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Gavin Newsom Gouverneur Californie Loi SB-206 vs NCAA
(Crédit photo : Max Whittaker - The New York Times)

La Californie autorise les athlètes en NCAA à profiter de leur image

Avec une simple signature, le Gouverneur de l’Etat de Californie Gavin Newsom a mis un coup sans précédent sur la nuque de la NCAA et a défié la notion d’amateurisme que la ligue universitaire défend corps et âme.

Il a officiellement promulgué le “Senate Bill 206” (ou “Fair Play to Pay Act”) dans l’émission “The Shop” diffusé sur le média digital, Uninterrupted. Le projet de loi, mis en forme par le sénatrice démocrate Nancy Skinner et supporté par des superstars telles que LeBron James, autorise les athlètes-étudiants de l’Etat à obtenir une rémunération pour leur nom et leur image.

Le SB-206 ouvre la possibilité aux athlètes-étudiants de signer des contrats de marketing afin de profiter de leur célébrité et de leur image, dès que la loi entre en vigueur le 1er janvier 2023.

Gavin Newsom est apparu dans “The Shop” aux côtés de LeBron James (NBA), Diana Taurasi (WNBA, ancienne basketteuse de UConn), Katelyn Ohashi (ancienne gymnaste de UCLA) et Ed O’Bannon (ancien basketteur de UCLA) qui est connu pour avoir attaqué la NCAA en justice en 2014. Il y explique les raisons de la signature de cette nouvelle loi, qui devient selon lui “un problème majeur pour la NCAA” :

Cela va initier des dizaines d’autres Etats à introduire une législation similaire. Et cela va améliorer les sports universitaires en ayant désormais les intérêts des athlètes, enfin, au même niveau que les intérêts des institutions. Aujourd’hui, on rééquilibre le pouvoir.

explique Gavin Newsom sur le plateau de “The Shop”.

Gavin Newsom, qui a été un athlète-étudiant à l’Université de Santa Clara dans sa jeunesse, a partagé ses motivations à signer cette nouvelle loi dans une lettre adressée au Sénat de l’Etat de Californie :

Le “Senate Bill 206” s’adresse à une injustice dans notre système d’éducation supérieure. D’autres étudiants avec un talent, que ce soit en littérature, en musique ou pour une innovation technique, peuvent monétiser leurs compétences et leur travail. Il est interdit, par contre, aux athlètes-étudiants d’être récompensés alors que leur université respective reçoivent des millions [de dollars ; ndlr], souvent au risque de la santé, des études et de la carrière professionnelle des athlètes.

De plus, à cause de la scolarité exigeante et des calendriers sportifs, les athlètes-étudiants sont généralement incapables de travailler à mi-temps pour joindre les deux bouts.
Cette loi autorise, simplement et légitimement, les athlètes-étudiants à profiter de l’industrie multi-milliardaire de laquelle ils sont la colonne vertébrale.

Il expose davantage son raisonnement dans un entretien avec le New York Times :

[La mesure est] une initiative majeure afin d’exposer la farce et de défier un système qui est dépassé en nombre dans sa capacité à repousser [cette loi].

N’importe quel étudiant d’une université peut commercialiser son nom ou son image ; ils peuvent démarrer une chaine YouTube et la monétiser. Le seul groupe qui ne peut pas : les athlètes. Pourquoi cela ?

Défenseur actif du projet de loi depuis son introduction dans le chemin législatif, LeBron James y est également allé de son commentaire :

C’est un grand changement pour les athlètes-étudiants et pour l’équité dans le sport. Les athlètes, à tous les niveaux, méritent de disposer de pouvoir et d’être rémunéré équitablement pour leur travail, surtout dans un système où beaucoup des personnes profitent de leurs talents.

Une des raisons de mon départ pour la NBA [LeBron James a évité la NCAA en sortie du lycée ; ndlr] était d’aider ma mère à sortir de la situation dans laquelle elle se trouvait. Je n’aurais pas pu y arriver à l’université avec les règles en place actuellement.

Sous le feu des critiques depuis de nombreuses années, le modèle d’amateurisme de la NCAA subit aujourd’hui le plus lourd revers depuis son instauration au début du 20ème siècle, à la genèse de la ligue universitaire. L’Etat de Californie ouvre les vannes de la révolte contre un système inégal (entre athlètes et institutions) et indique la voie à d’autres Etats pour contourner l’interdiction de la NCAA.

