Cuonzo Martin a cheminé durant sa carrière d’entraîneur et plus important encore, il a peaufiné son système de jeu.

Dans une conférence SEC plus ouverte que jamais, nombreuses sont les surprises telles que South Carolina, Alabama ou encore Missouri.

D’ailleurs, les Tigers sont en train de reconstruire une réputation dans le paysage universitaire grâce à un homme : son nouvel entraîneur, Cuonzo Martin. Récit d’une transformation d’un programme toujours dans la course à la March Madness.

Le début de carrière en tant qu’entraîneur ne fut pas de tout repos pour Cuonzo Martin. Couvé à Purdue pendant 8 saisons, dont une en tant qu’entraîneur en chef, il a tenté le pari de Missouri State, avec plus ou moins de réussite. Une première saison très délicate, une deuxième bien meilleure, avec un titre de champion de saison régulière (le premier de l’histoire du programme en 2011). Mais une défaite en finale de la fameuse “Arch Madness” n’a pas permis une qualification à la March Madness.

Après trois saisons à Missouri State, Cuonzo Martin débarque à Tennessee mais ce n’est pas au goût des fans. Un début de saison calamiteux oblige la fanbase à demander le départ de l’entraîneur, qui qualifie toutefois les Volunteers pour le NIT.

Malgré une opinion publique contre lui, Cuonzo Martin fait connaître deux NIT et un Sweet 16 à Tennessee. Mais il ne faut jamais négliger l’impact des fans et après une pétition à plus de 40.000 signatures, il a été démis de ses fonctions.

C’est alors que le déclic intervient. Souvent critiqué pour son style de jeu trop défensif, Cuonzo Martin décide de partir pour la Côte Ouest en 2014, à California, pour être plus précis.

Et il connaît une réelle rédemption sur le campus de Berkeley.

Un certain Nick Kerr, fils de Steve Kerr, actuel entraîneur des Warriors de Golden State (NBA) faisait partie du coaching staff de California. La proximité entre le campus et la franchise professionnelle a eu un réel impact dans la façon de voir le jeu de Cuonzo Martin. Il a pu s’entretenir maintes fois avec Steve Kerr, et c’est en regardant le jeu des Warriors que le head coach des Golden Bears est tombé amoureux de la fameuse “West Coast Offense”.

Emmené par Jaylen Brown et Ivan Rabb, entre autres, California a connu le succès et le plus important, on prenait du plaisir à voir un match dirigé par Cuonzo Martin.

Toutefois, malgré trois bonnes saisons à California, il fallait un nouveau challenge pour l’entraîneur.

Le 15 mars, Cuonzo Martin signe à Missouri et une semaine plus tard, le prospect 5-étoiles Michael Porter Jr., une des recrues phare de la promotion 2017, décide de signer auprès des Tigers. Il complète son coaching staff avec le père du joueur, Michael Porter Sr. mais surtout avec Cornell Mann, ancien protégé de Fred Hoiberg à Iowa State.

A cette époque-là, Fred Hoiberg avait quelque peu révolutionné la façon de jouer en basketball universitaire avec un jeu très axé sur ce qu’il se faisait en NBA.

Jouer avec 4 extérieurs, un stretch 4 qui joue au poste d’ailier et j’en passe. Du spacing, des shooteurs, un seul intérieur qui prend la place dans la raquette et vous obtenez la recette du succès des Cyclones lors des dernières saisons.

Cuonzo Martin a su s’entourer à merveille, en puisant dans les sources de plusieurs grands entraîneurs. Clairement, le style de jeu de Missouri cette saison est quasiment le même que celui d’Iowa State à la grande époque.

Ce système (4 extérieurs et 1 intérieur athlétique) est repris en masse lorsque l’on regarde certains programmes universitaires. Mais encore faut-il avoir les joueurs adéquats pour jouer dans un tel système.

Et fort heureusement, Missouri possède les joueurs en questions ; sans compter sur Michael Porter Jr, blessé après 2 minuscules minutes de jeu lors son premier match. Missouri évolue avec 4 shooteurs et 1 intérieur cette saison (composition sur les 5 derniers matchs, mais il y a eu très peu voire aucun changement sur l’intégralité de la saison).

