Isaiah Wong Miami Hurricanes vs Boston College 2021
(Crédit photo : Jared Lennon - The Miami Hurricane)

Le succès de Miami (FL) en ACC grâce à une recette concoctée en Division II

En une décennie à Miami (FL), depuis 2011, Jim Larrañaga n’a pas créé un engouement démesuré autour du programme de basketball universitaire des Hurricanes. Le gazon est plus florissant que le parquet à Coral Gables.

Shane Larkin est le seul à avoir déclenché des vagues en 2012-13, jusqu’au Sweet 16.

Sans un support de la communauté locale et de l’université, Miami (FL) est resté une équipe de milieu de tableau en conférence ACC et n’est pas arrivé à faire lever les foules. Au sens propre comme au sens figuré. Autant dire que Jim Larrañaga, head coach de 72 ans en Division I depuis 1986 et auteur d’un des exploits les plus retentissants de l’histoire de la NCAA avec George Mason en 2006, n’était pas satisfait.

Et, il fonctionne toujours de la même façon.

La course jusqu’au Final Four a complètement changé ma vie. Mais cela n’a pas changé ma philosophie, mon éthique de travail ou ma conviction dans le rôle de head coach. Ce qui a changé sont les opportunités créées par notre succès [à George Mason].

expliquait Jim Larrañaga en 2016 pour l’anniversaire des 10 ans du run des Patriots au Final Four.

Avec Duke, North Carolina, Florida State ou Virginia aux premières places de la conférence à coup de grands intérieurs et de défense acérée, il faut prendre une stratégie à contre-pied pour connaitre le succès. Et les Hurricanes réussissent, pour le moment, leur pari.

Un record de 15-5, 7-2 en ACC et une première place de la conférence au 27 janvier.

Et une victoire au Cameron Indoor Stadium de Duke (76-74) pour propulser Miami (FL) dans la lumière.

On parle des Hurricanes sur la scène nationale, on compte sur eux pour le titre et on croit sur cette équipe de vétérans pour continuer d’animer une conférence médiocre jusqu’à une March Madness qui semble, déjà, inévitable. Une large victoire par rapport aux attentes de pré-saison… qui classaient les hommes de Jim Larrañaga en 12ème place de la conférence.

Des “super seniors” et une équipe très expérimentée

Miami (FL) ne peut pas compter sur un recrutement 5-étoiles pour figurer aux sommets de la conférence.

C’est tout simplement un fait.

Le développement de joueurs sous-côtés ainsi que l’implémentation d’une stratégie de jeu impeccable et opportuniste sont les seuls sauveurs des espoirs floridiens. Il faut taper dans un terrain inoccupé. Jim Larrañaga le sait ; et, depuis peu, il a profité de la libéralisation du marché des transferts pour ajouter une corde à son arc.

Le cinq majeur de l’équipe actuelle reflète totalement cette construction.

Ce n’est pas une surprise de savoir que les Hurricanes font partie des équipes les plus âgées/expérimentées de la ligue.

2 “super seniors” de 24 ans sont entrés dans leur 6ème saison universitaire et sont arrivés à Coral Gables après un transfert. Un senior développé en provenance de Nouvelle-Zélande et un redshirt junior recruté sur transfert concourent dans une 4ème année. Et la perle de l’effectif est un redshirt sophomore, ancien prospect 4-étoiles du Top-100 en 2019, qui fait enfin parler de lui après 2 bonnes saisons d’épanouissement.

On tire beaucoup de fierté du fait que nous sommes plus vieux et que nous avons plus d’expérience que la plupart des équipes. C’est un vraiment un atout psychologique qui se transforme en force physique. Je pense que c’est ce qui nous aide à rester concentrés malgré les hauts et les bas d’une saison.

précisait l’ailier de Miami (FL), Kameron McGusty, à Sports Illustrated plus tôt dans la saison.

Les deux leaders du vestiaire des Hurricanes se reposent sur une valise d’expérience.

Kameron McGusty a posé ses bagages à Miami (FL) avec un rôle prioritaire dans la rotation à la clé, après 2 saisons plus ou moins dans les plans d’Oklahoma. 3 ans plus tard et l’ailier est devenu le meilleur marqueur (17.9pts à 48.8%) du programme floridien. Quant à lui, bringuebalé de droite à gauche, Charlie Moore a engrangé l’expérience dans 3 universités (California, Kansas puis DePaul) avant de prendre les rennes de l’équipe et de devenir le maitre à jouer des Hurricanes (12.5pts, 3.9ast et 2.1stl).

D’ailleurs, l’expérimenté meneur de jeu peut éventuellement se transformer en héros.

Un mercredi 26 janvier, Virginia Tech allait forcer un overtime ; mais, avec 1.8sec au chronomètre, Charlie Moore a attrapé une remise en jeu et a dégainé du logo pour arracher un succès des mains des Hokies.