Les Etats de New York et de Caroline du Sud ont déjà introduit des projets de loi du même genre au sein de leur circuit législatif respectif ces derniers mois.

La loi empêche, en réalité, la NCAA d’interdire une université de participer à une compétition si un ou plusieurs de ses athlètes sont rémunérés pour l’usage de leur nom et de leur image, ce que le règlement universitaire régule drastiquement.

La loi californienne s’applique à l’ensemble des universités de l’Etat, qu’elles soient privées ou publiques, et aussi bien les écoles que la NCAA seront dans l’incapacité de restreindre les athlètes dès lors qu’ils ont reçu une rémunération pour leur nom ou leur image (que cela aille d’un contrat lucratif avec un équipementier à un contrat minime avec une entreprise locale).

Les réponse (erronées) de la NCAA et de la Pac-12

Evidemment, la NCAA essaie de défendre son pot de confiture malgré une opinion publique qui s’oppose de plus en plus à elle. La ligue n’a pas attendu longtemps avant de publier une réponse à la législation californienne.

En tant qu’organisation associative, la NCAA convient que des changements sont nécessaires pour continuer à aider les athlètes-étudiants, mais la progression a besoin de se dérouler au niveau national et au travers du processus d’établissement de règles de la NCAA. Malheureusement, cette nouvelle loi crée d’ores et déjà une confusion pour les actuels et futurs athlètes-étudiants, entraineurs, administrateurs et campus, et pas seulement en Californie.

Nous examinerons les mesures à prendre en Californie, pendant que nos membres avancent sur les efforts actuels pour ajuster les règles de la NCAA sur le nom et l’image […].

Alors que d’autres Etats considèrent leur propre législation sur ce sujet, il est évident qu’un patchwork de différentes lois en provenance de différents Etats rend impossible l’objectif de fournir un terrain de jeu équitable pour les 1.100 campus et le demi-million d’athlètes-étudiants au travers du pays.

répond la NCAA à la nouvelle loi signée par Gavin Newsom, en Californie.

Mais, comme vous pouvez en douter, ce n’est pas la première fois que la NCAA défend son statut d’amateurisme face à la législation californienne.

Le Président de la NCAA, Mark Emmert, a envoyé en juin une lettre aux législateurs de l’Etat de Californie qui sous-entendait que la ligue empêcherait les universités de participer aux événements sponsorisés par la NCAA si la loi entrait en vigueur.

Plus tôt ce mois-ci, en septembre, la ligue universitaire a qualifié la loi comme “inconstitutionnelle” dans un communiqué de presse.

Si ce projet de loi est promulgué et que les 58 universités affiliées à la NCAA en Californie sont contraintes à autoriser un système libre de nom et d’image, cela effacerait la distinction critique entre le sport universitaire et le sport professionnel. Et, parce qu’il donne à ces écoles un avantage déloyal de recrutement, cela aboutirait éventuellement à ce qu’elles soient incapables de participer à des compétitions de la NCAA.

Il faut bien faire attention à cette distinction entre sport universitaire et sport professionnel.

La NCAA et les conférences voudraient faire croire à l’opinion publique que les universités de Californie vont être forcées de verser un salaire aux athlètes-étudiants. Or, ceci est complètement faux. Cette loi autorise simplement les athlètes à profiter de leur nom et de leur image, pour nouer, par exemple, des contrats de sponsoring.

De toute façon, la ligue universitaire prépare une réplique avec la formation un groupe de discussion, dès le mois de mai, pour “examiner les questions en lien avec le nom et l’image des athlètes-étudiants“. Elle espérait que l’Etat de Californie reporterait l’examen du SB-206 ; mais cela n’a pas été le cas. Le groupe doit rendre ses recommandations en octobre prochain.

La conférence Pac-12 a également publié un communiqué de presse qui s’oppose violemment à la nouvelle loi votée par le Parlement de l’Etat de Californie. La ligue qui accueille les universités californiennes les plus influentes telles que California, Stanford, USC ou UCLA, n’y est pas allé de main morte.

