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(Crédit photo : Kirby Lee-USA TODAY Sports)

Le FBI plonge dans la corruption : une journée décadente à Las Vegas en 2017 pour des “ressources”

La première semaine d’auditions du second procès mené par le FBI, contre le système de corruption en basketball universitaire, a révélé un spectre d’action plus large et détaillé que ce que l’on pouvait imaginer jusque-là.

Jugés coupable par le gouvernement fédéral au terme du premier procès, Christian Dawkins et Merl Code continuent de témoigner des coulisses de la corruption organisée, au service du FBI pour lequel ils exposent leurs anciens “clients” afin de réduire leur peine de prison. Mais un nouveau personnage a été amené au barreau du tribunal fédéral de Manhattan et il ne retient aucun coup.

Marty Blazer, criminel d’envergure en finance devenu témoin en coopération avec le FBI après négociation de peine (il encourt 67 ans de prison après avoir plaidé coupable pour extorsion de plus de $2.3 millions à ses clients), joue le rôle du conseiller financier dans cette affaire. Et autant dire que lui-même et Christian Dawkins ont eu affaire à de nombreuses personnes impliquées dans cette investigation, enregistrements vocaux et vidéos à l’appui.

Tout ce qu’il faut retenir de l’examination de Marty Blazer et de ses acolytes, qui a marqué la première semaine d’auditions du second procès du FBI contre la corruption organisée en basketball universitaire.

 

 

Plus de 10 entraineurs se sont succédés dans une suite du Cosmopolitan, à Las Vegas, en juillet 2017

 

Le lieu du crime ? Une suite du célèbre casino-hôtel de Las Vegas, le Cosmopolitan, avec une vue plongeante sur le Strip pour impressionner un maximum d’hommes.

Les personnages centraux d’un tel soap opera ? Un agent du FBI sous couverture, Marty Blazer et Christian Dawkins.

Les acteurs naifs de cette scène sortie tout droit d’un film hollywoodien : près d’une dizaine d’entraineurs assistants venus s’en mettre plein les poches sans comprendre une seule seconde qu’il s’agissait d’un piège.

Effectivement, une grande partie des enregistrements vocaux et vidéos, utilisés en tant que preuves par l’accusation, y ont été réalisés en l’espace de quelques heures de juillet 2017. Toutes les personnes impliquées auraient dû reconnaitre qu’il s’agissait d’un piège. Imaginez que vous receviez une invitation pour acheter l’engagement des recrues avec un conseiller financier qui a perdu sa licence professionnelle et un jeune homme de 25 ans qui lance à peine son agence de représentation de joueurs.

Mais chaque assistant universitaire qui a franchi la suite du Cosmopolitan ne s’est douté de rien et est avancé dans la gueule du loup, au cours d’une quête d’argent liquide qui ne semble jamais s’arrêter.

Tous ont été aveuglés par la nécessité induite de “ressources”. Le paradigme suggéré par les échanges illégaux suppose que, sans “ressources”, il est impossible de réussir dans le monde avide du recrutement universitaire. Genre, aucune chance. Zero. Nada. Il faudrait de l’argent pour graisser la main des recrues, des membres de leur famille, des entraineurs en AAU et n’importe quelle personne susceptible d’avoir une influence sur la cible.

Et c’est pour cela que les assistants aux dents longues se sont précipités à Las Vegas pour revenir à la maison avec des attaché-cases remplis de dollars. Littéralement, ce n’est pas une image.

Soutenus par le témoignage sous serment de Marty Blazer, les enregistrements montrent sans équivoque que Tony Bland (USC), Preston Murphy (Creighton) et Corey Barker (TCU) acceptent respectivement $13.000, $6.000 et $6.000 en pots-de-vin de la part des trois hôtes. Le plus surprenant ? Les assistants se sont présentés à des entretiens illégaux, pour recevoir de l’argent qu’ils ne devraient pas toucher, avec des équipements officiels de leur université.

Un réel sentiment d’impunité.

Plus d’une dizaine d’entraîneurs assistants se sont succédés dans la suite du Cosmopolitan pour rencontrer Marty Blazer, Christian Dawkins et l’agent sous couverture du FBI. Des requins, au-delà des inculpés de Creighton, USC, TCU, Oklahoma State, en provenance de Arizona State, Alabama, UConn, Clemson ou encore Texas A&M.

Mais ces derniers nommés n’ont pas reçu des liasses de billets verts ; certainement parce qu’ils n’étaient pas considérés comme des acteurs majeurs pour recruter des futurs joueurs de NBA dans le futur proche.

Il faut tout de même remarquer que des recruteurs de seconde ou troisième zone (Anthony Coleman d’Arizona State, Steve Smith de Clemson, Raphael Chillious de UConn, Yasir Rosemond d’Alabama et Amir Abdur-Rahim de Texas A&M) ont pris le temps de se déplacer à Las Vegas pour discuter d’opérations qui ne sont pas censés exister, tout en supportant des philosophies illégales qui semblent être monnaie courante en basketball universitaire.

