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(Crédit photo : Patrick Smith - Getty Images)

La NCAA avance (enfin) dans la bonne voie sur les droits à l’image des athlètes-étudiants, mais…

Avec la NCAA, tout se trouve dans les détails.

Il faut plonger dans les centaines de lignes qui composent la litanie de lois réglementaires afin de comprendre ce que la ligne universitaire implémente à chaque entreprise. L’ouverture des droits à l’image des athlètes-étudiants entre, plus que tout autre évolution, dans un tel paradigme.

Quoi qu’il en soit, après 114 ans d’existence, la NCAA révolutionne (enfin) son fonctionnement et le sacro-saint modèle d’amateurisme subit un premier courant d’air.

Après quelques fuites, le “Board of Governors” de la NCAA a adopté, mercredi 29 avril, les recommandations apportées par un groupe de réflexion de la ligue universitaire sur l’ouverture de lois encadrant la rémunération des athlètes-étudiants en vertu de leurs droits à l’image. On imaginait simplement que ce jour prenne forme dans un passé pas si lointain ; aujourd’hui, les rêves deviennent réalité.

“Modernisation”. “Jour historique”. Une évolution “sans précédent”.

Les qualificatifs d’auto-congratulation de l’administration de la ligue ne manquent pas ; et ils sont, honnêtement, véridiques. Un futur où l’institution monolithique et immobile de la NCAA rebrousse chemin est désormais à portée de mains.

Le travail de la NCAA afin de moderniser les droits d’image (des athlètes-étudiants ; ndlr) continue. Et, on prévoit d’implémenter ces changements importants au sein du calendrier original, en Janvier 2021, au plus tard.

La décision du Conseil d’Administration pourvoit aujourd’hui une directive supplémentaire pour chaque Division alors qu’elle crée et adopte des changements de règles appropriés.

partage Gene Smith, co-Président du groupe de réflexion et Directeur Athlétique de Ohio State, au sein du communiqué officiel de la ligue universitaire.

Qu’est-ce que cette modernisation implique-t-elle, concrètement ?

Le règlement universitaire subit un coup de jeune afin de “prendre en compte un nouveau paysage médiatique et promotionnel”. La nouvelle législation permet ainsi d’autoriser les athlètes-étudiants à être rémunéré pour des accords avec des entreprises externes (à la NCAA et aux universités ; ndlr)”, qu’ils soient “liés ou séparés de l’univers sportif”, sur la base du nom et de l’image des athlètes-étudiants. Ils pourront également percevoir de l’argent au travers d’autres opportunités acquises via “les réseaux sociaux, des entreprises qu’ils ont démarré eux-mêmes et des apparitions personnelles”.

En résumé ?

Les athlètes-étudiants peuvent enfin profiter de leur influence médiatique pour nouer des accords promotionnels avec des entreprises, qu’elles soient grandes ou petites, ou pour obtenir des revenus grâce à leur propre business, qu’il soit lié à leurs performances sportives ou non. Percevoir de l’argent d’une chaîne YouTube sur leur expérience à l’université ? C’est possible. Être contacté par une pizzeria locale afin de promouvoir leurs produits à la télévision ? Faites-vous plaisir. Publier des posts sponsorisés sur Instagram ? Rien ne les arrête.

De plus, au cours de la conférence de presse qui a suivi l’annonce, l’administration de la NCAA a précisé qu’il n’existerait aucune limite au montant des revenus que les athlètes-étudiants pourront accumuler.

Le Président de la NCAA, Mark Emmert, a ajouté lors de cette conférence de presse que cette annonce est “un feu vert pour explorer” l’implémentation de ces règles, tout en avouant qu’il reste beaucoup d’efforts à fournir afin de construire un encadrement solide à cette évolution.

Le mot-clé (martelé à tout-va) est “garde-fou”. Vous allez vite comprendre.

Une évolution vers une économie libéralisée, mais…

…la promesse d’un marché libre n’est qu’une illusion.

On ne change pas une équipe qui gagne. La NCAA annonce une évolution mais cette évolution doit se faire à sa propre vitesse et selon ses propres restrictions. La philosophie archaïque de la ligue universitaire ne disparait pas du jour au lendemain ; il ne faut pas exagérer. Ainsi, pour chaque évolution existe une restriction.

