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Urban Meyer FOX Sports Big Noon Kickoff 2019
(Crédit photo : Marcus Yam - TNS)

Comment Urban Meyer a tué “The Game” (et Michigan)

Urban Meyer ne se trouve plus sur la touche de Ohio State. Mais, l’ancien head coach influe toujours sur les Buckeyes et, surtout, il possède toujours une aura particulière sur “The Game”.

En quoi le néo-commentateur de FOX Sports possède-t-il toujours une telle emprise ?

Le successeur d’Urban Meyer, Ryan Day, a entraîné son premier match officiel en tant que head coach des Buckeyes en août dernier et, pour la première rencontre face à Michigan, il a éviscéré une institution qui domine le football universitaire depuis plus d’un siècle.

Une coïncidence ? Non, je ne crois pas. Il s’agit plutôt d’un résultat symptomatique de ce qu’est devenu l’affrontement annuel entre les superpuissances du Midwest. La rivalité féroce qui existait dans les années 1990 et 2000 entre Buckeyes et Wolverines n’est, justement, plus qu’une histoire du passé.

Urban Meyer a tué “The Game” dès lors qu’il a posé ses valises à Columbus en 2012.

Urban Meyer a creusé un fossé sans précédent entre Ohio State et Michigan

Vous l’avez certainement entendu durant la semaine qui a précédé “The Game”. La dernière victoire de Michigan dans la rivalité historique remonte à 2011.

Le hiatus astronomique de 8 ans prend source en 2012 avec la prise de pouvoir de Urban Meyer. Certes, Michigan était mal en point à cette époque et devait faire face à l’échec cuisant de Brady Hoke. Mais, en 2015, un nouvel homme est entré dans la danse et il répond au nom de Jim Harbaugh.

L’ancien quarterback vedette des Wolverines devait être l’ange sauveur de Michigan. Le résultat ? Jim Harbaugh n’a jamais gagné contre Urban Meyer et il étrenne, aujourd’hui, un triste record de 0-5 face aux Buckeyes.

Il devait ramener l’Université d’Ann Arbor au contact de Ohio State (et certains voulaient lui donner un contrat à vie après ses 2 premières saisons terminées à 10 victoires). Cependant, le fossé n’a cessé de se creuser entre les deux ennemis héréditaires sous l’égide de Urban Meyer.

  • De 2001 à 2011, la rivalité a été jouée à 11 reprises et Ohio State l’a remportée à 9 reprises sous la coupe de Jim Tressel pour un écart total de 101 points.
  • De 2012 à 2019, elle a été jouée à 9 reprises (à chaque fois gagnée par les Buckeyes) pour un écart total de 115 points.
  • Et les Wolverines ont encaissé 118 points sur les deux dernières rencontres.
(Crédit photo : Jay Laprete-AP Photo)

L’aspect statistique est une chose, mais, l’aspect moral de cette dynamique en est une autre.

Ohio State est véritablement entré dans l’élite du football universitaire depuis 2012, empochant un titre national au College Football Playoff en 2014 et en s’inscrivant dans la conversation pour le dernier carré à chaque saison depuis cette date. Michigan, de son côté, s’est installé comme une très bonne équipe de Big Ten incapable de faire son trou sur la scène nationale. Les Wolverines n’arrivent pas à franchir le plafond de verre de la conférence incarné par Ohio State.

La différence ? Les Buckeyes possèdent le talent digne d’une équipe de NFL alors que les Wolverines ont pris un retard bientôt irrémédiable sur le plan du recrutement et ils sont aujourd’hui incapables de recruter dans l’Etat d’Ohio, qui leur appartenait à la bascule vers le 21ème siècle.

Dans ce genre de matchs, les joueurs font la différence.

explique Ryan Day en conférence de presse après “The Game”, samedi dernier.

Ryan Day n’a pas tort et Urban Meyer est l’instigateur du renouveau.

Certes, Jim Tressel a créé les fondations du programme de football dans les années 2000 et a rattrapé le retard qui séparait les Buckeyes des meilleures équipes. Mais, Urban Meyer a propulsé l’université dans une nouvelle dimension en regroupant l’un des meilleurs staffs de la ligue, en construisant des infrastructures dignes de la NFL et en recrutant à un niveau sans précédent pour Ohio State.

Les joueurs sont les différence et les classes de recrutement concoctées sous Urban Meyer répercutent cette citation.

