Bob Bowlsby Commissionnaire Big 12 Media Days 2021
(Crédit photo : Kevin Jairaj - USA Today Sports)

BYU, Cincinnati, Houston et UCF en Big 12 : quelle est la suite pour tous les acteurs ?

Après le départ fracassant d’Oklahoma et de Texas, le futur de la conférence Big 12 était des plus sombres. Pourra-t-elle survivre à l’absence de ses deux figures historiques et identitaires ? La réponse est oui. Et la conférence a trouvé une solution moins de 2 mois après le coup de tonnerre de l’intersaison en football universitaire (et partout en NCAA).

Pas de fusion hypothétique avec la conférence Pac-12.

Pas d’exode massif des 8 membres restants.

Tout le monde s’est serré les coudes pour maintenir la conférence à flot et la meilleure direction pour se renforcer, au plus vite, était de reproduire ce qu’elle reprochait à la conférence SEC. Piquer dans les meilleures forces de ligues adverses. Paradoxal, me diriez-vous.

La conférence Big 12 a ainsi lancé un processus d’expansion et a invité 4 universités à rejoindre ses rangs dans les prochaines années, au plus tard pour l’année académique en 2024-25, selon un communiqué officiel. Mais, là encore, la date n’est pas ancré dans le marbre et pourrait être avancée.

Vous avez certainement eu vent des heureux élus : BYU, Cincinnati, Houston et UCF.

Les Présidents de la Big 12 ont lancé ce processus avec le seul objectif de renforcer et stabiliser la conférence. Avec l’addition de ces 4 institutions riches de traditions, nous avons maintenu la Big 12 sur le chemin du succès. Nous sommes impatients de recevoir BYU, Cincinnati, Houston et UCF sous la drapeau de la Big 12, aussi bien sur le plan sportif qu’académique.

précise Lawrence Schovanec, directeur du “Board of Directors” de la Big 12 et Président de l’Université de Texas Tech.

La conférence n’a pas eu besoin de plus de 2 semaines pour identifier les nouvelles universités et ramener la ligue à un total de 12 membres (en prenant en compte le départ d’Oklahoma et de Texas). Tout s’est déroulé en un éclair, selon les standards de la ligue universitaire. Toutefois, que peut-on tirer et analyser de cette salve de réalignement express ?

Midnight on Campus présente, comme d’habitude, ce qu’il faut savoir de cette nouvelle composition de la Big 12… et les répercussions que celle-ci aura sur le reste du paysage universitaire.

La conférence Big 12 sauve sa place dans le Power Five

A l’instar de chaque processus en NCAA, tout ne s’accomplit pas dans l’immédiat.

Les 3 équipes sur le départ de l’AAC (Cincinnati, Houston et UCF) doivent remettre un préavis de 27 mois avant de quitter la conférence ; en plus de s’acquitter d’un chèque de $10 millions en frais de départ. Cela veut dire, concrètement, qu’elles ne peuvent pas rejoindre la conférence Big 12 avant 2024-25.

Cependant, UConn a négocié un préavis de 12 mois en 2019… en contrepartie d’un chèque de frais de départ plus élevée. Cette solution est plus qu’envisageable.

La situation est un peu plus simple pour BYU. Les Cougars, indépendants en football et affiliés à la conférence WCC pour les autres sports, ne doivent pas s’acquitter de frais de départ s’ils préviennent la WCC plus de 24 mois avant leur départ. Entre 12 et 24 mois, un chèque de $500.000 est nécessaire. Et cette dernière option est la plus probable puisque BYU a déjà partagé son intention de rejoindre la conférence Big 12 en 2023.

Quoi qu’il en soit, Bob Bowlsby a sauvé les miches de la Big 12.

Le statut de conférence autonome du Power Five était clairement en danger. Il ne l’est plus. La Big 12 peut ainsi conserver un pouvoir législatif indépendant (vis-à-vis de la NCAA) et la part de gâteau très juteuse au sein du College Football Playoff. Chaque conférence du Power Five possède des accords contractuels assez lucratifs avec les Bowls ; qui ont été signés jusqu’en 2025.

