Bryan Antoine Villanova Wildcats vs DePaul Big East 2022
(Crédit photo : Mitchell Layton - Getty Images)

Villanova peut-il survivre au Final Four malgré la blessure de Justin Moore ? (Oui.)

La présence de Villanova au Final Four est très discrète. Peut-être trop discrète quand on sait que les Wildcats ont remporté 2 titres nationaux lors des 5 dernières éditions de la March Madness. Ce qu’aucune autre université ne peut se targuer pendant cette période.

Il est juste difficile de lutter face à la hype de la demi-finale entre Duke et UNC.

Pourtant, l’équipe menée par Jay Wright s’est installée au sommet de la pyramide du basketball universitaire et peut légitimement investir les quartiers des bluebloods.

La victoire de la culture insufflée par Jay Wright.

Et, justement, cette culture brille à nouveau lors du NCAA Tournament.

Des guards agressifs dans la peinture et des intérieurs fuyants derrière l’arc, un effectif confortable qui force l’adversaire à jouer au jeu des Wildcats et une défense acérée qui cherche à éteindre le point fort de l’équipe opposée. Surtout, l’alchimie du groupe concoctée au fil des années permet de compenser les défauts et de répondre face à l’adversité.

Villanova a cruellement besoin de cette alchimie pour répondre à la blessure de Justin Moore.

L’arrière junior, tombé au combat lors de l’Elite 8 face à Houston (sur une rupture du tendon d’Achille), est une perte catastrophique pour Villanova tant il est crucial dans le système des Wildcats. 14.8 points, 4.8 rebonds et 2.3 passes en 34.6 minutes de moyenne s’envolent en un soupir. Et, par-dessus tout, il est un des éléments majeurs d’une rotation restreinte de 6 joueurs.

Villanova peut-il se relever d’une telle chute et garder la tête haute au Final Four ?

Oui, mais, ce ne sera pas tâche facile.

Bryan Antoine peut enfin combler les attentes

La disparition de Justin Moore creuse un trou de 35 minutes dans la rotation de Villanova ; qu’il faut désormais combler. En connaissance de la formation prodiguée par Jay Wright, n’importe quel joueur jeté dans l’arène peut répondre sur le plan défensif.

Par contre, les 15 points et la bonne dizaine de tirs tentés, c’est une autre histoire.

On ne peut s’empêcher de penser que Jay Wright devrait se reposer davantage sur Eric Dixon.

Le pivot sophomore est relativement réservé (25.1 minutes de moyenne sur la saison) pour éviter les fautes et garder un point d’ancrage primordial sous le panier. Mais, il est impossible qu’il soit le seul à “bénéficier” de la blessure de Justin Moore.

Alors, qui d’autre ?

Deux noms ressortent du lot : Bryan Antoine et Chris Arcidiacono.

Ils sont arrivés à Villanova au sein de la magistrale classe de recrutement de 2019 avec Justin Moore, justement, Eric Dixon et Jeremiah Robinson-Earl. Sauf que 3 ans plus tard, leur trajet universitaire n’a pas suivi la même trace que leurs compères : l’un joue en NBA, le blessé est l’un des meilleurs joueurs de Big East et l’autre est un élément indispensable des Wildcats.

Petit frère de Ryan, qui a brillé à la mène des Wildcats au cours du titre national acquis en 2016, Chris Arcidiacono n’est qu’une joueur de rotation qui n’a pas (encore) réussi à percer.

Bryan Antoine, par contre, est arrivé avec un statut 5-étoiles et des attentes mirobolantes.

Qu’il n’a malheureusement pas confirmé.

Tous les observateurs l’imaginaient comme la nouvelle star de Villanova et il devait réaliser un “one-and-done” à sa sortie de High School. Il a excellé dans un lycée privée du New Jersey avec Scottie Lewis ; jusqu’à conclure une magnifique saison de senior avec une place de McDonald’s All-American. Cependant, en 3 saisons, Bryan Antoine s’est englué dans les espoirs du passé.

45 apparitions à 8.6 minutes de moyenne… et un total de 67 points marqués.

J’ai arrêté de penser à ce que j’ai accompli au lycée depuis longtemps. Et les attentes qui venaient avec.

avoue Bryan Antoine dans un entretien avec The Athletic.

Malheureusement, l’enchainement de longues blessures a ralenti son intégration avec les Wildcats. Une blessure à la hanche en tant que freshman, à l’épaule dès la saison suivante et au genou au cours de la dernière intersaison.

Ce qui a également entravé son apprentissage du fameux système de jeu.

[Son physique] est à 100%. Mais en terme d’apprentissage de notre système et d’expérience, il est comme un freshman.

partage Jay Wright aux médias à la suite du retour de Bryan Antoine à la compétition, le 1er janvier dernier, face à Seton Hall.

