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Clément Paillon American International College Track and Field 2020
(Crédit photo : Clément Paillon)

Aux Etats-Unis, des athlètes-étudiants français dans le flou avec le COVID-19

Chaque année, des dizaines d’étudiants de la mère patrie traversent l’Atlantique pour mener de pair des projets universitaires et sportifs. La crise du COVID-19 met ces jeunes dans une situation délicate entre stress et souhait d’une reprise rapide. 

Ils s’appellent Clément Paillon, Josh Mballa et Alexandre Horveno.

Tous ont décidé de rejoindre les États-Unis pour poursuivre leur rêve respectif en athlétisme, basketball et football. Séduits par les programmes de grandes universités, et par la perspective d’assurer un prestigieux diplôme, ces vingtenaires ont tous décroché une bourse sportive américaine. Un sésame qui inclut frais de scolarité, logement et livres pouvant s’élever à des dizaines de milliers d’euros.

Le passage est obligatoire pour entrer dans le cursus universitaire étatsunien.

Les démarches sont longues et très compliquées, mais, je ne regrette absolument pas mon choix.

se souvient Clément Paillon (23 ans), coureur de 800 m et pensionnaire de l’American International College, en Division II, à Springfield (Massachusetts).

De concert, ces expatriés louent « des conditions de travail extraordinaires », peu comparables avec ce que pouvait offrir le système universitaire français. Mais à l’image de l’arrêt des compétitions sportives partout dans le monde, les trois athlètes ont été stoppés par la pandémie du COVID-19.

Piégé par l’arrivée plus tardive de la pandémie au pays de l’oncle Sam, Clément Paillon a connu la désillusion de manquer un grand événement.

J’étais qualifié pour les Nationals (de Division II ; ndlr) avec le relais de Springfield. On se rend à Birmingham dans l’Alabama, on s’entraîne, nous sommes tous en pic de forme… La veille des grands débuts, tout s’effondre.

se remémore-t-il, encore hagard.

Ses équipiers apprennent l’annulation des compétitions universitaires sur Instagram.

Je n’ai qu’un mot pour décrire cette situation : « perdu ». Nous étions vraiment perdus, mes partenaires et mes entraineurs… C’était terrible.

Si l’étudiant en marketing s’estime heureux de « retenter sa chance l’année prochaine », Clément Paillon pense à ses coéquipiers qui arrivaient en fin de cursus.

Pour eux, tout s’arrête maintenant. Il y a eu beaucoup de pleurs.

Le dilemme d’un retour en France 

À partir de la mi-mars, les étudiants ont connu l’effet boule de neige : fermetures de campus et des appartements mis à la disposition. Et l’option d’un retour en France est présente dans son esprit.

J’ai quitté Buffalo (État de New York) dès le début de la crise sanitaire, juste avant que cela prenne de grosses proportions.

J’hésite toujours à rentrer en France. Si le confinement se déroule bien en France, j’envisagerai encore plus de rentrer à Bordeaux.

admet le basketteur Josh Mballa (20 ans) et étudiant en sciences-humaines à l’Université de Buffalo.

Parti se réfugier chez un ami en Alabama, Alexandre Horveno (25 ans), footballeur et étudiant en commerce international à l’Université de Lynn en Floride (qui était revenu sur son aventure en NCAA au micro de Midnight on Campus), partage ce sentiment.

Pour l’instant, j’ai pris la décision de rester malgré la fermeture du campus. Je n’avais pas prévu dans mon budget de rentrer en France dans l’immédiat. Mais selon la décision concernant la réouverture du campus le 14 août, mon idée peut évoluer.

Quant à Clément Paillon, l’athlète a déjà décidé de sauter le pas pour retrouver la France. Avec un camarade d’université, ils ont décidé de se confiner dans un chalet proche de Megève, en Haute-Savoie).

J’ai attendu deux semaines avant de rentrer, je ne sentais pas une bonne gestion de la crise aux États-Unis. La situation n’était pas safe (sûr).

La prise de conscience tardive du danger lié au COVID-19 a été longue par rapport à la France, aux dires du coureur du 800 m. Mais les mesures sanitaires, notamment les gestes barrières, sont rentrées dans les mœurs depuis un mois.

En Floride, le virus est pris au sérieux. Je suis allé faire les courses chez Walmart (chaîne américaine de supermarchés), tout le monde sans exception portait des masques et des gants.

précise Josh Mballa.

Les cours assurés, le sport en pointillé 

Avec le sport entre parenthèses, les cours par visioconférence ont rapidement été mis en place par les différentes universités. Et de mauvaises notes peuvent priver les sportifs de compétitions ou impacter une partie de leur bourse.

