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(Crédit photo : Twitter @ LastChanceU)

“Last Chance U”, une chance pour la NCAA en France

Alors que la saison de football universitaire reprend ses droits d’ici un mois, la désormais célèbre série documentaire “Last Chance U” a sorti une quatrième saison sur Netflix.

Durant 8 épisodes d’une heure environ, la série suit le programme de l’Independence Community College (ICC), situé à Independence, une petite ville du Kansas perdu en plein milieu de la campagne des Etats-Unis, pour une seconde saison consécutive.

L’occasion d’en apprendre plus sur le monde du sport universitaire aux Etats-Unis au-delà de la sacrosainte sphère de la Division I.

(Spoiler alert : l’article évoque l’intrigue et des faits marquants de cette Saison 4 de “Last Chance U”.) 

 

Last Chance U offre une belle exposition pour le football universitaire

 

“Last Chance U” a connu un succès rapide en France, qui a sûrement dépassé les attentes, et c’est une véritable aubaine pour nous, fervents suiveurs du sport universitaire en France.

On ne va pas se mentir : la NCAA est une niche de marché dans l’Hexagone. Alors quand une entreprise comme Netflix propose une série documentaire de qualité, on s’en réjouit. Avec ses 5 millions d’abonnés, un grand nombre de personnes peut en découvrir davantage sur le sport universitaire américain, méconnu en France.

Pour cette quatrième saison, les réalisateurs ont opté pour la même formule : suivre les Pirates d’Independence CC pour la totalité d’une saison. Comme pour les deux premières saisons à East Mississippi Community College (EMCC) et la troisième saison à ICC, la série a pris le soin de garder son côté authentique en filmant la vie sur le terrain, dans les salles de classe et sur le campus.

Le tout en mettant en lumière plusieurs joueurs au portrait atypique, tel que les inimitables Bobby Bruce (safety) et Kailon Davis (defensive line).

 

Le JUCO, une vraie jungle

 

Comme l’indique le titre de la série, le Junior College (ou JUCO pour les intimes) n’est pas initialement fait pour les futurs joueurs sélectionnés à la Draft NFL. Alors que la quasi-totalité des joueurs professionnels évoluant en NFL proviennent de programmes de Division I, le JUCO existe en grande partie pour relancer certains prospects talentueux.

Il s’agit d’un bon tremplin puisque ces joueurs en difficulté peuvent jouer une saison entière sans rester sur le bord du terrain comme le préconise la NCAA, lorsqu’il existe un transfert habituellement entre deux universités de Division I.

La Saison 4 de Last Chance U montre (à nouveau) que de nombreux athlètes-étudiants doivent passer par la case JUCO pour valider leur dossier scolaire ou repartir de zéro après avoir dérapé dans une grande université.

Ce n’est plus une surprise : le Junior College est primordial pour tous ces joueurs talentueux qui auraient potentiellement leur place dans une grande université. Mais il faut se battre dur, très dur.

Le niveau en JUCO est évidemment moins haut qu’en Division I : il existe 65 programmes de football répartis en conférence et le niveau est très hétérogène. Il existe des programmes comme EMCC qui accumule les titres (5 en l’espace de la dernière décennie), mais aussi des programmes de faible niveau qui ne feraient pas le poids face aux meilleurs lycées du pays.

En regardant “Last Chance U”, on voit bien que chaque joueur ne rêve que d’une chose : la NFL.

Mais il ne faut pas se leurrer : seulement une poignée des joueurs accèdent au monde professionnel après avoir passé une saison en JUCO. On pense bien sûr à Aaron Rodgers (Green Bay Packers), >LeGarrette Blount (New England Patriots), Alvin Kamara (New Orleans Saints), Cam Newton (Carolina Panthers) et Dede Westbrook (Jacksonville Jaguars) pour les grands noms des dernières années.

La grande majorité des joueurs reste en JUCO pour obtenir un diplôme, mais leur carrière en football s’arrêtera à la fin de leur cursus en “community college”.

Pour sortir du lot, il faut donc se montrer pour attirer les scouts des universités de Division I. Mais comme on a pu le voir dans cette nouvelle saison, l’individualisme prend souvent le dessus, surtout quand les résultats ne suivent pas.

Les joueurs n’hésitent pas également à se mettre en danger en jouant coûte que coûte malgré des blessures, car ils savent que leur avenir se joue sur une dizaine de matchs. Par exemple, dans cette dernière saison de “Last Chance U”, on a vu que Kailon Davis n’a pas avoué toutes les séquelles qu’il a subi suite à sa commotion cérébrale.

De son côté, le head coach, Jason Brown, a lui aussi vécu l’expérience du JUCO en finissant par être licencié après des propos scandaleux envoyés par téléphone à un joueur : “Je suis ton nouveau Hitler“.

Personne n’est pardonné en JUCO, même les head coaches, et il faut savoir être sérieux pour se faire une place.

 

Une plongée dans la vie (réelle) d’un athlète-étudiant

 

“Last Chance U” est également une série documentaire agréable à regarder pusiqu’elle met en lumière la vie des athlètes-étudiants outre-Atlantique.