Le sophomore Jordan Geist sortait d’une saison délicate de freshman avec des pourcentages assez bas. Mais il est connu pour être un sacré shooteur à trois points, cela tombe bien. Idem concernant Jordan Barnett, souvent utilisé à l’arrière l’année dernière, qui retrouve un poste d’ailier qui lui convient bien, et peut aussi bien driver que sanctionner à trois points.

Le véritable sniper de la bande se nomme Kassius Robertson. Le transfuge de Canisius a planté 213 tirs à trois points la saison dernière avec son ancienne équipe, dans le plus grand des calmes… et il continue sur cette voie avec les Tigers.

Le seul poste en constante évolution est celui d’ailier-fort, enfin, ailier dans le système “West Coast”. Kevin Puryear est un pur scoreur, plutôt ailier de formation ; par moments et suivant l’adversité, Cuonzo Martin préfère positionner un véritable intérieur au poste 4, notamment en la personne du freshman Jeremiah Tillmon. Ce dernier est l’archétype même du pivot nouvelle génération : très athlétique, capable de driver au cercle ou bien de marquer à mi-distance si ce n’est à trois points.

Et pour terminer sur le cinq-majeur, le freshman Jontay Porter est LE joueur clé de cette formation. C’est un peu l’équivalent de Georges Niang anciennement à Iowa State, un stretch 4 capable de tout faire : marquer sur un tir en suspension, driver, passer, etc. La pierre angulaire de la “West Coast Offense”, en somme.

La majorité des joueurs aiment évoluer dans un tel système assez libre. Jordan Barnett explique en quoi le nouveau fond de jeu est redoutable pour l’adversaire :

“Cela rend la tâche plus difficile pour notre adversaire au niveau de la défense. Chaque joueur peut marquer à trois points, chaque joueur peut attaquer le cercle. Cela nous laisse des espaces pour jouer nos duels et si jamais un joueur adverse vient en aide, on sert le coéquipier seul qui peut sanctionner la défense. Chacun connaît son rôle et c’est vraiment un plaisir de jouer ainsi.”

Missouri est-il le Savannah State des conférences du Power Six ? Non, mais pas loin ; à 10 tentatives près pour être exact. Les Tigers tentent, en moyenne, 44.8 tirs à trois points cette saison, le tout avec un pourcentage très respectable : 38.6% (39ème équipe du championnat).

“Vous savez ce qui est intéressant ? C’est qu’on ne force pas tant que ça à trois points. C’est une simple évolution du jeu actuel qui veut que les équipes soient plus portées vers l’attaque que la défense. Quand vous avez une présence au poste, le jeu est tellement plus facile. Vous pouvez fixer et créer du jeu sans ballon rien que sur cette position.

Du coup, vu qu’on possède cette présence, nos extérieurs se retrouvent souvent seuls à trois points, c’est de la pure logique. Plus les années passeront et plus on verra de la West Coast Offense en basketball universitaire, j’en suis persuadé.”

Pour le moment, Missouri est positionné dans le ventre mou de la conférence SEC, avec un bilan de 3 victoires pour 5 défaites, et les Tigers possèdent une victoire d’avance sur le dernier et deux de retards sur le troisième.

Le programme reste par ailleurs sur trois défaites consécutives, face à Texas A&M (60-49), #19 Auburn (91-73) et Mississippi State (74-62). Une mauvaise passe qui se résume par un manque criant d’adresse à longue distance et à l’adversaire, qui se prépare mieux à contrer l’attaque très étirée des Tigers.

Dès que l’on parle de Missouri, on se demande toujours comment l’équipe tournerait avec Michael Porter Jr. dans ce groupe, à 100%. Nul doute que le programme aurait eu quelques victoires en plus et se trouverait dans les premières places de la SEC.

Mais ceci n’est qu’une hypothèse vu que l’on ne reverra plus le prospect sur un parquet universitaire.

Bien que les résultats s’essoufflent un petit peu, le travail de sape de Cuonzo Martin est tout simplement extraordinaire. En quatre mois, il a réussi à faire de ce groupe une véritable équipe capable d’évoluer avec un fond de jeu, qui reste compliqué malgré la simplicité criante du système (il existe tellement d’options…).

Oui, on peut parler de rédemption pour Cuonzo Martin à Missouri, même si son passage à California demeure comme le véritable déclic.

Tellement décrié, il prend une petite revanche sur ses détracteurs et on en connaît quelques-uns qui ne seraient pas contre de voir un tel spectacle avec leur équipe (coucou Tennessee).