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Adam Morrison Larmes Gonzaga Bulldogs vs UCLA Sweet 16 March Madness 2006
(Crédit photo : Paul Sakuma - Associated Press)

Gonzaga peut venger les larmes d’Adam Morrison au Final Four… et se rapprocher de l’éternité

Dès que l’on juxtapose les équipes de Gonzaga et de UCLA au sein de la même phrase, les images d’Adam Morrison en pleurs reviennent et hantent tous les esprits. Le gamin au milieu du parquet, en pleine détresse, à l’issue de l’un des comebacks les plus fous de l’histoire de la March Madness.

Sauf que, 15 ans plus tard, la donne a bien changé.

Les Bulldogs assouvissaient à peine leur domination en conférence WCC et le statut de Cendrillon leur collait encore à la peau en 2006. Ils n’étaient pas considérés comme une “powerhouse” nationale. Certes, Mark Few avait tiré les Zags de l’enfer ; mais, il lui restait encore à prouver la valeur de la petite université catholique.

Et, en 2006, Gonzaga se trouvait en position idéale de confirmer une position de choix sur l’échiquier du championnat de basketball universitaire en Division I.

L’université de quelques milliers d’âmes, blottie en contrebas de la chaîne des Cascades, avait franchi un cap. L’ombre du doute disparaissait au fil des saisons à plus de 25 victoires et des titres de conférence WCC. Et, lors de cette fameuse saison, Adam Morrison explosait au grand jour avec le statut de meilleur scoreur de la ligue.

Tout était réuni pour briser le plafond de verre.

Et, puis, UCLA a barré la progression des Zags au stade du Sweet 16 pour l’un des moments légendaires du NCAA Tournament.

Un 11-0 en 3min30 gravé dans le marbre.

Gonzaga aurait pu s’écrouler et se morfondre dans un rôle d’outsider perpétuel. Mais, ils se sont servis de cette cruelle désillusion pour forcer un déclic. La petite équipe du fin fond de l’Etat de Washington, presque inconnue et raillée à la fin des années 90, s’est métamorphosée en superpuissance nationale qui attire les meilleurs talents et propose le meilleur jeu offensif de la ligue.

Un accomplissement impossible a pris forme sur un terreau inhospitalier.

Et, aujourd’hui, la meilleure équipe du pays avec un record invaincu et le statut de grand favori pour le titre peut réparer une erreur et sécher les larmes du passé.

L’histoire d’une (re)naissance improbable à Gonzaga

L’Université de Gonzaga se trouvait au bord de la ruine financière en 1997.

Lorsque Mike Roth a pris position en tant que Directeur Athlétique des Bulldogs, des discussions avaient eu lieu sur le futur des programmes sportifs de l’école. Fallait-il quitter le monde de la Division I pour économiser des millions de dollars ? Le comptable était partant pour cette idée.

Mais, Mike Roth avait une autre vision.

La différence est que si tu es en Division III et que tu réalises quelque chose de spécial, cela atteint à peine le niveau des informations locales. Mais si tu réalises quelque chose de vraiment spécial en Division I, surtout en basketball, tu entres dans les informations nationales. Et, cela n’a pas de prix.

relate Mike Roth au New York Post, d’une conversation avec le comptable de l’université.

Gonzaga a conservé son statut en Division I.

Et, près de 25 ans plus tard, les Bulldogs obtiennent une nouvelle chance à un titre national avec une 2ème apparition au Final Four en 4 éditions du NCAA Tournament. L’université n’a pas manqué une seule March Madness depuis 1999. Mark Few, qui a pris la direction du programme de basketball sans aucune expérience en tant que head coach, compile un pourcentage hallucinant de 83.5% de victoires.

Le statut de favori pour le titre revient logiquement à Gonzaga. Il ne fait même aucun doute. Et, la petite université de Spokane peut devenir la première école hors du Power Six à remporter le titre depuis UNLV en 1990.

Mais, rien n’était gagné au départ de cette folle aventure.

Nous étions une communauté isolée. Quand nous allions à Seattle, à l’autre bout de l’Etat, pour recruter un gamin, ils avaient l’habitude de dire que “[Gonzaga] était un lycée” parce que l’équipe de football de Gonzaga Prep était si forte.