De plus, avec BYU, Cincinnati, Houston et UCF, la conférence converse un jeton de négociation puissant.

Celui-ci sera d’autant plus crucial quand il faudra négocier une expansion (inévitable) du College Football Playoff dans les prochaines années. Le Playoff entre dans la 7ème année d’un contrat de 12 ans négocié avec ESPN. Et, les négocations ont déjà débuté en coulisses.

C’est pourquoi Bob Bowlsby ne pouvait se permettre d’attendre.

Les ajouts ne sont pas anodins, non plus.

Ils ont été réfléchis (dès la dernière salve de réalignement en 2016 puisque les 4 universités faisaient déjà partie de la liste d’expansion) et apportent à la conférence Big 12 de diverses façons. Chacune apporte une représentation constante au meilleur niveau national dans le Top-25.

De multiples portes s’ouvrent sur le plan du recrutement, aussi, au sein de 3 des Etats les plus productifs en terme de recrues 4- et 5-étoiles. UCF offre un pied important en Floride au même titre que Cincinnati dans l’Ohio et Houston au Texas. Sans oublier que, malgré une stratégie de recrutement particulière étant une école religieuse, BYU devient un pied-à-terre sur le chemin de la Côte Ouest.

L’aspect du recrutement est d’autant plus crucial que Oklahoma et Texas, les 2 présences hégémoniques du Midwest, devraient continuer à siphonner des universités qui se trouvent déjà en manque cruel de talents (en comparaison du reste du Power Five).

Prochain objectif : déterminer les nouvelles têtes de gondole de la conférence Big 12.

Quel est le gain pour les 4 nouvelles équipes en Big 12 ?

Les gains peuvent et doivent se mesurer sur l’ensemble d’un département athlétique. Mais, puisque le prisme du football a été prépondérant dans cet ajout (ne soyons pas naïfs), il faut commencer par analyser l’impact sur le football.

Le basketball (et les autres sports) en fin d’article.

BYU Cougars

A l’inverse de Notre Dame parmi les équipes indépendantes en football, BYU n’était pas considéré comme un challenger crédible pour le College Football Playoff. Les Cougars ont, malgré tout, composé un calendrier extrêmement relevé face au Power Five afin d’être remarqué sur le plan national.

A défaut d’être sélectionné pour le Playoff, BYU a obtenu une sélection pour rejoindre la Big 12.

Les Cougars étaient fiers de leur statut d’indépendant (en football) ; mais, leur intention n’était pas de le rester à tout jamais. L’école attendait le bon moment et le bon hôte. C’est chose faite ; et cette nouvelle affiliation peut se révéler être un booster majeur pour le développement d’un département athlétique plutôt modeste aux ressources financières presque illimitées.

De plus, en Big 12, BYU ne devrait pas rencontrer de publicité négative pour ses politiques religieuses (plus ou moins condamnables). Baylor et TCU, deux autres universités avec de fortes traditions chrétiennes, sont des membres de longue date de la conférence.

On parle souvent de géant endormi dans le sport universitaire. BYU en est un. Et la conférence Big 12 pourrait jouer le rôle d’électrochoc.

Cincinnati Bearcats

A la vue de la forme actuelle, l’ajout de Cincinnati était un “no-brainer” pour la conférence Big 12. Les Bearcats sont des prétendants légitimes au College Football Playoff bien qu’étant un membre du Group of Five. Ils n’ont pas terminé dans le Top-10 en 2020 par hasard. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils retrouvent le haut du panier.

Cincinnati a déjà été membre d’une conférence majeure par le passé, en Big East, de 2005 à 2012.

Ils ont déjà connu les lumières de Bowls du Nouvel An en 2008, 2009 et 2020.

