Peter Kiss Wagner vs Bryant NEC Finale 2022

“Au Coeur de la Champ. Week” : immersion dans le grand bazar de la NEC

“THIS IS MARCH”. On pense tout de suite penser à la March Madness (13 mars-4 avril), mais, on oublie trop souvent la folie des tournois de conférence. Avant de rejoindre le monde des Power Six avec une présence au tournoi de la Big East, au Madison Square Garden, Midnight on Campus propose une immersion dans la NEC, une des conférences les moins connues du pays.

Pas la peine d’arriver en avance au Spiro Sport Center.

Cette petite salle de Wagner College à Staten Island, le plus discret des quartiers new-yorkais.

30 minutes avant le match, les Seahawks s’échauffent comme lors d’un simple entraînement. À part la sono, branchée à fond, rien ne laisse penser que les deux équipes jouent déjà leur survie. Les tribunes sont vides. Pourtant, Wagner et St. Francis (PA) doivent gagner ce quart de finale pour remporter le tournoi de conférence et, avec, un ticket pour la March Madness.

Les joueurs rentrent au vestiaire à quelques minutes du début de la rencontre. Au même moment, des dizaines d’étudiants viennent remplir les gradins en quelques minutes.

Juste après l’hymne national.

La majorité des étudiants sort à peine de cours et arrive au tout dernier moment. Nous sommes un mercredi soir (19h) en pleine semaine et le match rassemble tout le campus de Wagner College.

Les tribunes ne sont toujours pas remplies à quelques minutes du match

Beaucoup d’étudiants n’ont pas hésité à rater les cours pour venir. Et à moins d’être leurs professeurs, on peut dire qu’ils ont bien fait.

Wagner s’affiche en patron de la NEC

Les Seahawks, devant un public acquis à leur cause, débutent la rencontre à toute vitesse : 16 à 3 en un peu plus de 3 minutes de jeu.

Le match est (déjà) quasiment plié.

Pourtant une des pires équipes de la conférence à 3-pts, l’escouade de Bashir Mason (38 ans), le head coach depuis 2012, enchaîne de loin et finit la partie à 13/24 de réussite. Inimaginable. Les locaux mènent 50-28 à la pause… et inutile de faire durer le suspens. Il n’y aura pas de remontée fantastique de la part de St. Francis (PA), asphyxié en attaque.

Pour rendre hommage à Elijah Ford, senior titulaire blessé en cours de saison qui ne refoulera plus jamais les parquets universitaires, le head coach des Seahawks porte un jersey avec le numéro 4.

Une décision qui fait de belles images.

Le spectacle se trouve aussi dans les tribunes.

Les étudiants de Wagner ont concocté des pancartes avec des memes personnalisés pour chaque joueur adverse. À chaque lancer-franc, ils les brandissent pour perturber le joueur. De quoi amuser toute la salle. L’ambiance est festive, l’atmosphère détendue. Le basketball universitaire comme on l’aime, avec sa touche de trashtalking.

Battus pour leurs 2 derniers matchs de saison régulière à Fairleigh Dickinson et Bryant, ce qui les a privés de titre de saison régulière, les Seahawks se relancent dans le tournoi de NEC (82-53).

En demi-finale, c’est LIU (Long Island University) qui se déplace dans le petit chaudron de Staten Island. L’entame de match est identique à celle d’il y a 3 jours : Wagner prend rapidement 15 points d’avance et sécurise sa victoire en première mi-temps. L’équipe déroule son meilleur basketball.

Ce qui lui a permis de s’affirmer comme l’une des meilleures équipes en Mid-Majors en janvier et février.

Le cinq majeur est solide, emmené par le double MVP en titre de la conférence NEC : Alex Morales.

L’ancien joueur de Prince George’s en JUCO est un taulier de par ses 24 ans. Aussi bon en attaque qu’en défense, il assume ses responsabilités en quart de finale (triple-double) et en demi-finale (19 points).

