Killian Gribben Irlande FIBA U18 European Challengers 2021
(Crédit photo : FIBA)

Killian Gribben, une pépite irlandaise de 18 ans en direction des Etats-Unis

Au coeur de la saison de basketball universitaire ou pendant l’intersaison, Midnight on Campus aborde les (potentielles) stars de demain : nos “Diamants Bruts”.  De futurs talents qui ont connu une saison de freshman intéressante et qui tentent de (re)lancer leur cursus dans une nouvelle école. Des prospects de Junior College qui arrivent en NCAA. Ou, plus osé, des joueurs inconnus qui méritent la lumière.

Depuis le début de cette chronique des “Diamants Bruts”, on a décidé de mettre en lumière des joueurs méconnus peu importe le championnat dans lequel ils évoluent (High School, Division I, II, III ou NAIA). Cependant, en 2021-22, le but est de diriger les spotlights vers des joueurs internationaux ; et, plus particulièrement, des basketteurs irlandais.

Après un premier article sur Eli Lenihan, un joyau qui part à l’assaut de la Division II dès la saison prochaine, on se penche sur le cas d’un intérieur, Killian Gribben.

L’été (et l’intersaison) laisse un trou béant dans le monde des amateurs de basketball universitaire.

Heureusement, en 2021, on a connu la tenue des Jeux Olympiques et le retour des compétitions (jeunes et seniors) européennes après une année blanche. Le moment idéal pour découvrir les talents internationaux de demain. Et je me suis concentré sur les équipes irlandaises pendant ces deux mois estivaux, que ce soit chez les femmes et les hommes, jeunes ou séniors.

Malgré un contexte assez défavorable (18 mois sans un match avec la pandémie du COVID-19), et en sachant que le basketball n’est pas le sport numéro un en Irlande, il existe du talent partout.

Une petite liste exhaustive made in Julien des découvertes de cet été ?

Allez, cadeau, c’est gratuit.

Chez les femmes : Lucy Coogan (U18), Maria Kealy (U18), Hazel Finn (U18), Kara McCleane (U18), Ciara Byrne (U20), Molly Moffitt (U20 qui jouera aux USA en Prep School), Sorcha Tiernan (senior), Edel Thornton (senior, ex-Quinnipiac), Claire Melia (senior), Dayna Finn (senior).

Chez les hommes : Darragh Ferguson (U18), Reece Barry (U18), Wade Esajobor (U18) et l’homme de cette chronique, Killian Gribben (U18).

Après un interlude nécessaire à propos du basketball irlandais, le vif du sujet.

Killian Gribben en forme avec la sélection irlandaise en U18

Killian Gribben est un intérieur (poste 4/5) né en 2003 (18 ans) qui mesure 2.03m.

Voilà pour les introductions.

Il évoluait jusque-là au LYIT Donegal en Irlande. Et, à partie de la saison prochaine, le jeune irlandais prend la direction des Etats-Unis afin de connaitre son ultime saison de lycée à Choate Rosemary Hall, dans l’Etat du Connecticut. Encore un prospect de talent qui boucle ses valises pour jouer outre-Atlantique. Une preuve que la formation irlandaise fait un bon travail malgré les faibles moyens mis à leur disposition.

Malgré une période de 18 mois sans basketball, Killian Gribben est parti à Levice, en Slovaquie, avec ses coéquipiers de la sélection U18 pour y jouer le FIBA U18 European Challengers. Un bon moyen de découvrir cette nouvelle génération irlandaise en action, contre des joueurs qui, eux, ont (pour la plupart) des matchs dans les jambes. Killian Gribben commence son tournoi timidement avec 10 points et 7 rebonds en 28 minutes de jeu contre la Hongrie (défaite sur le score de 95 à 61).

Puis, dès le match suivant, contre la Bulgarie, on découvre un joueur qui se retrouve avec des responsabilités en attaque et qui le rend bien à son head coach. Il termine le match avec 25 points (10/13 aux tirs et 2/3 à 3-points), 16 rebonds (dont 5 offensifs), 6 passes, 3 contres et seulement 3 pertes de balles.

Un vrai match XXL, avec une impression de facilité qui se dégage sur le parquet.

Killian Gribben termine avec un double-double monstrueux contre la Suisse (25 points, 17 rebonds dont 7 offensifs !), ce qui met un point d’honneur à son tournoi, bien que l’Irlande ait perdu ses matchs.

Cependant, l’avenir est plus que prometteur pour cette génération. Killian Gribben en tête d’affiche.

Comment décrire le jeu de Killian Gribben ?

Si j’avais un seul mot à dire, ce serait : complet.

Killian Gribben n’est pas un intérieur flashy. Il ne va pas dunker à tout prix (alors qu’il en est capable) et préfère rester sobre, sans forcer les situations. Il se révèle comme un joueur d’équipe qui est capable de faire le travail de l’ombre et qui n’a pas besoin d’avoir des ballons pour être efficace, ce qui est rare de nos jours.