La structure interne du programme de football est comparable avec la plupart des programmes déjà affiliés au Power Five, que ce soit un grand stade rénové et un excellent head coach qui intéresse certains bluebloods. Tout existe déjà pour une insertion sans aucun problème en Big 12. Et les attentes traversent le plafond quand on regarde le recrutement.

Ohio State était la seule université du Power Five dans l’Etat de l’Ohio, un des terreaux les plus fertiles des Etats-Unis. Cincinnati entre dans la danse et Luke Fickell, qui recrute déjà des prospects 4-étoiles en AAC, pourra s’en donner à coeur joie en Big 12. Le base de talent des Bearcats devrait bondir et rivaliser très rapidement avec ses nouveaux collaborateurs.

Et la “rivalité” régionale face à West Virginia leur donne un sentiment de légitimité.

Houston Cougars

Si une école ne faisait aucun doute dans une stratégie d’expansion de la Big 12, il ne pouvait pas s’agit de quelqu’un d’autre que Houston.

Les Cougars s’imbriquent parfaitement dans la zone d’influence géographique de la conférence et compensent la désertion des Longhorns dans l’Etat du Texas. Et, là encore, les ressources financières sont (presque) illimitées. Le booster milliardaire Tilman Fertitta a rénové à lui-seul le stade de football, l’arène de basketball et a débauché Dana Holgorsen de West Virginia à coup de camions de billets verts.

Avec lui, les attentes de résultats ont explosé. Et la présence en Big 12 est une première étape.

Tous les récents investissements l’ont été avec, en tête, l’affiliation à une conférence majeure. Mission réussie. Maintenant, avec le talent à proximité et l’argent à disposition, Houston peut viser les sommets. Ce n’est pas l’ambition qui manque, en tout cas.

Et, sans vrai patron avec le départ des Longhorns, Houston peut même envisager de devenir la figure de proue de la conférence Big 12 au Texas. Baylor, TCU et Texas Tech sont prenables.

UCF Knights

L’addition de UCF est, clairement, celle qui laisse le plus dubitatif du fait de son éloignement géographique. Une université du centre de la Floride en Big 12 ? D’accord.

Ceci dit, UCF a apporté un sacré dossier sur la table des négociations.

Difficile pour la Big 12 de se passer d’une des plus grandes universités des Etats-Unis en nombre d’étudiants inscrits, d’une localisation idéale à Orlando (une des métropoles les plus dynamiques du pays) et d’une présence massive sur les écrans de télévision. Au-delà du marché local, qui tape à la porte des 15 meilleures métropoles des Etats-Unis, les Knights possèdent le 9ème plus grand total de matchs de football télévisés sur les antennes nationales depuis 2018.

UCF est devenu en très peu de temps une marque nationale avec une véritable identité. Mais, l’appât du gain n’est pas la seule raison de l’invitation en Big 12.

Avec une série de 25 victoires consécutives entre 2017 et 2018, un titre national auto-proclamé en 2017 et une double participation aux Bowls du Nouvel An en 2017 et 2018, les Knights ont déjà prouvé qu’ils possédaient le talent pour vaincre au plus haut niveau.

Leur affiliation en AAC les a desservi par le passé.

En Big 12, cette stigmatisation disparait… et leur permet de taper d’autant plus dans les réserves profondes de talent en Floride pour acccomoder leurs ambitions de titre.

L’heure est à la remise en question pour l’AAC

Mike Aresco pousse depuis quelques années pour un “Power Six” avec la conférence AAC.

Il a été le premier à dire qu’il serait agressif pour taper dans les caisses de la Big 12 au lendemain de l’annonce du départ de Oklahoma et Texas, afin d’absorber la conférence et de prendre sa place à la table des conférences majeures, dans le meilleur des cas.

Sauf que son plan tombe à l’eau avec l’envol de ses 3 meilleurs représentants, Cincinnati, Houston et UCF. Et, maintenant, il faut trouver une solution pour se réinventer.