Tout ce que vous avez besoin de faire, je le ferai,” avoue Yasir Rosemond aux accusés, en ajoutant que “Alabama possède aussi des trucs en place” pour faire avancer les choses.

Et il n’est pas le seul à avancer de tels arguments au cours de la diffusion des enregistrements à l’audience, d’autant plus, avec une voix d’une confiance surprenante face à une enveloppe d’argent sale donnée par une bande d’inconnus aux intentions malhonnêtes.

 

Duke, UNC et Kentucky impliqués ? Et le recrutement de Zion Williamson ?

 

L’accusation enchaine les enregistrements avec un but simple : compiler un maximum de preuves afin d’inculper Christian Dawkins et Merl Code de corruption. Non pas pour soulever le drap sur les malfaçons qui règnent en maitres dans le monde du basketball universitaire.

La nuance existe et elle ne reflète pas nécessairement le coup médiatique des premières semaines suivant la révélation du système de crime organisé par le FBI.

Malgré cette focalisation restreinte, la NCAA joue sur des oeufs qui peuvent éclater à n’importe quel moment. Le juge fédéral Edgardo Ramos conserve l’accusation sur les deux criminels inculpés et tout élément amené par la défense qui ne possède pas de rapports avec ces derniers est rejeté. Ainsi, peu de révélations majeures impliquant le basketball universitaire (et la NCAA) de manière directe ont été mis au goût du jour.

N’empêches que des informations croustillantes émergent jour après jour au barreau fédéral de New York.

Au cours de la salve d’enregistrements récupérés de la suite du Cosmopolitan de Las Vegas, un entraineur assistant de Clemson, Steve Smith, apparait et secoue un peu plus le cocotier du basketball universitaire. Pourquoi ? Les mots “Zion Williamson” et “football” sont prononcés.

Steve Smith s’est effectivement déplacé à Las Vegas pour rencontrer Christian Dawkins et Marty Blazer (ainsi que l’agent du FBI sous couverture) afin de louer ses relations avec Zion Williamson et de discuter du recrutement du basketteur de la décennie en NCAA. Vous ne serez pas surpris en apprenant que des paiements vers la famille de Zion Williamson ont été avancés.

L’assistant de Clemson semble vouloir profiter d’une opportunité qui pourrait bien ne jamais se re-présenter. Il avance ce jour-là qu’il connait le chemin par coeur jusqu’à la maison de Zion Williamson ; en précisant qu’elle se trouve à 1 heure et 4 minutes du campus de Clemson. Il connaissait exactement la distance puisque son GPS l’a amené chez le joueur à de nombreuses reprises (bien que ce soit illégal aux yeux du règlement de la NCAA). Clou du spectacle : il a prétendu de ne pas connaitre la route et a pris des détours pour ne pas donner la puce à l’oreille de Brad Brownell lors de la première visite officielle du staff de Clemson.

Mais ce qui frappe lors de cette conversation est la nécessité de mettre des “ressources” sur la table pour entrer en compétition face aux bluebloods, qui dominent le recrutement depuis des décennies.

“C’est pour cela que le football [à Clemson] connait un tel succès,” décrit Steve Smith. “Si tu utilises des ressources à Clemson, tu peux garder la compétition serrée”.

Ce à quoi Christian Dawkins ajoute plus tard dans les échanges :

“[Le recrutement de Zion] va être fou. Duke possède ses propres ressources. UNC est UNC. Kentucky, ils ont des ressources aussi.”

Duke, UNC et Kentucky sont tous entrés dans la danse du recrutement de Zion Williamson, avant que le natif de Caroline du Sud s’engage avec les Blue Devils. Marty Blazer a supporté cette accusation sous serment, la semaine dernière, en comprenant que Christian Dawkins avançait :

“Duke, UNC et Kentucky auront des gens en place pour payer ce qui est nécessaire pour Zion Williamson. Tout ce dont la famille de Zion Williamson avait besoin, on aurait été en position pour s’aligner [et d’aider avec de l’argent] si c’était serré.”

Le point commun entre Duke, UNC et Kentucky ? Outre le fait que les trois universités sont des bluebloods, elles sont affiliées à un autre équipementier que Adidas, impliqué massivement depuis le premier procès.

Nike.

“Les écoles affiliées à Nike paient aussi [les joueurs],” avoue Merl Code dans une vidéo enregistrée à New York, le 20 juin 2017. “D’une façon ou d’une autre, Duke, North Carolina, Syracuse, Kentucky et toutes les écoles [de Nike] font quelque chose pour aider leurs joueurs.”

“C’est un bordel parce qu’il y tellement d’argent impliqué,” renchérit Merl Code un peu plus tard.

