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Chris Nilsen South Dakota Coyotes Athlétisme Perche
(Crédit photo : Kirby Lee -Image of Sport)

Chris Nilsen (South Dakota) : “Être diplômé avant de passer professionnel”

Chris Nilsen, triple champion du saut à la perche en NCAA, se livre dans un long entretien avec Midnight on Campus. Avant de se confronter aux meilleurs sauteurs de la planète, le senior de l’Université de South Dakota revient sur son choix d’avoir réalisé un cursus complet à l’université.

Malgré l’arrêt des compétitions en athlétisme universitaire à cause de la pandémie du COVID-19, l’emploi du temps de Chris Nilsen reste très chargé.

Le jeune homme de 22 ans cumule les activités entre les cours en ligne, la poursuite des entraînements, son travail de barista et son rôle de père. Mais il a pris le temps de revenir avec nous sur son aventure universitaire, de son duel avec Armand “Mondo” Duplantis, à son record universitaire en passant par sa relation avec Derek Miles.

“Je continue de m’entraîner six jours par semaine”

Quelle est la situation actuelle au Dakota du Sud ? Comment continues-tu de t’entraîner ?

La situation est très différente par rapport à d’autres États comme New York et la Californie.

La situation est plus raisonnable que dans des zones urbaines plus peuplées (NDLR : le Dakota du Sud est le cinquième État le moins peuplé des États-Unis). C’est plus facile de se déplacer au Dakota du Sud, mais on reste confinés, à l’abris et à la maison en toute sécurité. Beaucoup de personnes portent des masques, la plupart des commerces non-essentiels ont fermé contrairement aux épiceries, aux banques, etc.

L’université a fermé, je suis des cours uniquement en ligne. Toutes les installations sportives de l’université sont fermées pour empêcher la propagation du virus. Nous n’avons pas accès à un sautoir.

Ce que l’on fait, c’est qu’on va sur la piste du lycée à côté pour faire du sprint, quelques exercices de portée avec la perche, mais l’entraînement est très irrégulier à cause de la météo surtout (sourires). Et contrairement à Mondo Duplantis, Renaud Lavillenie et Sam Kendricks, je n’ai malheureusement pas de sautoir dans mon jardin (NDLR : les trois athlètes ont organisé une compétition en ligne).

Je continue de m’entraîner six jours par semaine, du lundi au samedi.

Je fais attention à rester en bonne santé, ne pas prendre de poids. J’imagine que les athlètes qui ne peuvent pas s’entraîner et qui restent juste à la maison, peuvent prendre du poids, mais ce n’est pas mon cas.

Chris Nilsen South Dakota Coyotes Athlétisme Perche
(Crédit photo : Briana Sanchez – Argus Leader)

Est-ce dur de rester motiver dans ce contexte sans aucune compétition ?

Non, pas vraiment. Je pense que beaucoup d’athlètes sont seulement motivés par la compétition, mais si tu prends en compte le facteur plaisir, cela se passe plus facilement.

(Il coupe) Je reste motivé pour deux choses:

  1. Je prends énormément de plaisir à m’entraîner, à passer du bon temps avec mes partenaires d’entraînement, en respectant les consignes de sécurité évidemment.
  2. Si jamais des compétitions reprennent cet été, peut-être vers juillet-août, je pense qu’il faut être prêt.

C’est peut-être un plus compliqué de se motiver, car on n’a pas d’objectifs à court-terme, on ne prépare pas de compétions pour la semaine qui suit, mais je continue de m’amuser.

“Ces championnats auraient pu être les plus beaux de l’histoire”

Même si les championnats nationaux en salle ont été annulés, comment juges-tu ta saison ? Qu’espérais-tu pour ces championnats ?

C’est difficile à répondre. Je n’arrivais avec aucune attente, comme certains peuvent le faire juste parce qu’ils ne veulent pas être déçus si les objectifs ne sont pas atteints.

Évidemment, je n’aime pas être déçu non plus.

Mais je pense que ces championnats [nationaux] auraient été très denses, avec beaucoup de gars prêts à se montrer au bon moment. Il y avait 4 ou 5 athlètes capables de sauter à plus de 5m80 et d’autres juste derrière.

Rassembler tous ces gars, c’est la bonne recette pour de belles performances.

Ces championnats auraient pu être les plus beaux de l’histoire. Mais, personnellement, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais pu faire même si la préparation était bonne.

