Ces artilleurs à trois points sont notre rayon de soleil cette saison.

Si vous êtes un assidu du podcast des copains d’Envergure (ne perdez pas de temps et suivez-les sur Twitter, must-follow), vous savez que leur chouchou actuellement est une petite université du nom de Savannah State.

Pourquoi ?

C’est une équipe qui joue un peu yolo, un mélange de jeu up-tempo avec des possessions de 12 secondes et une multitude de tirs à trois points. Bref, une équipe que l’on est forcé à aimer. Du coup, j’ai passé une après-midi à regarder des matchs de Savannah State et c’était bien.

Savannah State est une petite université dans l’Etat de Georgie, historiquement noire (membre de la communauté des HBCU), qui est l’une des plus anciennes du pays (création en 1860) et qui évolue au sein de la conférence MEAC depuis 2010, une conférence très peu médiatisée au sein des mid-majors.

Les plus “ultras” d’entre-vous peuvent connaître, de nom, des programmes comme NC Central, South Carolina State ou encore Norfolk State. Si cela ne vous dit rien, pas de panique, c’est normal, puisque trouver un lien un soir de match de la MEAC relève de la mission impossible. Il faut alors se tourner vers les sites des équipes, qui diffusent la plupart du temps les rencontres.

Par contre, il faut oublier la HD, les vidéos YouTube à 720p et j’en passe…

Savannah State est en train de réinventer le basketball universitaire pour essayer d’exister un petit peu sur le plan national.

Les possessions de 20 ou 25 secondes, terminé. Les longues séquences de “Princeton Offense” que l’on apprend en poussins, c’est de l’histoire ancienne. Les Tigers jouent vite, prennent des tirs en première intention à tout-va et cela ne déplaît pas forcément au coaching staff, qui défend sa philosophie bec et ongle.

“Vous savez, ils sont ouverts donc ce n’est pas une mauvaise situation pour tirer. Lors du premier entraînement de cette saison, j’ai dit aux gars : vous avez un tir ouvert, il faut le prendre. C’est notre mentalité, c’est tout.

Certes, cela peut paraître fou, insensé, mais c’est notre choix. On donne une nouvelle direction au programme depuis un an et demi et on travaille dur pour trouver les joueurs adéquats pour évoluer dans ce système.”

Lorsque l’on regarde les statistiques, Savannah State est la deuxième équipe qui tente le plus de tirs à trois points, toute équipe de Division I confondue avec 55.3 tentatives par rencontre (Belmont vient de reprendre la tête de ce classement avec 55.5 tentatives par match). C’est aussi l’équipe qui joue le plus rapidement du championnat, avec une moyenne de 12.5 secondes par possession.

Pour ceux qui n’en croient pas leurs yeux, place aux statistiques grâce à KenPom (avec quelques statistiques gratuites, pour les aficionados). Attention, mouillage de nuque nécessaire.

Regarder un match des Tigers est assez divertissant, pour être honnête. Il faut dire qu’en basant son plan de jeu sur l’adresse à trois points, le match peut rapidement tourner au grand n’importe quoi.

Mais cela rend l’équipe tellement imprévisible pour l’adversaire que la plupart du temps, cela passe pour Savannah State. A l’heure où j’écris ce dossier, Savannah State affiche un bilan de 8 victoires pour 13 défaites, mais reste sur quatre victoires consécutives en conférence, ce qui porte le bilan au sein de la conférence à 5 succès pour 1 seul revers.

(N.B : Savannah State a gagné son match mardi soir, face à Norfolk State, après prolongation (104-99), avec la bagatelle de 46 tentatives à trois points… pour 17 réussites !)

Actuellement 4ème, à une victoire du leader surprise, North Carolina A&T, les Tigers sont dans la course pour un seed intéressant lors du tournoi de la MEAC.

Oui, le bilan général n’est pas flatteur, mais force est de constater que le calendrier sur la première partie de saison fut assez costaud. Au programme, des défaites larges face à #12 Cincinnati (-30), #8 Wichita State (-46), #9 Texas A&M (-47), #21 Baylor (-32), #13 Virginia (-31) et #2 Michigan State (-56). Un calendrier osé (la plupart des équipes de conférences du Power Six n’oseraient pas programmer de tels matchs) mais qui a permis de prendre un peu d’expérience et quelques dizaines milliers de dollars à chaque fois, ce qui contribuera au développement du programme.

Du gagnant-gagnant, surtout vu le début d’année que réalisent les Tigers.

Disons-le clairement, c’est l’année où jamais pour Savannah State d’accéder à la March Madness.

Rappelons que le programme entamera une transition vers la Division II dès le 1er février, qui sera aboutie pour le début de l’année scolaire 2019-2020. C’est un retour aux sources pour le programme qui revient dans la conférence SIAC, au sein de laquelle il a connu le succès entre 1968 et les années 2000.

Mais voilà, petit souci : la NCAA interdit le programme de toute compétition pour cette saison à cause des faibles résultats scolaires. Mais selon un assistant de l’équipe, qui a été contacté par nos amis de Mid-Major Madness, l’université a transmis des modalités afin d’être éligible. Ces modalités auraient été acceptées par la ligue et qui devrait permettre aux Tigers de pouvoir goûter à la March Madness pour la première fois de leur histoire, si bien sûr la qualification est acquise.

“La saison dernière, on n’était pas éligible et c’était un vrai coup dur. Mais quand on y repense, c’est à ce moment précis où j’ai décidé d’opter pour un Savannah State new look. On avait pas de pression, on jouait tranquillement, en prenant du plaisir. Cette suspension a été un déclic pour nous,” s’exprime Horace Broadnax, l’entraîneur des Tigers.

KenPom projette Savannah State avec un bilan de 10 victoires pour 6 défaites au sein de la MEAC. Suffisant pour décrocher une place dans le Top-4 du tournoi de conférence et viser la grande danse de mars.

Honnêtement, ce serait déjà une belle histoire de voir le programme se qualifier pour le NIT. Cela mettrait un point d’honneur au travail gigantesque depuis une décennie du coaching staff. Alors oui, Savannah State joue un peu n’importe comment, mais c’est aussi rafraîchissant de voir une telle équipe dans notre championnat.

Profiton-en avant que Savannah State ne rejoigne la Division II.

C’est bien beau de voir des North Carolina & co. jouer sur demi-terrain, mais avec la multitude de matchs que l’on peut voir chaque soir, se poser devant Savannah State nous donne du baume au cœur.

Messieurs, continuer à artiller à trois points et à attaquer en 10 secondes. Vous êtes notre rayon de soleil cette saison.