Paris McCarthy Irlande U18 2022
(Crédit photo : @BballIrl)

Paris McCarthy, de Kerry (Irlande), à la rescousse à East Tennessee State ?

Au coeur de la saison de basketball universitaire, Midnight on Campus aborde les (potentielles) stars de demain : nos “Diamants Bruts”.  De futurs talents qui ont connu une saison de freshman intéressante et qui tentent de (re)lancer leur cursus. Des prospects internationaux ou de Junior College qui arrivent en NCAA. Et même, plus osé, des joueurs inconnus qui méritent la lumière.

On reprend nos récentes habitudes : direction l’Irlande et plus précisément le comté de Kerry, au Sud-Ouest de l’île près de Cork, où joue actuellement une pépite irlandaise, Paris McCarthy.

(Si vous me suivez sur Twitter, vous savez que je couvre le championnat irlandais et les sélections jeunes.)

Elle a récemment annoncé son départ pour East Tennessee State en vue de la saison prochaine. Rien que cela. Paris McCarthy ne demande qu’à éclore aux yeux de tous. (Il s’avère que mes spotlights ont aidé dans le processus de recrutement, donc, je suis encore plus heureux de présenter l’une de mes chouchous).

Qui est donc Paris McCarthy ?

Paris McCarthy n’était pas la joueuse qui m’avait le plus interpellé cet été avec les sélections jeunes.

Il faut dire que son temps de jeu avec les U18 fut moindre, et donc, il existait peu de contenu à se mettre sous la dent. Curieux, j’ai toutefois décidé de suivre la Superleague (première division de basketball en Irlande) ainsi que la Division I (seconde division de basketball en Irlande) pour avoir un suivi constant sur les jeunes pépites ; avec un focus particulier sur le circuit féminin.

Et, un samedi soir, je découvre l’équipe de St Mary’s.

Constituée de joueuses irlandaises (les équipes ont le droit d’avoir deux américaines au sein de l’effectif, que ce soit en Superleague ou alors en Division I), cette équipe de Superleague féminine perd… mais, une joueuse attire mon attention.

La numéro 5.

Ni une, ni deux, je regarde l’effectif et il s’agit bien Paris McCarthy.

Du coup, je me prends à suivre l’équipe et je découvre un profil très intéressant. Elle monte en puissance au fil des semaines et, à l’image de son équipe, propose un jeu assez attrayant ; même si les résultats ne suivent pas. Fin janvier, la jeune irlandaise réalise son dernier fait d’armes avec une victoire en prolongation contre DCU Mercy, l’un des cadors du championnat, où elle a été décisive avec 17 points au compteur.

Il faut dire que Paris McCarthy est connue en Irlande.

Avec 19 sélections chez les jeunes et notamment avec les U16, elle est déjà une cadre de cette jeune (et talentueuse) génération de basketteuse en Irlande grâce à son profil de capitaine sur et en-dehors du parquet nécessaire au sein d’un groupe.

Il faut aussi savoir qu’elle pratique plusieurs sports ; et, en Irlande, le sport roi est le football gaélique. C’était d’ailleurs l’un des seuls sports encore actifs en Irlande pendant la pandémie de COVID-19, alors que le basketball, lui, a connu près de 16 (!) mois sans pouvoir s’entraîner dans une salle.

Paris McCarthy était alors dans l’obligation de faire un choix entre ses deux passions.

Et le basketball l’a emporté avec la bourse universitaire reçue pour étudier et jouer dans la Division I en NCAA avec East Tennessee State.

Une basketteuse complète… déjà prête pour la NCAA

Le football gaélique est, comme vous pouvez le voir, un sport très éprouvant.

Il faut avoir une condition physique incroyable pour répéter les efforts sur de longues distances. Forcément, Paris McCarthy se repose sur un profil athlétique. Mais ce qui marque dès qu’on observe la joueuse, c’est surtout cette combativité de chaque instant. C’est clairement son meilleur point fort.

Vous allez me dire : « des joueuses qui se battent sur un parquet, c’est bien, mais cela ne permet pas de gagner des matchs ».

Ceci est faux.

Rien que par son énergie, son body language et le fait qu’elle se batte sur chaque ballon, elle permet d’influer des ondes positives pour ses coéquipières et elle aide surtout son équipe à récupérer des secondes chances.

Et Paris McCarthy montre déjà un leadership au sein d’une équipe où elle est la plus jeune.

Son profil athlétique et son abnégation lui permettent de se montrer efficace en défense.

Clairement, c’est une teigne.

Paris McCarthy défend très bien en individuel et met une pression quasi-constante sur le porteur de balle. Et, puis, elle monte en intensité plus le match avance et que la fatigue se fait ressentir. C’est à ce moment-là qu’elle devient vraiment efficace en provoquant des pertes de balles adverses.

