Nicolas D'Oriano NC State Wolfpack Swimming 2022
(Crédit photo : Nicolas D'Oriano)

Nicolas D’Oriano (NC State) : “j’essaye d’oublier que j’étais aux JO à 18 ans”

Le double champion d’Europe Juniors de 2015 et triple champion de France du 400m 4 nages Nicolas D’Oriano a posé ses valises sur le campus de NC State depuis septembre 2021. En exclusivité pour Midnight on Campus, il revient sur son passé et partage son adaptation à sa nouvelle vie aux Etats-Unis.

Après une contre-performance au meeting de Marseille en 2021 et un manque de plaisir, le français a choisi de privilégier ses études à la natation.

Coup de chance et de hasard, il atterrit à Raleigh.

Ville hôte de l’un des meilleurs programmes de natation en NCAA.

En Caroline du Nord, il a intégré le groupe de nageurs de Mark Bernardino (entraineur à temps plein) et de Braden Holloway (head coach du Wolfpack) en tant qu’étudiant de SKEMA, une école de commerce française.

“Je suis passé de double champion d’Europe juniors et de qualifié aux Jeux Olympiques à 18 ans… à plus rien.”

Beaucoup ont découvert Nicolas D’Oriano après son titre national sur 400m 4 nages à Limoges. Il réussissait ensuite l’exploit de se qualifier pour les Jeux Olympiques 2016 de Rio à seulement 18 ans, sur 1500m nage libre.

Puis, le français a connu une longue période de blessure physique et mentale.

De 2010 à 2016, c’est le rêve. Tous les ans, il se passe des trucs de fou. Puis, d’un coup, au lendemain de ma course des Jeux, je me fais les ligaments croisés. Et là c’est le début des emmerdes.

Ensuite, je me casse une cheville à une semaine des Championnats de France donc je ne peux plus faire de 4 nages. Je reviens et je tombe gravement malade. Et à seulement 2 semaines des Championnats de France 2018 de Saint-Raphael, je me casse deux côtes. J’ai l’impression que ça ne s’arrêtait jamais.

Par la suite, je fais un burn-out et je décide donc d’arrêter la natation.

C’était devenu trop dur pour moi. Je suis passé de double champion d’Europe Juniors, qualifié aux Jeux Olympiques à 18 ans… à plus rien. C’était trop. Pourtant, à l’entraînement, j’étais fort.

se confie Nicolas D’Oriano au micro de Midnight on Campus.

Aujourd’hui, le nageur licencié à Antibes tente de se reconstruire et même de mener une sorte de deuxième carrière. Il retrouve enfin du plaisir dans la natation et il a l’impression de retrouver ses 17 ans.

J’essaye d’oublier que j’étais aux Jeux Olympiques à 18 ans, d’avoir nagé en 15’06 et d’avoir été champion d’Europe Juniors. Je mets ça de côté.

Aujourd’hui, quand je suis derrière le plot, je me dis que je suis meilleur que les autres mais que j’ai tout de même le droit de perdre. Contrairement à avant ; où je nageais la course avant de la faire. 

exprime le nageur français de 24 ans à Midnight on Campus.

Énième coup dur : le refus d’éligibilité pour nager sous les couleurs de NC State

Il arrive à NC State pour ses études à SKEMA.

Son école de commerce possède un campus sur le site de l’université de NC State.

Et, pourtant, à son arrivée, il ne connaît pas vraiment le programme de natation universitaire ni même le circuit universitaire de la NCAA. Et dire qu’il aurait pu connaître cette expérience en 2016. Ray Looze, head coach des Hoosiers d’Indiana, lui avait envoyé un message sur Facebook pour tenter de recruter le français dans son équipe.

Mais, comme il ne connaissait pas le personnage, Nicolas D’Oriano a préféré ne pas répondre à cette requête.

Après des recherches et en réalisant le statut du programme de natation de NCA State, le français a tenté d’intégrer l’équipe de son université d’accueil avec l’aide de son entraineur. Déception : la demande a été refusée après des multiples tentatives. Etant passé par SKEMA et non par l’université de NC State, il est considéré par la NCAA comme un étudiant venu de l’étranger.

Il regrette évidemment de ne pas connaître les compétitions universitaires en yard. 

