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Josh MBalla Dunk Buffalo Bulls 2020
(Crédit photo : The Spectrum Sports)

L’objectif de Josh Mballa : “que j’amène Buffalo à la March Madness”

De Bordeaux à Buffalo, Josh Mballa a participé l’an passé au Final Four de la March Madness avec Texas Tech. Le jeune français de 20 ans, prié de quitter les Red Raiders, a trouvé refuge dans l’État de New York. Au fil des voyages, portrait d’un basketteur revanchard.

Dans un US Bank Stadium de Minneapolis plein à craquer, il ronge son frein au bout du banc. Josh Mballa, ailier de 2,04m, rêve de succéder à Joakim Noah en tant que français champion national en NCAA, à deux reprises, avec les Florida Gators en 2006 et 2007.

Il ne dispute pas la moindre minute lors du Final Four et Texas Tech est battu par Virginia en finale. Le conte de fées prend fin ; et la suite est encore pire.

Quelques heures après la March Madness, le natif de Detroit se présente dans le bureau de Chris Beard, devenu la coqueluche des médias américains, pour un entretien classique de fin de saison. 

L’entretien s’est bien passé. Il m’a expliqué qu’il ne fallait pas que je pense que je n’avais rien fait. Que j’avais eu un rôle plus important que ce que je pensais dans notre parcours jusqu’au Final Four. Il m’a dit de continuer à me préparer, car l’année prochaine, j’allais devoir être dominant.

À ce moment-là, tout allait bien.

se remémore Josh Mballa.

L’ancien Orléanais s’exécute et commence à préparer une nouvelle saison, dès le mois d’avril, pour le coup d’envoi en novembre. En compagnie de Max Lefèvre, analyste vidéo français à Texas Tech, il enchaîne les séances.

Moins d’une semaine plus tard, Josh MBalla est une nouvelle fois convoqué dans le bureau de son head coach pour un échange bien moins cordial. 

Il ne s’est passé que peu de temps après le premier entretien. Max [Lefèvre] m’envoie un message pour me dire qu’il fallait que je monte dans le bureau de l’entraîneur.

On m’annonce qu’il fallait que je demande mon transfert. Il ne pensait pas que je puisse jouer un rôle dans l’équipe.

raconte Josh Mballa, encore marqué par la situation.

Le destin du français a été scellé en l’espace de quelques jours. Josh MBalla a fini par accepter cette décision, à défaut de la comprendre. 

Forcément, sur le moment, j’ai trouvé que c’était bizarre et je me suis senti lésé.

Je ne l’ai pas compris. Toujours pas, d’ailleurs. Mais la meilleure chose à faire c’était de ne pas polémiquer et de dire qu’il n’y avait pas de problème. Je suis sorti de son bureau et j’ai commencé à faire mes valises.

Les valises, le jeune homme à l’habitude de les faire et les défaire.

De Bordeaux à Lubbock, Josh Mballa est un apprenti voyageur

Avant les artifices de la March Madness, le parcours de Josh Mballa passe par Bordeaux. S’il est né à Detroit, c’est dans la perle d’Aquitaine qu’il grandit.

Je suis revenu lorsque j’avais 8 ans. Ma mère était lassée de la vie à Detroit, elle ne pouvait plus rester là-bas, elle habitait à Bordeaux avant de partir donc c’est ici que l’on s’est installé.

Dans une région davantage connue pour le football (soccer pour les intimes) et le rugby, c’est toutefois vers le basketball qu’il s’oriente. 

Vincent Mbassi, un entraîneur qui connaissait mon oncle, est venu me chercher pour jouer, car il savait que j’aimais le basketball. J’arrivais de Detroit, je n’avais rien à faire et je m’ennuyais donc j’y suis allé.

En benjamins (catégorie réservée aux jeunes de 12 et 13 ans), Josh MBalla prend sa première licence au Bouscat et joue avec Olivier Sarr, actuel joueur de Wake Forest. L’année suivante, il part à Tresses avant de rejoindre les JSA Bordeaux, le plus grand club de l’agglomération bordelaise.

Là-bas, Josh Mballa, 15 ans, joue en minimes avec Joël Ayayi, qui fait les beaux jours de Gonzaga aujourd’hui, face aux meilleurs espoirs français. Après une seule saison, il quitte l’Aquitaine pour Orléans et son centre de formation réputé. 

J’ai fait des tests pour l’ASVEL et Monaco, mais j’ai pris le choix d’aller à Orléans. Et puis j’ai réalisé une bonne saison en minimes. J’ai été présélectionné en Equipe de France avec qui j’ai participé au Championnat du Monde U17 où j’ai été repéré par des recruteurs aux États-Unis.