  • 14ème meilleure classe du pays en 2019 (3 5-étoiles et 4 joueurs du Top-100).
  • 2ème meilleure classe du pays en 2018 (3 5-étoiles et 13 joueurs du Top-100).
  • 2ème meilleure classe du pays en 2017 (4 5-étoiles et 12 joueurs du Top-100).
  • 4ème meilleure classe du pays en 2016 (1 5-étoiles et 7 joueurs du Top-100).
  • 7ème meilleure classe du pays en 2015 (1 5-étoiles et 6 joueurs du Top-100).
  • 3ème meilleure classe du pays en 2014 (1 5-étoiles et 10 joueurs du Top-100).
  • 2ème meilleure classe du pays en 2013 (2 5-étoiles et 10 joueurs du Top-100).

On parle de 15 recrues 5-étoiles et 62 joueurs issus du Top-100 en l’espace de 7 ans.

Au même moment, la meilleure promotion de Jim Harbaugh regroupe 2 recrues 5-étoiles et 6 joueurs du Top-100. Et le head coach des Wolverines a terminé avec la 22ème meilleure classe nationale en 2018 sans recrue 5-étoiles ni de joueurs du Top-100.

Jim Harbaugh peut-il inverser la tendance ?

Dans l’immédiat, Ohio State a pris une telle avance sur le plan du recrutement que Michigan n’est pas en position de lutter sur le terrain, quel que soit l’excellence du coaching de Jim Harbaugh.

Les Wolverines veulent se présenter avec une excellente défense et un jeu de course prépondérant en attaque. Et, pourtant, aussi bien Chase Young que J.K. Dobbins portent les Buckeyes sur leur dos. Et le running back s’est particulièrement illustré en marchant sur les espoirs de Michigan avec 211 yards et 4 TDs au compteur

Et puis, surtout, Shea Patterson ne fait pas le poids face à Justin Fields.

Le quarterback de Ohio State a brillé avec 14/25, 302 yards et 4 TDs et il est l’incarnation parfaite que les “impact players” jouent pour les Buckeyes et non pas les Wolverines.

Apparemment blessé au genou sur un mauvais choc, Justin Fields s’absente le temps de quelques minutes. Et, sur la première action de retour sur le gazon, il échappe à la pression adverse en trottinant et lance un superbe touchdown sur une passe laser.

42-16 Buckeyes. Game over.

Les 3 joueurs cités à l’instant se trouvent dans la short-list du Heisman Trophy. Oui, l’effectif de Ohio State est si talentueux que 3 joueurs peuvent prétendre à la récompense individuelle suprême lors de la même saison.

Vous souvenez-vous de la dernière fois qu’un joueur de Michigan était cité pour un éventuel Heisman Trophy ? Voilà, vous comprenez mon point.

Toutefois, au-delà d’un tel coup de massue, les Wolverines avaient d’ores et déjà abdiqué la victoire à “The Game” en fin de 1ère période. Menés 28-13 et ballon en main à 5 yards de l’en-but des Buckeyes, Jim Harbaugh a préféré le field goal à la prise de risque pour revenir à une possession d’écart et insuffler une nouvelle dynamique à son équipe.

Un tel aveu de faiblesse et d’infériorité s’est payé cash. Et il est complètement illusoire de penser qu’un succès face à Ohio State peut s’obtenir à coup de field goal.

Urban Meyer Jim Harbaugh Michigan vs Ohio State 2016
(Crédit photo : Joseph Maiorana – USA TODAY Sports)

Une véritable question se pose : Jim Harbaugh est-il l’homme de la situation pour sauver Michigan du naufrage face à Ohio State ?

Jusqu’à preuve du contraire, aucun autre homme ne semble en mesure de réaliser un meilleur boulot avec les Wolverines que Jim Harbaugh. Cela en dit long sur l’état actuel du programme de football. Mais, peut-être que l’administration de Michigan est heureuse d’être une force pérenne en Big Ten sans avoir un rôle majeur sur le plan national.

Si Jim Harbaugh veut franchir cette barrière et rivaliser avec Ohio State, il doit absolument montrer une véritable stratégie de recrutement. Celle-ci n’existe pas aujourd’hui et l’effectif en est l’image parfaite.

Les Wolverines n’ont pas d’identité définie et empilent les recrues sans un plan clair.

Lors des décennies précédentes, cela aurait pu suffire pour contrer les Buckeyes. Mais l’influence élitiste et quasi-professionnelle d’Urban Meyer a propulsé l’équipe de Columbus dans une dimension différente.

“The Game” décidait auparavant d’un éventuel champion.

Aujourd’hui, “The Game” est devenu le baromètre qui juge le retard de Michigan face à Ohio State. La rivalité féroce du passé, l’une des plus belles de la ligue, est devenu un match unilatéral où l’on connaît le résultat en avance et lors duquel les fans essaient de se convaincre d’une réalité inexistante.

Urban Meyer a tué “The Game” et l’égo de Michigan pourrait bientôt subir le même sort.

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