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(Crédit photo : Keith Srakocic-AP Photo)

La NCAA réfléchit à une solution pour rémunérer le nom et l’image des athlètes-étudiants

Un petit tremblement de terre vient-il de se produire ? La NCAA est-elle (enfin) prête à altérer son modèle d’amateurisme pour donner la part du gâteau qui revient de nature aux athlètes-étudiants ?

Le Président et la Conseil Supérieur de la NCAA ont annoncé la semaine dernière, dans un communiqué de presse, la formation d’un groupe de réflexion pour examiner la législation fédérale et de chaque Etat en relation avec le droit à l’image, au nom et à la ressemblance des athlètes-étudiants.

“Le groupe de réflexion rassemblera des opinions diverses des membres [de la NCAA ; ndlr], des présidents, commissionnaires et jusqu’aux athlètes-étudiants, qui examineront la position de la NCAA sur les bénéfices liés aux noms, images et ressemblances, afin de proposer potentiellement des modifications législatives connectées à l’éducation,” précise Val Ackerman, commissionnaire de la conférence Big East et co-président du groupe de réflexion.

La toute dernière partie de la citation est cruciale pour la compréhension de cette entreprise. En effet, le groupe de réflexion ne considérera aucune solution en lien avec le concept de rémunération pour la participation sportive des athlètes.

Le groupe veut démarquer encore un peu plus le monde professionnel du monde universitaire, en se focalisant sur des solutions liées à l’éducation, et en rapprochant ainsi les athlètes du reste des étudiants de leurs universités.

“Alors que la formation de ce groupe de réflexion est une étape importante pour confirmer ce en quoi nous croyons en tant qu’association, le travail du groupe ne résultera pas en rémunérant les étudiants en tant qu’employé,”  ajoute Gene Smith, directeur athlétique de l’Université de Ohio State et co-président du groupe de réflexion. “Cette structure est contraire à la mission éducative de la NCAA et ne sera pas incluse dans la discussion.”

Des changements sont à venir dans les prochains mois. Cependant, on n’en connait pas la teneur et la qualification, et, encore moins s’il s’agit de modifications substantielles ou si celles-ci ne feront qu’effleurer la surface d’un souci latent depuis des décennies en NCAA.

 

Pourquoi une telle “initiative” de la part de la NCAA ?

 

Cette décision de la NCAA, de former un groupe de réflexion pour remédier à la question de la compensation des athlètes-étudiants, peut paraitre surprenante. La ligue universitaire combat le droit à l’image des athlètes becs et ongles depuis de nombreuses années, que ce soit sur le terrain public ou le terrain judiciaire.

La NCAA avait réussi à garder le droit à l’image, un droit fondamental à n’importe quel individu, hors de la possession des athlètes. Et, aujourd’hui, elle semble ouvrir les vannes du barrage.

Mot-clé de la dernière phrase : “semble”.

Le groupe de réflexion n’a vu le jour uniquement à cause de la pression publique grandissante et, surtout, à cause des résultats de certains récents procès à son encontre. Une telle examination législative est un progrès, la NCAA avance dans le bon chemin, mais il ne faut pas se dire non plus que cette décision est à l’initiative désintéressée de la ligue universitaire.

Cette semaine, le Sénat de l’Etat de Californie a voté une loi (SB 206) autorisant les athlètes-étudiants des universités privées et publiques de Californie à profiter financièrement de leur image, nom et ressemblance, sans que les universités ne puissent payer les joueurs. Elle n’entrera en vigueur qu’en 2023.

Il y a deux mois, la NCAA a également perdu une bataille judiciaire dans le cadre du procès “Alston vs. NCAA”. La ligue universitaire a essentiellement été jugé coupable d’enfreindre le “Sherman Anti-Trust Act”, qui régule les économies de marché afin d’éviter toute situation de monopole.

Le célèbre procès mené par l’ancien joueur de UCLA, Ed O’Bannon, était du même acabit : les plaignants combattaient la situation de monopole de la NCAA, puisque celle-ci était cité pour restriction de non-concurrence. La ligue universitaire s’en était bien sorti : Ed O’Bannon n’avait pas obtenu réparation pour être apparu dans un jeu vidéo à son encontre, sans aucune compensation.

