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Rose Bowl Football Game Oregon vs Wisconsin 2020
(Crédit photo : Michael Heiman - Getty Images)

Pourquoi la saison de football ne doit pas se jouer en 2020… en 5 raisons

Il faut ouvrir cette tribune par la conclusion : la saison de football universitaire ne doit pas se jouer en 2020. Fin de la discussion. On peut tous poursuivre notre journée et vaquer à nos occupations.

Entrons dans les explications (et c’est cela qui compte réellement).

Faut-il annuler cette saison de football ou faut-il la jouer malgré la pandémie actuelle de COVID-19 aux Etats-Unis ? La prise en compte de la santé des athlètes-étudiants surpasse-t-elle les autres interrogations ? Les revenus incommensurables générés par une saison ne seraient-ils pas des moteurs si puissants que leur arrêt mènerait à la perte du football ?

Il est possible de continuer cette série de questions à l’infini.

Quoi qu’il en soit, le débat a été propulsé à des hauteurs stratosphériques par l’annulation de la saison de football à l’automne en Big Ten, en Pac-12, en MAC, en MWC et dans la quasi-totalité du FCS. Oui. On sait déjà qu’il n’y aura pas de football (en FBS) dans le Midwest, au Nord de Saint-Louis et à l’Ouest du Texas.

Les conférences ACC, Big 12 et SEC (suivies par l’AAC, la C-USA et la Sun Belt) se trouvent désormais dans l’oeil du cyclone. Comment peuvent-elles justifier et organiser une saison à l’automne alors que d’autres conférences ont arrêté les frais ?

La réponse est simple : non, elles ne peuvent pas.

Une telle posture se justifie en 6 raisons.

D’ailleurs, est-ce qu’elle inclut une saison de football repoussée au printemps ? En petites doses. Pourquoi ? Les instances dirigeantes en NCAA ne connaissent pas le mot “proaction”, ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez et décideront d’une organisation à la veille de cette même saison printanière.

Je n’ai pas envie d’écrire dans le vide.

Allez, débutons notre réflexion et faisons hurler les défenseurs irascibles d’une saison automnale.

1. Les athlètes-étudiants ne sont pas des sportifs comme les autres…

Savez-vous tous ce qu’est un athlète-étudiant ?

Oui ? Très bien.

Non ? C’est pourtant simple : un athlète-étudiant est un employé déguisé en étudiant non-payé par la sacro-sainte et obsolète notion d’amateurisme universitaire et utilisé par les institutions pour se remplir les poches de dizaines (centaines) millions de dollars et agrandir les inégalités de richesse.

Le trait est évidemment forcé. Mais, il faut savoir lire entre les lignes pour comprendre qu’il est impossible aux athlètes de jouer au football à l’heure actuelle.

La NCAA se bat corps et âmes depuis des décennies pour maintenir le statut d’amateurisme, malgré l’évolution des sports universitaires et l’explosion pharaonique des revenus sportifs. Vous avez certainement déjà entendu ou lu : “ce sont des étudiants avant tout”. Et cela arrange bien les institutions quand il s’agit d’empêcher la rémunération (légitime) des athlètes.

Cependant, quand il s’agit de jouer une saison de football menacée par une pandémie mondiale et de récupérer des centaines de millions de dollars nécessaires pour maintenir le train de vie fastueux des universités, on n’entend que le crépitement d’une radio en quête d’un signal qui n’existe pas.

Cela ne devrait surprendre personne.

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Pourquoi croyez-vous que les conférence Big Ten et Pac-12, en premier lieu, ont annulé leur saison de football à l’automne ?

Outre les recommandations d’un panel consultatif de médecins spécialisés dans les épidémies et/ou pratiques sportives (sur lesquelles on reviendra plus tard), les Présidents ont voté pour l’annulation parce qu’ils veulent à tout prix éviter les ennuis judiciaires et les actions collectives devant la justice américaine.

Vous vous demandez pourquoi les universités pourraient être trainées en justice. Là encore, c’est assez simple.

