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(Crédit photo : David Barnes/Atlanta Journal-Constitution)

Le processus de recrutement change avec la “Early Signing Period”… et non en bien

L’univers du football universitaire a récemment vécu une transition historique sans que le supporter lambda ne s’en émeuve tout particulièrement. Et pourtant, le fonctionnement interne du sport subit un changement drastique pour tous les partis.

Le processus de recrutement débute officiellement en avance, dès le mois de décembre, à partir de cette année. L’ouverture de la chasse, traditionnellement le premier mercredi du mois de février, prend désormais des airs festifs et aspire un peu (beaucoup) de la folie du National Signing Day pour l’insérer dans une “Early Signing Period” de trois jours.

Le mois de décembre rime avec les nombreux changements de head coaches ainsi que les Bowls de seconde zone aux sponsorings loufoques et destinations exotiques ; aujourd’hui, il rime également avec le bruit désuet des fax vomissant une foule de lettres d’engagement.

Mais concrètement, que cela change-t-il pour nous, fans plus ou moins assidus de football universitaire, pour les entraineurs, pour les universités et surtout pour les recrues ?

Tout d’abord, en quoi cette “Early Signing Period” consiste.

La NCAA a accepté et officialisé au printemps dernier l’ouverture d’une seconde période, plus tôt dans la saison, afin que les nouvelles recrues puissent signer les fameuses “National Letter of Intent” ou NLI. Celle-ci a lieu à partir de cette année au cours du mois de décembre, pour trois jours, à un moment où la ligue universitaire considère que les lycéens sont assez avancés dans leurs recherches universitaires.

Une période de visites des campus a également été ajoutée entre les mois d’avril et de juin pour que les joueurs puissent réaliser leurs visites officielles sur un ou plusieurs campus universitaires (des visites à la charge de l’université limitées au nombre de 5 par athlète).

L’horizon des joueurs ne se limitent plus donc à l’automne et les universités peuvent entrer en contact plus tôt avec leurs prospects. Il est ainsi légitime de se dire que tout le monde y gagne au change ; mais la réalité est bien différente lorsque l’on jette un coup d’oeil un peu plus profond.

Un processus rationalisé et une meilleure projection.

Ne soyons pas trop pessimistes et débutons avec les points positifs de cette “Early Signing Period”.

Cette période arrive bien plus tôt dans la calendrier universitaire et cela profite logiquement aux universités. Les moyens logistiques à mettre à disposition du recrutement s’étalent moins dans le temps et permet de regrouper les efforts avec la saison de football. Certes, cela ajoute une dose de travail supplémentaire aux staffs d’entraineurs, déjà surchargés pour trois mois de compétition intense.

Mais les écoles organisent déjà leur recrutement autour des rencontres de football en regroupant les recrues visées lors des matchs à la maison. Les head coaches essaient déjà de draguer de jeunes lycéens dès les mois de septembre, octobre et novembre. Les offres de bourse universitaire affluent déjà en masse au cours de l’automne, et encore, ce n’est sans compter les offres émises aux lycéens lors de leurs saisons sophomore ou junior.

Les relations entre écoles, entraineurs et joueurs ne s’étendront pas jusqu’au mois de février. Celles-ci peuvent très vite prendre un rythme journalier et devenir de véritable spam, surtout lorsque certains entraineurs tentent de récupérer les services d’un lycéen qui entrevoit une autre université en priorité.

Une telle énergie, que ce soit pour les universités ou les jeunes joueurs, est ainsi évacuée bien plus tôt. La temporalité est bien condensée, oui, mais la clarté apparait également bien plus tôt dans la saison.

Les universités peuvent utiliser cette “Early Signing Period” pour fermer les recherches sur certaines positons et en viser d’autres pour la période habituelle du mois de février. Et du côté des joueurs, une signature opérée en février permet d’arrêter les recherches et de se concentrer sur les cours pour le reste de l’année.

Les “petites” équipes peuvent mieux résister aux ogres.

Les véritables mastodontes du football universitaire, tels que Alabama, Ohio State ou USC, se servent régulièrement les mois de décembre et janvier pour utiliser leurs meilleures techniques de charme et renverser l’engagement de plusieurs joueurs, de grand talent, en règle générale.

Sauf qu’à partir d’aujourd’hui, les “petites” équipes (ou devrait-on dire les équipes de seconde zone) créant un lien relativement fort avec les meilleurs talents du coin peuvent conclure les discussions dès le mois de décembre.

