Saint Peter's Peacocks vs Murray State March Madness Second Round 2022
(Crédit photo : Jamie Sabau - NCAA Photos via Getty Images)

Saint Peter’s ou la définition de la Cendrillon parfaite

Vous ne savez pas placer l’Université de Saint Peter’s sur une carte ?

Nous non plus (et on remercie Google Maps pour le coup de main).

Imaginez une bourgade de banlieusards du New Jersey blottie derrière l’ombre de la Statue de la Liberté, entre l’aéroport international de Newark et la presqu’île de Manhattan. Vous obtenez la ville de Jersey City. Oui, vous n’aviez aucune idée et vous n’êtes pas seuls.

Cette ville invisible, cachée par l’aura de New York, résume bien l’identité de Saint Peter’s.

Personne ne considère une minuscule université privée de confession jésuite et d’à peine 2.300 âmes au coeur du paysage du basketball universitaire. Cette équipe ne passionne pas les foules avec une place régulière dans les bas-fonds de la modeste conférence MAAC. Et, à l’heure du Selection Sunday, il fallait plisser des yeux pour apercevoir les Peacocks à côté de Kentucky.

Et, pourtant, Saint Peter’s a réalisé l’impensable.

Un succès au NCAA Tournament pour entrer dans l’éternité.

Les Peacocks ont joué dans les yeux de Kentucky, université publique majeure à l’échelle des Etats-Unis avec ses 32.000 étudiants et ses 8 titres nationaux en basketball, pendant 40 minutes. Ils ont planté les tirs qu’il fallait dans le temps réglementaire et en prolongations (à l’inverse des Wildcats). Et ils se sont imposés.

Mieux, Saint Peter’s a récidivé au Second Round face à Murray State.

Après une saison régulière fantastique, les Racers étaient là encore en position de grand favori pour accéder au second week-end de la March Madness. L’heure de gloire de Saint Peter’s devait déjà être derrière eux. Sauf que les Peacocks ont dominé et ont mené pendant 34 minutes.

Et les paons, dans toute leur splendeur, ont étalé leurs qualités telles leur queue florale.

Saint Peter’s représentée par une moustache

Quand une équipe victorieuse à la March Madness atteint le statut de “Cendrillon”, il est prouvé scientifiquement (ou presque) que ses hommes possèdent une histoire particulière. L’effectif de Saint Peter’s ne déroge pas à cette règle.

Shaheen Holloway a monté une équipe cosmopolite depuis son arrivée à Jersey City.

Deux jumeaux maliens de 2 mètres nés à Bamako et passés par un lycée catholique de Long Island, deux jeunes intérieurs du Sénégal et un freshman originaire de Bangui en Centrafrique. Le fils d’une légende du basketball à Porto-Rico débauché d’un lycée de l’Ohio. Et deux leaders issus de la grande région new-yorkaise pour insuffler une philosophie rude et physique.

Tout en sachant qu’aucun de ces hommes n’était recruté avec une étoile associée à son profil.

Et, pourtant, chacun possède un rôle crucial avec les Peacocks.

KC Ndefo est l’un des meilleurs protecteurs de cercle de la ligue ; en toute honnêteté. Il a terminé une saison de junior avec la première place nationale en terme de tirs contrés (91) et le titre de MAAC Defensive Player of the Year. Et, son apport a été monstrueux pour s’imposer face à Murray State avec 17 points, 10 rebonds et 8 blocks.

Je me fous si tu perds le ballon, mais, tu ferais mieux d’être le premier à revenir en défense. J’ai adoré que, même s’il perdait le ballon, [KC Ndefo] était le premier à rattraper l’adversaire et à contrer le tir sur la planche.

précisait Shaheen Holloway à propos de KC Ndefo dans une discussion avec NJ.com.

Les jumeaux Hassan et Fousseyni Drame apportent de la taille et de l’activité sur les rebonds dans la raquette. Matthew Lee, fils du légendaire Alfred “Butch” Lee, dirige l’attaque des Peacocks. Et, Darryl Banks III est devenu le meilleur scoreur de Saint Peter’s en 2021-22… et le héros de l’upset face à Kentucky avec 27 points (à 9/19 et 5/8 à 3-pts).

Mais, l’identité des Peacocks est incarnée par un natif du New Jersey à la chevelure sauvage et à la moustache pornographique.

Doug Edert a adopté cet accoutrement capillaire à la suite d’un confinement provoqué par la pandémie du COVID-19. Il ne s’était pas rasé et Matthew Lee, le barbier attitré de l’équipe, avait pour mission de le rafraichir. Tout y est passé… sauf la moustache.

Elle est restée et, au même moment, Shaheen Holloway l’a positionné en 6ème homme.

Doug Edert a pris feu sur le terrain avec Saint Peter’s.

Je rentre plus de tirs donc je la garde.

s’exclamait Doug Edert quand on lui demandait de raser cette moustache.

Et, sous couvert de superstition, la nouvelle image des Peacocks est née.