La Pac-12 est déçue de la promulgation du SB-206 et pense qu’il aura des conséquences négatives très importantes pour nos athlètes-étudiants et les universités de Californie. Cette législation mène à la professionnalisation des sports universitaires […], impose une loi locale en conflit avec les règles nationales, brouille les lignes de la façon dont les universités de Californie recrutent leurs athlètes-étudiants, réduit certainement les ressources pour les athlètes-étudiants des sports olympiques et apporte un impact négatif sur les athlètes féminines.

La réponse de la conférence Pac-12 comporte tellement de faits erronés ou mal interprétés qu’elle mérite une analyse en détails.

  • des conséquences négatives très importantes pour […] les universités de Californie” : au contraire, la promulgation de la loi offre un avantage conséquent en terme de recrutement et les universités ne sont en aucun cas forcé à verser de l’argent aux athlètes.
  • cette législation mène à la professionnalisation des sports universitaires” : pas du tout, les universités ne versent aucun salaire aux athlètes et il est très peu probable (voire impossible) que les athlètes créent des groupes syndicalisés.
  • elle impose une loi locale en conflit avec les règles nationales” : alors, on parle à quel moment des Etats qui “légalisent” la marijuana médicale/récréative alors qu’elle est toujours illégale au niveau de l’Etat fédéral ?
  • elle réduit certainement les ressources pour les athlètes-étudiants des sports olympiques et apporte un impact négatif sur les athlètes féminines” : honnêtement, j’essaie toujours de comprendre le lien entre le SB-206 et cette phrase… à moins que les écoles subissent une pression extérieure afin de restreindre des opportunités de leur plein gré.

Cette dernière phrase de la conférence Pac-12 est, en réalité, symptomatique de l’irrationalité de la NCAA face à la question du profit individuel de son propre nom et de sa propre image.

L’ancienne gymnaste de UCLA Katelyn Ohashi (qui est une femme et pratique un sport olympique) tape dans le mille et explique parfaitement lors de “The Shop” le delta entre ses exploits sportifs et la reconnaissance de la ligue universitaire. Ses routines au sol particulières ont régulièrement mis en ébullition la toile et ont amené une attention rare sur un sport grandement méconnu aux Etats-Unis.

C’est vraiment fou. Les gens me disent : ‘tu dois être tellement riche’. Et je leur réponds : ‘tu ne dois pas connaitre la NCAA, c’est ça ?’. Personne ne fait attention à cela, personne ne le comprends.

Lorsque ma routine est devenue virale [64 millions de vues sur YouTube ; ndlr], Mark Emmert m’a appelé pour me féliciter, et je me suis dit, ‘Tu devrais me remercier'”.

La mésaventure de Katie Ledecky permet de visualiser cette nouvelle loi. La nageuse a été forcée de mettre un terme prématurément à sa carrière universitaire, en 2018, afin de se préparer aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Pourquoi ? Elle ne pouvait pas continuer à être éligible à Stanford tout en acceptant des sponsors afin de s’entrainer pour les JO.

Expliquez-moi dans quel monde la NCAA ne gagnerait pas au change avec Katie Ledecky, quadruple championne olympique à Rio, au départ de compétitions universitaires.

La promulgation du SB-206 donne l’opportunité à n’importe quel athlète de profiter de son nom et de son image. Evidemment, cela ne veut pas dire que tout le monde obtiendra des sommes d’argent conséquentes et la face actuelle de la NCAA ne sera que légèrement impactée.

Les meilleurs joueurs drainent, aujourd’hui, la majorité des revenus financiers en orbite autour de leur sport respectif. Et ce seront ces mêmes joueurs, les plus connus et les plus médiatiques, qui obtiendront une rémunération pour leur image. Les noms moins connus ? Comme à l’heure actuelle, ils resteront en second rideau et brasseront des sommes d’argent immensément moins conséquentes.

Ouvrez le marché à la libre concurrence et celui-ci s’ajustera automatiquement vers les points où les profits sont les plus juteux.

Ne serait-ce pas une analogie à la situation actuelle du recrutement en football et basketball universitaire ? Si, effectivement. Sauf que, là, les athlètes sont les réels bénéficiaires de leur image ; pas les institutions de la NCAA.

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