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AAU Basketball : une formation au jeu par l’individualisme

 

AAU Basketball : une formation au jeu par l’individualisme

Chez les jeunes joueurs américains, le parcours traditionnel pour arriver en NBA n’a pas beaucoup changé ces dernières années. Le lycée, où on y joue avec ses amis d’enfance, pendant quatre années. Ensuite, le circuit AAU, pour passer chaque été en jouant au basket 24/24. Et enfin, la NCAA, où les choses sérieuses commencent, pendant au minimum une année. Merci la NBA.

Une étape a toutefois pris plus de place ces dernières années au sein de ce cheminement, l’Amateur Athletic Union que l’on connait mieux sous le nom du AAU.

Fondé au 19e siècle, le AAU est au départ conçu pour développer le sport amateur aux Etats-Unis. Dans ses premières années, le AAU travaillait en étroite collaboration avec le Comité Olympique Américain afin de préparer les athlètes, tous sports confondus, aux Jeux Olympiques. Aujourd’hui, son image et son but ont bien changé et notamment au niveau du basketball.

AAU, un acronyme qui n’était pas connu dans les années 80 ou 90, est aujourd’hui présent dans les esprits tout au long de l’année. Sitôt la saison régulière avec leurs lycées terminée, les jeunes joueurs américains se retrouvent pendant tout l’été dans le cadre du AAU dans des « camps » éparpillés aux quatre coins des Etats-Unis.

Il y a encore quelques années, le AAU n’était pas reconnu. Aujourd’hui, il est devenu un passage obligé pour tous les prospects américains afin de se faire remarquer auprès des différents head coaches universitaires et espérer décrocher une bourse. Et ça, les joueurs, ainsi que leur famille, l’ont compris.

Atteindre la NBA le plus vite possible

Cette pression de la famille est un problème. Un problème qui est très bien expliqué dans un documentaire, At All Coast: Life inside AAU Basketball (trailer ci-dessous). On y découvre comment les jeunes sont poussés à leur maximum pour décrocher une bourse dans l’une des plus grandes écoles américaines. Dans ce documentaire, l’actuel meneur de jeu d’Arizona, Parker Jackson-Cartwright, est poussé par son père afin de réussir à atteindre cet objectif.

Si le joueur réussit, c’est après de nombreux sacrifices. Des sacrifices qui auront eu raison de son corps.

Mais si les joueurs l’ont compris, c’est aussi le cas des marques. Désormais, tous les tournois AAU sont sponsorisés par une marque de sport. Les plus connus sont le Adidas ABCD, le Under Armour Association et le Nike EYBL. Des marques qui se battent à coup de dollars pour attirer les meilleurs joueurs à évoluer pour les équipes qu’elles sponsorisent.

Le Adidas ABCD, où Tracy McGrady, futur Hall of Famer NBA, a fait exploser sa côte. C’est lors de ce tournoi que la carrière de « T-Mac » a véritablement changé. Inconnu complet à son arrivée au tournoi AAU, il l’a quitté avec une hype incroyable. Résultat : quelques mois plus tard, le natif de Floride s’inscrit à la Draft NBA, est sélectionné en neuvième position par les Toronto Raptors avant de faire la carrière qu’on lui connait aujourd’hui.

Voilà l’objectif numéro du AAU. Faire augmenter sa côte et espérer atteindre la NBA le plus vite possible. Et cela au détriment de la chose la plus importante, le jeu. Mais tout le monde n’est pas Tracy McGrady. Il y a peu, un autre joueur a connu une grosse hype lors de son été en AAU, Wenyen Gabriel.

Aujourd’hui parmi les rangs des Wildcats de Kentucky, Wenyen Gabriel, s’il figurait dans les différents classements des meilleurs prospects au lycée, n’était pas le joueur le plus scruté par les scouts des équipes NCAA et NBA. A l’été 2015, le jeune ailier fort n’avait reçu aucune offre d’université jouant en Division 1. En un passage complet en AAU, les plus grandes écoles lui faisaient la cour : Providence, Duke, Kansas et Kentucky lui avaient proposé une bourse d’étude complète.

Sauf qu’en une saison sous les ordres de John Calipari, Gabriel est vite redescendu de son nuage. Lors de son année freshman il ne foule les parquets qu’une petite quinzaine de minute par soir et n’inscrit que 4 points en moyenne. A l’aube de sa seconde saison, on attend toujours de voir ce que les plus grands programmes universitaires ont vu en lui lors de cet été 2015.