La notion d’amateurisme réside, principalement, sur le fait que les athlètes sont des étudiants comme les autres et tout avantage en leur faveur qu’un étudiant lambda ne peut obtenir rompt le contrat social de l’athlète-étudiant. Et, bizarrement (ou pas), la vaste majorité des universités en Big Ten et Pac-12 ont déjà annoncé la fermeture partielle ou complète de leur campus pour le premier semestre, afin de privilégier un enseignement à distance sur des plateformes digitales.

Ouvrir un campus uniquement pour les joueurs de football peut créer un précédent de taille afin de remettre en question le statut d’amateurisme.

Certains doivent ainsi se dire : “mais, les athlètes ne seraient-ils pas plus en sécurité sur le campus s’il n’y avait les autres étudiants ?”. Je suis désolé de vous décevoir mais cette question justifie un traitement de faveur pour les athlètes. Et, cela, les universités veulent l’éviter coûte que coûte.

Quel est le plus coûteux pour une université ?

Une seule saison sans football (entre $100 et $200 millions de perte sèche en revenus) ou un futur avec des dizaines de procès aux frais d’avocats exorbitants, une solution pour rémunérer les centaines d’athlètes et les répercussions en chaîne sur les finances d’une institution avec des athlètes ayant touché du doigt au pouvoir ?

Le nerf de la guerre, en NCAA, est et demeure l’argent. Quoi qu’on dise.

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Les conférences ACC, Big 12 et SEC évitent pour le moment un tel dilemme en gardant leurs campus ouverts à l’ensemble de la population universitaire. Mais, avec l’arrivée des étudiants sur les campus et l’explosion de cas positifs au COVID-19 depuis la semaine dernière, la donne pourrait changer très vite.

4 (!) clusters ont émergé à North Carolina en l’espace de 3 jours. Ce n’est un exemple parmi tant d’autres. Et il suffit de regarder la réaction des Américains et l’inconscience des jeunes face à la pandémie pour savoir qu’ils ne sont pas prêts à faire les efforts nécessaires pour enrayer la vague meurtrière et incontrôlée du COVID-19.

La défense du statut d’amateurisme universitaire l’emporte face à l’organisation d’une saison de football (tronquée et mise en danger par une pandémie mondiale).

Un athlète est un étudiant avant tout.

Et, tant que les campus seront fermés, il n’y aura pas de football universitaire.

1bis. …et l’organisation de “bubbles” n’est pas une solution viable

Face au COVID-19, le football américain est le sport majeur qui doit affronter le plus grand nombre de challenges afin de reprendre la compétition.

Aucun autre sport ne possède un effectif aussi large en joueurs. En NFL, 53. En football universitaire, 125 au maximum et une moyenne de 70 à 80. Et, il faut ajouter au décompte le nombre faramineux d’entraineurs et d’assistants qui gravitent autour d’une équipe. Un programme de football en NCAA peut dépasser les 100 âmes. Et le simple volume d’hommes (plus ou moins) groupés dans un même environnement cause un sérieux problème.

Le système de “bubble” lancé par la NBA, entre autres, a démontré son succès et les franchises de NFL se sont lancées dans une entreprise similaire pour les camps d’entrainement à l’intersaison.

Sauf que les “bubbles” ne peuvent pas être instaurées en NCAA.

Déjà, cela irait à l’encontre du statut d’amateurisme, évidemment.

Et, surtout, c’est un projet irréalisable d’un point de vue logistique, contractuel et financier. Les franchises en NBA et en NFL possèdent les ressources suffisantes pour financer un confinement hermétique de leurs joueurs et staffs sur une longue durée ; pas les universités de NCAA. Celles-ci ne détiennent pas non plus le pouvoir légal d’un contrat de travail, afin de forcer leurs joueurs à évoluer dans un environnement clos. Et, enfin, les athlètes ne peuvent pas être mis en quarantaine… puisqu’ils sont des étudiants en premier lieu et qu’ils doivent côtoyer les autres étudiants et les professeurs en salles de classe, a minima.

On revient encore et toujours au même problème.

Tant que les athlètes côtoieront des personnes extérieures au programme de football, notamment dans des contrées allergiques au port du masque et à la distanciation sociale, leur santé est mise en danger et le risque d’épidémie existe dans une équipe.