Mais, à la place, Nicolas D’Oriano intègre le groupe professionnel du programme.

Un groupe au sein duquel évolue le détenteur actuel du record du monde du 100m dos en petit bassin, Coleman Stewart, ainsi que le polyvalent Justin Ress.

Comme il n’est pas étudiant-athlète mais athlète professionnel, son programme scolaire n’est pas adapté à son programme d’entraînement. Il doit ainsi rattraper les cours manqués de lui-même ; et il n’a pas l’obligation d’avoir une bonne moyenne pour continuer à s’entraîner. Toutefois, il figure tout de même parmi les meilleurs de son école.

Au contraire des membres de l’équipe universitaire qui n’ont eu pas le droit de rater les cours. Les entraineurs sont d’autant plus réputés dans le milieu pour faire des remontrances lorsque le niveau scolaire est en baisse.

Il suit malgré tout la règle des 20 heures d’entraînement par semaine imposée par la NCAA (et certains professionnels de son équipe font parfois moins que ces 20 heures, d’ailleurs).

NC State Wolfpack Swimming ACC Championship 2021
(Crédit photo : ACC Athletics)

Quelle est la journée-type de de Nicolas D’Oriano à NC State ?  

Le réveil sonne à 5h. Et, puisqu’il vit à 10min de la piscine, petit-déjeuner sur la route.

Nicolas D’Oriano est proche des autres nageurs de l’équipe qui vivent dans un quartier d’une douzaine de maison, principalement occupée par eux. Un quartier à la “Desperate Housewives” selon ses propres mots.

  • Réveil à 5h.
  • Devant le plot 5h25 pour un entraînement jusqu’à 7h30 (l’entraînement dure en général entre 1h30 et 2h, pas plus).
  • 3h de cours par la suite (jusqu’à 15h de cours pour les athlètes-étudiants en général) et fin des cours à 11h30.  
  • Musculation vers 13-14h (3 fois par semaine et travail à sec de 45min 2 fois par semaine).
  • Retour à la piscine à 14h45 pour un entraînement entre 15h et 17h.
  • Repas du soir à 19h30.
  • Au dodo à 21h30.

En début de saison, Nicolas D’Oriano a entamé avec 2 entraînements le lundi, mardi, vendredi et 1 entraînement le mercredi (matin), jeudi (soir) et samedi (matin). Pas le même parcours qu’en France. Il a toujours été à deux entraînements les lundi, mardi, jeudi, vendredi et un seul entrainement le mercredi et samedi.

Sauf à Marseille où il s’entraînait même le dimanche matin avec Mathieu Burban.

Il faut aussi penser que l’université ferme ses portes durant certaines “coupures”, comme à Thanksgiving, du jeudi à dimanche. Les nageurs retournent dans leur club au cours de ce “break”, où il nage seul de leur côté.

Ce n’est d’ailleurs pas vraiment des vacances puisque les athlètes nagent. Seulement, moins.

Et pour le “Christmas break”, les nageurs connaissent en général une coupure de 8 jours pendant laquelle ils doivent nager deux fois par jour, sauf les mercredi et vendredi. Ils reçoivent à ce moment-là des programmes moins intenses allant de 6.500 à 7.000 yards.

(Nicolas D’Oriano a lui totalement coupé durant 10 jours.)

Avec une nouvelle méthode d’entraînement… déstabilisante

L’adaptation à cette nouvelle vie de sportif a été facile pour Nicolas D’Oriano. Il vit en effet loin du domicile familial depuis ses 15 ans.

Le gros bouleversement ? Des journées débutées plus tôt et la méthode d’entraînement

Le français a commencé le début de saison avec 9 entraînements par semaine, et, durant la semaine sans cours au début du mois de janvier, le groupe de nageurs est monté à 11 entraînements et des séances pouvant dépasser les 2h30. 

Aussi, il doit à présent payer son entraineur.

C’est bizarre mais je prends ça comme si je payais un service. Je lui paye pour le service rendu comme si je payais mon psychologue, mon préparateur physique ou comme si j’allais dans une salle de sport.

Quand tu es professionnel, la relation [avec un entraineur] doit plus être celle d’un échange.

