Our Lady of the Lake Basketball Scrimmage 2020-21
(Crédit photo : @OLLUSaints)

“Gem of the Week” : Our Lady of the Lake (NAIA)

En cette saison de basketball universitaire, Midnight on Campus renouvelle son rendez-vous hebdomadaire (a minima) des perles inconnues qui nous a impressionné et nos coups de coeur de la semaine : la “Gem of the Week“. Après UIC, deuxième épisode de la saison : retour en NAIA avec une équipe au nom exotique, Our Lady of the Lake.

Our Lady of the Lake (“OLLU” pour les intimes) est une université privée catholique fondée en 1895. Cependant, le programme de basketball localisé à San Antonio est assez jeune, avec seulement 11 saisons au compteur. La 12ème est en cours.

Les Saints, qui évoluent dans la Red River Athletic Conference, ont déjà accédé au tournoi national de NAIA à 4 reprises et deux fois à l’Elite Eight. Toutefois, ces bons résultats ont cessé avec un bilan négatif lors des 2 derniers exercices, une première dans l’histoire du programme (en 12 ans, je le rappelle).

Le head coach Chris Dial, qui entame sa 3ème année à la tête de l’équipe, est assez connu sur la scène internationale. Il est le fondateur de “The Basketball Embassy”, qui accompagne dans l’organisation de tournois, camps et autres événements pour l’exposition des prospects au sein des jeunes catégories. Chris Dial a aussi été Directeur du développement des jeunes en U14 à la FIBA et il a occupé divers postes au sein de fédérations (comme en Macédoine par exemple).

Forcément, il apporte sa touche internationale avec des joueurs étrangers au sein de l’effectif de Our Lady of the Lake.

Tels que le big man Edvin Tedesjo (Suède) ou encore Calvin Kintu (Angleterre).

C’est plus facile quand on a des connexions et c’est surtout une bonne chose de donner sa chance à des prospects internationaux en NAIA. Il a aussi recruté dans le vivier texan. Son effectif est essentiellement composé par des locaux.

Petit point historique (merci Wikipédia) : l’une des fondatrices de l’université vient de Lorraine, en France.

Une victoire historique face à Texas State

La dernière confrontation entre Our Lady of the Lake et Texas State, en 2010, a été tout simplement épique. Je vous conseille d’aller voir les highlights sur YouTube (si vous en trouvez).

Le début de saison de Our Lady of the Lake a été marqué par des annulations de matchs. Seulement une rencontre officielle au compteur contre Incarnate Word. Pour une défaite logique contre une formation de Division I, mais, après un match plus serré que prévu. Les Saints se sont accrochés et s’inclinent finalement sur le score de 84 à 71. Très encourageant avant de jouer d’autres programmes de Division I.

Et, le 12 décembre, OLLU se déplaçait chez le voisin de Texas State pour un match officiel.

Je ne vous cache pas : je n’avais pas prévu de regarder le replay de la rencontre. Mais, quand j’ai aperçu Texas State (une équipe qu’il faut suivre en Sun Belt) et cette équipe au nom merveilleux de Our Lady of the Lake, mon choix s’est rapidement décidé.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en lançant le match. Sauf qu’une équipe m’a vraiment plu et ce ne sont pas les Bobcats. On a assisté à un upset historique et Our Lady of the Lake l’emporte sur le score de 61 à 58. C’est le 3ème succès de l’histoire face à une équipe de Division I, là où Texas State n’avait jamais perdu contre une formation de NAIA.

Et la victoire est largement méritée sur l’ensemble du match.

Le scénario du match a été le même sur les deux périodes : Texas State, à domicile, creuse un écart, avant de sombrer dans les dernières minutes.

Our Lady of the Lake aime jouer vite, encore plus sur cette partie, et pousse le ballon pour obtenir des paniers faciles en transition ou pour provoquer des fautes. Un plan de jeu que l’on retrouve bien souvent dans ce genre d’opposition et qui ne marche pas toujours. Sauf ici.

