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(Crédit photo : David J. Phillip-Associated Press)

Plus qu’une surprise, Texas Tech et Virginia offrent un National Championship unique

Le Final Four a laissé les observateurs sur leur faim par le manque de spectacle en comparaison d’un Elite 8 dantesque. Mais bien plus que cet aspect-ci, Texas Tech et Virginia se sont qualifiés pour le National Championship avec le statut de « marque » mineure dans le monde du basketball universitaire.

On ne va se le cacher : l’inspiration n’atteint pas des niveaux hallucinants lorsque l’on jette un premier coup d’oeil à cette finale nationale.

Les futurs joueurs professionnels ne sont pas légion, les identités de jeu ne sont pas des plus spectaculaires (bien au contraire) et tout suiveur occasionnel ne connait pas la moitié des protagonistes. Et pourtant, ce sont bien ces aspects qui rendent ce National Championship unique en son genre.

Cette finale doit parler à tout supporter invétéré de basketball universitaire, car, elle met en avant tous les pans qui construisent la spécificité du sport : des « X and O’s » exacerbés, des hommes particuliers et une philosophie à l’opposée des cadres actuels.

 

40 ans plus tard, un affrontement entre deux petits nouveaux

 

Le NCAA Tournament, aujourd’hui surnommé « March Madness » à raison, existe depuis 1939. 80 ans d’histoire et 35 équipes championnes. Mais seulement 9 universités se partagent 45 des 80 titres et l’on est habitué aujourd’hui à retrouver les « bluebloods » dans la conversation pour le titre à chaque saison.

Sauf que, avec Texas Tech et Virginia en compétition pour le Graal, le titre national reviendra en 2019 à une équipe qui ne s’est jamais imposé au sommet de la hiérarchie. 

Il faut remonter à 2006, lorsque Florida remportait le premier de ses deux titres consécutifs, pour retrouver un nouveau champion.

Mieux encore ? Il faut remonter de 40 ans en arrière, jusqu’en 1979, pour retrouver deux équipes en finale qui n’avaient encore jamais goûté à un titre. Les Spartans de Michigan State, menés par Magic Johnson, affrontaient les Sycamores de Indiana State, dirigés par Larry Bird.

(Crédit photo : Associated Press)

Que Chris Beard ou Tony Bennett soulève le trophée, ce lundi soir, dans le U.S. Bank Stadium de Minneapolis, un nouvel head coach entrera dans le cercle exclusif des entraineurs vainqueurs du NCAA Tournament. 49 hommes composent cette liste, et l’un des protagonistes du soir ne deviendra que le 50ème homme à pouvoir see targuer d’un tel exploit.

Et qui que ce soit, le head coach couronné apporte dans ses valises un pedigree relativement unique.

 

Deux head coaches au pedigree atypique

 

Chris Beard est passé, en moins d’une décennie, de la tête d’une équipe semi-professionnelle en ABA, à head coach en Division III puis en Division II, à une pige de 2 saisons avec Arkansas-Little Rock et à la charge d’une équipe de Texas Tech qui se retrouve devant les plus grands accomplissements de son histoire.

Et pourtant, il avoue qu’il n’était pas payé pour ses 3 premiers postes et qu’il est même venu à plier des cartons derrière un supermarché pour arrondir ses fins de mois.

Il sait d’où il vient et Chris Beard veut inculquer la même philosophie à ses joueurs. Il expliquait lors des “media days” qu’il demande à ses joueurs d’envoyer des messages de gratitude à n’importe quelle personne qui les a aidé par le passé.

“Je pense que l’une des meilleures choses que vous pouvez faire est de remercier quelqu’un de votre passé,” développe-t-il. “La fondation de chaque équipe championne n’est pas le style de jeu, le coaching ou les joueurs. Le jeu change, mais, je pense que chaque équipe possède une fondation positive.”

Sa progression dans les échelons du basketball nord-américain est fulgurante ; mais il n’est pas un inconnu du NCAA Tournament. Dès sa seconde saison avec les Spartans de Little Rock, il accède à la March Madness et réalise un upset tonitruant de Purdue lors du First Round. Je me souviens encore des 5 dernières minutes, fabuleuses, où Josh Hagins a pris feu et a obtenu une séance de prolongations avec un shoot du logo (littéralement).

 

 

Tony Bennett est certainement mieux ancré dans le paysage universitaire que son adversaire. Il occupe le poste de head coach de Virginia depuis 2009 et truste les premières places de la conférence ACC depuis 6 saisons, où il a obtenu 5 saisons à plus de 29 victoires, 4 titres de saison régulière et 2 titres au tournoi de conférence.

Au diable l’upset face à UMBC subi lors de la dernière March Madness.

Mais qui le connait vraiment ? Qui sait qu’il a commencé sous lees ordres de son père, Dick Bennett, à Wisconsin ?

Il a assimilé la philosophie de son père, chez les Badgers puis à Washington State (avant de remplacer son paternel en 2006 lorsque celui-ci est parti en retraite), en apprenant les rouages de la défense en « pack line ». Cette stratégie défensive doit boucher les lignes de percussion pour envoyer les attaquants au centre du terrain et elle représente aujourd’hui l’identité de Virginia. Oui, Tony Bennett marche dans les pas de son père. 

La méthodologie chirurgicale de Dick Bennett a porté Wisconsin à son premier Final Four en 50 ans, en 2000. Tony Bennett, de la même façon, permet cette saison aux Cavaliers de gouter à la joie du Final Four pour la première fois depuis 1984.

 

Le recrutement est un point fort là où on ne l’attend pas

 

Les plus grandes équipes universitaires se reposent sur les meilleures recrues en sortie de High School, qui offrent leur service pour une ou deux saisons à ces universités. Mais faut-il constater que cette technique n’établit pas des champions.

