Scott Drew Baylor Bears vs Gonzaga National Championship March Madness 2021
(Crédit photo : Darron Cummings - The Dallas Morning News)

Avec un titre national, Scott Drew achève la plus belle reconstruction de l’histoire du sport à Baylor

Le 22 août 2003, Scott Drew accepte un poste head coach à Baylor. On promettait la mort de sa jeune carrière d’entraineur, alors que tout le monde fuyait le programme texan comme la peste, en plein cœur d’un des pires scandales des années 2000.

18 ans plus tard, le 5 avril 2021, les Bears posent le pied au sommet du basketball universitaire.

Et un tel accomplissement est le résultat de l’œuvre magistrale de Scott Drew.

Les plus novices ne connaissent que l’équipe de Baylor qui jouent les premiers rôles en conférence Big 12 et s’imposent à la March Madness, d’une année sur l’autre. Dans le pire des cas, les Bears jouent en milieu de tableau de Big 12. Mais, les plus novices ne connaissent pas l’enfer par lequel Baylor est passé avant l’arrivée de Scott Drew.

Le programme de basketball s’est rapproché au plus près de la “death penalty”.

L’Université de Baylor, ainsi que la NCAA, ont lancé des investigations sur le décès d’un ancien joueur des Bears, Patrick Dennehy, en 2003. On apprendra par la suite qu’il a été tué par Carlton Dotson, ancien coéquipier, qui a plaidé coupable à l’homicide et a écopé d’une peine de 35 ans de prison. D’autres méfaits sont remontés à la surface, par la même occasion.

Allant de la consommation de drogue parmi les joueurs jusqu’à des paiements illicites du coaching staff de Dave Bliss.

Dans la foulée, les pénalités et les sanctions ont plu.

Des réductions de bourses universitaires importantes jusqu’en 2006, des réductions dans la logistique autorisée pour le recrutement, une mise sous probation jusqu’en 2010 et une interdiction pure et simple de jouer des matchs hors-conférence en 2005-06.

Scott Drew a posé ses valises à cet instant-là, et, il est apparu derrière le podium d’introduction à Baylor à peine 2 semaines après le renvoi de Dave Bliss. La plaie était encore ouverte et brûlante. On ne lui donnait pas de grandes chances.

Dans un programme de basketball en ruines.

Dans l’ombre d’un scandale qui a conduit à un exode de 10 joueurs au cours de l’été.

Dans une atmosphère exécrable où la confiance entre joueurs restants et nouveaux entraîneurs étaient une utopie.

Entre un effectif dévasté et des sanctions lourdes, les résultats n’avaient rien de surprenant. 8-21 en 2003-04, 9-19 en 2004-05, 4-13 en 2005-06 et 15-16 en 2006-07, quand les Bears étaient enfin autorisés à jouer une saison complète. Cependant, Scott Drew ne tablait pas sur un rétablissement express. Il visait sur le long terme. Le pronostic vital de Baylor était si engagé que cela.

Et, Scott Drew était peut-être le seul à croire en l’improbable.

L’acharnement de Scott Drew a trompé la destinée

Improbable, adjectif.

“Qui n’est pas probable ; qui a peu de chances de se produire. Qui étonne par son caractère peu ordinaire.”

La victoire finale de Texas Western en 1966 avec un 5 majeur composé uniquement de joueurs afro-américains, face à Kentucky, est improbable. Le run de 10 titres de champion en 12 ans réalisé par UCLA dans les années 1970 est improbable. Le couronnement de NC State en 1983, sous la houlette de Jim Valvano, est improbable. La course effrénée de Butler jusque dans les dernières secondes du National Championship en 2010 est improbable. Le buzzer-beater de Kris Jenkins pour offrir le titre national à Villanova en 2016 est improbable.

Ce que Scott Drew a réalisé à Baylor dépasse la notion de l’improbable.

Si ce n’est même de l’entendement.

Il ne s’agit pas d’un concours de circonstances. Non plus d’une bonne dose de chance. Ni même d’une destinée écrite par les dieux du basketball universitaire.

Scott Drew s’est dévoué corps et âme pendant 18 ans et a insufflé un optimisme inébranlable au sein d’un programme qui vacillait dangereusement au bord de la falaise. Jour après jour. Mission après mission. Le fils de Homer Drew, légendaire head coach de Valparaiso, duquel il a obtenu sa bonne humeur et son positivisme aveugle, a cru en lui et a cru dans la vision qu’il apportait avec lui à Baylor.

Dès les premiers jours.