Toutes ces accusations n’ont pas été proférées sous serment, dans une salle d’audience de Manhattan, mais au cours de conversations entre des hommes corrompus qui jouent à un jeu de “celui qui a la plus longue” pour impressionner leur auditoire. Ces propos relèvent-ils vraiment la réalité ou l’hyperbole déforme-t-elle cette dernière ? Qui sait.

Sans preuve tangible, il est impossible de découvrir ce qu’il se cache (ou non) sous les draps du basketball universitaire et l’accusation ne semble pas se diriger dans cette direction.

 

Comme un symbole : $11.000 envoyés dans une paire de baskets

 

Cette fin de première semaine d’audiences, condensée autour des enregistrements acquis à Las Vegas en juillet 2017, a révélé bon nombre de pratiques pour le moins intéressantes, si ce n’est, évidemment, illégales.

Les discussions entre Steve Smith et le trio d’agents corrompus sur le recrutement de Zion Williamson ont permis de découvrir que l’assistant de Clemson, qui avait apparemment noué une relation de proximité avec le beau-père du joueur, devait rencontrer ce dernier au lendemain de l’entrevue du Cosmopolitan, dans un établissement située à 30-40 minutes du Strip. Une fois qu’il savait ce qui était nécessaire pour recruter le jeune lycéen, on lui a indiqué de rapporter ces informations à Christian Dawkins et que les hommes apporteraient les “ressources” pour s’aligner sur la proposition.

Mais ce n’était qu’une seule demande émise parmi tant d’autres au sein de cette luxueuse suite d’hôtel.

Marty Blazer témoigne pour sa part que les hommes ont donné $11.700 en liquide à Brad Augustine (entraineur en AAU à Orlando), au nom de Jordan Fair (entraineur assistant de Louisville), pour le recrutement d’un “7-footer” étranger proche de Brad Augustine. Il semblerait qu’il s’agisse de Balsa Koprivica, dont le nom, étrangement, a déjà été lié à des activités suspectes de Will Wade (LSU).

Dans un autre enregistrement, on y aperçoit l’ancien entraineur assistant de USC, Tony Bland, sorti tout droit d’un avion officiel de l’Université pour empocher une enveloppe de $13.000 qui doit aider au recrutement de Marvin Bagley III. Selon Marty Blazer, celui-ci était à Los Angeles au même moment pour une visite du campus des Trojans et Tony Bland avait besoin d’argent pour sécuriser l’engagement du joueur.

“Il ne devait pas aller à UCLA ou Duke,” précise Marty Blazer au regard de la discussion qu’ils avaient sur le jeune joueur. “Tony [Bland] était confiant que Marvin Bagley était cadenassé avec USC. Et quand Marvin Bagley signait avec USC, on devait être sur le campus au moment de la signature, en étant prêt à lui mettre la main dessus dès que possible.”

“Ils ne vont nulle part. […] S’il est à USC, vous le rencontrerez dès son premier jour sur le campus,” ajoute Tony Bland dans l’enregistrement à Christian Dawkins et Marty Blazer. “C’est le genre de mecs que, si vous l’attrapez, tout le monde va suivre.”

Marvin Bagley III a finalement signé sa lettre d’intention universitaire avec Duke, après reclassement, et a joué avec les Blue Devils une seule saison avec de s’envoler pour la NBA.

Mais la Palme d’Or du détail le plus ahurissant de la journée d’audiences concentrée autour des enregistrements du Cosmopolitan a été dévoilé au détour d’une conversation entre Christian Dawkins, Marty Blazer et un ancien assistant de Texas A&M, Amir Abdur-Rahim.

Amir Abdur-Rahim a rencontré les hommes à Las Vegas en juillet 2017 pour discuter du recrutement et de la potentielle relation à long terme avec l’ancien joueur de Texas A&M, Robert Williams, actuellement en NBA. Marty Blazer témoigne que lui-même, Christian Dawkins et l’agent du FBI sous couverture sont descendus à une boutique du Cosmopolitan après l’entrevue pour acheter une paire de chaussures (dont on ne connait pas, malheureusement, la marque) avant de la remplir de $11.000 en cash et de l’envoyer, via le magasin FedEx de l’hôtel, à Robert Williams.

En terme de symbolique dans cette affaire de corruption, on ne peut difficilement faire mieux.

Et, comme Dan Wetzel (Yahoo Sports) le souligne parfaitement bien, aucun représentant administratif de la NCAA, responsable du respect du règlement universitaire, commissionnaire ou directeur athlétique n’a daigné se déplacer au barreau fédéral de New York pour écouter les accusations et révélations d’individus qui ont participé activement au système que la NCAA est censé combattre.

Circulez, il n’y a rien à voir, l’organisation actuelle de la NCAA fonctionne parfaitement et rien ne doit surtout pas changer.

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