Fans Oklahoma Sooners vs Texas Longhorns Red River Showdown 2020
(Crédit photo : Tom Fox - Dallas Morning News)

Oklahoma et Texas filent en SEC : réalignement et conséquences pour le reste de la NCAA

Vous deviez être caché au fond d’une caverne si vous n’avez pas eu vent des dernières nouvelles de réalignement qui chamboulent les sports universitaires depuis quelques semaines. Oui, Oklahoma et Texas ont demandé le divorce auprès de la conférence Big 12. Et, surtout, les deux “bluebloods” du Midwest ont décidé de se rapprocher de la conférence SEC.

Cependant, cette situation est bien plus compliquée qu’il n’y parait.

Il faut déjà savoir que, contractuellement, les Universités d’Oklahoma et Texas sont liées à la conférence Big 12 jusqu’en 2025. C’est à ce moment-là que leur “Grant of Rights” (ou contrat d’affiliation associé à la signature de droits médiatiques) prend terme. La SEC a justement précisé dans un communiqué que les deux équipes rejoindront, à l’heure actuelle, la conférence à partir de 2025.

Mot clé : “à l’heure actuelle”.

Beaucoup de choses pourrait changer d’ici à 2025.

Il faut expliquer la situation d’une manière assez simple. Oklahoma et Texas ont exprimé leur intention de ne pas renouveler leur “Grant of Rights” avec la conférence Big 12. En 2025, à la fin de validité de celui-ci, les écoles pourront (enfin) entrer en compétition au sein de la SEC. A savoir qu’une invitation a déjà été formulée par cette dernière, que Oklahoma et Texas ont accepté et qui a été ratifiée par le reste des équipes de la conférence. A l’unanimité. Même Texas A&M s’est résolu à accueillir ses anciens ennemis.

La vraie question n’est plus de savoir si Oklahoma et Texas rejoindront les rangs de la SEC. Il s’agit plutôt de savoir “à quel moment”.

La disparition (forcée) de la Big 12 à la suite d’une nouvelle campagne de réalignement cruelle peut accélérer le départ des universités. Les limites de temps et d’argent peuvent disparaitre avec l’extinction de la conférence. Mais, aussi, le jeu des actions juridiques peut éventuellement mettre à jour une faille contractuelle. Dans le but premier d’échapper à la clause de départ avant l’expiration du “Grant of Rights”, qui s’élève peu ou prou à $80 millions par université et qui est la réelle raison de la frilosité à claquer la porte de la conférence du jour au lendemain.

Bref, c’est le bordel.

Comme d’habitude, Midnight on Campus entre en action pour expliquer les conséquences du départ d’Oklahoma et Texas de la conférence Big 12 et pour explorer le futur réalignement des forces en NCAA.

Précision pour les petits nouveaux : l’affiliation d’une université à une conférence est valable pour l’ensemble d’un département athlétique. C’est à dire que tous les sports sponsorisés par une école entrent en ligne de compte et suivent l’affiliation de leur université, pas seulement le football américain ou le basketball masculin.

Avec le réalignement, la Big 12 entre la vie et la mort

Pour la deuxième fois consécutive, la conférence Big 12 se retrouve du mauvais côté du réalignement.

En 2010, Nebraska et Colorado se sont envolés pour la Big Ten et la Pac-12, respectivement. La conférence a visité alors le bord du gouffre au cours du même été avec une rumeur persistante de départ de 6 membres (Oklahoma, Oklahoma State, Texas, Texas A&M et Texas Tech) pour créer une hypothétique Pac-16. Mais, cette ébauche n’a jamais pris forme. Deux ans plus tard, en 2012, Texas A&M et Missouri se sont tout de même faits la malle et ont grossi les rangs de la SEC.

La conférence est arrivée par chance à conserver 10 membres avec le renfort de TCU et West Virginia. Sauf que, malgré ces additions de dernière minute, la Big 12 a plus perdu que gagné.

Et un scénario identique semble se reproduire aujourd’hui.

“Identique” est un qualificatif généreux, si l’on est honnête.

La perte d’Oklahoma et Texas, deux “bluebloods” avec une part de marché nationale et une emprise hégémonique (que ce soit sur le plan sportif et financier) sur la conférence, est bien plus conséquente que celle d’universités de seconde zone. Les conséquences seront bien plus graves qu’il y a 10 ans. Et ce n’est pas une hyperbole que d’inscrire la Big 12 entre la vie et la mort.

Elle l’est réellement. Une goutte supplémentaire pourrait faire tomber le château de cartes.