Cela n’empêche pas les ogres de dévorer leurs concurrents plus tôt dans l’année, mais avec l’influence de la saison sportive, ces efforts sont grandement diminués. La situation de Miami (FL) est certainement le meilleur exemple de cette tendance.

(Crédit photo : The Associated Press)

Les Hurricanes sont installés dans une zone extrêmement fertile en terme de talents, dans le Sud de la Floride. Ils avaient l’habitude de construire de très bonnes classes à l’été précédent avant de se faire dépouiller petit à petit, à force que les joueurs sortent de la région pour visiter d’autres universités, généralement plus glorieuses.

La donne semble être différente aujourd’hui. Miami (FL) est classé à la cinquième position nationale avec 19 joueurs officiellement signés, 13 d’entre eux étant 4- ou 5-étoiles.

Le succès des Hurricanes sur le terrain a certainement à voir avec ce classement, soyons objectifs, mais on ne peut pas omettre la progression. La première saison de Mark Richt à Coral Gables était déjà un grand succès et Miami (FL) ne possédait “que” la 12ème meilleure classe du pays. Et l’année précédente, la classe de recrutement de 2016 n’était classée qu’en 22ème position.

Il faut commencer à s’habituer à une telle tendance dès à présent : les richesses seront mieux réparties entre les différents niveaux d’équipes et ce ne serait plus une surprise de voir des équipes comme Minnesota rivaliser avec les bluebloods de la région comme Wisconsin ou Nebraska.

Mais où est passé la folie du “National Signing Day” ?

Tout cela est bien beau, sauf que l’on perd certainement ce qui compte le plus pour les supporters.

La date du premier mercredi de février marquait le début d’une nouvelle saison, que l’on soit un fan avide de football 365 jours par an avec une pelleté d’abonnements ou que l’on soit un fan lambda d’une équipe en particulier. Aujourd’hui, ce moment particulier au football universitaire (qu’on se l’avoue à demi-mot) saute quasiment du calendrier.

Le “National Signing Day” est désormais dilué en deux parties, dont une se trouve en plein milieu de la saison ds Bowls, si ce n’est même des fêtes de Noël. Et si l’on regarde les statistiques, deux tiers des prospects lycéens ont déjà officialisé leur engagement et signé leur lettre d’intention. Il ne reste plus que 14 lycéens classés dans le Top-50 de 247 Sports non engagés envers une université, et seulement 4 lycéens classés dans le Top-20.

En somme : le suspens a d’ores et déjà disparu au bout de deux jours. Et les fameux flips ne sont pas légion, non plus.

Une poignée des joueurs engagés envers une école à l’entrée de la “Early Signing Period” ont changé d’avis au moment de signer leur lettre d’intention, alors que cela devenait un sport national lors du “National Signing Day” de février.

Ces flips se produisaient lorsque les joueurs se rendaient compte qu’il n’y avait plus de place pour eux dans leur équipe initiale ou s’ils possédaient davantage de garanties dans une autre équipe, par exemple. Aujourd’hui, avec cette “Early Signing Period”, il est bien plus simple de prévoir à l’avance, de rationaliser les places disponibles ou même fermer des portes à l’intrusion et à la compétition d’autres prospects.

C’est une bonne chose, en soi, mais où est parti le fun d’un des derniers pans du sport ayant échappée à la “professionnalisation” ?

Avec une temporalité resserrée, des soucis pour tous les partis.

Par contre, si l’on regarde au-delà de notre nombril de simple fan, une période d’une telle importance avancée en décembre n’arrange personne d’un point de vue temporelle.

Les lycéens sont-ils absolument certains de réaliser le bon choix ? Rien n’est moins sur. En fin de compte, c’est ce à quoi sert le processus de recrutement : aider un jeune homme à choisir la meilleure université pour s’épanouir tant sur le terrain de football que dans les classes de cours et bien entendu d’un point de vue personnel.

Ils doivent désormais prendre une décision dès le mois de décembre, quelque peu à la hâte, pour ne pas perdre une place dans l’effectif des universités qui leur ont offertes une bourse universitaire. Et le mois de décembre arrive quelques semaines à peine après la fin des matchs de football lycéen et les examens du premier semestre de cours, qui, pour certains (si ce n’est pas la majorité), est cruciale pour obtenir leur éligibilité universitaire.

Cela implique ainsi que le temps des recherches est écourté et que les visites, qui se comptent sur les doigts d’une main ou de deux mains pour les plus chanceux, diminuent d’autant plus avec un temps plus faible pour se déplacer. Il faut savoir que la plupart des visites, officielles ou non, sur les campus universitaires se déroulent au cours de l’hiver, notamment en décembre et en janvier.