On a déjà connu tant de situations comme celle-ci. Donc, nos gars ont été très sereins dans les 3-4 dernières minutes du match et ont créé des big plays les uns après les autres.

déclarait Jim Larrañaga après la victoire face à Virginia Tech, selon The Miami Herald.

Toutefois, l’effectif ne se limite pas à ses deux vétérans, au contraire.

Le meilleur prospect NBA des Hurricanes (les amis d’Envergure ont récemment posté un scouting report sur son cas), Isaiah Wong, récupère en règle générale le ballon dans les situations chaudes. De nouveau face aux Hokies. L’arrière créateur et scoreur de 3ème année a égalisé sur la ligne de réparation (après une faute obtenue sur un tir primé) ; et cela devient une habitude (16.5pts à 47.1%).

Il a joué une part intégrale à l’upset sur le parquet de Duke.

Ensuite, le combo-guard a tracté les siens au succès face à Wake Forest et North Carolina depuis la nouvelle année.

Et, dans le match “retour” contre Florida State, Isaiah Wong a presque mené les Hurricanes à un comeback réussi avec 22 points et un money-time dirigé avec autorité. NBA-caliber, comme on dit sur les réseaux sociaux.

Sauf que la complémentarité et la modularité du cinq majeur se distinguent dans les éléments qui gravitent autour de ces 3 leaders naturels.

Le senior originaire de Nouvelle-Zélande, Sam Waardenburg, brille finalement pour une 4ème saison à Miami (FL) dans un rôle de stretch 4 très adroit à distance alors que l’ailier Jordan Miller confirme les 3 excellentes saisons passées à George Mason en descendant au poste d’ailier-fort dans la nouvelle raquette floridienne.

En effet, la réussite du plan de Jim Larrañaga est décelable dans la composition d’un secteur intérieur audacieux.

Une pioche en Division II pour l’attaque de Miami (FL)

Il était nécessaire d’expliquer d’où vient l’équipe de Miami (FL) pour comprendre son présent.

Le mélange de guards scoreurs et expérimentés avec des intérieurs mobiles et malléables aide à l’établissement d’une stratégie offensive presque extravagante en conférence ACC : une attaque “five-out” construite sur la base d’un effectif “small ball”. Et Jim Larrañaga a pioché au fin fond de son répertoire pour mettre en place cette équipe.

Le head coach des Hurricanes a ouvert le tiroir des années 1990 et a sorti le dossier fermé après son passage à Bowling Green (de 1986 à 1997). Il y a trouvé les préceptes de l’attaque “five-out”, qu’il n’a pas utilisé depuis, et qui sied parfaitement à l’effectif qu’il possède sous la main.

Cette stratégie était la meilleure option.

On a regardé à notre effectif et on a vu qu’on était petit. Donc, on a conçu une attaque pour accommoder les qualités de nos gars. On possède des joueurs plus vieux avec des traits particuliers que l’on devrait exploiter.

présente Jim Larrañaga dans un entretien avec Sports Illustrated en cours de saison.

L’avantage d’une attaque “five-out” permet d’écarter les joueurs aux quatre coins du parquet et de mettre le ballon dans les mains de tous les joueurs, en retirant et/ou intervertissant les positions en fonction des phases de jeu et des actions appelées. Dans le cas des Hurricanes, une telle formation contre le manque de taille de l’équipe et fait valoir l’expérience de ses joueurs.

Comment ont-ils opéré le changement et mis en place cette formation offensive ?

En grande partie avec une étude approfondie d’une powerhouse de Division II, Nova Southeastern.

Le coaching staff de Miami (FL) a tout simplement suivi les traces de Brad Stevens (Boston Celtics) et Eric Spoelstra (Miami Heat) qui, des rangs de la NBA, ont sondé le head coach des Sharks. Jim Crutchfield est réputé à tous les niveaux pour sa maitrise des principes de cette attaque rapide et multiple.

Jim Larrañaga n’a pas perdu une occasion de former ses joueurs de la manière forte.

Les Hurricanes ont organisé une rencontre de préparation en octobre face à Nova Southeastern. Ils se sont imposés ; mais, rien d’impressionnant. 106–95.

Ils se sont présentés chez nous et ils ont trappé, couru et tiré de tous les côtés, quelque chose auquel nous n’étions pas habitués. Je voulais défier [mes joueurs] à gérer la pression et leur montrer comment on dirige cette attaque. [Le match] nous a beaucoup aidé.

ajoute Jim Larrañaga au micro de Sports Illustrated.

Non seulement par la victoire (face à Nova Southeastern ; ndlr), notre confiance augmente à chaque entrainement. Je n’ai jamais été dans une équipe qui possède un tel niveau d’attente et de confiance. Honnêtement, on s’attendait à gagner cette rencontre face à Duke.

explique Isaiah Wong, à son tour, dans une réponse à Sports Illustrated.