Malgré une situation critique qui n’affichait rien de bon.

Il a apporté de la joie et de la bonne humeur sur un campus qui vivait dans la honte. D’ailleurs, c’est ce dont tout le monde peut attester de Scott Drew. Un sourire communicatif, un enthousiasme transpirant par tous ses pores, une vision positive des événements en toute circonstance. Et c’est pour cela que, en dépit des critiques et réticences, Scott Drew était le seul et unique homme à être capable de sortir les Bears de leur tombe.

La bonne humeur n’est pas la seul responsable du succès de Baylor. Non, bien sur. Le jeu mis en place au cours des années est sans aucun doute un élément de réponse, aussi.

Mais, la raison majeure qui a propulsé cette équipe vers les sommets, c’est avant tout la vision de Scott Drew.

Une confiance sans faille qui a pris forme face à Gonzaga

Première saison après l’adoucissement des sanctions en 2008 ?

La première qualification pour le NCAA Tournament en 20 ans (1988).

Lors de la 7ème saison de Scott Drew sur le campus de Waco en 2010 ?

La première qualification pour l’Elite 8 en 60 ans (1950).

À seulement 8 points du Final Four, face à Duke des frères Plumlee et de Kyle Singler. Un stade de la March Madness atteint de nouveau 2 saisons plus tard, pour les mêmes résultats, face à Kentucky et la sensation freshman, Anthony Davis.

Baylor n’est pas arrivé à de tels exploits, si tôt, par hasard. Scott Drew a implémenté un concept de “JOY” (Jesus, Others, Yourself ; ndlr) et a instigué une refonte de la philosophie avec l’aide de Jerome Tang, son bras droit de la première heure, depuis 18 ans.

Les deux hommes se sont arrachés sur le terrain du recrutement. Pas nécessairement pour dénicher les meilleurs joueurs ; mais, plutôt, pour trouver les bons joueurs.

Revanchards.

Au caractère fort.

En quête d’une seconde chance.

Oubliés par l’élite du basketball universitaire.

Les pièces se sont doucement alignées et Baylor a commencé à croire que la rédemption n’était pas qu’une conception purement hédoniste. Au-delà d’une simple Méthode Coué. Le succès est possible. Des petites victoires de la vie de tous les jours, dans un premier temps, jusqu’aux victoires sur la plus grande scène nationale.

Et, enfin, pour conclure, une victoire au National Championship du NCAA Tournament.

Tous les observateurs attendaient une finale nationale entre Baylor et Gonzaga, les deux meilleures équipes du championnat depuis l’ouverture de la saison. Un tel souhait a pris forme. Ainsi, il était l’heure de mettre fin au débat qui a passionné la planète du basketball depuis novembre.

Quelle est la meilleure équipe ? Les Bears ou les Zags ?

Et, après 40 minutes d’une finale nationale qui était la plus attendue depuis des lustres, le débat a été clôturé sans que personne ne puisse critiquer du résultat. Baylor a éviscéré, du tip-off au buzzer, une équipe de Gonzaga qui a masqué la perfection des Bears pendant près de 6 mois.

Le résultat final est digne du travail de Scott Drew depuis 18 ans. Etouffer les critiques et surprendre en position d’outsider. Réussir son coup alors que personne (ou presque) ne croyait dans les chances des Bears.

Score final : 86-70, Baylor. Gonzaga n’a jamais mené de la rencontre.

Une revanche sur un record de 17-0 balayé par deux pauses forcées à cause de cas positifs au COVID-19 et un hiatus de 3 semaines en février, tandis que les Bulldogs impressionnaient et filaient vers une position de domination sur la ligue.

Les Bears étaient bien décidés à mettre à profit la confiance de Scott Drew placée en eux et dans les chances du programme. Mark Vital, engagé avec l’université depuis 2013, a pris 2 rebonds offensifs sur la première possession de la rencontre. Davion Mitchell, MaCio Teague et Adam Flagler, tous arrivés à Waco sur transfert, ont planté des banderilles de tous les les coins du parquet. Ils ont plié la rencontre dans les 5 premières minutes et à l’aube des 5 dernières minutes.

Le fait de soulever le trophée de champion national est bien plus significatif qu’une simple ligne sur du papier.

Cela récompense les efforts acharnés de Scott Drew.

Et cela prouve que l’enthousiasme du head coach n’était pas qu’un espoir vain de réussite. Celui-ci l’a mené jusqu’au sommet d’une pyramide qui semblait plus haute que l’imaginable à son arrivée sur le campus de Waco, en 2003.