Remplacer un joueur majeur par une ancienne recrue 5-étoiles est une bénédiction rare.

Toutefois, dans la réalité, le cas de Bryan Antoine est atypique. Il n’est pas nécessairement la meilleure option pour Jay Wright à l’heure actuelle. Fait-il même partie des plans du head coach des Wildcats ? Le guard n’a pas joué du tout face à Houston. Il est apparu 3 minutes face à Michigan au Sweet 16, 5 minutes face à Ohio State au tour précédent et 11 minutes face à Delaware en ouverture de NCAA Tournament. Le tournoi de conférence Big East s’est résumé à 5 minutes de jeu, en plus.

Nul doute que Bryan Antoine devrait récupérer des minutes et participer au Final Four contre Kansas. A lui d’en faire quelque chose de significatif.

Après une attente interminable, il obtient enfin une vraie opportunité de justifier son recrutement.

Si Bryan Antoine ne valorise pas cette situation, il ne le fera jamais à Villanova.

Déjà, en 2020-21, il a récupéré des minutes à la suite des blessures de Collin Gillespie et de Justin Moore à l’aube de la March Madness. Mais, il n’en a pas profité. 14 points marqués (et 5 tirs tentés) en 41 minutes face à Winthrop et North Texas à la “Grande Danse”.

Aujourd’hui, il s’agit de l’occasion de la dernière chance.

Mais, les espoirs de Villanova s’amenuisent…

La dynamique de Villanova n’est pas nécessairement positive à cause de la blessure de Justin Moore. Elle est la seule équipe du Final Four à perdre un titulaire sur un pépin physique. Est-ce préjudiciable pour les espoirs de National Championship ?

Selon les chiffres, oui, malheureusement.

La blessure de Justin Moore est l’une des plus significatives, à un tel stade de la March Madness.

Selon FiveThirtyEight, depuis 2010, 6 équipes qualifiées au Final Four ont perdu un élément crucial de leur rotation (avec plus de 15 minutes de jeu de moyenne) en cours de NCAA Tournament. Celle de Justin Moore est la plus tardive, au Elite 8, et la plus importante, avec 14.8 points.

(Source : FiveThirtyEight.com)

L’autre équipe qui a subi une blessure aussi tardive est Louisville, en 2013, lorsque Kevin Ware a connu une épouvantable blessure à la jambe au Elite 8. Les Cardinals sont la seule université de cette liste qui a soulevé le trophée de champion national ; mais, Kevin Ware occupait une part mineure de l’effectif de l’équipe.

On pourrait davantage comparer l’importance de Justin Moore à celle de Chuma Okeke.

Toutefois, avec une blessure contractée au Sweet 16, Auburn s’est retrouvée avec plus de temps pour remplacer l’ailier sophomore… et a malgré tout galéré en overtime face à Kentucky au Elite 8 avant de succomber, à la dernière seconde, aux lancers-francs de Virginia au Final Four.

Aujourd’hui, Villanova affronte un problème de temps et de personnel.

Les Wildcats n’a joué avec son banc qu’à 22.7% du temps disponible, selon FiveThirtyEight, soit la 323ème meilleure équipe sur les 358 universités de Division I dans cette catégorie. Et la grande majorité de ces minutes sont occupées par Caleb Daniels ; qui est déjà inclus dans la rotation de 7 joueurs. Les solutions sont (très) limitées.

Qu’est-ce qu’un joueur de basketball à Villanova ? Ils sont coriaces, généralement avec un QI basketball élevé et ils sont orientés vers l’équipe en premier. C’est la marque de fabrique de Jay Wright. Et [les Wildcats] ne s’en séparent jamais.

explique Eric Bossi, responsable national du recrutement chez 247Sports.

Villanova peut tout de même regarder du bon côté des choses avec l’histoire de Kentucky en 2014. Après la blessure de Willie Cauley-Stein, le freshman 5-étoiles Marcus Lee a émergé de nulle part face à Michigan (10 points, 8 rebounds et 2 blocks en 15 minutes) afin de propulser les Wildcats au Final Four.

On en revient ainsi à une autre recrue 5-étoiles coincée sur le banc, Bryan Antoine.

Une telle comparaison serait le meilleur scénario imaginable.

En effet, la marge d’erreur est inexistante pour Villanova et il faudrait presque une performance exceptionnelle pour renverser les Jayhawks sur leur quête d’un National Championship. Une sortie inespérée pour surprendre l’escouade de Bill Self. Un exploit légendaire pour éclairer un Final Four quelque peu terne.

Bryan Antoine peut-il être l’homme providentiel de Villanova ?

En tout cas, le destin pointe timidement du doigt vers l’ancienne gloire du Jersey Shore.