Surtout, sa présence se fait ressentir sur le parquet : l’irlandais est partout, pour être honnête.

En tout cas, en attaque, Killian Gribben aime driver vers le cercle, de préférence sur son côté fort à gauche.

Il sait se montrer efficace sur les situations de pick-and-roll, propose des écrans efficaces, et se rend disponible par la suite. Mais il peut aussi sanctionner la défense de loin. Que ce soit via un pick-and-pop ou alors en catch-and-shoot. Ah, les intérieurs modernes aiment s’écarter et sont souvent allergiques au jeu près du cercle.

Killian Gribben peut aussi être catalogué comme un intérieur moderne de par sa facilité à prendre des tirs lointains.

Mais, il n’en reste pas moins un intérieur un peu old-school dans les autres domaines.

Notamment sur les rebonds. Le jeune irlandais est un véritable aspirateur de ballons et il exerce une telle pression sur les rebonds offensifs, en étant toujours actif (que ce soit sur la prise de position préférentielle ou au contest), qu’il arrive à récupérer un nombre important de rebonds afin de donner une seconde chance à son équipe. Et, lorsqu’il prend un rebond offensif, il remonte immédiatement vers le cercle avec une claquette qui se termine souvent avec la faute en prime.

D’ailleurs, Killian Gribben absorbe plutôt bien le contact.

Il n’explose que très rarement et garde son sang froid pour essayer d’inscrire le panier en plus de la faute. Avoir un joueur qui sécurise les rebonds défensifs, mais qui se montre aussi efficace sur les rebonds offensifs, c’est toujours bon à prendre pour un entraîneur (et pour la cote du prospect).

On découvre ainsi un intérieur fort aux rebonds qui n’est pas trop maladroit en attaque.

Du coup, en défense, on doit se trouver loin des standards. Alors… oui et non.

« Non » car Killian Gribben est un joueur très actif, toujours dans la contestation de déplacement et présent lors des rotations défensives. De plus, il possède un sens du contre en sautant dans le bon timing ou en se contentant de lever ses bras en contestation. L’irlandais n’est pas un joueur qui est posé sur ressorts et qui mord sur chaque feinte de tir.

Par contre, « oui » car il connait un peu de mal dans les situations de un-contre-un pur. Mettons ceci sur le dos de la dépense d’énergie et de la fatigue plus le match avance. Mais, face à des adversaires plus physiques, il se trouve en difficulté. N’ayons pas peur des mots : il se fait bouger. C’est un peu normal. Il joue au poste 5 alors qu’il est vraiment un futur poste 4 en basketball professionnel.

Toutefois, son activité et ses mains actives lui permettent de combler son déficit physique. Du moins, pour le moment.

Il faut aussi mettre en avant ses qualités de passe.

Quand on présente Killian Gribben en tant que joueur complet, capable de tout faire sur le parquet, ce n’était pas un mensonge. Son drive-and-kick (quand il attaque le cercle et ressort le ballon vers un coéquipier) est vraiment intéressant. Là où parfois il force par manque de lucidité, il sait parfaitement ressortir le ballon dans ces positions.

Mais, il sait aussi trouver des passes, parfois délicates, après un écran.

La qualité est là. Cela reste perfectible mais la base de travail est bonne.

Un joueur complet, on vous disait

Il reste néanmoins des réglages à faire pour Killian Gribben.

En particulier sur ses pertes de balles. Souvent lorsqu’il drive, il ne protège pas son ballon de la meilleure des manières et les adversaires laissent trainer leurs mains et en profitent. Là-encore, cela fait partie de son manque de lucidité, qui est un vrai point à travailler. Le seul moyen de s’améliorer reste l’enchaînement des matchs.

Attention à sa finition près du cercle, aussi. Il s’y prend souvent à deux fois pour finir ses actions.

De manière générale, Killian Gribben est un excellent protecteur de cercle qui est actif sur un parquet, qui est présent en défense pour ses coéquipiers et qui est un très bon rebondeur. L’irlandais est un prospect qui n’a pas besoin d’avoir des systèmes pour briller.

Un autre point positif ? Quand il se trouve en difficulté lors des phases offensives (et on a pu le voir durant le tournoi), il demeure quand même productif et important pour son équipe. Un véritable travailleur de l’ombre. Et puis, il est indéniablement un vrai athlète. Le profil idéal dans un basketball moderne qui prône les intérieurs athlétiques.

Il faut suivre avec attention le parcours de Killian Gribben aux Etats-Unis car c’est un joueur qui peut largement évoluer en Division 2 ou en NAIA, a minima.

On est encore loin de connaitre la version finale de Killian Gribben et, pourtant, cette version-là est déjà très intéressante. L’Irlande débarque outre-Atlantique et cela va devenir de plus en plus courant.