Il existe encore un petit peu de travail sur l’aspect « défense sans ballon », avec des petits errements dûs à des petites pertes de concentration. Mais, bon, quand on joue autant et avec une telle intensité, il est normal d’avoir des petites séquences un peu « off ».

Paris McCarthy Irlande Saint Mary's 2022
(Crédit photo : @parismccarthyy)

Offensivement, Paris McCarthy est attirée par le cercle avec finition main droite et main gauche. Elle peut aussi sanctionner une défense un peu trop laxiste, que ce soit à mi-distance ou alors à 3-points. Attention, son tir reste perfectible, mais la base est déjà bien présente et fiable.

Nul doute qu’elle deviendra une vraie force offensive avec une année aux Etats-Unis.

Au niveau de la création, elle possède un sens de la passe très développé : elle est capable de trouver des fenêtres de passe difficile dans un timing idéal. Son jeu sans ballon est aussi très bon. La jeune irlandaise sait bouger en fonction du ballon pour offrir des solutions à ses coéquipières.

En bref : Paris McCarthy est une joueuse très complète sur un parquet.

Il s’agit du genre de joueuse qui ne traduit pas son apport sur sa ligne de statistiques. Si vous regardez les boxscores, vous allez dire que « c’est plutôt pas mal, c’est vrai »… Puis, vous regardez le match, et vous dites : « ah oui, quand même, c’est fort ! ».

Elle est le rêve de chaque entraineur.

D’ailleurs, c’est une spécificité que j’ai remarquée devant les différents championnats FIBA.

La formation en Irlande est vraiment bonne et ne se focalise pas sur seulement une partie du jeu. Chaque joueur et joueuse évolue dans un « moule » qui leur permet de faire quasiment tout sur un parquet. Aux Etats-Unis, par exemple, la majorité des entraineurs au lycée se contente de s’appuyer sur les forces de leurs stars ; sans pour autant développer les faiblesses.

Un prospect qui arrive d’Irlande est déjà un joueur qui peut s’adapter à n’importe quel système de jeu et à n’importe quel rôle.

C’est pour cela que je ne me fais aucun souci pour Paris McCarthy vis-à-vis de son adaptation aux exigences universitaires de la Division I.

Elle est prête mentalement, physiquement et au niveau de son basketball.

Pour la petite anecdote, Paris McCarthy me rappelle Edel Thornton… qui était la meilleure prospect de la dernière décennie en Irlande (et la tête d’affiche du basketball irlandais chez les femmes avec Claire Melia). Edel Thornton a joué en NCAA à Quinnipiac (Division I) avant de retourner à Brunell, en Irlande, en refusant des offres professionnelles aux Etats-Unis, et elle est aujourd’hui la capitaine de l’équipe nationale d’Irlande.

On espère la même réussite pour la native du Kerry.

Paris McCarthy à la rescousse de East Tennessee State ?

Peut-elle réussir à East Tennessee State ?

C’est toujours difficile de se projeter aussi loin.

Plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour des Européens qui s’exportent aux Etats-Unis ; et, notamment en NCAA. L’éloignement du cocon familial et les exigences physiques du haut niveau. Je n’ai aucun souci sur le dernier point : elle répondra présente face au challenge et ne changera pas sa façon de jouer.

Le fait de jouer en Superleague lui donne déjà un avant-goût des exigences.

Et, enfin, il faut aussi considérer le nouveau rôle avec les Buccaneers. Mais, le modèle de formation en Irlande permet de réaliser cette transition avec plus de douceur.

Paris McCarthy n’aura peut-être pas le même temps de jeu sur sa saison de freshman qu’elle détient à l’heure actuelle avec St Mary’s. Et, pas de place dans le cinq majeur, non plus. Cependant, son profil devrait lui permettre de rentabiliser ses minutes. Quand vous êtes entraîneur et que vous avez un joueuse qui se donne à 300% sur chaque ballon, vous lui donnez naturellement plus de minutes. Match après match.

Toutefois, la jeune basketteuse irlandaise arrive dans une équipe jeune avec la plupart de ses coéquipières au poste qui entrent dans leur saison de freshman. East Tennessee State est qui plus est en délicatesse avec un bilan de 2 victoires pour 19 défaites (au 10 février). Le COVID-19 et les blessures n’aident pas les Bucs.

Paris McCarthy devrait donc avoir une réelle carte à jouer dès ses premiers pas sur le campus.

Une chose est certaine : la Division I n’est qu’une étape pour Paris McCarthy.

Elle grandit avec un but précis en tête : débuter une carrière en WNBA.

Ce diamant brut irlandais peut faire du bruit dans le paysage universitaire en NCAA dès les prochaines années. Vous êtes prévenus. Spoiler alert : elle n’est pas la seule. La génération qui arrive en provenance d’Irlande est incroyable et au moins 4-5 joueuses peuvent prétendre à obtenir des bourses en Division I.