2. Il est inconcevable de jouer à un sport de contact au milieu d’une pandémie incontrôlée

Honnêtement, tout dialogue doit s’arrêter à cette simple phrase.

Le monde entier est frappé par la pandémie d’un virus aux conséquences presque inconnues sur la santé, à la propagation extrêmement rapide et exponentielle, à la virulence avérée pour n’importe quelle tranche de la population et à un taux de mortalité dangereusement haut. Ce sont des faits. N’en déplaises à ceux qui se voilent la face et minimisent l’existence et/ou les effets du COVID-19.

Et cette pandémie, incontrôlée dans la majeure partie du monde, atteint des niveaux effrayants de destruction aux Etats-Unis, qui se trouvent en plein coeur d’une seconde vague encore plus vigoureuse que la première.

L’organisation d’une saison de football universitaire à l’automne serait ainsi une décision insensée, inconcevable et potentiellement meurtrière.

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Le football américain est un sport de contact où 22 joueurs (plus les remplaçants) entrent en contact et s’empilent les uns sur les autres pendant 60 minutes. La distanciation sociale n’existe pas. Tel que illustré dans la partie précédente, 70 à 80 athlètes évoluent dans une proximité plus ou moins proche sur la ligne de touche et au sein des infrastructures de l’université sur une durée de 3 à 4 mois.

Avec un taux d’incidence extrêmement élevé, il ne suffit que d’une poignée de cas positifs au COVID-19 pour infecter une grande partie de l’effectif… et des joueurs de l’équipe adverse.

Le virus peut dévaster une équipe en quelques jours (demandez aux Marlins de Miami en MLB) et sauter d’une équipe à l’autre. Sauf que, contrairement au baseball professionnel qui connait une reprise plus que poussive d’un point de vue sanitaire, il faut quadrupler les effectifs et doubler le nombre d’équipes affrontées dans une saison de football universitaire.

Et, d’ailleurs, il ne suffit que d’un seul cas grave pour propulser la situation dans des eaux inconnues que personne ne veut rencontrer.

En partant du principe qu’une saison se déroule malgré la situation et qu’un ou plusieurs athlètes sont infectés par le COVID-19, quelle serait la réaction de l’université ? Jusqu’à quel seuil pourrait-elle forcer afin de jouer un match et de poursuivre la saison ? Est-ce que, 10, 20 ou 30 cas bénins sont acceptables mais 1, 2 ou 3 cas graves peuvent provoquer la fin prématurée d’une saison ? Quelle(s) serai(en)t les répercussions si un joueur venait à être hospitalisé et/ou placé en réanimation ?

Si la sécurité et le bien-être des athlètes étaient réellement la seule et unique priorité des institutions universitaires, la saison de football aurait déjà été annulée depuis longtemps.

L’Ivy League, leader national en terme de protection des athlètes (Dartmouth a déjà éliminé tous les plaquages entre joueurs à l’entraînement grâce à des robots pour limiter les maladies neurologiques), n’a pas attendu longtemps pour annuler la saison de football. Dès le 8 juillet. Certes, le sport n’est pas aussi prévalent dans les finances des universités que les performances académiques, mais ce n’est en aucun cas une décision anodine.

Vous me dites alors : “mais, les équipes ont mis en place des protocoles sanitaires strictes pour éviter l’infiltration et la propagation du COVID-19 et cela fonctionne très bien pour jouer une saison de football.”

Justement, parlons-en.

3. Non, un campus n’est pas un environnement immune face au COVID-19

Que l’on soit clair et concis : une saison de football universitaire pourrait se dérouler (sous certaines conditions) si la situation sanitaire causée par le COVID-19 était sous contrôle aux Etats-Unis.

Or, cela n’est pas le cas.

La riposte médicale face au COVID-19 est (largement) insuffisante à l’échelle du pays et c’est à cause d’un tel échec qu’une deuxième vague décime les Etats-Unis.

Les instances gouvernementales ont pris le virus à la légère, ont tardé et se sont empêtrées dans des tactiques politiques, au pleine année électorale. Soit, un cocktail dévastateur pour organiser une réponse adéquate, réfléchie et planifiée à une pandémie qui affecte tout particulièrement un pays rangé à couteaux tirés derrière le Premier Amendement de leur Constitution.