A l’image de cette fameuse équipe de George Mason en 2006, Miami (FL) joue avec un déficit de taille notable et une confiance tout aussi élevée en leurs compétences et leurs chances de victoire au plus haut niveau. Ce n’est pas une légende. Les Patriots savaient avant que la saison ne débute qu’il pouvait accomplir la meilleure saison de l’histoire de leur université.

Les Hurricanes peuvent-ils faire mieux qu’un Sweet 16, atteint avec Leonard Hamilton (en 2000) et Jim Larrañaga (en 2013 et 2016) ?

Le plan de jeu concocté en 2021-22 semble corroborer à de telles aspirations.

En se référant aux statistiques compilées sur barttorvik.com, on s’aperçoit que Miami (FL) se repose sur l’une des attaques les plus efficaces de la ligue (15ème meilleure équipe en efficacité offensive ajustée), ne perd que très peu de ballons lors de ces phases offensives (6ème meilleure équipe en pourcentage de pertes de balles offensives) et conserve une très bonne efficacité à 3-pts (36ème meilleure équipe en terme de réussite à 3-pts).

Certes, elle figure au contact des plus mauvaises équipes aux rebonds, défensif et offensif.

Au même titre que la défense des tirs adverses (276ème et 297ème sur le plan de la défense des tirs à 2- et 3-pts, respectivement).

Mais, les Hurricanes se refont la cerise dans d’autres domaines. L’activité défensive sur le porteur du ballon, surtout. Ils récupèrent un bon nombre d’interceptions avec 8.5 interceptions par match (selon Sports-Reference), soit la 40ème meilleure marque au niveau national et la meilleure marque en conférence ACC.

Il suffit de regarder la partie lumineuse face à Duke : 15 interceptions pour 17 turnovers forcés.

Et c’est une tendance qui se répète depuis le début de la nouvelle année. Une moyenne de 10.7 interceptions et de 15 turnovers.

Au petit jeu de la possession et de la conversion d’opportunités chipées à l’adversaire, une équipe expérimentée et à l’aise dans un système de jeu se retranscrit dans le tableau des statistiques ; et la colonne des victoires. Welcome to Miami. Et ce n’est pas surprenant de savoir que les Hurricanes ont empoché 4 succès sur les 6 rencontres qui se sont jouées à une possession.

Miami (FL) est-il prêt pour les exigences de fin de saison ?

Au-delà d’une stratégie parfaitement adaptée aux qualités des joueurs de l’effectif, chaque homme a pris le challenge du “five-out” à bras-le-corps et a trouvé la place qui lui était attitré sur le parquet.

Les résultats suivent, évidemment.

  1. Charlie Moore mène une partition agressive de chaque côté du demi-terrain.
  2. Isaiah Wong se charge d’un scoring pétillant, de préférence à mi-distance, avec peu de déchets.
  3. Kameron McGusty score en percussion dans la peinture, porte le ballon à la pointe de l’attaque et défend les ailiers adverses avec réussite.
  4. Sam Waardenburg est un excellent stretch 4 très précis à distance (46.7% à 3-pts) et capable de flamber pour créer du spacing.
  5. Jordan Miller tourne au poste 5 avec le Néo-Zélandais et termine au cercle avec rigueur.

Miami (FL) a prouvé depuis le début de saison que l’équipe est prête pour les exigences de la fin de saison ; et du NCAA Tournament.

Les Hurricanes ont répondu à l’adversité (1-2 au ESPN Events Invitational) avec une série de 9 victoires. Ils ont remporté une grande majorité des matchs joués au couteau. Les hommes de Jim Larrañaga ne lâchent pas les parties mal embarquées ; notamment une 2ème période à 41-18 face à Florida State (qui se termine malheureusement avec une 2ème défaite de 1 point face aux rivaux de Tallahassee). Ils portent le ballon avec précision et forcent les changements de possessions. Et, enfin, ils se reposent sur de multiples scoreurs dans des registres différents.

Sans oublier l’atout principal : un meneur de jeu avec 6 saisons d’expérience universitaire acquises dans 4 universités distinctes.

Un véritable trésor que beaucoup doivent envier aux Hurricanes.

La maitrise des exigences universitaires et, surtout, l’expérience cumulée de l’effectif de Miami (FL) apportent une préparation idéale pour les tournois du mois de mars. Les joueurs savent où ils mettent les pieds. Et Jim Larrañaga est un vieux briscard de la Division I.

Jusqu’où iront les floridiens en 2021-22 ? Personne ne le sait encore.

Mais, ce qui est certain, tout a commencé avec une leçon dispensée par une université de Division II ; qui détient, possiblement, les clés du succès de Miami (FL).