Quelles étaient tes attentes pour la saison estivale et les Jeux Olympiques ?

Pour moi, la première des choses, c’était de rester régulier.

Essayer de passer 5m80 et 5m90 régulièrement. Puis, après, tenter 6m01 pour battre le record universitaire en extérieur. Battre celui en salle était déjà un objectif.

J’avais hâte de concourir aux championnats nationaux à Austin (Texas) également. C’est un super spot pour sauter. Et comme pour les championnats en salle, la densité aurait été encore meilleure en fin de saison, quand tout le monde est à 100%.

Concernant les Jeux Olympiques, c’est différent.

Le fait que ce soit tous les quatre ans rassemble la nouvelle génération tout comme les vétérans, les plus expérimentés. Donc c’est difficile de se projeter. Je pense que Mondo Duplantis, vu ce qu’il a fait cet hiver, il aurait réalisé de très bonnes choses (rires). Quand tu bats deux fois le record du monde, tu ne sais pas ce qu’il peut se passer six mois après.

Le fait d’avoir un an de plus pour préparer les JO est finalement une bonne chose. Les hauts et bas que je peux avoir au cours d’une saison montrent que j’ai encore beaucoup d’expérience à accumuler et beaucoup à apprendre.

Pourquoi as-tu décidé de revenir à South Dakota pour ta saison de senior alors que tu avais la possibilité de passer professionnel ?

Surtout parce que j’ai encore ma place au niveau universitaire.

Mais aussi parce que j’ai l’occasion d’être diplômé en juillet en kinésiologie et management du sport. Je suis quelqu’un de patient. Je suis certain que c’est plus sûr que de devenir professionnel trop tôt, sans penser à l’après carrière.

Il faut y aller par étape : être diplômé et après aller de l’avant.

Et aujourd’hui, as-tu reçu des offres de contrat ?

Pour l’instant, tout le processus est figé.

Mondo Duplantis est chez Puma. Sam Kendricks chez Nike comme d’autres athlètes. Mais, la vérité, c’est que Nike ne propose rien pour l’instant vu le contexte. Je n’ai pas eu réellement de contact avec de futurs sponsors. Je continue juste de parler avec mon entraîneur, qui lui, est en contact avec du monde.

“Être un père m’aide”

Comment gères-tu ton statut d’athlète-étudiant, ton travail de barista ainsi que ton rôle de père ? Cela t’aide-t-il à être plus mature dans ton sport ?

Il faut être bien organisé. J’essaye au maximum de passer du temps avec mon fils qui a deux ans. Je profite avec lui, d’habitude je l’emmène au parc, mais en ce moment, j’évite (rires).

Être un père m’aide. Prendre soin de quelqu’un chaque jour m’apprend à prendre soin de moi-même. Je deviens plus mature. C’est plus facile pour moi maintenant de partir loin en compétitions dans d’autres pays, de me gérer.

Et surtout, ça permet de mettre beaucoup de choses en perspective.

Comment as-tu vécu ton duel avec Mondo Duplantis en 2019 ? Penses-tu que cela t’a aidé à passer un cap ?

C’était étrange car à l’époque, Mondo avait déjà sauté plus de 6m alors que moi je n’en étais même pas proche de cette barre. Et pourtant, je l’ai battu aux championnats nationaux en extérieur.

Quand tu le vois remporter le Prefontaine Classic par la suite, finir deuxième en finale de la Diamond League et deuxième aux Championnats du Monde à Doha, c’est cool de se dire « oui, tu l’as battu et t’as amélioré ton record ».

Beaucoup de personnes disent « regardez, il a battu Mondo , il a battu Mondo ! ».

Mais, non, regardez ce qu’il a accompli en 2019. Je l’ai battu une seule fois alors qu’il m’a dominé sur toutes les autres compétitions (rires). J’ai été surpris de remporter le titre universitaire en extérieur. Je m’attentais à ce qu’il passe 6m10 ou quelque chose d’autre aussi fou.

Duplantis, Kendricks et Lavillenie sont les seuls qui semblent encore avoir une marge par rapport aux autres. Qu’apprends-tu d’eux quand tu les affrontes en fin de saison lors de meetings ?

C’est difficile d’apprendre d’eux d’un plan technique. Chaque sauteur est différent et chacun a une approche différente du saut. Mais j’apprends de leur expérience personnelle.

