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Thomas Pennellier Frank Phillips Junior College 2019-20

Thomas Pennellier, ex-entraîneur en JUCO : “la meilleure opportunité pour un jeune entraîneur comme moi”

L’intersaison est arrivée plus vite que prévu en 2020. Mais, cela ne veut pas dire un arrêt complet de nos activités. Après la MoC Madness, la rédaction se décarcasse avec de nombreux projets publiés au cours des prochaines semaines.

Aujourd’hui, un entretien exclusif avec un jeune entraîneur français, Thomas Pennellier, 19 ans et originaire de la région parisienne, qui vient de conclure une année en JUCO, à Frank Phillips.

Le processus complet afin de partir vers les Etats-Unis, la vie en Junior College, les différences avec la formation en France/Europe. Thomas Pennellier livre sa vision, son avenir et son ressenti… sans langue de bois.

“En France, tu es obligé d’avoir les diplômes pour avoir de la reconnaissance et des opportunités. Aux États-Unis, tu es bon, on te donne ce que tu mérites.”

Julien : Racontes-nous un peu ton parcours avant de partir pour les Etats-Unis ? Quel cursus as-tu suivi en France ?

Thomas Pennellier : Tout d’abord, j’ai commencé le basketball à l’âge de 5 ans, très jeune, et je me suis jamais arrêté. J’ai commencé à entraîner à l’âge de 15 ans, en passant d’abord les diplômes d’entraîneurs proposés par la Fédération.

Niveau scolaire, j’ai validé un bac ES avec mention en 2018. J’ai par la suite validé un BPJEPS mention basketball. C’est une formation qui permet de s’aguerrir dans la manière de gérer un groupe et d’adapter des situations d’entraînement à un groupe.

Et en parallèle, j’étais entraineur au club du Chesnay-Versailles.

Julien : Comment tu t’es retrouvé en Junior College ? Quelles ont été tes démarches et quel est le processus que tu as réalisé pour un départ outre-Atlantique ?

Thomas Pennellier : Très longue histoire (rires).

J’ai joué deux ans plus jeune dans le club de Versailles et mon entraineur, à cette époque, était Elliott De Wit, actuel assistant coach de Texas Tech. Il était passé par Frank Phillips College en Junior College et il m’a donc mis en relation avec leur head coach.

Ensuite, j’ai eu la précieuse aide de la structure European Gladiators (notamment de Adrian Morris, passé aussi par Frank Phillips). Ils m’ont aidé dans les démarches, et notamment, pour les papiers à envoyer et à remplir auprès de l’ambassade des États-Unis. Je ne vais pas vous le cacher : j’avais vraiment peur au niveau de tous les papiers, car il y a une tonne de papiers à remplir…

Et, seulement après tout cela, j’ai pu prendre la direction de Borger (Texas), où se situe l’école de Frank Phillips.

https://twitter.com/PennellierT/status/1115201324726005765

Julien : Pourquoi avoir choisi le JUCO et de manière générale les Etats-Unis, plutôt que de rester en France ? Meilleure opportunité, meilleure reconnaissance, plus de possibilités pour un jeune entraîneur ?

Thomas Pennellier : C’est toujours quelque chose que mon père disait. En France, tu es obligé d’avoir les diplômes pour avoir de la reconnaissance et des opportunités. Aux États-Unis, tu es bon, on te donne ce que tu mérites.

J’aime cette mentalité et j’ai entendu de nombreux commentaires, positifs et négatifs sur le JUCO. C’est la guerre là-bas : chacun se bat pour son opportunité. Toutes les personnes qui sont en JUCO, ce sont des gens sur qui les entraineurs en Division 1 ont eu des doutes, ou alors des joueurs qui ont eu des problèmes avec la justice, les notes à l’école etc.

C’est ça que j’ai aimé, car les joueurs le savent : c’est leur dernière chance d’aller en D-1 et aussi d’aller en NBA car secrètement ils y pensent tous.

D’un point de vue personnel, le JUCO pour moi, c’était top. Une nouvelle vision du basketball, un niveau plus élevé qu’en France, l’anglais. C’était la meilleure opportunité pour un jeune entraîneur comme moi.

“Il faut savoir qu’on avait entraînement tous les jours, avec seulement une journée de repos. […] C’était dur physiquement mais j’ai adoré.”