(Crédit photo : Francis Gardler-Journal Star)

Cette situation empêche ainsi certaines équipes de profiter des hésitations des athlètes. On pense par exemple aux universités des conférences Pac-12 ou Big Ten.

Les plus grands foyers de talents se situent dans le Sud-Est des Etats-Unis (Floride, Georgie, Caroline du Nord, etc) ou bien dans le Texas. Les écoles proches de ces foyers peuvent logiquement profiter de leur influence locale et de leur proximité pour approcher et appâter les joueurs. Mais quid des écoles de la Côte Ouest et des Grands Lacs, par exemple ?

Attirer les meilleurs joueurs issus de Virginie ou du Kentucky se révèlent désormais presque impossible. Ces écoles utilisent le mois de janvier, en général, pour les transporter sur leur campus, en plein pause scolaire durant l’hiver.

Il existe toujours les importants foyers de Californie et de l’Ohio pour remplir ses poches, me diriez-vous. Mais c’est bien l’exception qui confirme la règle : USC et UCLA continueront de dépouiller Los Angeles tandis que Ohio State peut toujours faire main basse sur les meilleurs talents de la région.

Et puis les entraineurs ne sont pas aidés non plus par cette nouvelle période de signature.

Celle-ci s’insère juste après la fin de la saison régulière de football et ne permet pas de faire un break nécessaire après trois mois de compétition non stop. Qui plus est, la “Early Signing Period” arrive en plein milieu de la saison des Bowls, au milieu des entrainements préparatoires, des matchs pour les équipes inscrites aux Bowls de la première semaine.

Certes, les entraineurs sont payés des dizaines de milliers de dollars (ou des millions), il est difficile de les plaindre. Mais cela rend la tâche du processus de recrutement d’autant plus compliquée ; comme si cela ne l’était déjà pas assez. Demandez à Chip Kelly ou à Bill O’Brien ce qu’ils en pensent.

L’actuel head coach de Texas, Tom Herman, a réalisé un état de la situation et le déroulé d’une semaine en décembre est aujourd’hui absolument fou, entre entrainements, cérémonies de récompenses et recrutement.

  • Dimanche : accueil de deux recrues à Austin (Texas) avant de s’envoler pour la Californie.
  • Lundi : visite à la maison d’une recrue en Californie avant une seconde visite à Salt Lake City (Utah) et retour à Austin le soir vers 3 heures du matin.
  • Mardi : entrainement à 7 heures du matin avec les Longhorns avant une visite à la maison d’un recrue à Louisville (Kentucky) et de dormir en Floride le soir.
  • Mercredi : visite dans un lycée à Bradenton (Floride) avant de rencontrer trois rencontre chez eux à Houston (Texas), de participer à un événement de récompenses remises à des lycéens de la région de Houston et de rentrer chez lui à 2 heures du matin.
  • Jeudi : entrainement à 7 heures du matin avec les Longhorns avant de mener deux visites dans la journée, une à Shreveport (Louisiane) et Dallas (Texas), et de rentrer chez lui à 2 heures du matin.

Tu vis littéralement deux jours en un,” décrit-il à Pete Thamel de Yahoo! le vendredi, après une semaine passée à enfiler les Red Bull pour tenir la cadence infernale.

(Crédit photo : Tom Réel-Housto Chronicle)

Les drames liés avec les départs d’entraîneur ne feront que s’empirer.

Les entraineurs perdent une certaine aisance de vie à un moment où il pouvait relâcher un peu la pression, en toute relativité. Et en plus de cette “Early Signing Period”, le “National Sining Day” traditionnel garde sa place et requiert toujours une préparation assidue, bien qu’elle diminue grandement en étant placé en second dans la chronologie.

Toutefois, les jeunes joueurs se retrouvent perdants sur un énième champ. Bien que cela ne devrait pas fonctionner de telle manière, ils s’engagement auprès d’un entraîneur, head coach ou assistant, plutôt qu’auprès d’une université ou d’un programme de football. Ceci est absolument compréhensible, les prospects forment un lien fort auprès des personnes qu’ils verront tous les jours pour les trois, quatre ou cinq années suivantes (dans le meilleur des mondes).

Mais ces entraineurs, d’autant plus les assistants, ont de grandes chances de quitter leur poste à un moment ou un autre de leur cursus universitaire. C’est le jeu et tout le monde est au courant.

Mais ce qui change avec cette “Early Signing Period”, c’est qu’une proportion non-négligeable d’entraineurs sont sur le point d’être viré ou d’être débauché par une autre école dans la grande majorité des cas.