En premier lieu, le prospect de la renégociation du contrat des droits médiatiques (qui entrera en vigueur en 2025) doit effrayer plus d’une université affiliée à la conférence. Avec l’absence d’Oklahoma et Texas, il semble plus que probable que la somme de revenus médiatiques soit divisée par deux. Déjà que la Big 12 trainait déjà au fond de la classe en comparaison avec la Big Ten ou la SEC. Et puis, si tel est le futur, personne ne veut être le dernier à sauter du train en feu et à perdre une place intéressante dans une autre conférence dans le cas où un jeu de dominos s’enclenche.

La clé de la survie à court terme de la conférence Big 12 est de savoir si les universités restantes peuvent se serrer les coudes et maintenir une cohésion suffisante pour combler les trous béants laissés par Oklahoma et Texas.

Alors, si les 8 universités se soutiennent, sur qui peuvent-elles compter ?

Houston et SMU sont d’excellents candidats pour monter d’un échelon et éviter que le barrage n’explose sous la pression. Une empreinte médiatique importante dans le Texas, de (très) bons résultats sportifs et, surtout, beaucoup de dollars grâce aux “mécènes” et autres alumni. Cincinnati fait également figure de choix logique pour la même raison, transposée dans l’Ohio.

Toutefois, est-ce que l’AAC se laisserait piller sans ne rien dire ? Rien n’est moins sur. D’autant plus avec la dynamique positive de la conférence. Et, peut-elle même être l’agresseur dans cette situation ? Peut-elle convaincre les rescapés de la Big 12 à composer une ligue de 16 équipes qui pourrait rivaliser avec le Power Five/Four en terme de revenus médiatiques ?

La survie de la Big 12 ne tient, vraiment, qu’à un fil.

Elle possède plus de challenges que d’opportunités face à elle. Telle est la prépondérance d’Oklahoma et Texas dans la balance du pouvoir de la conférence.

Quels scénarios (envisageables) de réalignement en NCAA ?

Partons du principe que le départ d’Oklahoma et Texas enclenche un réalignement à l’échelle de la ligue universitaire.

Que peut-on attendre des prochains mois ? Quelle direction pourrait prendre chaque conférence, majeure ou mineure, dans un futur plus ou moins proche ? Qui en sortira vainqueur ou quels seront les perdants ? Autant de questions auxquelles nous pouvons réfléchir et tenter d’y répondre avec l’aide de différents scénarios.

L’implosion de la conférence Big 12

Les 8 universités restantes n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente malgré les efforts de Bob Bowlsby et la conférence se fracture de manière irréversible. Les envies d’ailleurs sont plus fortes. Peut-être que l’herbe est plus verte au sein d’autres ligues, après tout.

  • Kansas poursuit le délitement de la Big 12 et prend la direction de la Big Ten avec Bill Self et l’aura de son programme de basketball dans la poche arrière.
  • Iowa State voit une fenêtre de tir et emboite le pas des Jayhawks, afin de se rapprocher, entre autre, de son rival historique de Iowa.
  • West Virginia voit que le vent change de sens et met les bouchées doubles pour officialiser un départ pour la conférence ACC, qui traine dans les placards depuis plusieurs années.
  • Baylor et TCU réussissent leur pitch auprès de la SEC et suivent Sooners et Longhorns pour ajouter deux poids supplémentaires à la super-ligue du sud-est des Etats-Unis.
  • De peur de rester sur le carreau, Oklahoma State et Texas Tech se rapprochent de la Pac-12, qui ne rechignent pas d’ajouter deux membres de qualité et d’ouvrir son aire d’influence au Midwest.
  • Vilain petit canard de la farce, Kansas State doit se résoudre à trouver refuge au sein de l’AAC.

Et, à l’heure de faire les comptes, la conférence Big 12 a mis la clé sous la porte.

Cet enchainement de dominos n’est pas aussi incongru que cela. On en revient à la même solution. Si la conférence disparait du paysage, le “Grant of Rights” part en fumée et la clause mirobolante de départ anticipé n’est plus qu’un lointain mirage. Si les écoles voient que le futur de la Big 12 est foncièrement compromis, il est probable qu’elles pensent à “s’allier” pour éviter de sortir le chéquier. Business is business. D’autant plus que le lien formé par Oklahoma et Texas pour maintenir la conférence sur pied a disparu.

La Big 12 n’a jamais été aussi proche de l’implosion. Elle est peut-être même déjà actée en coulisses ; à l’instar du départ d’Oklahoma et Texas qui a été conclu dans l’ombre médiatique pendant des mois (ou des années).