Et ces restrictions deviennent des “garde-fous” dans le verbiage de la NCAA.

Le “Board of Governors” a soigneusement pris le temps d’inclure dans le rapport des recommandations un certain nombre de garde-fous pour s’assurer que :

  • Une compensation reçue par les athlètes-étudiants représente un paiement réel pour l’utilisation de leur image, et non pas une forme de paiement déguisé pour leur participation sportive.
  • Les universités et conférences ne jouent pas un rôle dans les activités des athlètes-étudiants (que ce soit dans l’organisation d’activités ou dans l’utilisation de locaux universitaires).
  • Les universités et ‘boosters’ n’utilisent pas des opportunités liés aux droits à l’image pour inciter le recrutement d’un athlète.
  • Le rôle des agents, conseillers et services professionnels dans les activités liés aux droits à l’image des athlètes-étudiants soit régulé.
  • Le rôle des entreprises externes dans les activités liés aux droits à l’image des athlètes-étudiants soit régulé.

Traduction : la ligue universitaire veut surveiller les contrats que les athlètes-étudiants nouent avec les entreprises externes, juger de la valeur marchande de tel ou tel contrat, cloisonner les relations avec les ‘boosters’ associés à l’université des athlètes, et distancer les athlètes de l’influence des agents sportifs.

Bon courage.

La NCAA a cédé (de force) aux sirènes de l’économie capitaliste. Mais, la progression des droits des athlètes-étudiants est freinée par la régulation presque schizophrénique de la ligue. Elle espère tout contrôler, même ce qui n’est pas contrôlable, comme une économie de libre marché. L’ouverture des droits à l’image des athlètes-étudiants est un pas bénéfique et nécessaire pour tout le monde. Toutefois, il faut conserver un esprit critique.

L’Association martèle que la nouvelle législation n’impose “aucune limite” sur le montant des revenus des athlètes-étudiants. Mais, les “garde-fous” en pagaille existent pour limiter leurs opportunités.

Il existe une limite sans qu’une limite ne soit officiellement mise en place.

Il existe une limite sur le type des opportunités auxquelles les athlètes peuvent prétendre. La valeur [des opportunités] est diminuée s’il existe des limitations entre les universités et les athlètes quant à l’utilisation de la même marque. Ou s’il existe des limitations sur l’utilisation de telle ou telle marque.

explique Jim Cavale à Nicole Auerbach de The Athletic, PDG et Fondateur de INFLCR, une entreprise qui aide les athlètes à construire leur marque digitale.

La NCAA veut contrôler le processus décisionnel de savoir si, oui ou non, une opportunité de partenariat passe la barre sans un critère strict. Mon inquiétude est que [ce processus] va être appliqué subjectivement et qu’il y aura des gros soucis.

Et cela revient au problème général que la NCAA espère créer un marché restreint plutôt qu’un marché libre.

déclare Darren Heitner à The Athletic, avocat spécialisé dans le sport et impliqué dans la constitution de la législation de l’Etat de Floride sur les droits à l’image des athlètes-étudiants.

Personnellement, je me pose une myriade de questions avec une telle situation.

Quels seraient les critères de base pour juger la valeur marchande d’un partenariat entre un athlète et une entreprise ? Qui serait en position de juger cette valeur marchande au sein de la ligue universitaire ? Auprès de qui les athlètes-étudiants devront-ils préciser leur(s) relation(s) contractuelle(s) avec telle ou telle entreprise ? Quelles seront les personnes autorisées à aider et/ou conseiller les athlètes au niveau légal ?

Et, alors que la NCAA publie ces informations, elle n’a pas encore décidé des détails et des infrastructures pour mettre en place cette évolution. Elle se laisse 9 mois, jusqu’en Janvier 2021 à l’heure du vote officiel pour implémenter les recommandations dans le règlement, afin que les Divisions (I, II et III) trouvent des solutions.

Et la partie dédiée aux ‘boosters’ s’avère être encore plus sombre et compliquée à faire appliquer dans les “règles de l’art” (comprenez, celles de la NCAA).