Julien : Le Junior College est un championnat de niche ici, en France. Cela vaut quoi en terme de basketball par rapport à la Division I en NCAA et à la France ?

Thomas Pennellier : Le JUCO, c’est la dernière chance pour tous les joueurs. Donc tu le ressens un peu sur le jeu. Les joueurs essaient d’avoir des highlights pour leur mixtape de fin de saison et du coup on voit pas mal de 1/1.

Le JUCO est au-dessus physiquement comparé à la France. Les joueurs sont tous athlétiques, grands, forts, rapides. Ça vole haut, ça court, c’est un autre rythme. Mais à la fin, le basketball reste un sport collectif et c’est l’équipe qui joue le plus ensemble qui gagne. On a joué des grosses équipes collectives, comme Clarendon, New Mexico JC ou encore South Plains. C’est vraiment un niveau à part.

Après, en comparant avec la Division I, ça reste en dessous. En D-1, le rythme des entraînements est plus élevé, les cours, les campus. C’est du JUCO puissance 10.

Mais je reste convaincu que certains Junior Colleges peuvent battre certaines équipes de D-1.

Julien : Le JUCO est l’ultime chance pour des prospects méconnus (ou en difficulté scolaire) de lancer leur carrière universitaire. L’aspect individuel doit primer sur le collectif plus la saison avance, non ? Comment se passe le coaching ? Est-ce plus difficile d’encadrer un groupe avec des joueurs qui jouent leurs cartes personnelles pour obtenir des bourses ?

Thomas Pennellier : Exactement. Au début de la saison, c’est la première chose qu’on leur dit : jouer ensemble, gagner ensemble.

Les universités de Division I s’intéresseront plus à des joueurs qui vont inscrire 2 points de moyenne dans une équipe qui gagne, que 20 points dans une équipe qui perd. Ils savent que tu connais la culture de la gagne et ce qu’il faut pour gagner. 

J’étais à la disposition complète des joueurs pour des workouts individuels. On ressent vraiment cette mentalité un peu “individuelle” et de “dernière chance”. On voit vite les joueurs qui sont dans cette mentalité. On essayait au maximum de rester dans l’esprit collectif, mais, quand tu as 14 joueurs qui pensent à leurs highlights, c’est compliqué.

Julien : Tu étais étudiant en plus d’être dans le coaching staff de Frank Phillips. Comment se déroulait une journée type pour toi (en semaine et le jour de match) ? Ce n’était pas trop difficile de jongler entre les deux ?

Thomas Pennellier : Il faut savoir qu’on avait une séance d’entraînement tous les jours, avec seulement une journée de repos. On jouait tous les lundis et jeudis en conférence. On revenait de déplacement le lundi soir à 2h du matin et on devait aller en cours à 8h30 le lendemain.

C’était dur physiquement mais j’ai adoré.

Une journée type ? Cours de 8h30 à 14h30, ensuite séance de musculation pendant 1h, 30min de vidéo sur le prochain adversaire puis entraînement.

Lors des jours de match ? Cours de 8h30 à 11h30, on avait un shootaround entre 11h40 et 12h40 avant d’attendre le match à 18h. Tout l’emploi du temps scolaire est adapté pour les créneaux d’entraînement, de matchs, etc.

“Je pense qu’un système fédéral combiné au système scolaire serait bénéfique à tout le monde en France.”

Julien : De retour en France, comment évalues-tu ton passage aux USA sur le plan personnel ? Satisfait ? Enrichissant ? Marqué par une manière différente ?

Thomas Pennellier : Je retire pas mal de positif (de cette expérience ; ndlr) : je suis plus autonome, plus aguerri, je suis devenu bilingue et je maîtrise davantage la vidéo.

J’ai appris beaucoup de choses en basketball de manière générale. Je suis un peu déçu sur la manière dont les Américains voient les Européens. Mais, après, cela reste quand même une expérience assez positive.

Les entraineurs américains sont les meilleurs dans la manière de gérer les égos. Ils leurs rentrent dedans s‘ils ne sont pas bons ou font les choses de travers. Ils les suspendent s‘ils trahissent le code de conduite de l’équipe, et MÊME, si c’est leur meilleur joueur.

C’est une manière différente de gérer les individualités et j’ai vraiment beaucoup appris sur cela.