En 1ère période, les Saints ont provoqué un nombre incalculable de fautes et se sont retrouvés dans le bonus (8 fautes) après 9 minutes de jeu ! Malheureusement, ils n’en profitent pas beaucoup et c’est fort dommageable.

Ces 20 premières minutes se résument globalement à 2 équipes en panne d’adresse.

OLLU propose quelque chose de cohérent en défense : un focus à l’intérieur (avec un avantage de taille pour les locaux) tout en laissant les adversaires ouverts à 3-points. Un pari risqué, mais, qui paye face à une équipe qui n’est pas connue pour être adroite à longue distance. 4/22 à longue distance lors de cette rencontre. Oui, c’est très peu. Tactique payante pour les Saints.

Les Saints défendent en homme-à-homme, avec des alternances de presse tout-terrain qui se transforme en trappe haute sur pick-and-roll. Cette alternance a fait beaucoup de mal à l’attaque des Bobcats qui, en plus, a provoqué des pertes de balles en masse (19 au total). Cette agressivité positive montre un état d’esprit irréprochable des joueurs et une confiance totale entre coéquipiers.

Une défense-type ? Elle se termine par un tir à 3-pts (voulu) après une pression très haute.

Les joueurs essaient de couper une possible relation avec l’intérieur et font perdre du temps au porteur de balle. Ce dernier point est important : Texas State n’a jamais eu (à 5-6 actions prêts) plus de 20 secondes sur demi-terrain pour mettre en place un système long.

Toujours dans l’urgence et dans l’improvisation.

Sur la dernière possession de la 1ère mi-temps, Our Lady of the Lake propose toujours cette pression haute qui empêche le drive du porteur de balle et qui n’est pas loin de perdre le cuir. Regardez l’attitude des défenseurs : tous impliqués, cela coupe les lignes de passes et cela bouge partout. Un exemple.

Le contraste est effarant avec l’attaque et cette action représente le match à merveille.

La dépense d’énergie paye et permet aux visiteurs d’être devant au tableau d’affichage à la pause.

Le souhait de couper les intérieurs adverses du jeu est réel.

La première relation est anticipée par le défenseur des Saints. Le ballon revient miraculeusement dans les mains d’un coéquipier de Texas State, qui recherche une nouvelle fois son intérieur. Mais, c’est bien lu par son adversaire direct (aucune prise de position de l’attaquant qui ne fait pas l’effort de mettre son vis-à-vis dans son dos) et le ballon est intercepté.

Il se projette rapidement malgré un semblant de presse des locaux et le ballon arrive avec rapidité pour le leader de cette équipe, poste bas, qui termine le travail dos au panier. C’est propre, net et sans bavure.

On se demande bien qui joue en Division I et en NAIA…

Dans le money-time, le senior Darin Minniefield (qui a été plutôt discret jusque-là) s’est réveillé et a été clutch au plus haut point sur 2 actions.

La première action décisive arrive après une passe assez molle de sa part déviée en touche.

La remise en jeu doit se faire avec peu de temps au chrono. Darin Minniefield hérite du cuir à 3-points, attend l’écran, le prend puis essaye de passer à l’opposé de celui-ci. Son défenseur anticipe le drive. Du coup, il bloque ses appuis, réalise un surpassement et monte pour un tir difficile… qui rentre !

La deuxième action décisive se produit cette fois-ci sur le plan défensif.

Our Lady of the Lake possède plusieurs fois l’occasion de sceller le match sur la ligne des lancers-francs, sans réussite. La peur de gagner, dira-t-on. Texas State s’accroche toujours. Mais, sur une remise en jeu après un temps-mort, on observe un modèle de passe qu’il ne faut JAMAIS faire à cet endroit du terrain : une passe lobée.

Darin Minniefield dévie le ballon et celui-ci retombe dans les mains de son coéquipier. Encore un mauvais choix offensif des Bobcats.