La conférence American doit ajouter des universités pour accompagner les 8 membres restants. On parle de 2 ou 4 nouvelles écoles. Cependant, un vrai problème d’identité existe, comme le souligne Chris Vannini de The Athletic. 3 de ces 8 universités sont des petites écoles privés (SMU, Tulane et Tulsa). La Navy ne participe qu’au calendrier de football… alors que Wichita State propose tous les sports sauf le football. L’AAC s’étend par ailleurs de Philadelphie jusqu’à Dallas et perd ses meilleurs budgets (et ses chances de succès).

Quelle direction peut-elle prendre alors ?

  • Un recentrage géographique vers le Sud-Est des Etats-Unis.
  • Une attention aux marchés médiatiques/économiques les plus prospères.
  • Une course aux plus grands budgets athlétiques du Group of Five.
  • Un ajout d’universités avec le plus grand nombre d’étudiants inscrits.
  • Une quête d’excellentes équipes de football et/ou de basketball, avant tout.

Bref, ce ne sont pas mes stratégies d’expansion qui manquent à Mike Aresco. Et, ce ne seront pas non plus les prétendants qui manqueront, non plus, du fait des droits médiatiques les plus élevés du Group of Five.

Les powerhouses de la Sun Belt, Appalachian State et Louisiana, ainsi que de la C-USA, UAB et Southern Miss, seraient des choix aussi bien logiques que bénéfiques pour la conférence. Mais, ce serait oublier que les universités se limitent uniquement à un succès sur les terrains de football (et des départements athlétiques aux ressources ténues).

Le cas de Liberty est relativement unique du fait de l’implication politique et de la réputation sulfureuse de l’ancien Président de l’Université, Jerry Falwell Jr. ; mais, hormis cela et les politiques religieuses plutôt strictes, les Flames proposent un dossier des plus solides.

FAU, Marshall et North Texas peuvent également être des options de secours.

Et, puis, si la conférence AAC se décide à piocher en FCS (ce qui n’est pas impossible), James Madison est un candidat idéal… et taperait déjà à la porte du FBS depuis quelques saisons. Les Dukes font certainement partie de la prochaine salve d’équipes à monter d’un échelon.

Le basketball en Big 12 bénéfice autant (si ce n’est plus) que le football

L’expansion de la Big 12 a été motivé, en premier lieu, par le football.

Mais la meilleure conférence de la ligue depuis une petite décennie en basketball masculin devient encore plus forte.

L’absence de Oklahoma et Texas, deux résidents pérennes du Top-25, n’est pas une perte si terrible que cela pourrait paraitre. Surtout avec l’ajout de BYU, Cincinnati, Houston et UCF. Baylor n’a pas de soucis à se faire pour conserver une compétition à sa hauteur.

Houston est, tout simplement, l’un des programmes de basketball les plus constants et les plus performants en Division I depuis que Kelvin Sampson a pris la relève des Cougars. La présence au dernier Final Four de la March Madness correspond à l’apothéose de cette renaissance. BYU est un autre programme, souvent sous-côté, de très bonne qualité. Plus de 20 victoires sur 15 des 16 dernières saisons et une participation récurrente au NCAA Tournament en sortie de WCC… malgré la présence de Gonzaga.

Les deux écoles proposent également un solide programme de basketball féminin, d’ailleurs.

Sinon, Cincinnati était un concurrent annuel pour le titre en AAC et une place à la March Madness avec Mick Cronin et les Bearcats devraient retrouver leur place avec l’arrivée du prometteur Wes Miller. Alors que UCF arrive, sur un malentendu, à jouer les premiers rôles malgré le désintéressement galopant du département athlétique pour le basketball.

Avec 4 équipes qui en remplacent 2 et qui affichent de meilleurs résultats sur la distance que leurs “prédécesseurs”, la conférence Big 12 ressort gagnante sur le plan du basketball.