Julien : Tu n’es pas le premier à faire un cursus en Junior College après Elliott de Wit, comme tu le disais, qui est aujourd’hui coordinateur vidéo à Texas Tech. A-t-il joué un rôle dans ton projet ?

Thomas Pennellier : Elliott [De Wit] était mon head coach en U15 à Versailles. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir car il m’a fait progressé en tant que joueur et il m’a transmis cette envie d’entrainer.

Je suis resté en contact avec lui. On se parle au moins une fois par mois, car, on reste de très bons amis. C’est grâce à lui que j’ai pu réaliser cette année à Frank Phillips. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Il a ce truc en lui, et il ira loin, c’est vraiment ce que je lui souhaite.

Julien : Après avoir connu les deux cultures, quelles sont les différences entre la formation en France et aux Etats-Unis ? Quels points gommerais-tu chez certains ?

Thomas Pennellier : Chaque formation possède ses plus et ses moins.

Le côté positif en France, c’est que cela reste beaucoup plus un loisir, séparé du système scolaire et tu peux garder le même head coach durant toutes tes années de pratique. Le côté positif aux États-Unis, c’est que tu vois différents entraineurs qui te permettent d’apprendre de nouvelles choses à chaque fois. Tu traverses le pays pour jouer. Le rythme d’entraînement est élevé.

Je trouve qu’un mélange des deux serait parfait : le rythme et le système américain avec la philosophie de jeu française/européenne. Et je pense vraiment qu’un système fédéral combiné au système scolaire serait bénéfique à tout le monde en France.

Mais cette idée semble farfelue pour un paquet de gens…

“Tente, essaie, persévère, et aie toujours la volonté d’apprendre.”

Julien : Quelle est ta vision propre du basketball ? A-t-elle changé avec ta pige aux USA ? Quel est ton (ou tes) mentor(s) ? L’entraîneur qui se rapproche le plus avec ta philosophie ?

Thomas Pennellier : Le basketball, c’est beaucoup plus qu’un jeu. Ce n’est pas que le match, le gagnant et les trophées. La préparation physique, les entraînements, la vidéo, les égos : c’est toute la facette que j’ai découvert aux États-Unis et ça me plait encore plus.

Avec cette pige aux États-Unis, ma vision du basketball a grandement changé.

Je dirais que mon premier mentor a été Elliott [De Wit]. Il a toujours eu cette mentalité de faire des grandes choses et de ne jamais se contenter de ce qu’il avait. Au haut niveau, j’admire Brad Stevens (Boston Celtics), Nick Nurse (Toronto Raptors), mais aussi Chris Beard (Texas Tech).

Julien : Avec ce qu’il se passe actuellement, quelle est la suite pour toi ? Tu restes en France ? Tu repars aux Etats-Unis ? Des projets en préparation ?

Thomas Pennellier : Je vais rester en France et je vais chercher à utiliser l’expérience que j’ai acquise et à créer un peu une équipe qui me ressemble. Ça me tient vraiment à cœur de montrer que je peux faire gagner et progresser.

Je cherche un club en France qui pourra me donner cette possibilité d’avoir des responsabilités avec une équipe assez âgée mais aussi de continuer à passer mes diplômes. Mais, je ne ferme pas non plus la porte à un retour éventuel un jour aux États-Unis…

Je reste jeune et j’ai faim de basketball. J’ai faim de tout ça donc je vais continuer mon petit bonhomme de chemin. We will see !

Julien : Quels conseils donnerais-tu à un jeune entraîneur qui lit cet entretien et qui veut suivre tes traces ?

Thomas Pennellier : Crois en toi, crois en tes rêves et surtout le plus important : donne-toi les moyens d’y arriver et va à la rencontre des gens. Tente, essaie, persévère, et aie toujours la volonté d’apprendre.

Julien : Je te laisse le mot de la fin, si tu veux remercier des personnes en particulier ou passer une petite annonce, c’est le moment.

Thomas Pennellier : Un grand merci à Coach Hackett, Coach Brandon, Frank Phillips, Elliott, Adrian, Fred et Raphaël et mes parents. 


Propos recueillis par Julien, avec l’aide de Jean et Thomas.

Club(s) professionnel(s), si vous êtes intéressés pour travailler avec Thomas Pennellier, vous avez un contact e-mail (coachtp78@gmail.com) ainsi que son profil sur Twitter (@PennellierT).

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