Hunter Maldonado Wyoming Cowboys vs Colorado State Border War 2022
(Crédit photo : Wyoming Cowboys Athletics)

“Zooming On” : Wyoming renverse des montagnes à 2.200 mètres d’altitude

Lorsque l’on pense à la sphère d’influence du basketball universitaire, l’Etat du Wyoming ne vient pas à l’esprit en premier ; ou, même, pas du tout.

Et, lorsque l’on réfléchit à ce qui fait la réputation du Wyoming, les exploits sportifs (quels qu’ils soient) ne rentrent pas dans la short-list. Ils ne font aucune ombre aux parcs nationaux de Yellowstone ou du Grand Teton ni aux fameux bisons qui peuplent les hauts plateaux des Rocheuses.

Autant dire que les résultats de l’Université du Wyoming ne passionne pas les foules.

L’université est davantage connue par les experts de trivia pour la hauteur record de son campus en Division I ; qui s’élève à plus de 2.220 mètres au-dessus du niveau de la mer. Mais, avec l’émergence d’une équipe de basketball compétitive au meilleur niveau universitaire en 2021-22, les Cowboys ne doivent plus être cantonnés au rôle de second ou troisième couteau.

Et l’engouement (re)naît à Laramie.

L’Arena-Auditorium des Cowboys retrouve des couleurs. Après 3 années à n’avoir quasiment jamais franchi la barre des 4.000 spectateurs, l’arène de basketball a retrouvé une student section remplie à ras-bord et n’est pas tombée sous cette barre de 4.000 personnes depuis le début du calendrier de MWC.

Mieux, lors de la Border War face à Colorado State, Wyoming a compté sur un soutien de plus de 7.500 unités.

Les Cowboys vont quelque part… et ne viennent pas de nulle part.

Des “World Champions” à l’heure de la Seconde Guerre Mondiale

Il fut un temps où Wyoming remportait le titre national de basketball universitaire.

No joke.

En 1943, il y a près de 80 ans, les Cowboys atteignaient le sommet de la pyramide universitaire et renversaient, qui plus est, les paradigmes du basketball. Avec une infinité de détails savoureux saupoudrant une saison dominée d’une main de maîtres.

Un doubleheader face à deux régiments d’infanterie différents dès le premier jour de la saison, une victoire face à une crèmerie (!) de Colorado, le divorce du head coach qui a failli mettre en danger la suite de l’année (on rappelle que les mœurs sociales et religieuses sont différentes à l’entre-guerre) et, surtout, l’invention du jump-shot par Ken Sailors, enfant d’un minuscule hameau de 40 âmes (en 2020) du fin fond du Wyoming.

Ken Sailors a créé et puis popularisé le jump-shot plutôt que le tir à 2 mains ; et Wyoming s’est envolé pour une version enfantine du NCAA Tournament.

Ken Sailors Jump Shot Wyoming Cowboys Basketball Madison Square Garden
(Crédit photo : Kenny Sailors Collection – University of Wyoming)

Seulement 8 équipes participaient à la “grande danse”, créée en 1939.

Les Cowboys “ont parqué leurs chevaux à l’extérieur” du Madison Square Garden, tel ont ironisé les médias locaux de l’époque, et ont vaincu les Hoyas de Georgetown en finale. Champions ; et, même, double champions. Wyoming a affronté Saint John’s, vainqueurs du NIT, pour un titre officieux de “World Championship” adoubé par l’Associated Press.

Après cette consécration, une partie de l’équipe n’est jamais retournée sur les hauts plateaux du Wyoming. Jim Weir s’est enrôlé dans l’Armée américaine pour combattre en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale et plusieurs de ses coéquipiers l’ont suivi dans les Marines, la Navy ou l’Army.

Le basketball n’était plus la priorité.

Wyoming n’a pas aligné d’équipe et n’a pu défendre son titre national.

Ken Sailors Wyoming Basketball March Madness 1943
(Crédit photo : University of Wyoming)

Et les grandes aspirations de succès universitaire ne sont devenus qu’un lointain mirage.

Après une courte poursuite du succès lors des années 1950 sous les ordres de Everett Shelton, les Cowboys ont rangé leur selle et n’ont participé au NCAA Tournament qu’à 7 reprises jusqu’à aujourd’hui.