“Le AAU a ‘tué’ la NBA”

Briller c’est bien, confirmer c’est encore mieux. Le revers de la médaille du circuit AAU.

C’est ce qui est reproché à cet événement estival et notamment par deux immenses superstars de la ligue professionnelle, Kevin Garnett (Timberwolves, Celtics, Nets) et Kobe Bryant (Lakers). Les futurs Hall of Famers NBA pensent que le circuit AAU a complètement anéanti le basketball en lui-même et, a fortiori, la NCAA. Une dernière étape, faut-il le rappeler, que les deux joueurs ont néanmoins sauté pour rejoindre directement la grande ligue.

“Je déteste l’AAU parce que ça n’apprend pas à nos joueurs à jouer de la bonne façon, comment penser le jeu, comment jouer avec des systèmes,” s’insurge Kobe Bryant, quintuple champion NBA, en janvier 2016. “Je pense que tout est une question de récompense. C’est juste du show. Je pense que l’AAU est horrible pour le basketball. ”

Kevin Garnett on how AAU has ruined the NBA because it’s created entitled kids pic.twitter.com/M9kDuJCHsn

— Jimmy Knutson (@JimmyKnutson) February 21, 2017

Une pensée que partage un autre champion NBA, Kevin Garnett, qui tient des paroles beaucoup plus dures et considère que le AAU a « tué » la NBA.

“Le AAU a tué notre ligue,” déclare-t-il face à Kevin McHale, pour NBA TV. “Sérieusement, je n’aime pas dire cela mais c’est la réalité. Les gamins n’apprennent rien, ils sont bien intentionnés mais la façon dont ils voient ça n’est pas comment fonctionne [la NBA].”

Evan Daniels de Scout et Fox Sports ne partage absolument pas cet avis. Habitué à sillonner les matchs de High School, le journaliste américain pense totalement l’inverse puisque pour lui le AAU est une opportunité pour les joueurs. Une opportunité de se faire connaitre, d’obtenir une bourse dans une bonne université.

Dans un papier où il répond aux propos de Kevin Garnett, Evan Daniels écrit que “le AAU est plus professionnel” qu’à l’époque connue par Kevin Garnett. Il continue en argumentant que “le jeu n’est pas toujours bon mais le niveau est plus haut et la possibilité pour les joueurs de se faire connaître est grande.”

Mais est-ce vraiment l’objectif ? Car, oui, le AAU est censé être une phase d’apprentissage du basketball et non servir de vitrine aux joueurs et de devenir un one-man-show.

Par la suite, Evan Daniels appuie son argumentaire en prenant l’exemple des sélections jeunes américaines (u16 et u17). Pour lui, le fait que les jeunes américains dominent outrageusement les débats lors des compétitions internationales prouve que la formation est bonne. Toutefois, il ne peut pas le nier, le niveau des équipes américaines baisse et vire, quelque peu, du côté de Kobe Bryant et Kevin Garnett.

“J’ai eu des discussions avec plusieurs entraîneurs universitaires sur le niveau actuel et le recrutement. C’est un problème. Mais ce n’est pas uniquement à cause du AAU. C’est un problème de culture dans le basketball spécialement. Les coaches en NCAA en sont responsables, le AAU en est responsable.”

Une chose est certaine : le basketball au niveau universitaire en fait les frais. Une partie des joueurs ne viennent à l’université que pour y être présent une année, et durant cette année, il est impossible aux joueurs de devenir des joueurs de basketball avec les fondamentaux que demande ce sport. Mais ces fondamentaux, ils sont néanmoins censés les avoir appris pendant leurs années au lycée et en AAU.

Ce non-apprentissage des bases du jeu provoque inexorablement une baisse de niveau général. En effet, très peu d’équipes avec des joueurs n’ayant qu’une saison universitaire dans les jambes remportent le titre. Nous avons encore eu l’exemple ces deux dernières années entre North Carolina (qui n’a sorti qu’un seul freshman en près de 10 ans) et Villanova (qui était formé en majorité de juniors et seniors).

Un jeu qu’ils n’ont pas pu assez comprendre en AAU. Là, où il faut être un individualiste pour réussir à ses fins.

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Le cocktail explosif de la Prep School, où l’éducation est reléguée au second plan.