Mondo a peut-être un an de moins que moi, mais il saute depuis plus de 4, 5 ans, alors que j’ai commencé à 14 ans. Son expérience comme celles de Renaud et Sam sont bien plus chargées. J’apprends donc d’eux sur comment gérer un long voyage avant une compétition, la nutrition, etc.

Quel est ton regard sur la densité américaine à la perche ?

C’est vraiment cool. Cela faisait longtemps que les USA n’avaient pas eu une telle densité.

Je me rappelle des US Trials en 2004 pour se qualifier aux Jeux Olympiques. 8 ou 9 athlètes avaient passé 5m80. Je pense qu’on peut atteindre ce niveau de performance. Les Etats-Unis peuvent produire de très bons sauteurs.

Sam Kendricks a battu le record national la saison passée à 6m06. Des jeunes comme Zach Bradford (sophomore, Kansas, record à 5m80) et KC Lightfoot (sophomore, Kansas, record à 5m80) arrivent.

C’est super pour notre sport et cela met un coup de projecteur sur le saut à la perche.

“Sans moi, South Dakota reste un programme exceptionnel”

Comment se passe ta relation avec ton coach, Derek Miles ? Quel type d’entraîneur est-il ?

(Il sourit) Oh, c’est très dur de trouver les mots.

Il est très talentueux et il s’y connaît très bien. Il a tellement appris de tout ce qu’il a fait durant sa carrière de sauteur (NDLR : médaille de bronze aux JO de Pékin en 2008). Il veut que je fasse mieux à chaque fois. C’est plus qu’un coach, c’est un mentor.

Contrairement à d’autres entraineurs qui te disent juste quoi faire, lui tient vraiment à toi comme une personne. Pas seulement comme un athlète. Sa priorité avant que je passe professionnel, c’est que je sois une bonne personne et un bon étudiant.

Au fil des années, notre relation est même devenue amicale tellement on passe de temps ensemble. C’est un excellent coach.

Sans moi, l’Université de South Dakota reste un programme exceptionnel avec plein d’autres très bons sauteurs. Mes coéquipiers vont d’ailleurs me manquer. Rien que le fait de ne plus représenter une équipe, être membre d’un plus grand groupe, me rend un peu triste.

Je ne pourrais pas dire « je représente l’université avec 10 coéquipiers », je serai seul. Voyager avec eux va me manquer.

Dans quel secteur dois-tu progresser en priorité ?

L’aspect que je dois améliorer en premier, c’est la transition sol-air. Je dois être sûr d’arriver avec assez de vitesse, car beaucoup de sauteurs font l’erreur de ralentir avant de planter la perche.

Chris Nilsen South Dakota Coyotes Athlétisme Perche
(Crédit photo : dakotanewsnow.com)

Tu continues de concourir au saut en hauteur, notamment aux championnats en salle de la Summit League avec un saut à 2m (6e), pourquoi ? Est-ce utile pour le saut à la perche ?

(Rires) Honnêtement ? C’est plutôt pour le fun.

Je dirais que ça peut bénéfique dans le sens où tu te concentres sur tes derniers appuis avant de sauter, un peu comme au saut à la perche. Mais c’est surtout pour prendre du plaisir et rapporter des points à l’équipe lors des championnats de conférence.

As-tu un entraînement favori avant une compétition importante ?

Juste avant une compétition, j’aime bien faire une séance de sprint sur 20, 30 mètres et me concentrer sur ma foulée. N’importe quel entraînement avec de la vitesse me plaît, car j’adore courir.

La page universitaire se tourne, quels sont tes objectifs pour les années à venir ? Préférerais-tu un record du monde ou l’or olympique ?

C’est difficile à dire… Je ne pense pas que mon destin soit de battre le record du monde. Il y a des athlètes bien meilleurs que moi pour le faire.

Je suis un sauteur de championnat, pas de meeting. C’est là où je suis le plus fort. Mais je pense que le record des États-Unis est atteignable à 6m07. Si je réalise ça, ce serait incroyable. C’est sûrement mon principal objectif.

Évidemment, gagner une médaille d’or olympique est un objectif, aussi, mais c’est difficile de se projeter.

Au-delà des records et des médailles, je veux surtout rester en bonne santé et garder le plaisir que j’ai en sautant. Cela devrait être la priorité de tous les athlètes de n’importe quel sport.

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