Wagner face à Bryant : atmosphère électrique et humiliation historique

Par où commencer ?

Il y a tellement de choses à vous partager qu’on ne saurait par où débuter l’histoire. Une petite mise en contexte rapide s’impose avant cette finale de conférence NEC. Une réelle rivalité s’est construite entre Wagner et Bryant cette saison pour plusieurs raisons :

  • Historiquement, Bryant est très peu appréciée par les autres membres de la NEC. Située dans le Rhode Island, c’est l’université avec le plus de moyens et jouer sur ce campus de Smithfield est toujours particulier tant l’ambiance est parfois à la limite du respectable.
  • Cette saison, Bulldogs et Seahawks ne se sont pas lâchés. Si Wagner a eu une meilleure saison hors-conférence et a remporté ses 13 premiers matchs en NEC, c’est bel et bien Bryant qui a finit au sommet à la fin de la saison régulière.
  • Les deux matchs entre les deux équipes cette saison ont été serrés. L’équipe à domicile s’est imposée de peu à chaque fois : Wagner en prolongations et Bryant dans le money-time.
  • Enfin, le duel entre Alex Morales et Peter Kiss alimente la rivalité. Le premier a remporté le titre de MVP cette saison avec une ligne de stats de 18-8-4 juste devant le second. Les Bulldogs et de nombreux observateurs ont vu ça comme un vol étant donné que Peter Kiss a aussi dominé la conférence avec plus de neuf matchs à 30 points ou plus cette saison.

Bref, cette finale s’annonçait très chaude et tendue.

J’ai donc décidé de faire le déplacement.

Une heure et demie avant le match, les supporters de Wagner descendent du bus et les premiers échanges ont lieu avec les dizaines d’étudiants de Bryant qui attendent l’ouverture des portes. Une fois à l’intérieur de la salle, le trashtalking se poursuit à coups de signs, ces pancartes où sont inscrits des messages.

Le duel entre Peter Kiss et Alex Morales est au centre des attentions

L’ambiance est électrique. La conférence NEC est une des seules conférences du pays à ne pas organiser la finale sur terrain neutre. Fort de son seed #1 acquis au tout dernier moment en saison régulière, Bryant peut donc compter sur un public chauffé à blanc derrière lui.

Un public qui va jubiler après même pas 5 minutes de jeu.

Les Bulldogs mènent 11-2 et Wagner semble déjà abasourdi.

Le banc peine à remotiver les titulaires. Et cela se confirme.

  • 10e minute : 20-4
  • 15e minute : 34-6 (!!!)
  • Mi-temps : 38-12

On n’a jamais vu cela entre deux équipes de ce niveau. C’est une véritable démonstration. Les Bulldogs enchaînent les réussites à 3-points, les contre-attaques de folie et toute la salle est dans un état de transe.

Peter Kiss, très agacé de ne pas avoir été élu MVP de la conférence, est excellent.

Il finira à 34 points, 6 rebonds et 5 interceptions quand Alex Morales finira à… 0/16 aux tirs pour 3 petits lancers-francs et 8 rebonds. Un véritable cauchemar pour le leader intrinsèque de Wagner.

En deuxième mi-temps, les Seahwks n’arrivent même pas à enchaîner 2 paniers de suite sans en encaisser.

C’est plié.

Et, en tribunes, le match dérape entre une partie des étudiants de Bryant et des proches des joueurs de Wagner qui décident d’en venir aux mains. Le match est interrompu pendant 30 minutes, la police fait son entrée dans la salle et la student section extérieure est évacuée.

Triste fin de match pour la conférence NEC, qui a produit une finale historique.

Arrivé en 2008 en Division I, Bryant va connaître la March Madness pour la première fois de son histoire et sera à prendre au sérieux par les top seeds. De son côté, Wagner s’incline pour la 3ème fois en 7 ans en finale de conférence.

Merci pour les émotions, chère NEC. Vivement la saison prochaine.