évoque Josh MBalla pleins de souvenirs.

À 17 ans, Josh Mballa est de retour aux États-Unis des rêves pleins la tête. Après quelques mois en Floride à peaufiner les petits détails de son jeu, il arrive déterminé à Putnam, un lycée réputé du Connecticut. 

J’y suis arrivé [à Putnam, ndlr] par l’intermédiaire de Vincent [Mbassi] qui était l’un de mes anciens entraineurs. Nous étions considérés comme le meilleur lycée de la nation et nous avons été champions national.

Auréolé d’un titre de champion national en High School, l’ancien Orléanais arrive au niveau universitaire pour découvrir la NCAA avec les Red Raiders de Texas Tech

J’adorais leur façon de jouer et j’étais persuadé que ça allait matcher avec mon jeu. J’aime la philosophie du programme qui mise tout sur la défense. Et il y avait aussi Max Lefèvre, l’analyste vidéo. Ça a joué dans ma décision.

se remémore Josh MBalla.

Cinq heures d’avion séparent le Connecticut du Texas. Pourtant, ce sont deux mondes différents.

À Lubbock, 11e plus grande ville de l’Etat du Texas avec 250 000 habitants, le français découvre la NCAA à la dure. Il ne joue que 4 minutes en moyenne par match, bien loin des ambitions qu’il possédait à son arrivée. Il n’est pas facile de se faire une place dans une équipe qui gagne et où la star, Jarrett Culver (6ème choix général de la Draft NBA en juin dernier), joue au même poste que le sien.

Le Bordelais n’abdique pas. Son heure viendra, pense-t-il, à ce moment-là.

Texas Tech déjoue peu à peu tous les pronostics et les Red Raiders enchaînent les succès prestigieux dans la conférence Big 12. Ils s’imposent comme la grande surprise face à Kansas ou Baylor, deux programmes réputés. 

De l’intérieur, on savait qu’on était capable de battre des grandes équipes. Avant la saison personne ne nous voyait aussi bons et c’était un challenge pour nous. On a beaucoup travaillé donc ce n’était pas une surprise.

confesse l’ailier français de 20 ans.

Texas Tech termine la saison régulière avec 31 victoires (record de l’université battu) et un statut d’outsider sérieux pour la March Madness. Et, durant cette période, l’ailier français reconnaît avoir beaucoup appris chez les Red Raiders.

J’ai appris qu’il ne fallait jamais sortir d’un match, ne jamais te focaliser sur le public et faire abstraction de tout. Tu peux perdre de 20 points à la mi-temps et tout peut encore se passer. Rien n’est jamais fini.

J’ai appris qu’il fallait toujours mettre toute ton attention sur les petits détails.

continue l’actuel joueur des Bulls de Buffalo.

La folie de mars avec Texas Tech

Le mois de mars est un mois spécial en basketball universitaire. 68 équipes croisent le fer dans le but de remporter le titre de champion national, le tout sur des matchs à élimination directe. 

Vivre ça de l’intérieur, c’est n’importe quoi !

Texas Tech passe tous les tours jusqu’à se qualifier pour le Final Four. 4 équipes, 2 matchs à remporter et 1 trophée à soulever devant plus de 72.000 spectateurs en furie. 

Je me souviens qu’au Final Four, il y avait un entraînement ouvert au public. Le nôtre était plein. C’était dément. Tu as tout un stade qui crie à la gloire de ton équipe et ça lors d’un entraînement, c’est de la folie.

se remémore le français avec des étoiles plein les yeux.
(Crédit photo : Yong Tek Lim – Getty Images)

Texas Tech est finalement battu en finale par Virginia, après que plusieurs décisions litigieuses des arbitres plongent les Red Raiders dans le chaos. Le Français n’a pas le temps de s’apitoyer et ses bagages sont déjà pliés en direction de Buffalo.

Il y a eu quelques coups de sifflet un peu douteux. Mais, ce n’est pas cela qui explique notre défaite. On perd Tariq Owens, l’un des joueurs majeurs de l’équipe, dans la demi-finale contre Michigan State. Avec lui ce n’est pas le même match.

déclare Joshua MBalla, qui a fait le deuil de la défaite.

Josh Mballa : « même pour moi, c’est compliqué de comprendre toutes les règles en matière de transfert » 

Josh Mballa l’avoue : changer d’université en cours de cursus pour un athlète-étudiant en NCAA peut être un véritable casse-tête.

Je sais que tu dois inscrire ton nom dans le ‘transfer portal’ (liste de joueurs souhaitant être transférés), que tu dois ensuite attendre 48h pour que ta demande soit effective et que tu puisses être contactés par les universités.