Les entraineurs nous ont conseillé de travailler à fond nos cours pour obtenir des bons résultats et prendre de l’avance. Je suis assez sérieux d’habitude, mais j’en profite pour bien travailler.

Les notes permettent de conserver une bourse la plus haute possible.

décrit Alexandre Horveno.

Les comparses sont unanimes sur la très bonne gestion des universités au niveau scolaire. Ce qu’Alexandre confirme : « Les professeurs ont rapidement adapté le programme et les projets à rendre par rapport à la période. »

On a la chance d’avoir des cours en ligne avec des tuteurs. Ils ont rapidement pris la décision de passer les examens en ligne ce qui permet de ne pas prendre de retard.

détaille Josh Mballa.

De la Floride, à l’Alabama, jusqu’à la Haute-Savoie, les athlètes maintiennent leur niveau physique malgré la crise sanitaire.

J’ai choisi la Floride car on pouvait s’entraîner plus facilement qu’à Buffalo. On essaie de s’entraîner tous les jours.

expose Josh Mballa.

Même constat pour Alexandre Horveno qui s’entretient physiquement « le plus possible » pour « se tenir prêt pour la reprise ». Alors que Clément Paillon profite d’un cadre plus propice aux entraînements.

C’est top au niveau des conditions, je dispose de beaucoup d’espaces avec la montagne pour m’entraîner. Les coachs n’ont pas le droit de nous donner des séances à cause de l’arrêt, mais les assistants nous conseillent. On fait le maximum.

Un avenir incertain avec le COVID-19 ?

La crise sanitaire causée par le COVID-19 a déjà eu des conséquences dans le paysage sportif universitaire. L’Université de Cincinnati (Ohio) a communiqué l’arrêt de son programme de soccer. Bien que le soccer est considéré comme un sport mineur en NCAA, les Bearcats font partie des équipes les plus renommées du pays.

La crise sanitaire contraint à réaliser des économies. Alexandre Horveno, latéral gauche de Lynn, n’est pas étonné de ce choix.

C’est clair qu’il va y avoir des coupes budgétaires. Certains sportifs vont devoir chercher une autre université. Moi, je suis tranquille. Le football est la vitrine de mon université. Il n’y a pas de programme de football américain par exemple.

Dans le cas d’une suppression du programme, la bourse d’études promise doit être versée intégralement. Jérôme Meary, fondateur de l’agence « FFFUSA » et à la tête du syndicat « The International Alliance » réservé aux joueurs universitaires européens (qui réunit 3500 étudiants), suit attentivement la situation.

Même s’il n’y a plus de pratique sportive, les universités dont le programme s’arrête à cause de la crise sont obligées d’offrir la bourse aux étudiants jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Il peut y avoir des baisses de bourses, mais cela représente 0,1% des cas.

Dans le flou causé par la crise sanitaire, les Français sont en proie au doute notamment à propos de la reprise.

Pour l’instant, on constate que la saison d’été est morte. On espère que les autres pourront être maintenues.

réagit le coureur d’American International College, Clément Paillon.

Alexandre Horveno a vu ses perspectives bouleversées par le COVID-19.

Au départ, je voulais absolument rester pour jouer la Summer League. Mais elle a été annulée. Pour le football, nous sommes dans une période creuse. Le coach nous informe, mais on n’a pas beaucoup de perspectives pour le moment.

Actuellement en intersaison, Josh Mballa, ailier de Buffalo, est plus optimiste pour le futur.

Je n’ai pas vraiment d’inquiétudes sur le plan sportif. J’imagine que d’ici quelque temps tout va revenir à la normale. Les États-Unis vont progressivement déconfiner à la manière de la France.

Les décisions du président américain Donald Trump sont attendues, notamment sur le sujet d’une éventuelle fermeture des frontières. Cette appréhension a joué concernant le choix de rester aux États-Unis.

J’ai cette crainte. Donald Trump n’est pas trop favorable aux étrangers… Donc je ne serai pas étonné qu’il acte ce choix.

avoue Alexandre Horveno, surtout avec les élections présidentielles qui approchent.

J’ai peur de rentrer en France. Je n’ai pas envie d’être bloqué et de ne pas pouvoir revenir si la situation s’améliore. C’est un calcul dans lequel beaucoup d’éléments sont en jeu.

surenchérit Josh Mballa.

Revenu en France, Clément Paillon aborde le même sujet avec stress.

La possibilité existe… Il faut espérer que les frontières puissent rester ouvertes.

Entre doutes et bouleversements de leur saison à cause du COVID-19, les trois étudiants sportifs exilés espèrent reprendre leurs objectifs le plus rapidement pour continuer leur rêve américain. 

(Article rédigé conjointement avec Hugo Dupriez)

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