux et alors George Kuntz sort ces connexions.

Là, cela fait 2 ans d’affilée qu’on joue contre Toronto, l’équipe de MLS. Ma première année on a joué contre Phoenix. On a joué aussi contre la réserve du Los Angeles Galaxy et du Orange County SC de USL. Le printemps à Fullerton, on joue contre beaucoup d’équipes professionnelles.

On est exposé et c’est très intéressant. Là je crois que Atlanta qui a gagné la MLS vient faire un stage de 2 semaines à Fullerton sur notre terrain. Je crois même qu’on va faire un match amical contre eux et ça va être super intéressant.”

 

Le regard de Paul- Andre Guerin est maintenant dirigé vers la MLS SuperDraft 2020, qui se profile très bientôt.

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