L’Association n’a pas fini de (se) provoquer des maux de tête.

Une modernisation historique des règles de la NCAA, mais…

…le modèle d’amateurisme n’est pas prêt de disparaitre.

La ligue universitaire espère céder le moins possible aux athlètes-étudiants, à l’instar de n’importe quelle institution dans une situation de monopole. Et, avec le nombre de “garde-fous” envisagés dans les recommandations, elle s’assure de ne pas connaitre une révolution drastique qui endommagerait les années (décennies) de lutte pour conserver le modèle archaïque de l’amateurisme américain.

De plus, en laissant un certain nombre de zones floues dans le rapport, la NCAA ne s’est pas encore séparée des potentielles failles. Et Dieu que le manque de clarté et de réponses concrètes ouvre un nombre incalculable de failles.

La plus importante et la évidente d’entre toutes : la relation avec les ‘boosters’.

Les recommandations adoptées par le “Board of Governors” font état, on ne peut plus clairement, d’une distance stricte entre athlètes-étudiants et ‘boosters’ de l’université, notamment dans le cadre du recrutement. Aucun partenariat ne serait possible une fois à l’école et aucune promesse ne peut être donnée afin de séduire les recrues. Pourquoi ? Parce qu’un ‘booster’ est directement impliqué dans les intérêts de l’université. Et parce que la NCAA ne veut pas lier les revenus d’un athlète-étudiant à son université (par peur de briser le statut d’amateur et d’ouvrir une relation d’employeur à employé).

Cependant, la situation est incroyablement complexe (euphémisme).

Dana O’Neil (The Athletic) précise à juste titre ce qu’est un ‘booster’ :

  • Qui a fourni une donation dans le but d’obtenir des abonnements annuels pour n’importe quel sport de l’université.
  • Qui a participé ou qui a été un membre d’une organisation promouvant les programmes sportifs de l’université.
  • Qui a opéré des contributions financières auprès du département athlétique de l’université ou auprès d’une organisation de ‘boosters’ de l’université.
  • Qui a arrangé ou fourni des emplois à des athlètes-étudiants inscrits à l’université.
  • Qui a assisté ou a été sollicité par le staff de l’université afin d’assister le recrutement de futurs athlètes-étudiants.
  • Qui a assisté en fournissant des bénéfices à des athlètes-étudiants inscrits à l’université ou leurs familles.
  • Qui a été impliqué dans la promotion des sports de l’université.

Autant dire que dans certaines villes étudiants peu peuplées, la quasi-totalité des entreprises peuvent être considérées comme des ‘boosters’ de l’université. Et, au-delà de limiter le nombre des opportunités pour les athlètes-étudiants, le simple fait de délimiter “qui est un ‘booster’ et qui ne l’est pas” est une bombe nucléaire qui ne demande qu’à exploser.

Des erreurs seront commises. Des violations seront déterrées. C’est une certitude. La qualification du terme en lui-même est extrêmement floue. Et vous pouvez être certains que les personnes qui devront payer les pots cassés seront les athlètes, comme d’habitude.

La violation du règlement universitaire ultra-médiatisée, impliquant James Wiseman et Penny Hardaway à Memphis, est un exemple vivant de ce que cette zone d’ombre pourrait créer.

Dans un premier temps, pour éviter une telle migraine et les conflits d’interêts, la NCAA préconise une dissociation claire et nette des athlètes-étudiants, profitant de leur nom et image pour obtenir des revenus, avec leur université. Ils ne pourront pas utiliser le logo ainsi que n’importe quelle représentation de la marque de l’université au cours de leur partenariat. Imaginez : Trevor Lawrence peut faire la promotion de l’épicerie du coin, mais, sans aucune association visuelle avec l’Université de Clemson.

Nick Saban le fait déjà : il apparait dans des publicités d’Aflac sans polo floqué du logo d’Alabama.

Le but est évident, encore une fois : ne pas associer les revenus des athlètes à leur université. La NCAA veut éviter à tout prix un glissement vers une rémunération de type “pay-for-play” afin de conserver la notion d’amateurisme qu’elle chérit et défend corps et âme depuis des décennies.

L’Association n’a pas déboursé des millions de dollars en frais d’avocats pour rien.