Un des pires saisons de l’histoire du programme s’est déroulée en 2020 (terminée à 9-24 et 2-16 en MWC) et a mené logiquement à un changement de head coach. Jeff Linder, fort d’un succès à Northern Colorado, est alors arrivé sur le campus de Laramie. Et l’herbe séchée par les décennies de médiocrité s’est très rapidement transformée en gazon verdoyant.

Parce que Wyoming pointe au sommet de la Mountain West.

Et que les Cowboys ont été classés à l’AP Top 25 pour la première fois en 7 ans… et pour la seconde fois depuis 1989.

Hunter Maldonado “donne le tempo” à Wyoming

Peut-on dire que Jeff Linder était l’homme providentiel des Cowboys ? Possible.

Né à Denver et basketteur en Division II dans le Colorado, il a bourlingué aux quatre coins du Grand Ouest américain en tant qu’assistant et a peaufiné ses gammes à San Francisco et Boise State. Le tout avant de récupérer son premier poste de head coach à Northern Colorado.

Une première vraie étape de reconstruction ; qui se termine avec 3 saisons à plus de 20 victoires en 4 ans (et un titre empoché au CIT).

Il est à nouveau embauché à Wyoming pour reconstruire un programme en ruines ; et le succès est immédiat. Un record positif dès ses débuts à Laramie et des pronostics renversés en 2021-22 avec une guerre fratricide pour la 1ère place de la conférence (alors que les médias prédisaient une place en fond de classement en MWC).

La botte secrète ? Il n’y en a pas.

Le secret est que l’on travaille tous les jours. On n’a pas de jour off et on recrute des gars qui ne prennent pas des jours off.

précise Jeff Linder dans un entretien avec le média spécialisé HeatCheckCBB.

De l’intensité et des physiques imposants, un rythme offensif lent, une propension à écarter le terrain pour mettre en place des isolations (qui reposent à tour de rôle sur le meneur ou le pivot), de l’agressivité sur l’accès au cercle, une défense coriace à chaque possession. Wyoming n’est pas l’équipe la plus novatrice de la ligue.

Mais, elle joue avec ses forces ; et l’expérience fait la différence dans les matchs au cordeau.

La première lame se prénomme Hunter Maldonado.

Le senior de 5ème année, qui a évolué à la Vista Ridge High School de Colorado Springs (à 3 heures de voiture de Laramie), a percé sur le tard.

Ailier de formation devenu extérieur puis meneur de 2m01 pour 91 kilos, athlétiquement modeste mais avec un niveau technique très élevé, tout du moins au sein de la conférence MWC, Hunter Maldonado est devenu le maitre à jouer des Cowboys.

Julien de la Data Team d’Envergure rend son verdict sur un meneur qui est loin de n’être que le second scoreur de l’équipe (19.6 points, 5.4 rebonds et 6.3 passes de moyenne) :

Hunter Maldonado est le porteur de balle principal de l’équipe avec un taux d’usage très important de 29 %.

Il amène une grosse pression sur le panier, non par ses drives, mais essentiellement par son jeu dos au panier. Très technique dans cet exercice, il peut spin ou feinter pour finir en hook ou en touché essentiellement main droite.

Son pourcentage au cercle est très élevé (62%) et représente la majorité de son scoring.

Jeff Linder lui donne carte blanche pour dribbler, servir son intérieur (Graham Ike) ou poser un système. C’est lui qui monte la balle sans amener de vitesse et, depuis le poste, il distribue le jeu en fixant la défense adverse. Maldonado trouve le joueur démarqué après avoir attiré la défense. Il possède aussi une bonne vision du jeu et ses passes sont précises. Sans être génial, sa création donne le tempo à son équipe, qu’il maîtrise et impose parfaitement. Son style est très atypique voire old-school dans le basketball moderne ; mais très opérationnel vu les résultats de Wyoming.

Avec 140 passes décisives, il est le 10ème meilleur passeur du pays (avec 78 pertes de balle, malgré tout).

Il est moins brillant aux tirs que ce soit à 2 ou 3 points : la réussite est basse proche des 25 %. Aux lancers, par contre, c’est mieux. En utilisant énormément le jeu en un-contre-un, il provoque beaucoup de fautes (172) avec une réussite correcte (72%).

En défense, il est dans le ton de l’équipe qui impose une forte pression sur les extérieurs grâce à une taille d’équipe élevée. Il provoque souvent des passages en force et il capte un nombre importants de rebonds défensifs (4,7 prises) avec sa taille et sa vivacité dans les petits espaces. 

