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Stretching Evansville
Sous les yeux de Sunny Park, le préparateur physique, les joueurs continuent leur échauffement d'avant-match avec quelques étirements. (Crédit photo : Midnight on Campus)

“A day with Evansville” : la préparation physique continue en Europe

La semaine dernière, les Purple Aces d’Evansville concluaient leur voyage de dix jours en Europe à Paris. Midnight on Campus ne pouvait passer à côté de cette opportunité.

Les voyages estivaux sont devenus un rendez-vous (presque) incontournable de l’intersaison en basketball universitaire. Evansville en a profité pour quitter ses frontières de l’Indiana (entre Londres, Gent et Paris) et les Purple Aces nous ont ouvert leurs portes afin de partager leur escapade parisienne.

Plongez à nos côtés au cœur du programme d’Evansville et découvrez une journée à Paris.

Deuxième épisode d’une mini-série consacrée à Evansville au cours de la semaine.

L’arrivée d’Evansville attire les regards

Une entrée remarquée. Quand ils ont commencé à fouler le parquet du petit gymnase de Brétigny-sur-Orge à l’occasion d’un match amical, les joueurs d’Evansville ont attiré l’attention, de l’équipe adverse et des spectateurs présents pour l’occasion.

Personne ne connait un seul nom des Purple Aces, mais Evansville reste une équipe américaine. Et une équipe du pays de la balle orange fascine toujours autant par sa dimension physique, même au niveau universitaire.

Un simple coup d’œil pendant l’échauffement suffit.

Les Purple Aces paraissent bien plus costauds que l’équipe d’en face, AK Training Camp, une sélection d’un camp de formation de région parisienne. Le contraste est saisissant. L’aspect visuel se transporte d’ailleurs dans le jeu quand Evansville prend le dessus au retour des vestiaires, bien plus frais physiquement, pour finalement s’imposer sur le score de 77-64.

Les Purple Aces ont dominé physiquement.
(Crédit photo : Midnight on Campus)

Cette victoire, évidemment anecdotique, a dû satisfaire le coaching staff ainsi que les deux préparateurs physiques, Sunny Park et Erik Brown.

Aucune blessure à constater durant le match et une intensité au rendez-vous. A un peu moins de trois mois de la reprise de la saison, les Purple Aces ont déjà bien avancé dans leur préparation.

Nous avons eu à peu près 7 semaines de préparation avant d’entamer ce voyage ici (en Europe). Les joueurs sont allés quatre fois par semaine à la salle de musculation. La majorité du travail qui est faite avec moi.

explique Sunny Park à notre micro.

Une phase de préparation inhabituelle pour sa 5ème saison au sein du coaching staff. Avec ce voyage en Europe, il a dû adapté son calendrier en prenant en compte les trois matchs amicaux joués en plein mois d’août.

Une préparation spécifique durant l’été

L’objectif de ces 2 mois de préparation est donc de se construire physiquement.

Les joueurs se concentreront vraiment sur l’aspect tactique quand ils reprendront les cours, à la rentrée universitaire. Et, en attendant, Sunny Park organise ses séances tout en respectant les règles instaurées par la NCAA.

Les athlètes-étudiants ne peuvent pas s’entraîner autant qu’ils le veulent.

Pendant l’été, j’ai au maximum 4 heures par semaine avec eux. Et durant la saison, nous avons, au total, 22 heures disponibles avec eux (tout entraînements confondus). Nous devons donc nous accorder avec le staff pour savoir où dépenser ces heures entre le terrain et la salle de musculation.

Une situation différente qu’il a connue lorsqu’il faisait partie du coaching staff des San Antonio Spurs en NBA. Même si les joueurs universitaires jouent deux fois moins de matchs par semaine, ils ne peuvent pas forcément s’entraîner plus.

Les séances durent entre 30 et 45 minutes en NBA. En NCAA, les séances durent 20 à 30 minutes et c’est rare qu’ils s’entraînent plus de deux fois par semaine, car leur emploi du temps est chargé.

Une préparation à long terme

Un entraînement-type se divise en 3 blocs après l’échauffement et le contenu des séances est très dense.

  • Un travail en explosivité avec beaucoup de sprints et de sauts
  • Un travail sur le bas du corps avec des squats, des deadlifts, etc.
  • Un travail d’appuis avec des changements de direction, de droite à gauche, en rotation, etc.

Les joueurs universitaires travaillent moins physiquement, en quantité, mais le coaching staff est plus proche des joueurs.

Alors que les joueurs NBA se préparent comme ils le souhaitent lors de l’intersaison avec des coaches personnels et reviennent au sein de leur équipe juste avant le début de saison, les athlètes-étudiants passent la majorité de l’année sur le campus et sont ainsi mieux suivis par les préparateurs physiques.

Sunny Park (ici debout) s'occupe de la préparation physique des Purple Aces.
(Crédit photo : Midnight on Campus)

Âgés de 18 à 23 ans, les joueurs universitaires vivent une période cruciale pour leur développement physique. Le corps n’est pas tout à fait celui d’un adulte et il faut prendre de la masse musculaire, surtout si l’on rêve de la NBA.

Nous pouvons travailler avec eux pendant quatre ans à l’université. Après la saison, ils rentrent chez eux trois à quatre semaines. On les voit donc beaucoup dans l’année par rapport aux joueurs NBA qui partent tout l’été. Cela nous permet d’avoir un meilleur suivi.

assure Sunny Park.