Et, en 2 actions, le senior a permis à Our Lady of the Lake de sceller définitivement la rencontre pour une victoire de prestige.

Ruben Monzon, le joueur à suivre !

Un joueur a éclaboussé le match de son talent : il s’agit du junior Ruben Monzon.

Il a sorti une première période de grande qualité et a porté son équipe dans les moments opportuns.

Quel est le profil du joueur ? C’est un ailier qui joue plutôt intérieur et qui peut écarter les défenses adverses. Il joue au large car il est capable de sanctionner à longue distance, que ce soit sur jeu placé mais aussi en première intention. La mécanique est fiable, même si le ballon part un peu trop bas, selon moi.

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Ruben Monzon est complet d’un point de vue offensif et il est très intéressant dos au panier. Avec des appuis rapides, le junior prend souvent l’intérieur adverse de vitesse, qui est bien souvent moins vif que lui. Sa finition près du cercle est impeccable, que ce soit main gauche ou main droite.

Par exemple, on le voit prendre sa position à l’intérieur avec les mains en l’air pour demander le ballon. Il prend l’ascendant sur son adversaire direct avec aisance et il reçoit le ballon un peu loin du cercle. Mais, face au jeu, dans une position qu’il affectionne particulièrement.

On ne le voit pas jouer près du cercle, car il ne tient pas le choc physiquement.

C’est donc avec intelligence qu’il s’écarte, en sachant que le défenseur est dans l’obligation de sortir. Ruben Monzon peut prendre un tel tir à mi-distance. Il est toutefois patient et il voit que l’aide défensive arrive sur lui, bloquant un possible drive main forte.

Il attaque ainsi vers la ligne de fond et prend son défenseur de vitesse pour finir sur la tête de 2 joueurs.

Quand je dis que le défenseur est obligé de sortir fort sur Ruben Monzon, c’est qu’il y a une raison.

Là, il est bien défendu et repoussé loin du cercle. Mais ce n’est pas un problème pour lui. Le défenseur fait le pas en arrière qui va permettre à l’intérieur de créer un petit espace et dégainer rapidement, malgré le fait que le défenseur se reprenne bien et essaye de gêner le tir.

Sauf que c’est déjà trop tard. Ficelle.

Ruben Monzon affiche un double-double face à Texas State avec 18 points (8/13 aux tirs) et 11 rebonds. Il a été l’un des artisans du succès de son équipe. Même si c’est surtout une victoire collective, avec des joueurs concernés qui ont complètement fait déjouer l’attaque ainsi que la défense de Texas State.

Une déroute totale pour les locaux.

L’équipe était bien préparée, c’est indéniable !

Quelle est la suite pour Our Lady of the Lake ?

Jamais 2 sans 3, comme dit le dicton.

Our Lady of the Lake doit faire mentir cette expression avec un retour dans le positif au niveau du bilan général. Il y a de l’expérience (avec seulement un freshman) dans un groupe qui joue ensemble et cette victoire doit faire un bien fou dans les têtes. D’autant plus que les Saints affronteront 3 autres programmes de Division I avant de jouer les matchs de conférence : New Mexico (match amical), Texas A&M Corpus-Christi (défaite sur le score de 72-99) et UTSA (match annulé).

Avec une telle prestation face à Texas State, sans pour autant sortir le meilleur match en attaque, Our Lady of the Lake peut entrevoir quelque chose de grand.

Si on reste sur ces standards, nul doute qu’une qualification pour le tournoi national de NAIA en mars sera au rendez-vous. Pourquoi pas un petit run pour la gagne finale ?

En tout cas, Our Lady of the Lake n’est pas qu’une équipe avec un nom sympathique. C’est une équipe très bien entrainée, qui connaît ses forces et faiblesses, avec un leader en Ruben Monzon qui est au sommet de sa forme.

Cela prouve une nouvelle fois qu’il existe du talent hors de la Division I.

Et c’est rafraîchissant de voir une telle victoire historique.