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Bill Self Kansas Jayhawks Head Coach Notice of Allegations NCAA 2019
(Crédit photo : Jamie Squire – Getty Images)

Kansas poursuit une guerre de tranchées dangereuse avec la NCAA

La NCAA a publié une version amendée de la “Notice of Allegations” contre Kansas. Mardi, Kansas y allait de sa réponse. Dès le lendemain, l’Association a répliqué à la réponse de l’Université… avant une nouvelle réponse des accusés.

La conclusion principale de cette deuxième bataille après les procès menés par le FBI contre la corruption organisée en basketball universitaire ? Les deux adversaires restent campés sur leur position et se ravitaillent avec des munitions toutes fraîches. Est-ce la bonne stratégie ?

Imaginez-vous au bord de l’océan, sur une plage de sable fin, balayée par les vagues à une fréquence incessante. Au bout de quelques minutes, vos pieds sont aspirés par le sable à cause du va-et-vient des vagues. Plus les minutes passent et plus vous vous enfoncés dans la plage. Et, plus vous attendez de sortir vos pieds du sable et plus cela devient une tâche ardue.

Prenez cette métaphore et transposez-la dans le cadre de cette guerre entre la NCAA et l’Université de Kansas. Deux issues se présentent.

Ne pas lever le pied équivaut à prendre des risques pour sa survie (surtout face à la marée montante) alors que lever le pied équivaut à abandonner tout en s’offrant de meilleures chances pour éviter de se faire engloutir par l’océan.

Et, pour l’instant, aussi bien la NCAA que l’Université de Kansas continue de jouer avec la force dévastatrice de la marée montante.

La NCAA ne lève pas le pied

La NCAA n’épargne plus ses coups et fonce droit dans le tas (avec son verbiage et sa complexité naturelle) dans la dernière version de la “Notice of Allegations”, longue de 92 pages et plus extrême que jamais. Pourquoi se cacher derrière des façades alors qu’elle peut transmettre un message à tous les rebelles ?

Et l’Association met les choses au clair dès la deuxième phrase (!) de la réponse finale à Kansas.

[I]l ne peut y avoir aucun doute sur le fait que les accusations à l’encontre du programme de basketball (de Kansas ; ndlr) sont flagrantes, graves et font partie de celles qui déstabilisent et mettent en danger le modèle universitaire de la NCAA.

Pourquoi une réplique assassine ? Facile.

Kansas a réfuté dans un premier temps à l’ensemble des accusations de la NCAA contre le programme de basketball des Jayhawks (oui, toutes, pas une seule n’est passé à travers). L’Université n’accepte pas que l’Association caractérise T.J. Gassnola, représentant sulfureux d’Adidas, en tant que “booster” de Kansas et que les irrégularités commises par les intermédiaires employés par Adidas soient de la responsabilité du programme de basketball.

En guise de rappel, T.J. Gassnola a coopéré avec la FBI durant l’investigation fédérale et il est entré dans la lumière lors des procès avec des témoignages où il révèle des paiements envers de nombreux joueurs, dont Silvio de Sousa et Billy Preston, qui devaient s’engager avec Kansas.

Or, la NCAA rappelle que “les équipementiers sont explicitement identifiés dans la définition législative (d’un représentant des intérêts d’une institution ou ‘booster’ ; ndlr) et qu’il existe suffisamment de précédents qui impliquent des sociétés en tant que boosters”.

Et l’Association décide de mettre le nez de Kansas dans ses propres excréments.

[Kansas] a échoué à contrôler et à surveiller la relation entre les représentants d’Adidas et son programme historique de basketball.

Cet échec a mené T.J. Gassnola, criminel reconnu et ancien consultant d’Adidas, à posséder un accès sans aucun filtre auprès du programme de basketball et à permettre T.J. Gassnola et Adidas d’influencer en profondeur le recrutement d’athlètes-étudiants d’élite mené par l’institution.

Dans les faits, Bill Self et Kurtis Townsend ont accueilli et encouragé l’implication inadmissible de T.J. Gassnola et d’autres représentants d’Adidas.

En résumé : l’Université de Kansas n’a rien fait pour empêcher un criminel connu dans le milieu pour ses pratiques peu orthodoxes et a profité de lui pour s’engager dans le recrutement de prospects d’élite pour le programme de basketball.

Bill Self n’avait d’ailleurs aucune raison de se débarrasser de T.J. Gassnola. Il a besoin de personne comme lui pour recruter les meilleurs prospects qui baignent dans les ligues de Nike, Adidas ou Under Armour avant d’arriver dans le giron de la NCAA. Et, avec du succès, l’administration de Kansas n’avait aucune raison de contredire son head coach qui domine la conférence Big 12 sans merci.

Pat Forde (Sports Illustrated) l’explique fort bien : “Ce que Bill Self désirait, Bill Self l’a obtenu”.

Kansas s’enfonce dans une défense hypocrite

La défense de Kansas face à la première “Notice of Allegations” de la NCAA était suicidaire.

L’Université a disputé les 5 violations de Niveau I (les plus sévères) en lien avec le programme de basketball, qui impliquaient les recrutements litigieux de Silvia de Sousa et Billy Preston ainsi que la responsabilité de Bill Self (mise en cause avec la révélation de SMS explicites entre lui et T.J. Gassnola). Et les représentants des Jayhawks ont contesté les arguments de l’Association avec véhémence.