En somme, la NCAA lance un tel groupe de réflexion pour minimiser les dégâts dans l’opinion publique, en faisant le premier pas et en examinant des pistes d’étude afin de permettre aux athlètes-étudiants de recevoir ce qu’il leur revient de droit.

La Commission de la NCAA en basketball universitaire, menée par Condoleezza Rice, a eu le même rôle en 2018 et avait apporté des solutions à la suite du scandale de corruption, bien qu’elles restaient insuffisantes ou carrément mal placées.

 

Quelles actions peut-on attendre de la NCAA ?

 

L’initiative de la NCAA donne espoir quant au futur des athlètes-étudiants. Mais, il ne faut pas perdre à l’esprit qu’il s’agit de la NCAA et que la ligue universitaire cherchera avant toute chose à conserver sa situation de domination.

Soyons honnête : le paradigme dominant-dominé ne basculera pas du jour au lendemain.

Raison principale ? La composition du groupe de réflexion. Celui-ci est représenté par des présidents d’université, des commissionnaires de conférence et des directeurs athlétiques (au nombre de 16), qui n’ont absolument aucun intérêt à interférer dans le système actuel, dont ils profitent tous de manière outrageuse.

En face, on ne retrouve que 3 athlètes-étudiants (un pour chaque division de la NCAA).

Il est ainsi légitime de se demander quel est le rôle du groupe de réflexion et quelles sont les améliorations qui pourront en sortir au terme de leur mandat. Ricky Volante, président de la “Historical Basketball League”, qui débutera en 2020 avec l’objectif de compenser les athlètes en fonction de leur valeur commerciale, expose une petite idée au micro de CBS Sports.

“Je parierais que [la NCAA] va recommander la création d’une compensation en lien avec la ‘National Letter of Intent’ qui déterminerait unilatéralement la valeur des athletes… et qui servirait de pseudo-agent auprès des athlètes lors de n’importe quelle négociation de contrat,” explique Ricky Volante.

“Le réel objectif est de trouver le plus petit morceau du gâteau qu’ils peuvent abandoner sans pour autant donner des vrais droits aux joueurs,” poursuit-il. “Une fois que l’on voit cela, l’amateurisme sera une escroquerie en son essence.”

Le champ d’action du groupe de réflexion est plutôt restreint s’il doit trouver une solution en relation avec l’éducation, sans toucher directement à la participation sportive des athlètes.

Un amendement de la “National Letter of Intent” semble être l’action la plus plausible. Mais sous quelle forme ? Vont-ils conseiller à la conservation d’une seule “NLI” amendé ou proposeront-ils plusieurs déclinaisons de “NLI” ? Si la dernière option est annoncée, en quoi seront-elles différentes et surtout comment tel ou tel joueur pourrait-il être associé à tel ou tel “contrat” ? Comment déterminer la valeur de tel ou tel joueur au moment de la signature de cette “NLI” à l’entrée à l’université ?

Un tel jeu est extrêmement périlleux et irait, comme d’habitude, à l’encontre des athlètes. Vous pouvez déjà entrevoir certains si ce n’est la plupart des joueurs lésées dans un tel système.

Des alternatives ? Si l’on se base sur la notion éducative, il est possible qu’une compensation sous la forme de “bonus” (comme il est déjà le cas avec des blocs de participation à la March Madness remis à chaque conférence, qui divise les revenus en fonction de ses membres) soit mis en place, en se basant sur les résultats académiques de chaque université (tel que le “Academic Progress Rate” ou APR) ou bien en fonction du nombre d’athlètes présents dans les équipes “All-Academic”, qui récompensent les meilleurs étudiants dans chaque sport et dans chaque conférence.

Ce n’est pas nécessairement une solution juste, puisque des études ont montré que l’APR est biaisé afin de profiter à l’administration grâce à des résultats de progression académique de façade, où le seul but des institutions est de garder ses athlètes éligibles afin d’empocher des points.

A moins que la NCAA surprenne, le résultat du groupe de réflexion devrait être mince, à l’encontre des athlètes-étudiants, afin de pérenniser la domination des exploitants et de conserver un modèle d’amateurisme obsolète qui ne profite qu’à l’administration de la ligue, des conférences et des universités.

On veut espérer au mieux, mais, en NCAA, le cynisme revient toujours au galop.

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