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Cette ultime référence n’est pas présente uniquement pour mettre le feu au poudre de la discussion. Elle joue un rôle essentiel. L’individualisme exacerbé de la société américaine nuit directement à la formation d’une réponse unanime et globale à la propagation du COVID-19. Au nom de leur “liberté” individuelle, une part importante de jeunes et d’adultes agit au détriment de la santé publique.

Je ne doute pas une seule seconde que vous avez vu des vidéos virales où des personnes refusent de mettre un masque dans un supermarché, au prix d’un caprice digne d’un enfant de 4 ans qui souhaite une glace au chocolat.

Je ne doute pas que vous avez avalé de travers face aux images d’attroupements publics en boîtes de nuit, dans des “pool parties” ou dans des files d’attente, où les gens sont agglutinés les uns aux autres, sans protection.

Et, je ne doute pas que vous avez déjà entendu, de près ou de loin, certaines théories du complet et autres “hoax” face au COVID-19 où l’ignorance des personnes est effarante même de l’autre côté de l’écran.

Tous ces faits se recoupent en un seul endroit : les campus universitaires.

La situation y est critique à l’heure de la rentrée scolaire. Si critique que le Directeur Athlétique d’Alabama (!) expose le comportement irresponsable de ses étudiants/parents sur Twitter. Si critique que l’Université de North Carolina ferme ses portes au bout de 7 jours d’ouverture et passe à une instruction en ligne après l’apparition de 4 clusters et de 135 cas positifs (!) sur le campus de Chapel Hill.

Ce ne sont que 2 exemples parmi tant d’autres, malheureusement.

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Des dizaines de milliers d’étudiants se concentrent sur et à proximité des campus pour étudier dans des salles de classe fermées, mais aussi et surtout, pour connaitre une expérience universitaire unique. Beaucoup de freshmen goûtent à la “liberté” pour la première fois de leur vie. La seule envie des seniors est de profiter à fond d’une dernière année avant de commencer à rembourser leurs prêts astronomiques et d’entrer sur le marché du travail. Et ce n’est pas un virus (invisible et pas plus dangereux qu’une grippe, faut-il croire) qui arrêtera les folles soirées arrosées à plus de 50 personnes dans un appartement de 30m2.

J’attends évidemment un rappel : “mais, les athlètes sont bien plus en sécurité au sein des programmes de football que lâchés dans la nature chez eux”.

Et je suis totalement d’accord avec vous.

Les protocoles sanitaires implémentés par les départements athlétiques fonctionnent très bien dans la plupart des cas. Les athlètes sont très bien protégés dès lors qu’ils évoluent au coeur de l’environnement du programme de football. Enfin, dès lors qu’on oublie Liberty (dont les pratiques inquiètent profondément les joueurs de Syracuse) ou Florida State (où certains joueurs ont élevé la voix contre leur administration). L’opinion générale place toutefois l’Université de Notre Dame parmi les meilleurs exemples, que ce soit en terme de transparence et d’efficacité.

A date du 12 août, 619 tests ont été performé sur les joueurs de football (et le staff) pour un total de 4 cas positifs. C’est très bon… à première vue. En effet, il semblerait que les athlètes ne soient testés que toutes les deux semaines, et ce, depuis leur retour sur le campus.

En NFL, a contrario, les joueurs sont testés tous les jours à chaque incursion dans les prémices de la franchise et le traçage des athlètes est draconien.

Et l’extrapolation à l’échelle de l’université est très inquiétante.

Tous les étudiants sont testés à leur arrivée à South Bend. 33 cas positifs au COVID-19 ont émergé sur plus de 12.000 tests. Toutefois, la situation s’aggrave très vite. 29 cas positifs sont apparus la semaine dernière sur un total de 348 tests (dont 160 ont été pratiqués au sein de l’équipe de football). Et 10 de ces cas positifs sont apparus vendredi.

Samedi, 3 tests sur 11 sont revenus positifs.

Dimanche, 15 tests sur 30 sont revenus positifs.

Lundi, 80 tests (!) sur 418 sont revenus positifs.