Cependant, il est difficile de projeter Hunter Maldonado en NBA. Ses forces ne sont pas adaptées au jeu moderne pour un créateur principal et son shoot n’est pas suffisant pour jouer off-ball.

selon les conclusions de Julien, de la Data Team de Envergure.

Hunter Maldonado est, en somme, le leader des Cowboys.

A l’aube du match “retour” de la Border War face à Colorado State, où il peut récidiver une meilleure performance en carrière lors d’un déplacement crucial à Fort Collins pour le titre de saison régulière, le meneur senior possède une sacrée chance de cimenter son visage dans la légende de Wyoming.

La sortie à 35 points et 12/19 aux tirs (dont le game-winner en prolongations) face aux Rams peut-elle inspirer le meneur senior à faire encore mieux ?

Graham Ike est capable “de gêner tous les intérieurs de la MWC”

Peut-être Graham Ike possède-t-il 3 ans de différence avec son meneur, mais, les points communs sont nombreux entre eux.

Natifs du Colorado et tous les deux snobés par les grandes universités de l’Etat. Complémentaire et décisif dans le jeu de Wyoming. Chacun en lice pour le titre de “MWC Player of the Year”. Comparés au duo le plus médiatique de la conférence depuis quelques saisons, Isaiah Stevens et David Roddy ; de l’université rivale de Colorado State, qui plus est.

Et, surtout, ils ont tous les deux été la priorité de Jeff Linder dès son arrivée à Laramie. Afin de conserver le meneur et de recruter le pivot pour une nouvelle version des Cowboys.

Simplement, Hunter Maldonado et Graham Ike sont inséparables du succès de leur équipe.

Graham Ike Hunter Maldonado Wyoming Cowboys vs Colorado State 2022
(Crédit photo : Aaron Ontiveroz – The Denver Post)

Graham Ike était la cible n°1 de Jeff Linder sur le terrain du recrutement.

Alors qu’il effectue ses années lycée à Aurora (dans la banlieue de Denver), au sein de la Overland High School, il tape dans l’oeil de son actuel head coach… alors que celui-ci entraine toujours à Northern Colorado. Et, malgré une grave blessure ligamentaire au genou en tant que junior, Jeff Linder imagine déjà Graham Ike en tant que “l’un des meilleurs intérieurs” qu’il a entrainé au niveau universitaire.

La confiance était à son maximum. Et le joueur l’a immédiatement perçue.

J’ai tout de suite senti un lien très fort entre nous. Lors de l’une de mes visites à Northern Colorado, je devais seulement rester un jour… et je suis finalement rester 3 nuits. Cela voulait juste dire à quel point il comptait à moi et croyait en moi.

explique Graham Ike dans un entretien avec le média local 7220.com.

Et, puis, c’est notamment grâce à cette blessure qu’il a perdu du poids et a trouvé de l’agilité.

Intérieur de 2m06 pour 111kg, il traverse la frontière nord du Colorado avec un statut de recrue 3-étoiles (d’après Rivals) malgré cette blessure qui a freiné sa dernière année au lycée. Le pivot est approché par plusieurs écoles du Power Six comme LSU ou Washington State.

Mais, il choisit finalement l’Université de Wyoming.

Julien de la Data Team d’Envergure analyse les forces et faiblesses du pivot qui est devenu le leader au scoring des Cowboys dès sa saison de sophomore (21.1 points et 9.4 rebonds de moyenne) :

Puissant du bas du corps et du buste, Graham Ike possède une très grande envergure (apparemment de 2m26) et de grandes mains. Les épaules sont bien larges et il a encore le potentiel pour consolider les bras.

À noter de puis son arrivée à Wyoming, sa masse graisseuse a fondu de 22 à 12 %.

Pas un athlète d’exception et pas très rapide en course, il est tout de même vif dans ses gestes, possède un excellent jeu de pieds et un bon second saut.

Joueur de post-up en attaque, Graham Ike est capable de prendre la position contre tout type de défenseur en MWC. Il produit de bons moves grâce à ses pieds rapides, avec une bonne réussite (54 %) pour un gros volume (presque 14 tirs par match). Et sa main gauche fait des ravages en hook-shot. A l’instar de Hunter Maldonado, il possède souvent la balle (37 % de taux d’usage !) et se retrouve souvent sur la ligne : 8 lancers par match avec une réussite de 70 %… ce qui est bien pour un intérieur… qui ne shoote jamais de loin.