Shaheen Holloway a monté une équipe à son image

On est au courant que Saint Peter’s est seulement devenu la 3ème équipe de l’histoire du NCAA Tournament accolé d’un seed #15 à se qualifier pour le Sweet 16 ; après FGCU en 2013 et Oral Roberts en 2021.

Mais, les Peacocks sont aussi la première université du New Jersey à accéder au Sweet 16 depuis 2000.

Cette école ? Seton Hall.

Le meneur titulaire des Pirates ? Shaheen Holloway.

Le destin semble suivre l’actuel head coach de Saint Peter’s. En même temps, il a assemblé une équipe qui lui ressemble en tout point : avec de la rudesse et de l’intelligence, qui joue les uns avec les autres et qui défend chaque centimètre carré du parquet.

C’est une équipe parfaite du New Jersey. Saint Peter’s est une équipe difficile à jouer parce qu’ils ont l’habitude d’être embêté. Vous savez, il est dur de trouver une place de parking à Jersey City. Ils sont du coup habitués à se battre pour chaque centimètre du parquet.

Je pense que Murray State n’a jamais été défendu de cette manière de toute la saison. Pareil pour Kentucky.

expliquait Greg Herenda, head coach de Fairleigh Dickinson depuis 2013, dans une interview au New York Post.

Des qualités qu’il a démontré dès ses premières minutes au lycée à St. Patrick High School, à Elizabeth (New Jersey), sur le chemin d’une place de McDonald’s All-American. Mieux, Shaheen Holloway était le meilleur meneur du pays derrière Mike Bibby en tant que senior en 1996 et a terminé le McDonald’s All-American Game avec le titre de MVP.

Duke, California ou Georgia Tech courtisaient le meneur discret du New Jersey.

Mais, motivé par sa relation avec Greg Herenda, il a préféré la solution locale avec Seton Hall.

Et cette relation est cruciale pour comprendre la personnalité de Shaheen Holloway.

Il défendait dur, il attaquait et il était sans aucune peur. [Shaheen Holloway] était plus petit mais il jouaient tellement plus grand.

ajoutait Greg Herenda lorsqu’il s’occupait de le recruter à Seton Hall en 1996.

Le jeune meneur s’est alors révélé comme le leader vocal et le leader du jeu des Pirates pendant 4 ans, jusqu’au Sweet 16, en 2000. Après une présence en Big East All-Rookie Team, une première place en terme de passes décisives en Big East et un titre de Big East Most Improved Player of the Year.

Avancez jusqu’en 2018 et il reprend le poste de head coach de Saint Peter’s (après 8 ans sur le banc des entraineurs de Seton Hall).

Première mission : trouver des intérieurs massifs et physiques. Rien de compliqué autour de New York, et, surtout avec la voie des joueurs africains recrutés dans la région. Deuxième mission : dénicher un shooteur. Il a pris la voiture et s’est rendu dans les tribunes d’un tournoi, en Pennsylvanie, au sein duquel participait son ancienne équipe de AAU.

Doug Edert jouait dans cette équipe-là.

[Doug Edert] est peut-être le gars le plus dur de mon équipe parce qu’il s’en fout. Il joue avec la plus grande insouciance.

Je suis allé le voir jouer [au lycée] et il a planté quelques tirs ; mais ce que j’ai vraiment aimé, c’est qu’il défendait sur le meilleur joueur et qu’il ne reculait pas, prenait des rebonds et jouait avec émotion. J’adore les gars qui jouent avec émotion et passion. C’est ce que nous sommes. Ce sont les joueurs que j’aime recruter.

Tu dois jouer dur si tu veux jouer pour moi.

explique Shaheen Holloway dans un entretien pour The Athletic.

Troisième mission : assembler un collectif de 12 joueurs capables de jouer 10+ minutes de moyenne. Une aberration dans le basketball universitaire moderne. “Ils m’ont regardé comme si j’étais fou”, avouait Shaheen Holloway à NJ.com. Mais, une des raisons de la double victoire à la March Madness en 2022 : 9 joueurs ont joué plus de 10 minutes face à Kentucky et face à Murray State.

La création de cette équipe des Peacocks correspond à ce que voulait Shaheen Holloway.

Je vais dire quelque chose qui va paraitre un peu fou : je joue avec des gars du New Jersey et de New York. Vous pensez qu’on a peur de quelque chose ? Vous pensez qu’on est inquiet de se faire secouer par d’autres joueurs ?

C’est que nous faisons. C’est ce que nous sommes.

ajoute le head coach de Saint Peter’s à The Athletic.

Avaient-ils une meilleure équipe que les Wildcats et les Racers sur un match à élimination directe à la March Madness ? Oui, ce serait bien possible.

Les résultats parlent d’eux-même, en tout cas.

Et Saint Peter’s ne doit ces succès qu’aux hommes qui participent à la rédaction du nouveau chapitre de Cendrillon. Avec un peu plus de rudesse que les précédents.