En février, quasiment tous les staffs sont complets et les joueurs possèdent un horizon clair des entraineurs qui seront autour d’eux pour l’année à venir, a minima. Désormais, en décembre, la saison n’est pas encore terminée et la majorité des équipes en transition manque une ou plusieurs positions dans leur coaching staff.

Les universités doivent encore faire leurs courses chez d’autres programmes et il est inévitable qu’ils volent des entraîneurs ailleurs. Le résultat est simple : un lycéen s’engage avec un entraineur qui change d’université dans le mois qui suit la signature de la lettre d’intention au programme de football.

Le joueur perd sur toute la ligne. Il voit son futur mentor quitter l’université pour laquelle il s’est engagée et il ne peut le suivre si aisément, menottée à l’école à cause de cette petite signature sur la lettre d’intention signée quelques semaines plus tôt.

La NCAA pouvait ajouter une possibilité de désengagement de cette lettre d’intention dans la situation où l’entraineur ayant recruté un joueur changeait d’employeur. La ligue universitaire n’en a eu que faire.

Là encore, le résultat est simple : avec des dizaines d’entraineurs prévus sur le départ, attendez-vous à une recrudescence (massive ?) des drames liant les joueurs à leurs recruteurs. Et à chaque fois dans ce genre de situations, les jeunes joueurs sont les seuls et uniques perdants.

N’oublions surtout pas les problèmes d’éligibilité académique.

(Crédit photo : AP Photo/Marcio Jose Sanchez)

Le cynisme est terminé et cela nous mène inévitablement aux soucis académiques. Et qu’ils sont nombreux, pour tout le monde.

Ceux-ci sont le nerf de la guerre que ce soit au lycée à l’université. L’obtention de bourses universitaires et surtout d’acception dans les universités résultent de cette éligibilité académique en fonction des notes scolaires acquises au cours du lycée et des différents tests post-lycée (le fonctionnement académique est bien différent du notre, n’entrons pas trop dans les détails aujourd’hui).

Pour l’ensemble des passionnés de football, la fameuse docu-série Last Chance U disponible sur Netflix donne une excellente vision des problèmes académiques pour lesquels une majorité de lycées font face avant d’entrer dans un programme de football, qu’ils soient prestigieux ou non.

Et ainsi, pour beaucoup, tout se joue lors des examens de fin de premier semestre. Comprenez, au début du mois de décembre.

Avec l’avancée de la signature de la lettre d’intention en décembre, certaines notes primordiales pour obtenir une éligibilité nécessaire ne sont pas connues et des décisions doivent être prises en conséquence : les universités sont ainsi frileuses quant à offrir une bourse à un joueur qui pourrait ne pas être éligible en fin de compte et les lycéens perdent ainsi des opportunités.

Certains athlètes se retrouvent dans la situation à attendre la période de février et ont de bonnes chances de se faire coiffer au poteau par un joueur sans souci d’éligibilité (ou plus talentueux) au cours de la période de décembre. Sans compter sur le fait que les classes de recrutement sont limitées à 25 engagements par année ; attendre plus longtemps réduit logiquement le nombre de chances qu’un joueur peut avoir d’intégrer l’université qu’il souhaite ou vise.

Mais au-delà des joueurs, cette “Early Signing Period” pénalise également les universités à très haut niveau de performance académique telles que Stanford, Northwestern ou Notre Dame.

Ces écoles possèdent des attentes académiques à la sorti du lycéen bien plus élevées que celles de la NCAA. Il suffit de replacer la situation expliquée ci-dessus dans le contexte de Stanford, par exemple, pour comprendre la gravité des enjeux.

Le Cardinal devrait perdre de nombreux prospects dans l’attente du feu vert de l’administration pour accepter tel ou tel joueur au sein de la prestigieuse université, de peur qu’une opportunité se dérobe plutôt que d’espérer une potentielle inscription à Stanford.

En plus de voir des jeunes hommes intelligents manquer une opportunité d’étudier dans une des plus grandes institutions du pays, le programme de football perd une recrue talentueuse. Cette situation est déjà visible à l’heure actuelle.

Stanford pointe à la 50ème position nationale avec 13 joueurs signés (dont 4 classés avec 4-étoiles) alors que lors de la dernière classe de recrutement, l’équipe de David Shaw avait terminé le processus en 14ème place avec 14 joueurs signés (dont 10 classés avec 5- ou 4-étoiles).

Une coïncidence ? Je ne crois pas.

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