Aussi bien Texas Tech que Virginia prend le contrepied de la vague actuelle en recrutement, à base de « one-and-done », et les deux équipes se disputent le titre national.

Entre 2013 et 2018, les Red Raiders et les Cavaliers ont composé avec une classe de recrutement positionné dans le Top-40 (ESPN) à une seule reprise ; Virginia en 2016 (8ème) et Texas Tech en 2018 (33ème). Et les recrues du Top-100 peuvent se compter sur les doigts de la main durant cette même période.

Tony Bennett a tout de même composé une excellente classe de recrutement en 2016 : Kyle Guy, Ty Jerome et DeAndre Hunter émergent de cette promotion, aux côtés de Jay Huff. Et les trois premiers garçons ont attendu leur saison junior pour occuper les premiers rôles au niveau national. Khavon Moore, seule recrue du Top-100 à Texas Tech récupérée en 2018, n’a joué que 2 minutes cette saison à cause d’une blessure contractée en début de saison.

(Crédit photo : AP Photo-Brad Tollefson)

Et si vous vous posez la question, Jarrett Culver n’est pas cité parmi ce groupe. Effectivement, il est passé sous les radars du recrutement et l’enfant de Lubbock a rejoint l’équipe locale avec un statut de 3-étoiles.

Alors que le langage universitaire se résume de plus en plus à « one-and-done » et « 5-étoiles », les deux head coaches font appel à des préceptes qui disparaissent peu à peu : le développement des joueurs et le coaching à la base du paradigme de l’équipe.

Les acteurs majeurs du National Championship ont progressé sur leur campus d’adoption et leurs forces s’inscrivent en parallèle de celles de leur équipe.

 

Deux défenses exceptionnelles… et deux attaques sous-cotées

 

Il est inutile de se fourvoyer : le National Championship oppose deux des meilleures défenses de l’histoire récente du basketball universitaire.

Tony Bennett existe à Virginia au travers d’une défense qu’il a hérité de son père. La ligne de descendante est évidente et le succès des Cavaliers depuis le début des années 2010 prouve évidemment que cette marque de fabrique fonctionne au plus haut niveau. Mais l’amour de Chris Beard pour l’excellence défensive demeure encore un secret.

“On parle [de basketball] tout le temps, il est connecté 24 heures sur 24,” avoue le pivot des Red Raiders, Norense Odiase, à l’aube du National Championship. “Il dit qu’il n’est pas le plus intelligent, mais il va être le plus coriace à battre. Cela nous a amené jusqu’à aujourd’hui. On le vois en lui, ce n’est pas un imposteur et c’est contagieux à chacun de nous”.

La rumeur émerge doucement que les entraînements de Texas Tech se composent à deux tiers d’activités défensives. La volonté de défendre corps et âme régit la vie au sein des Red Raiders et les joueurs ont appris à aimer la défense à force de pratique. Cette affection traverse, littéralement, toutes les positions du programme, de Chris Beard aux joueurs, en passant par le gourou défensif de l’équipe, l’assistant Mark Adams.

“Cela commence avec la comprehension de l’importance de la défense. Si tu veux joueur pour [Chris Beard] et être productif dans notre système, tu as intérêt à accepter la défense,” avoue Mark Adams.

“J’adore manger de la glace et c’est pareil pour jouer en défense,” ajoute Brandone Francis.

Avant la dernière marche du Final Four, Texas Tech possède la meilleure défense en « efficacité défensive ajustée » (KenPom) tandis que Virginia propose la 5ème meilleure défense, une statistique pour laquelle les Cavaliers ne se sont jamais classés en-deçà de la 7ème place depuis 2012-13. 

Outre le rythme (très) lent proposé par chaque défense, celles-ci sont assez différentes l’une de l’autre.

Les Red Raiders font la part belle à l’agressivité, pour forcer un maximum de turnovers et un jeu offensif en transition, alors que les Cavaliers jouent plutôt avec une escaoude compacte et basée sur des rotations défensives fluides, où la faute est prohibée à tout prix.

Il faut se rendre à l’évidence : le National Championship mettra en exergue deux défenses d’exception et le premier à 50 points devrait l’emporter. 

On espère tout de même que l’opposition sera plus stylisée que celle entre Connecticut et Butler en 2011. Et cela devrait être certainement le cas grâce aux deux attaques, qui produisent un meilleur jeu qu’on veuille bien leur attribuer, cachées par la qualité suprême des défenses.

L’efficacité chirurgicale de Virginia permet aux Cavaliers de posséder la 3ème meilleure attaque du pays en « efficacité offensive ajustée » (KenPom). En prenant son temps à monter ses attaques en demi-terrain, les hommes de Tony Bennett ne manque pas énormément de paniers et les rares qui rebondissent hors du cercle sont gobés par les intérieurs : 30% des tirs manqués sont récupérés sur rebonds offensifs, la force masquée de Virginia.

Mais ne croyez pas que Texas Tech se trouve bien loin de ces standards.

D’une façon différente, les Red Raiders demeurent efficaces au-delà du jeu en transition. Depuis les trois défaites consécutives subies en janvier, 20 matchs se sont écoulés et l’équipe de Chris Beard cumule une moyenne de 1.12 points par possession ; ce qui est (extrêmement) bon. A titre de comparaison, Baylor mène la conférence Big 12 dans cette catégorie sur la saison… à 1.09 points par possession.

Plus que les défenses, les attaques créeront la différence entre le champion et le dauphin à Minneapolis.

Une preuve ? 

Texas Tech a tué Michigan State avec un dernier run de 6-0. Virginia a survécu à Purdue puis à Auburn grâce à une banderille dans la dernière seconde. La vérité du National Championship sera-t-elle identique ?

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