Mais, même pour moi, c’est compliqué de comprendre toutes les règles en matière de transfert.

En France, pour les non-initiés, on a coutume de dire qu’un transfert entraîne une année d’inéligibilité automatique. Or, le règlement en vigueur à l’heure actuelle en NCAA est bien plus compliqué que cela. Chaque joueur possède 5 ans pour effectuer ses 4 années d’éligibilité sportive. Ainsi, en cas de blessure ou de mauvais résultats scolaires, par exemple, il peut prendre un « redshirt » et conserver une année entière d’éligibilité.

Pour être autorisé à jouer immédiatement après un transfert, un joueur doit être diplômé de son université d’origine, obtenir un accord de transfert avec l’université d’origine ou venir d’une université de Division II ou Division III.

Dernière possibilité, obtenir une autorisation exceptionnelle (ou « waiver ») délivrée par la NCAA, uniquement, en cas de « circonstance extraordinaire ». Cette autorisation est demandée par la conférence d’accueil du joueur ou par la NCAA elle-même. Donc, ce n’est donc pas le joueur qui en fait la demande.

Dans le cas de Josh Mballa, c’est grâce à ce dernier processus qu’il est autorisé à jouer dès cette saison à Buffalo.

J’ai eu beaucoup de chance de compter sur le soutien de Max Lefebvre. Il m’a beaucoup aidé dans tout le processus de transfert. D’ailleurs, lorsqu’un head coach se renseignait sur moi, il appelait Max avant moi.

Avec Buffalo, une nouvelle équipe pour un nouveau départ

À son arrivée les fans étaient très excités.

Dès ses premiers matchs, les fans l’ont adoré parce qu’il joue avec une énergie folle. Il donne beaucoup de seconde chance grâce à ses rebonds offensifs et il mouille le maillot.

confie Rachel Lenzi, journaliste locale pour le Buffalo News.

Pourtant, avant de porter fièrement le maillot des Bulls, Josh Mballa a dû s’acclimater à un nouveau cadre de vie. Buffalo est davantage réputée pour ses vents froids que pour sa chaleur étouffante, située dans l’État de New York, en bordure du lac Erie et à la frontière du Canada

Entre le Texas et Buffalo, tout change. Ici, il fait froid et il neige en ce moment. Il faut s’y habituer après une année où il fait une chaleur lourde du matin au soir.

La ville est magnifique et une seule visite du campus m’a convaincu de venir ici.

Dans une conférence MAC moins relevée que la Big 12, Josh Mballa s’est imposé comme un joueur dominant, au point d’être parmi les meilleurs rebondeurs offensifs du pays.

Son entraîneur, Jim Whitesell, ne tarit pas d’éloges à son sujet.

Il est vraiment puissant et, athlétiquement, il a tout. Sa présence sur le terrain donne une autre dimension à l’équipe sur le terrain en défense et aux rebonds. Puis, il se développe très bien en attaque.

énumère le head coach des Bulls, visiblement comblé.
(Crédit photo : University at Buffalo)

Référence à domicile, Buffalo comptait sur Josh Mballa et ses coéquipiers pour préserver la série d’invincibilité du programme à domicile. Et le transfuge de Texas Tech s’est imposé comme l’un des leaders d’une bonne équipe des Bulls.

L’ailier sophomore tourne, aujourd’hui, à 10.2 points et 9.2 rebonds de moyenne. Des statistiques plus qu’honorables, surtout qu’il s’agit de la meilleure marque des Bulls en terme de rebonds et il ne se trouve qu’à 1.6 points du 2ème meilleur marqueur de l’équipe.

On a bien commencé la saison, mais on a perdu beaucoup de matchs que l’on devait gagner dans la conférence MAC, surtout à la maison.

Avant cette saison, Buffalo était réputée pour sa solidité à domicile dans toute la nation donc cela fait tâche. On a fini par bien se reprendre face à Central Michigan, 1er dans la division MAC West, c’est une bonne victoire pour nous.

Comblé à Buffalo, Josh Mballa est un garçon ambitieux. Le jeune homme espère faire partie de la première équipe défensive en MAC, avant de concentrer ses espoirs vers la March Madness où il espère briller…

… avec un temps de jeu décent, cette fois-ci.

On me demande de dominer. J’essaie d’être là en défense et de beaucoup parler. Je suis bon au niveau des rebonds offensifs du pays donc j’en fais une grande force.

Je sais que les fans attendent beaucoup de moi car je viens d’une équipe victorieuse qui a participé au Final Four. C’est toujours plaisant. Ils veulent que j’amène Buffalo à la March Madness et qu’on y fasse des grandes choses.

C’est mon objectif, c’est l’objectif de tout le monde ici.

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