Aujourd’hui, ils s’engouffrent dans la voie qu’ils avaient ouvert en septembre 2019 lors de leur première contestation : le positionnement de T.J. Gassnola en tant que “booster”.

Les preuves […] échouent complètement à soutenir la conclusion que Adidas ou que les employés d’Adidas ont agi en tant que représentants de l’Université […]. Les individus associés formellement avec Adidas ont agi dans leurs propres intérêts quand ils ont donné de l’argent aux familles et représentants légaux des athlètes-étudiants.

En fournissant les accusations contenues dans la “Notice of Allegations” amendée, [la NCAA] se repose sur une théorie qui n’a jamais été supposée auparavant.

[La NCAA] présumé que :

(1) un commanditaire d’un programme sportif est un représentant des intérêts sportifs de l’institution parce que, selon la nature même de la relation, des sponsors réalisent des contributions financières qui servent à promouvoir le sport.

Et (2) chaque employé, consultant ou une autre personne associée avec le commanditaire est un représentant de l’institution, si cette dernière savait ou devait savoir que l’individu en question était associé avec le commanditaire.

L’argument de Kansas pourrait apparaitre comme une défense plus ou moins rationnelle.

L’Université prétend que T.J. Gassnola (entre autres) n’a agi que dans ses propres intérêts et ceux d’Adidas, pas dans les intérêts des écoles, et ainsi Kansas ne peut pas être responsable des méfaits commis par les représentants d’Adidas. Cela se tient et cela peut se défendre.

Sauf que des liens étroits entre Bill Self et T.J. Gassnola ont été prouvés par des enregistrements audio et des échanges de message. Et les intentions étaient plutôt claires : allier leurs efforts et renforcer l’équipe de basketball de Kansas avec des recrues 5-étoiles.

Kansas jongle sur un fil tendu de quelques centimètres au-dessus du vide.

Le danger sempiternel du “booster”

Cependant, c’est également le cas de la NCAA.

En justifiant l’association entre T.J. Gassnola et le rôle de “booster”, la ligue universitaire se dirige vers une jurisprudence qui pourrait bien secouer les fondations actuelles du sport universitaire. Et ce n’est pas vraiment pour l’image du “booster” qui essaie de tirer les meilleurs poissons dans ses filets, qui existe depuis la création du basketball universitaire.

Plutôt, avec les dernières “Notice of Allegations” contre NC State, Louisville et Kansas, la NCAA tente plus agressivement que jamais d’associer les équipementiers sportifs avec la position de “booster”.

En quoi est-ce dangereux ?

Jusque-là, les programmes de basketball n’étaient responsables que de leurs propres torts. Mais, si Adidas, Nike et Under Armour sont formellement considérés comme des “boosters”, les écoles pourraient bien aussi être pénalisées pour les violations de recrutement commises par les équipementiers. Que les head coaches soient au courant de leurs agissements ou non.

Et cette situation est d’autant plus périlleuse dès lors qu’on sait que Adidas, Nike et Under Armour sont les (véritables) moteurs du basketball en High School.

Cela m’a en quelque sorte choqué.

Je n’avais jamais pensé à cela de cette manière. S’il existe des échanges d’argent, alors oui, ce sont des boosters. Mais je pense qu’aucun d’entre nous (head coaches ; ndlr) ne voit l’aide des marques de chaussures comme des violations.

Ils nous donnent des informations pour conclure l’affaire [avec les recrues].

confie le head coach de Notre Dame, Mike Brey, auprès de The Athletic.

On utilise tous l’angle des marques de chaussures pour obtenir des joueurs.

Je parle avec eux autant qu’avec les parents. Après un événement organisé par Under Armour quelque part, je suis certain de recevoir un appel d’un homme de Under Armour qui me dit : “Salut Mike, est-ce que tu as vu ce gamin de 15 ans à Dallas ? Il fait partie de notre programme, tu devrais le suivre”.

Je ne dis pas qu’ils tricheraient pour obtenir le joueur, mais, c’est sur que (les marques de chaussures) nous aident.

continue d’expliquer Mike Brey.

En identifiant les équipementiers sportifs en tant que “boosters”, cela voudrait dire que n’importe quelle personne associée et/ou employée par Adidas, Nike ou Under Armour devient un “booster” d’une université que l’entreprise sponsorise. Et tous les programmes de basketball du pays ont noué des liens avec ces mêmes marques.

Si une telle direction s’affirme, les marques de chaussures devront-elles laisser de côté leurs affaires en basketball amateur ? Ne pourront-elles plus sponsoriser des équipes et événements en AAU ?

De nombreuses zones d’ombre, questions et hypothèses se dressent avec ces efforts de la NCAA.

En contestant le statut de “booster” de T.J. Gassnola (que l’Association se force à établir), Kansas parie sur le fait que la NCAA se rétracte et recule d’une posture qui pourrait bien lui coûter encore plus cher qu’une guerre de tranchées face aux Jayhawks. Le “Committee of Infractions” (ou le “Independent Resolution Panel”) devrait rendre un jugement sur les accusations de la ligue universitaire ; et, quelle que soit l’entité en charge du dossier, celle-ci pourrait bien ne pas prendre de risques.

Toutefois, l’appât du gain de l’Association envers l’apport des équipementiers sportifs et les envies de punition à l’encontre de Kansas pourraient l’emporter en fin de compte.

Et, les Jayhawks donnent le bâton pour se faire battre avec une résistance outrecuidante face à la souveraineté de la NCAA.

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