Les tirs sont rares au-delà de 4 mètres et la réussite chute. On peut observer la mécanique de tir lors des lancers-francs et ce n’est pas très convaincant. Le geste n’est pas très fluide ni n’est naturel.

Cela n’empêche pas Graham Ike d’être le 10ème meilleur marqueur au niveau national.

Défenseur rugueux, le pivot est suffisamment mobile pour gêner tous les intérieurs de la MWC, qu’ils soient grands, trapus, costauds ou vifs. Ses grand bras gênent énormément quand il est au contact et son travail du bas du corps lui permet de rester face à l’attaquant.

Même si ce n’est pas un protecteur de cercle élite, il est la base du secteur intérieur et il permet à ses ailiers de mettre une forte pression loin du cercle.

Graham Ike est seulement dans sa deuxième année à Wyoming et il a encore le temps pour développer un shoot et étoffer son arsenal offensif. Tout en minimisant les pertes de balle.

Les blessures semblent être maintenant derrière lui ; et il détient les cartes en mains pour progresser.

selon les conclusions de Julien, de la Data Team de Envergure.

En Mountain West, où les premières places sont denses comme nulle autre conférence (et où le talent sous-côté foisonne de toute part), Graham Ike est le joueur le plus “utilisé” en Division I selon les données de BartTorvik.com.

Il est aussi l’un des 3 joueurs du pays à tourner à plus de 20 points et 9 rebonds de moyenne.

Avec Kofi Cockburn (Illinois) et Jamal Cain (Oakland).

Vous comprenez aisément pourquoi le duo meneur-pivot entre Hunter Maldonado et Graham Ike est l’un des tous meilleurs en NCAA en 2021-22. L’un aide l’autre à performer ; et vice versa. Wyoming ne se trouverait jamais au sommet de la MWC sans leurs exploits hebdomadaires. Pour une place dans une équipe AP All-America ? Rien ne serait plus logique.

Et le fait que ceux-ci aient lieu à Laramie méritent un véritable coup de pouce.

Le NCAA Tournament dans les papiers de Wyoming

Aujourd’hui, une qualification pour la March Madness est inévitable ; et ce serait la première depuis 2015 (ou la seconde en 20 ans après 2002).

Wyoming flirte avec l’AP Top 25 à 3 semaines du Selection Sunday. All is well.

L’issue de la saison des Cowboys ne dépend donc pas du résultat au tournoi de conférence MWC. L’auto-bid n’est plus une nécessité (au même titre que Colorado State et Boise State). Autant dire que la compétition pour les titres, de saison régulière et du tournoi, sont incroyablement disputés.

Les chances de Wyoming ? Plutôt élevées… en toute objectivité.

Et les 2 prochaines semaines sont cruciales pour la fin de la saison.

Graham Ike Hunter Maldonado Wyoming Cowboys vs Colorado State 2022
(Crédit photo : Aaron Ontiveroz – The Denver Post)

Le match “retour” de la Border War sur le campus de Colorado State se déroule dès le 23 février… et le perdant devrait être éliminé de la course au titre de saison régulière. A minima. Mais, ce n’est que le début de la ligne droite finale pour les Cowboys.

Ils enchaînent à la maison contre Nevada et San Diego State, qui sont loin d’être des peintres. Et, puis, le match piège par excellence en déplacement à UNLV.

Les Rebels surprennent en 2021-22 et se reposent sur les sorties explosives de Bryce Hamilton, qui est tout simplement le 8ème meilleur marqueur de la ligue (21.5 points de moyenne), et qui a déjà sweepé Colorado State sur la saison. La victoire n’est pas du tout acquise ; au contraire.

Le “Dome of Doom” a pris de la vigueur au fil des succès des Cowboys.

L’équipe n’a pas perdu la sienne depuis l’ouverture de saison.

Un seed 8 ou 9 est encore entièrement dans les papiers… si aucune autre “mine” de fin de saison entache leur record. Les métriques sont bonnes (dans le Top-45 au NET, SOR, KPI et KenPom) et un record fort impressionnant de 8-2 en Quadrant 1 et 2. Et, aussi bien Hunter Maldonado que Graham Ike ne connaissent pas de trous d’air.

Ce qui est extraordinaire, à 2.200 mètres, avec la fine altitude des hauts plateaux de Laramie.