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(Crédit photo : Christian Petersen-Getty Images)

Avec Auburn, l’éloge de la patience prend tout son sens

Le Final Four est parfaitement inattendu, et si les 4 équipes ont mérité leurs qualifications au prix de leurs performances, les petites histoires de chaque programme sont admirables et montrent la beauté du sport universitaire.

Auburn, c’est une école de l’Alabama qui s’apprête à découvrir le Final Four après 113 années d’existence. Un conte de fées, me diriez-vous ? Il existe un peu de cela, c’est vrai, mais parler de conte de fées serait sans doute occulter les difficultés rencontrées par le programme jusque-là.

Pascal Bruckner disait dans son livre intitulé ‘Euphorie perpétuelle’ que « les grands jaillissements d’exaltation s’élèvent presque toujours sur un fond d’attente ».

L’histoire des Tigers entre parfaitement dans ce cadre, quand l’attente de tout un peuple est récompensée après des décennies de galère. D’ailleurs, le destin a bien failli rattraper les Tigers à l’occasion de l’Elite 8.

La blessure du pivot Chuma Okeke aurait pu tout gâcher. Gâcher, un mot que l’on pourrait souvent employer à la vue de l’histoire des Tigers.

 

Les larmes de Charles Barkley en symbole

 

Tout d’abord, en 1984, les Tigers emmenés par Charles Barkley et Chuck Person s’inclinent dès le premier tour face à une équipe de Richmond plus faible sur le papier. L’illustre Charles Barkley ne portera plus jamais le maillot des Tigers et Auburn a peut-être laissé passer sa chance.

En 1985, avec Chuck Person en seul rescapé, les Tigers échouent face à North Carolina au Sweet 16, puis à l’Elite 8 contre Louisville l’année suivante pour la dernière danse de la future star des Pacers d’Indiana.

 

 

1999 et 2003 marquent également de beaux parcours pour Auburn, mais, il semble clair que les meilleures années du programme sont passées. Sauf que jamais les Tigers n’ont été si proche d’accrocher un titre national à leur palmarès que cette année.

Charles Barkley est désormais un habitué des plateaux télévisés de CBS en période de March Madness. Depuis 8 ans, il observe sagement ses collègues Kenny Smith et Clark Kellogg se satisfaire des succès de leurs universités respectives (North Carolina pour le premier et Ohio State pour le second).

Cette année, la roue a tourné et c’est bien Auburn qui réalise le meilleur parcours avec un Final Four.

C’était l’heure pour “Chuck” de célébrer, enfin, après des années de galère. Et pour cause, il ne voyait pas Auburn dépasser le Sweet 16 au sein de son propre bracket, bien qu’il soit toujours resté le premier supporter de son école.

Ainsi, lorsque les Tigers ont battu Kentucky (77-71 après prolongation) pour atteindre le premier Final Four de l’histoire de l’école, Charles Barkley était naturellement émotif.

Emu aux larmes, il était alors le digne représentant du programme et de la joie procurée par la qualification. Il n’était sans doute pas le seul à avoir pleuré mais sa médiatisation a fait de lui le symbole de ses supporters trop habitués à voir leurs voisins de la SEC briller sur la plus grande scène de basketball universitaire.

 

Chronique d’un été mouvementé à Auburn

 

Retour en 2018.

Attendu, Auburn réalise une saison pleine terminant avec 26 victoires et 8 défaites dont un coquet record de 13 victoires et 5 défaites au sein de la conférence SEC. Emmenés par Jared Harper, Bryce Brown et Mustapha Heron, les Tigers ont pour ambition d’aller loin lors de la March Madness.

Mais, après une victoire étriquée sur Charleston lors du First Round, les hommes de Bruce Pearl déchantent dès le tour suivant en encaissant un terrible revers face à Clemson (53-84). Pourtant favori, la saison des Tigers s’arrête net avec un été qui s’annonçait capital.

Si Jared Harper, Bryce Brown et l’intérieur Austin Wiley ont tous rapidement fait le choix de revenir à Auburn, Mustapha Heron a lui opéré un choix contraire.

Le sophomore souhaitait faire le grand bond pour le monde professionnel, mais tout ne s’est pas passé comme prévu lors du processus de la NBA Draft. Alors qu’il souhaitait engager un agent, Mustapha Heron s’est ravisé une fois après avoir appris qu’il n’était pas appelé pour le NBA Combine. Souhaitant se rapprocher de sa mère, souffrante, le joueur a fait le choix de rejoindre St John’s.

Un coup dur pour les Tigers, mais pas un coup fatal.

L’arrivée de Samir Doughty en provenance de VCU et la montée en puissance de Malik Dunbar a permis à Auburn de rester parmi les principaux programmes de la SEC à l’aube de la saison.

 

 

Une saison historique … mais encore inachevée

 

Auburn entamait la saison avec un programme hors-conférence des plus relevés. L’invitation du programme au Maui Invitational a permis à l’équipe de se frotter à Duke, Xavier, Washington ou encore NC State dès le mois de novembre.

Les Tigers abordaient avec confiance les matchs de conférence SEC. Pourtant, le programme va bien vite déchanter en chutant d’entrée face à Ole Miss puis une série de 3 défaites courant janvier.

La fin de saison sera plus favorable pour les Tigers qui terminent avec un bilan de 11 victoires et 7 défaites dans la conférence SEC et un succès face à Tennessee pour montrer que ces Tigers-là ont du cœur.

A l’occasion du tournoi de la conférence SEC, Auburn prend d’abord une revanche sur South Carolina avant d’enchaîner avec un succès face à Florida, tombeur de LSU, en demi-finale. En finale, les Tigers affrontent Tennessee qu’ils avaient battus en fin de saison régulière. Le match tourne à la correction, Tennessee buttant sur la défense des gommes de Bruce Pearl.

Auburn remporte son second tournoi de conférence après 1985.

Remporter le tournoi de conférence pour mieux chuter à la March Madness ? Auburn a déjà connu ce scénario. Heureusement, les Tigers version 2019 sont spéciaux et sortent des griffes de New Mexico State dans un match serré (78-77).

Au tour suivant, Auburn vient à bout de Kansas (89-75), puis surclasse North Carolina (97-80), avant d’entrer dans l’histoire du programme en se qualifiant pour le Final Four après avoir vaincu Kentucky, l’ennemi de la SEC.

Qu’on se le dise, quoi qu’il se passe ce week-end à Minneapolis, Jared Harper, Bryce Brown et leurs compères sont déjà entrés dans l’histoire des Tigers. Mais au terme d’une telle saison le doute n’est plus possible, Auburn est prêt à battre les démons du passé et enfin remporter le titre national.