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Les cas positifs au COVID-19 ont grimpé de 58 à 147 en l’espace de 24 heures. Cela fait 2 semaines que la population est revenue sur le campus et la progression exponentielle du virus au sein d’une université exemplaire est ahurissante.

Pourquoi est-ce que je reviens à nouveau sur la situation du campus ?

Aussi consciencieux et prudents soient-ils, les athlètes ne peuvent pas vivre dans une bulle complètement étanche.

Déjà, ce sont des étudiants et ils doivent aller en cours. Dès lors qu’il faut côtoyer le reste de la population universitaire, une myriade de risques existe. Et, bien qu’ils vivent en semi-autarcie hors du campus, n’imaginez pas que tous les joueurs sont reclus chez eux à chaque moment de temps libre. Surtout les week-end, où les tentations sont nombreuses et les invitations pour rattraper les mois perdus au printemps arrivent de toute part.

En résumé : les équipes de football qui se préparent à jouer une saison de football à l’automne, au milieu d’une population universitaire déchainée sur les campus, sont des véritables bombes biologiques prêtes à exploser.

4. Pas de camions de tests fiables et abordables = pas de saison de football

La donne est, là encore, extrêmement simple à déchiffrer.

L’organisation d’une saison de football est absolument dépendante sur l’existence de kits de test au COVID-19 fiables, abordables, disponibles en très grande quantité et avec des délais de réponse rapides. Sans une solution qui réunit tous ces critères dans les prochains jours, l’utopie d’une saison de football à l’automne s’envole. Et, à l’heure actuelle, cette solution n’existe pas.

Et, si vous vous demandez pourquoi les conférences ACC, Big 12 et SEC continuent de croire à une saison automnale, c’est parce qu’elle table en premier lieu sur l’émergence d’une solution avant le début hypothétique de leur saison.

Un engouement est tout de même apparu au cours du week-end.

La “U.S. Food and Drug Administration” (FDA) a autorisé en urgence un kit de test au COVID-19 basé sur l’obtention de la salive, développé par l’Université de Yale et financé par la NBA. “SalivaDirect” permet un dépistage massif et généralisé à l’ensemble de la population pour un coût réduit entre $4 à $15. Cette solution n’a pas encore été examinée par un collège de scientifiques. Donc, on ne connait pas encore son taux de fiabilité officiel.

Autre avantage : le test est simple d’utilisation et il peut être manipulé par la plupart des laboratoires au travers des Etats-Unis. C’est-à-dire que le temps de réponse pour un test tomberait à quelques heures.

Malgré cette avancée, “SalivaDirect” n’est qu’au stade du balbutiement et on sait déjà que les athlètes ne seront pas favorisés.

Mon but n’est pas de tester les athlètes. Ce n’est pas la population visée. La population visée est tout le monde.

Des inquiétudes sont apparues à propos du partenariat avec la NBA, alors que tous les autres gens ont besoin de tests. Mais la réponse était simple : la NBA allait faire plein de tests malgré tout, alors pourquoi ne pas s’allier avec eux pour essayer de créer [un test] pour tout le monde ?

précise Nathan Grubaugh, un professeur assistant en épidémiologie à l’Université de Yale.

Il est fort possible que “SalivaDirect” ne soit pas opérationnel et disponible en masse avant l’hiver ou même plus tard en 2021. Et les équipes de football ne seront certainement pas en première ligne avec la demande dans un pays au bord du gouffre. Entre 700.000 et 800.000 tests sont administrés par semaine aux Etats-Unis et ce n’est même pas à quelconque niveau de la demande.

Le Médecin en Chef de la NCAA, Brian Hainline, a achevé la discussion :

A l’heure actuelle, si la capacité de tests reste à l’identique aux Etats-Unis, il n’y a aucune chance que l’on avance avec les sports. […] Nous ne sommes pas en position, aujourd’hui, pour jouer aux sports en toute sécurité.

Le chemin pour jouer aux sports est extrêmement étroit. Tout doit s’aligner parfaitement.

Reposer tous les espoirs d’une saison de football universitaire à plusieurs milliards de dollars sur une solution de tests qui n’existe pas ? Les conférences ACC, Big 12 et SEC croisent tous leurs doigts de pied et de main et brûlent tous les cierges possibles et imaginables.