Et, l’avantage d’être professionnel, c’est de pouvoir discuter à l’inverse du monde universitaire où l’entraineur est plus dur.

explique Nicolas D’Oriano au micro de Midnight on Campus.

Contrairement en France, le nageur est à présent dans une structure de 65 à 70 nageurs. Ils sont ensuite partagés en 3 groupes en fonction de la discipline, de la distance ou de la course travaillée lors des séances.

Le français est actuellement sur une méthode d’entraînement basé sur l’intensité.

Une première pour lui.

L’entraînement est vraiment différent. On ne peut pas s’entraîner 30h par semaine. Donc, à l’intérieur des 20h, on doit faire beaucoup de choses.

On ne peut pas passer par le kilométrage alors cela passe par l’intensité. 

Je dépasse rarement les 65km. Je suis à une moyenne de 60km et, plutôt, chaque entraînement possède un thème. Par exemple : on fait 4.500 yards le lundi matin et parfois on monte à 8.000-9.000 yards.

En France, j’étais plutôt à 85km à Antibes et de 80 à 100km à Marseille.

précise le nageur français à Midnight on Campus.
Nicolas D'Oriano NC State Wolfpack Swimming 2022
(Crédit photo : Nicolas D’Oriano)

Nicolas D’Oriano a commencé la saison en alternant entre le petit bassin et le grand bassin durant un mois. Mais, depuis que la saison universitaire a débuté, tous les nageurs font généralement des séances en bassin de 25 yards.

Aujourd’hui, il est confronté à une nouvelle manière de s’entraîner.

C’est la première fois que je m’entraîne autant en petit bassin et dans un bassin encore plus petit qu’avant. Ce n’est pas du bassin de 25m mais du yard, soit 22.90m. C’est court.

Au début quand tu arrives, tu te demandes : comment je vais pouvoir préparer un 400m ou un 800m en m’entraînant 9 fois, en faisant moins de kilomètres et en petit bassin ? 

C’est bouleversant.

Pas tous les nageurs du monde peuvent se dire que cela va marcher. D’ailleurs, quand je parle avec d’autres nageurs, ils ne comprennent pas trop. Mais, quand on regarde les résultats des Américains, on voit que ça marche. C’est une médaille sur toutes les épreuves en crawl aux Jeux Olympiques de Tokyo chez les hommes. 

rend compte le jeune homme de 24 ans.

Depuis son arrivée aux Etats-Unis, Nicolas D’Oriano travaille beaucoup les jambes et il met énormément d’intensité à tous les entraînements.

C’est énormément de travail sur les jambes. Je pense qu’aucun club en France n’en fait autant. Quand je suis arrivé, je ne faisais que ça. Il y a beaucoup d’intensité mais aussi énormément de kilométrage sur les jambes.

Et, le lundi matin, on a un échauffement de 1000-1500m puis derrière on enchaîne direct avec une série.

C’est hyper bouleversant. 

déclare Nicolas D’Oriano au micro de Midnight On Campus

L’autre surprise est le “TBD” sur les feuilles à la fin de chaque séance.

“TBD” qui signifie à déterminer (to be determined, en anglais).

Ce moment arrive en fin de séances après la récupération. Le nageur doit être capable de ressortir ses jambes ou autre pour repartir sur une dernière série alors que l’entraînement est censé être fini.

“Tu peux toujours trouver un moyen de nager vite” dans un bassin en yard

Passer à un entraînement en bassin de 25 yards égale plus de virages. Cela permet de mettre plus d’intensité lors des séances et Nicolas D’Oriano explique aussi que le grand bassin est beaucoup plus traumatisant pour les muscles.

Le fait d’avoir moins de parties non-nagées, plus de virages et plus de coulées, tu te fatigues moins vite et tu es capable de forcer presque tout le temps.

La différence, elle est flagrante.

En yard, tu peux toujours trouver un moyen pour aller vite. Nager vite en groupe avec autant de virages, ça nous force à les travailler. Et je sens que j’ai progressé sur l’utilisation de mes jambes. Je me sens capable de sortir une bonne coulée si la course est bien gérée. Tous les jours à l’entraînement, on nous oblige à faire un virage avec 2-3 ondules. [Les entraineurs] me font la remarque quand je ne le fais pas.