C’était comme si je me faisais transpercer le coeur avec une flèche.

Et je me disais : “qu’est-ce que je fais là ?”

raconte l’ancien head coach du programme de basketball, Jay Hillock (1981-85), auprès du New York Post.

Puis, la tendance s’est inversée avec l’arrivée de Dan Monson et Mark Few en tant qu’assistants de Dan Fitzgerald au début des années 1990.

Les deux compères se sont évertués corps et âme pour redresser la barre.

Et cela est passé par le recrutement, en premier lieu.

Dan Fitzgerald avait la sensation que nous perdions notre temps si une équipe de la Pac-10 avait déjà contacté une recrue. Mark Few et Dan [Fitzgerald] se sont vraiment pris la tête sur cela.

Mark [Few] était si rancunier qu’il ne recrutait pas un joueur si une équipe de la Pac-10 ne s’intéressait pas à lui.

Son état d’esprit était contagieux. [Mark Few] était têtu et il était capable de convaincre les gamins qu’ils étaient fous d’aller ailleurs, surtout en Pac-10, où ils allaient passer leur temps sur le banc. Il pouvait les forcer à venir [à Gonzaga] pour devenir des joueurs importants.

explique Dan Monson au New York Post.

Le pli a commencé à prendre dès lors que Dan Monson a récupéré la direction de l’équipe de basketball.

Et, dès sa seconde saison à la tête de l’équipe en 1999, les Bulldogs ont réalisé leur premier run improbable à la March Madness avec une participation au Elite 8. Conclue avec une défaite face au futur champion national, UConn. Minnesota, battu au premier tour, s’est alors empressé de formuler une offre afin de débaucher Dan Monson.

Une offre que le head coach ne pouvait pas refuser.

Gonzaga n’était alors qu’une petite équipe des Mid-Majors qui a rencontré un succès sans précédent sur une courte période. Aucun indicateur n’indiquait que celui-ci allait être pérenne. Une loi cruelle que chaque université mineure doit prendre en compte.

Loyola-Marymount n’a pas dansé en mars depuis l’ère de Bo Kimble et Hank Gathers. George Mason n’a gagné qu’un seul match à la March Madness depuis leur run fabuleux jusqu’au Final Four en 2006. Florida Gulf Coast n’a même remporté une partie au NCAA Tournament depuis “Dunk City” et Davidson est aphone depuis l’éclosions de Stephen Curry.

Mais, il semblerait que Gonzaga est l’exception qui confirme la règle.

Les dents ont grincé quand Mark Few a repris la position de Dan Monson en 1999. Il n’avait littéralement aucune expérience d’entraineur en Division I à cette époque.

2 apparitions au Sweet 16 lors de ses 2 premières saisons et la machine était lancée.

Et, depuis 1999, le budget de l’Université de Gonzaga a triplé. Les inscriptions académiques ont presque doublé. Et le nouvel écrin de l’équipe de basketball, le McCarthey Athletic Center (ou “The Kennel” pour les intimes), affiche complet depuis son ouverture en 2004.

Ils ont sauvé l’université, qui se rapprochait de la banqueroute.

avoue Jay Hillock au New York Post.

Adam Morrison, au-delà des larmes, a inspiré des générations

Au fil des années, Mike Roth et Mike Few se sont associés pour créer un environnement unique à Spokane. Ils ont mis leurs efforts en commun pour devenir une grande équipe… alors que celle-ci n’apparaissait même pas dans le Top-25.

Le château de cartes aurait pu s’effondrer.

Au moment du départ de Dan Monson.

Ou même lors du départ hypothétique de Mark Few vers des cieux plus bleus.

Toutefois, la différence avec Gonzaga est que l’école a mis en place une situation où la question n’est plus “quand devrais-je partir” mais “pourquoi devrais-je partir”. Mark Few conclura dans quelques jours une 22ème saison sur le campus de Spokane et la question de son départ s’est évaporée depuis des lustres.

Il a tout ce dont il a besoin à Gonzaga.

Et, grâce aux victoires, titres et attentions médiatiques depuis 2 décennies, Cendrillon s’est transformée en belle-mère.