A Evansville, le but est d’éviter les blessures

Les blessures sont récurrentes en basketball universitaire et un suivi des joueurs est primordial. Les préparateurs physiques estiment faire très attention aux charges de travail.

On essaye de développer les joueurs petit à petit. Concernant les freshmen, ils ne vont pas nécessairement avoir les mêmes charges ou même faire le même travail que les seniors. On travaille avec eux tout au long de leur carrière universitaire. Lorsque vous regardez à quoi ils ressemblent quand ils arrivent et quand ils repartent, il y a une grande progression. Ils se sont transformés physiquement.

constate Sunny Park.

Tout réside dans la qualité de l’entraînement.

Je m’attarde plus sur la qualité des séances. Si tu veux être plus rapide ou sauter plus haut, les séances doivent être de grande qualité. Si tu fais de la musculation, la technique doit être bonne et le poids soulevé doit être adapté.

ajoute Erik Brown, assistant en charge de la préparation physique.

Une bonne préparation physique doit donc se décomposé en plusieurs périodes, plus ou moins intenses et chargées. La pré-saison concentre la majeur partie du travail. Les joueurs s’entraînent dur tout en évitant le surentraînement.

L’ancien membre du coaching staff des Spurs confirme.

Pendant la saison, le plus important est de rester en forme, voir si tout va bien. Car l’été, ils font le plus gros travail. On doit garder leurs qualités tout au long de la saison : leur vitesse, leur explosivité, etc.

Mon rôle est simple : je dois m’assurer qu’ils restent en forme, souple et qu’ils récupèrent bien, mangent sain, dorment, font des soins quand il le faut, etc.”

Un suivi qui dépasse les salles d’entraînement

Le suivi hors-terrain.

Très important chez les sportifs professionnels, il l’est encore plus avec des adolescents. A Evansville, c’est aussi le rôle de Erik Brown, le polyvalent du coaching staff.

Il s’occupe également de quatre autres sections sportives de l’université, dont l’athlétisme sur piste et en cross-country. Le tout, en donnant des cours d’économie et de préparation physique.

Erik Brown voyage en Europe avec sa valise médicale.
(Crédit photo : Midnight on Campus)

Deux heures avant le match, au cinquième étage de l’hôtel parisien où réside l’équipe, les joueurs se succèdent dans sa chambre. C’est l’heure du traditionnel taping. Armé de ses dizaines de rubans et de ses bandes adhésives, il prépare les chevilles des joueurs pour éviter les entorses.

La routine est évidemment différente entre un match et l’entraînement, un match à domicile ou à l’extérieur. Par exemple, aujourd’hui [le jour du match], je vais les préparer avant de prendre le bus pour aller au match.

Erik Brown prépare le taping d'Artur Labinowicz.
(Crédit photo : Midnight on Campus)

Ce rituel d’avant-match permet au préparateur physique d’être proche des joueurs, de discuter avec eux et de prendre des nouvelles de leurs pépins physiques. Casque sur la tête, les joueurs ne sont pas très bavards, concentrés, mais ce moment en face-à-face est essentiel pour garder un lien fort avec eux.

L’affectif joue énormément avec de jeunes joueurs.

Cela permet de gagner leur confiance. Un aspect non négligeable, surtout quand les joueurs subissent une blessure. Sachant qu’ils jouent leur avenir sportif lors de chaque match, ils veulent très vite revenir sur les parquets, quitte à prendre des risques de rechute. La lente réathlétisation avec les des préparateurs physiques est parfois difficile à encaisser.

Les joueurs doivent avoir confiance dans le travail des préparateurs physiques, car ils ne veulent finalement qu’une chose : les voir à 100% pour tout donner avec l’équipe.

Mon travail est de protéger les joueurs“, explique Erik Brown, qui prend l’exemple des commotions cérébrales, sujet à débat outre-Atlantique entre les professionnels de la santé et le monde sportif.

S’ils veulent jouer et qu’ils montrent encore des signes de commotion, je dois les protéger d’eux-mêmes et des coaches. On veut qu’ils soient en bonne santé.

“Tout est une question de mental, aussi”

Pendant la période de rééducation, le mental joue énormément.

Comme le montre The Athletic dans une mini série-documentaire, les athlètes-étudiants sont plus vulnérables aux troubles psychiques : anxiété et dépression qui peuvent, c’est une réalité, pousser au suicide.

La santé mentale n’est pas à prendre à la légère, tout comme la santé physique.

Nous voulons le meilleur pour eux. On s’occupe d’eux pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils sont capables de faire et pour améliorer leur condition physique. Tout est question de mental, aussi.

Les athlètes-étudiants sont parfois vus uniquement sous le prisme du joueur et non pas comme une personne. Un élément primordial pour Artur Labinowicz, un des joueurs d’Evansville.

Il souhaite “qu’on prenne soin de moi en tant que personne, pas seulement en tant que joueur.

Erik Brown partage cet avis.

Il faut prendre plein de choses en considération quelque soit l’objectif qu’ils ont en tête, qu’il soit sportif ou personnel.

Pourquoi ? La majorité des athlètes que le préparateur physique croise sur le campus d’Evansville ne vivront pas de leur sport après l’université.

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