Aujourd’hui, grâce à tous les séries de jambes, j’ai l’impression de retrouver ma nage. Quand je perds mes jambes, je perds aussi ma nage. Faire moins de jambes durant plusieurs années m’a fait perdre ma nage alors que j’ai fait l’erreur de penser que ça allait m’économiser. 

explique Nicolas D’Oriano au micro de Midnight On Campus

L’autre différence entre le yard et le grand bassin : les changements de spécialité pour les nageurs.

Il existe une polyvalence des spécialités entre le yard et le bassin de 50m. Quelqu’un de très fort en coulée, on va voir qu’il se débrouille mieux en dos.

Par exemple, Coleman Steawrt a déjà gagné le 100m dos en yard au NCAA Championships mais en grand bain, il est plutôt spécialiste du papillon.

Hunter Tapp est un spécialiste de dos en grand bain parce qu’il n’est pas très fort sur les parties non-nagées. Alors qu’en petit bassin et en yard, il est plus à l’aise en crawl. Même chose pour le dossiste Justin Ress. En grand bassin et en yard/bassin de 25m, il se débrouille mieux en crawl. 

Et tu peux aussi tenir une distance de plus en yard. 

partage-t-il à la suite de son expérience en yard.
Nicolas D'Oriano NC State Wolfpack Swimming 2022
(Crédit photo : Nicolas D’Oriano)

Surtout, Nicolas D’Oriano a retrouvé le plaisir de l’eau

Aujourd’hui, il a retrouvé du plaisir dans son sport et adore sa nouvelle vie. Selon ses propres mots, le français s’entraîne dans des conditions et des infrastructures incroyables. Il faudrait intégrer l’INSEP pour trouver des installations identiques en France.

Plusieurs universités ont la chance de posséder 2 bassins de 50m avec la possibilité de les privatiser pour l’équipe. C’est un truc qu’on ne verra peut-être jamais en France.

À Antibes, on est un groupe de 15 nageurs avec deux bassins de 50m et un bassin de 25m ; sauf que l’on a à peine un bassin de 50m pour nous. Tout le reste est pour le public. On est peut-être les mieux lotis en France mais on doit tout de même partager avec le public.

exprime Nicolas D’Oriano à Midnight on Campus.

Sur le campus de NC State, le centre aquatique “Willis R. Casey Aquatic Center” est composé d’un bassin de 50m et un bassin de 25 yards. A savoir que l’université est actuellement en train de construire un autre bassin olympique en extérieur et des plongeoirs supplémentaires.

NC State Wolfpack Swimming
(Crédit photo : Nicolas D’Oriano)

Dans un coin de sa tête, Nicolas D’Oriano pense aux Jeux Olympiques de Paris 2024.

Il n’aura aucun regret à arrêter avant cette échéance s’il voit qu’il ne progresse plus. À présent, le double champion d’Europe Juniors en 2015 regarde année après année. Surtout, il a pour objectif les Jeux et de finir son master en finance. Mais il veut avant tout prendre du plaisir et moins se mettre de pression comme par le passé.

Bien que son visa se termine en mai prochain, le français a toujours espoir de revenir s’entraîner l’automne prochain à Raleigh (Caroline du Nord). L’automne signifie “Roctober”. Un mois où ça travaille dur et qui lui permet d’acquérir une caisse énorme pour la saison selon lui.

En effet, Nicolas D’Oriano a trouvé le combo parfait entre l’entraîneur, la méthode d’entraînement et le groupe pour atteindre ses futurs objectifs.

Je kiffe tellement le coach et le groupe d’entraînement. 

2 mecs du groupe nagent en 3’48 et 2 autres en 3’51. Je ne trouve pas un tel niveau en France sauf dans le groupe de Philippe Lucas. Mon entraineur est incroyable. Il a beaucoup d’expérience, je n’ai jamais vu ça, et il a été head coach pendant 35 ans à l’Université de Virginie. Aujourd’hui, il se concentre juste sur l’amour de son sport. Il n’a plus la vocation de faire head coach. 

Quand tu tombes sur un entraîneur qui aime vraiment entraîner et qui ne fait que ça pour les gens qu’il entraînent et pas que pour lui, c’est une chance.

avoue Nicolas D’Oriano au micro de Midnight on Campus.