Sans surprise, les joueurs, surtout en JUCO, délaissent pour la plupart le côté scolaire. Ils viennent de milieux défavorisés et le sport est pour eux un moyen de s’offrir un meilleur avenir. Mais bien souvent, ils manquent de confiance en eux. Cette saison à Independence a encore montré qu’il existe des professeurs qui souhaitent les aider à obtenir leur diplôme pour rejoindre une grande université.

Comme le décrit la professeure d’anglais, Heather Mydosh, les joueurs sont bien souvent les premiers de leur famille à étudier à l’université.

Ils ne se rendent pas forcément compte de la chance qu’ils ont de pouvoir obtenir un diplôme, même s’il s’agit d’un “community college” de seconde zone. Le corps enseignant est conscient que les athlètes-étudiants ne vivront pas du football pour la plupart. Et c’est une réalité que les joueurs n’ont pas envie d’entendre.

On se demande pourquoi les joueurs ne mettent pas toutes les chances de leur côté, sur le terrain, lorsque l’on regarde la série de notre côté. On voudrait tellement qu’ils réussissent puisqu’on s’attache à eux et à leurs histoires, et qu’on est déçus lorsqu’ils organisent une soirée la veille d’un match.

Un match perdu au cours duquel le coordinateur offensif, Kiyoshi Harris, se plaint du manque d’énergie de ses joueurs. Tiens, tiens. Peut-être qu’avec une hygiène de vie irréprochable, certains s’ouvriraient plus de portes.

Et c’est bien dommage.

 

Le sport universitaire est toujours une source de tensions

 

Enfin, grâce à “Last Chance U”, on peut se rendre compte à quel point le sport universitaire peut diviser un territoire.

On sait que les universités occupent une place très importante chez tous les américains, très attachés à leur parcours universitaire pour le reste de leur vie ; et c’est d’ailleurs pour cette raison que la NCAA est tant suivie aux Etats-Unis.

Mais dans cette Saison 4 de “Last Chance U”, la série documentaire nous montre l’autre partie de l’iceberg. Oui, le sport universitaire rassemble, mais il peut aussi diviser comme à Independence dans le Kansas, où le taux de chômage est élevé.

De nombreux habitants ont critiqué l’installation d’une nouvelle pelouse sur le campus pour un coût de dizaines de milliers de dollars. Il faut savoir que le football est aussi décrié par les populations locales puisque les universités accordent énormément d’argent à ces sections sportives, au détriment des sections artistiques par exemple.

Alors quand l’équipe de football perd comme lors de la Saison 4, la population locale se demande bien pourquoi l’université investit tant pour des adolescents qui ne viennent même pas de la région et qui restent dans le Kansas pour un ou deux ans.

Le président de l’université, Daniel Barwick, se défend de ses accusations dans le dernier épisode en expliquant que les joueurs de football apportent énormément à l’université.

Le sport universitaire représente tellement d’argent aux Etats-Unis qu’il est source de discorde, même à Independence, petite ville de 10 000 habitants.

 

Les joueurs de Independence à suivre cette saison :

 

  • Jermaine Johnson

Il n’a pas été le joueur le plus suivi durant cette saison mais Jermaine Johnson était bien le meilleur joueur de cette équipe. Classé meilleur prospect en JUCO, il a décidé de rejoindre la prestigieuse Université de Georgia, une des quatre meilleures équipes actuelles du pays, et devrait être titulaire au poste d’outside linebacker.

 

  • Malik Henry

Rappelé par Jason Brown après une première saison délicate pour être sparring-partner puis joueur alors que le poste de QB n’apportait aucune garantie (avant d’être coupé en fin de saison), Malik Henry a connu une saison mouvementée. Mais cet été, il se bat pour une place de titulaire à l’Université de Nevada (Reno) face à Carson Strong et Cristian Solano.

  • Kailon Davis

Joueur très attachant en dehors du terrain, Kailon Davis ou “KD” jouera à Arkansas State cette saison, où il devra se battre pour obtenir du temps jeu puisqu’il commence en tant que remplaçant.

https://twitter.com/kailondavis1/status/1080919141949849600?s=20

  • Jay Jones

En transfert de Georgia Tech, Jay Jones devait être l’homme fort de l’attaque des Pirates en 2018, mais il n’ a jamais atteint son potentiel. Comme indiqué dans le dernier épisode de la saison, il ne sait toujours pas où il jouera dans un mois. Il n’écarte pas la possibilité de changer de poste pour devenir receveur.

 

  • Markiese King

Markiese King, excellent receveur, a signé avec l’Université de Lamar, en FCS, mais il n’est toujours pas éligible pour jouer en Division I.

 

  • Bobby Bruce

Renvoyé de Independence CC après avoir été soupçonné de vol sur le campus des Pirates, Bobby Bruce joue pour le moment avec les Manatee Neptunes en A-League, championnat en arena football.

  • Chance Main

Local de la Saison 4 à Independence, Chance Main a obtenu l’opportunité de rejoindre l’Université de Incarnate Word en FCS.

https://www.instagram.com/p/Bt9HJvkHSzI/

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