[Gonzaga] n’a pas encore gravi le sommet de la montagne. C’est là où tu commences à réfléchir. Nous sommes des nouveaux riches et nous nous demandons encore comment nous le sommes devenus.

Tu ne peux pas les appeler “mid-major”. Ils ne sont certainement plus une Cendrillon.

Ils ont été forcé de créer leur propre catégorie.

avoue l’ancien guard des Bulldogs, Matt Santangelo (1996-2000), au New York Post.

Les Zags ont toujours mis un point d’honneur à former et développer des joueurs sur la totalité de leur cursus universitaire.

Mark Few et ses assistants ont toujours eu le chic de dénicher des pépites étrangères.

Bref, la formule secrète de Gonzaga a pris forme dans l’ombre et calme des Cascades.

Ronny Turiaf a (peut-être) appuyé sur le bouton de mise en marche en déposant ses valises à Spokane, de 2001 à 2005, fraichement sorti de l’INSEP à Paris. Et les premières vagues nationales ont suivi avec l’explosion d’Adam Morrison, en 2006. Avec le statut de meilleur marqueur de la ligue en tant que junior… et les larmes hystériques du gamin à peine moustachu à la March Madness.

Le rouleau-compresseur s’est mis en pause le temps de recharger les batteries après cette désillusion.

Le canadien Kelly Olynyk est arrivé en 2009. Et, puis, le rythme s’est ensuite accéléré. Przemek Karnowski a quitté sa Pologne natale pour Spokane en 2012, un autre canadien, Kyle Wiltjer, est arrivé sur transfert dès la saison suivante et le lituanien Domantas Sabonis a emboité le pas de tout ce beau monde en 2014 avec Josh Perkins.

Ensuite, la dynamique a pris des proportions gigantesques en 2016.

Nigel Williams-Goss et Johnathan Williams étaient enfin éligibles après leur transfert tandis que Zach Collins, Killian Tillie, Zach Norvell et Rui Hachimura composaient une première classe de recrutement affreusement bonne.

Et cette progression peut être retracée à partir de la saison exceptionnelle d’Adam Morrison, dix ans plus tôt, en 2006.

Un homme tel que Przemek Karnowski, pivot titulaire des Bulldogs lors de leur première présence au Final Four en 2017, n’aurait jamais quitté la Pologne pour le campus de Spokane sans les efforts inconditionnels de Mark Few et les performances de l’ancien ange de Gonzaga.

Ils ont fourni le travail nécessaire lorsque Gonzaga n’était pas une équipe du Top-25. On a juste transmis leur héritage.

admet Przemek Karnowski auprès du New York Post.

Et, aujourd’hui, Gonzaga est mené par une flopée de recrues 4- et 5-étoiles.

Jalen Suggs, 11ème meilleure recrue de la promotion en 2020 et meilleure recrue de l’histoire de l’université, tracte les Bulldogs vers un nouveau Final Four qui possède une saveur complètement différente du premier. Les joueurs passent toujours par une phase de développement ; mais, le talent a supplanté les origines discrètes et/ou étrangères de l’effectif.

Gonzaga apparait bien plus comme le “blueblood” du Final Four que UCLA, adversaire des demi-finales et détenteur de 18 titres nationaux.

Adam Morrison a montré la voie.

Il a montré que le succès et la célébrité étaient viables à Spokane.

Maintenant, il ne reste plus qu’une récompense à accrocher à leur veste pour assouvir leur domination et entrer dans la panthéon de l’éternité. Une victoire finale à la March Madness et un titre de champion national. Pour récompenser plus de 30 ans d’efforts et pour remercier les ainés qui ont dessiné un chemin.

Et que des représailles face à UCLA permettent d’accéder à cette dernière marche éternelle ? Ce n’est que du bonus. Venger les larmes d’Adam Morrison n’est que partie remise.

La consécration d’un titre national n’est surtout que la suite logique de l’ascension de Gonzaga vers l’Eden.

Nous serons honnêtement déçus si nous ne remportons pas de titre national à Gonzaga. Et rien que dire cette phrase à voix haute ne fait aucun sens.

avoue Matt Santangelo au micro du New York Post.
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