Le renouveau de la conférence Pac-12

Au-delà de la conférence SEC, la “Conference of Champions” pourrait bien devenir la grande gagnante de cette nouvelle salve de réalignement.

Pourquoi, me diriez-vous ?

En 2010, Larry Scott s’est retrouvé à un doigt de s’adjuger un petit pactole : 6 équipes de la conférence Big 12, déjà, avec Colorado, Oklahoma, Oklahoma State, Texas, Texas A&M et Texas Tech. Les Buffaloes ont donné leur feu vert. Mais, avec le retrait des Longhorns, le reste de la meute a soudainement eu les pieds froids.

La Pac-16, qui avait enchanté et passionné les médias pendant une semaine, est tombé à l’eau. Cependant, une telle utopie peut redevenir une réalité avec George Kliavkoff.

Le nouveau commissionnaire doit faire preuve d’audace et d’originalité pour effacer ses premiers pas dans le paysage universitaire. Il doit également faire oublier les ratés de son prédécesseur et le manque de compétitivité au plus haut niveau de la conférence. Il doit ouvrir le rayon d’action de cette dernière au-delà de la “West Coast” pour atteindre le marché lucratif de la “East Coast”. Et, si l’on y pense, l’ajout d’universités compétitives sur les terrains de football et sur les parquets de basketball serait autant une aubaine qu’une bonne nouvelle pour la remise en état de la conférence.

Piquer dans les rangs de la (défunte) Big 12 ? C’est une possibilité intéressante. Même si Oklahoma State et Texas Tech, comme cités ci-dessus, ne sont pas nécessairement compatibles avec l’empreinte géographique et/ou académique de la Pac-12, l’important n’est plus à ce niveau-là. Les dollars et la présence médiatique le sont.

Nous sommes donc à 14 membres.

Et si l’on ajoutait Boise State et San Diego State dans la balance, aussi ?

Là, on obtient une composition encore plus fascinante. Autant les Broncos que les Aztecs se reposent sur des équipes performantes en football qu’en basketball et les deux écoles ont déjà fait leur preuve en Mountain West au fil des années. Le temps est peut-être venu de franchir une marche supplémentaire (et de prendre le train en marche avant qu’il ne soit trop tard).

Des renforts pour les conférences Big Ten et ACC

On a parlé de Kansas et Iowa State en partance pour la Big Ten. On a également évoqué l’ajout de West Virginia au sein des rangs de l’ACC. Mais, les deux conférences peuvent aller encore plus loin ; malgré un silence depuis les premières heures de cette phase de réalignement.

Avec des “marques” nationales fortes, en grande réussite sportive et solidement implantées, Clemson pour l’un et Ohio State pour l’autre, elles ne craignent pas un délitement à l’image de la Big 12.

Le but est davantage de consolider une construction qui a fait ses preuves depuis quelques saisons.

Les directions énoncées ci-dessus sont incroyablement naturelles et logiques en de nombreux points. Que ce soit dans la présence régionale (Iowa State ajouterait une pierre dans le Midwest et West Virginia est plus proche de l’ACC que de la Big 12 sur une carte) ou la réussite sportive (Kansas en basketball et les Cyclones en football). De plus, bien que Notre Dame soit déjà affilié à l’ACC dans tous les sports sauf en football, l’ajout de cet ultime programme pourrait être nécessaire et bénéfique à tout le monde afin de négocier un nouveau contrat de droits médiatiques encore plus lucratifs.

Et s’il faut contrer la construction d’une super-ligue en SEC, les deux conférences possèdent des viviers dans lesquels puiser.

Cincinnati est évidemment la “montée” la plus naturelle pour la Big Ten. North Dakota State peut être un coup un peu (beaucoup) plus osé ; mais, il ne faut plus être surpris de rien. Au nom du business. Jetons les universités de Buffalo ou Toledo en pâture, pendant qu’on y est, sur un gros malentendu.

Ailleurs, l’ACC pourrait puiser dans l’AAC pour épaissir ses rangs. En vertu de quoi la conférence dirait-elle non à des additions telles que UCF, South Florida ou Memphis (même si le lien de cette dernière école est légèrement capillo-tracté) ? Ce n’est que du bonus et chaque école apporte une empreinte médiatique forte, des villes de grande taille et de la réussite sur le plan sportif. Un dernier nom de guise de bonus : Appalachian State. Vous avez de quoi potasser.