La NCAA dans toute sa splendeur.

5. Un automne sans football ? Ce n’est pas très grave… pour les fans

Il faut arriver à relativiser et à prendre du recul face à la situation actuelle.

Qui est réellement impacté par une annulation de saison en football ? Les joueurs, les équipes, les départements athlétiques, les Universités, l’économie globale de la NCAA… ou les hordes de fans mécontents qui occupent en grande partie le paysage médiatique ? Oui, c’est une question rhétorique. Vous connaissez déjà la réponse.

Un message pour les fans : vous ne perdez qu’une poignée de samedis après-midis à l’automne dans les stades et/ou devant vos écrans. Je suis certain que vous allez vous en remettre.

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Ce n’est pas la même donne pour les acteurs d’une saison de football.

Les joueurs perdent une année vitale d’expérience sur le terrain, notamment pour les aspirants à la NFL, tandis que les seniors qui doivent connaitre une ultime saison s’acquittent d’une dernière chance d’être remarqué (ou, tout simplement, de jouer à un sport qui ont rythmé leur vie). Ce sont peut-être eux les grands perdants.

Le triptyque équipe/département athlétique/université perd de son côté la quasi-totalité de ses revenus annuels avec la disparition d’une saison de football. Les revenus générés par le football comptent pour 80-90% des rentrées d’argent annuelles de chaque département athlétique (à savoir que le basketball masculin et, parfois, le baseball composent le reste des revenus sportifs). Tout en sachant que le football finance les autres sports proposés par l’université, qui fonctionnent à perte.

Et, a fortiori, c’est l’ensemble de l’économie en NCAA qui pâtit d’une saison de football annulée. Que ce soit à cause du manque de revenus sportifs auprès des universités. Ou, surtout, que ce soit à cause du manque de revenus générés par l’économie locale à proximité des campus, qui vivent principalement de la saison de football pour remplir leurs caisses.

Ceci dit, je peux totalement comprendre la frustration des fans.

Celle-ci est aussi irrationnelle que notre amour pour le football universitaire l’est (et c’est valable pour tous les sports universitaires, d’ailleurs). On adore autant que l’on haït le système dysfonctionnel de la NCAA. Quoi de mieux qu’une bonne controverse qui démarre d’une miette de pain ? Quoi de mieux que des émotions exacerbées qui prennent le pas sur n’importe quelle décision sensée ?

Nous sommes obsédés par un sport qui a le pouvoir de réunir des centaines de milliers de personnes dans des stades gigantesques au milieu de la rase campagne américaine depuis plus d’un siècle.

Nous sommes obsédés par un sport qui a la capacité de produire des dizaines de matchs au même moment, chacun avec un enjeu différent, une atmosphère différente, un contexte différent et un niveau différent.

Nous sommes obsédés par un sport où 130 équipes ont (techniquement) l’opportunité de marquer l’histoire ou de provoquer un cataclysme à chaque semaine de jeu, surtout qu’ils ont la bonne idée d’arriver sans prévenir.

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Mais, il faut se rendre à l’évidence.

Les fans n’auront jamais le dernier mot à propos de l’annulation d’une saison de football. Vous pouvez créer n’importe quelle pétition, cela ne changera rien. Vous pouvez hurler au complot ou invoquer n’importe quelle justification pour jouer une saison de football à l’automne, cela ne changera rien.

Un automne sans football universitaire ? Comme un mois de mars sans March Madness.

Et, aussi incroyable soit-il, tout le monde a survécu à la première instance.

Les sacrifices s’enchainent depuis le début de la pandémie du COVID-19, d’un point de vue individuel et collectif. Le bien de tous prime sur le bien de chacun. C’est pourquoi les intérêts des instances dirigeantes en NCAA (a.k.a., les billets verts) ne doivent pas supplanter les intérêts de toute une communauté qui gravite autour du football.

Le bien collectif est la santé. Pas l’argent. Pas le football universitaire à la télévision.

Et j’espère sincèrement que vous comprenez, après 5 raisons développées en long et en large, que la saison de football universitaire ne doit pas se jouer à l’automne en 2020.

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