Un pouvoir placé hors des universités, mais…

…des universités toujours impliqués dans le business des athlètes.

Oui, malgré la volée de critiques et de questions émanant des recommandations, il existe une certitude qui mérite d’être rappelée autant de fois qu’il est possible : les athlètes-étudiants auront des opportunités afin de profiter de leur influence médiatique au travers de leur nom et de leur image.

Et cette évolution n’est pas limitée aux superstars qui jouent au football ou au basketball au plus haut niveau. Tout le monde est inclus dans cette vague.

Tout d’abord, des lutteurs gréco-romains à Iowa State sont eux-aussi des stars dans leur domaine, au même titre que des hockeyeurs à Minnesota-Duluth, des joueurs de lacrosse à John Hopkins, des nageuses à Stanford, des volleyeuses à USC ou encore des gymnastes à Oklahoma. Eux-aussi pourront profiter au maximum de cette nouvelle législation progressive.

Mais, aussi, celle-ci peut ouvrir des portes à des athlètes moins connus sur le plan sportif mais reconnus sur le plan médiatique. Comprenez, les réseaux sociaux.

A l’heure des influenceurs, n’importe quel athlète avec des milliers de followers sur Twitter ou Instagram peut faire fructifier son image médiatique. Blake Lawrence, PDG et co-Fondateur de Opendorse (une plateforme de marketing pour les athlètes) explique un cas d’école à Nicole Auerbach (The Athletic).

L’athlète pris en exemple : un cornerback redshirt sophomore à USC, Isaac Taylor-Stuart, qui ne compte que 36 plaquages en 8 titularisations en carrière.

En se claquant sur la base d’un athlète professionnel avec la même base de followers, moyenne d’engagement généré et vues, Opendorse envisage les partenariats que Isaac Taylor-Stuart est en position de demander :

  • 17,310 followers sur Twitter : $900-1,800 par année
  • 32,798 followers sur Instagram : $4,000-6,000 par année
  • 26,000 subscribers sur YouTube : $1,000-2,000 par année

Je vous laisse imaginer ce que des athlètes tels que Zion Williamson, Trevor Lawrence ou Tua Tagovailoa pourraientt recevoir avec la nouvelle législation.

Déjà, pour un athlète-étudiant inconnu aux yeux du grand public, il s’agit d’une somme plutôt coquette. Une somme, ne l’oublions pas, que les étudiants lambda peuvent déjà acquérir depuis une éternité.

On croit sincèrement que les sports universitaires ont besoin de s’adapter et de rester dans l’air du temps.

On sait que les étudiants (qui ne sont pas des athlètes) peuvent aujourd’hui viser à des opportunités commerciales financées par des entreprises externes, notamment dans l’espace des réseaux sociaux. On pense que des portes similaires peuvent et doivent être ouvertes pour nos athlètes dans toute la mesure du possible.

avoue Val Ackermann, Commissionnaire de la conférence Big East et co-Présidente du groupe de réflexion.

Une question se pose alors tout naturellement : qui serait en charge de réguler et surveiller un tel marché et avec quel niveau de pouvoir ?

La NCAA ne veut pas que les universités se mêlent du business de ses athlètes-étudiants. Fair enough. Ceci dit, selon Dana O’Neil, Mark Emmert a glissé en conférence de presse qu’il attend à que cette charge revienne aux équipes de compliance (un staff présent au sein de chaque université afin de vérifier si les départements athlétiques respectent le règlement universitaire).

Le serpent ne se mordrait-il pas la queue ?

Si tel est le cas, les universités garderaient toujours un oeil sur les activités des athlètes-étudiants. Est-ce que cela pourrait devenir un moyen de pression ? De nouvelles violations pourraient-elles apparaitre ? Et pourquoi les athlètes ne pourraient-ils pas profiter des moyens de l’université, dans ce cas ?

Bref, de nouvelles questions qui se posent au milieu d’un brouillard très épais.

La situation est (extrêmement) complexe dans son ensemble et cela ne fait que débuter. Les réponses apparaitront au compte-gouttes. Et la législation officielle ne sera officiellement promulgué qu’en janvier prochain.

Brace yourselves.

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