La meilleure défense du pays se trouve-t-elle à Clemson ? C'est une question qu'il est légitime de se poser à la vue de leurs performances.

“Que c’est bien exécuté”.

C’est une des phrases qui nous passent par la tête lorsque Clemson évolue en défense. C’est en tout cas ce que je me suis dis un paquet de fois quand j’ai regardé leur match contre Wake Forest (28-14). Face à des Deamon Deacons loin d’être ridicules en ce début de saison dans la conférence ACC (défaite seulement 26-19 contre Florida State), les Tigers ont en effet étouffé l’attaque adverse avec une telle domination que l’on se demande comment Wake Forest a bien pu inscrire deux touchdowns.

Premièrement, parce que les champions en titre menaient 28-0 à neuf minutes du terme de la rencontre, ce qui explique en partie le relâchement en fin de partie. Et deuxièmement, car Dabo Swinney s’est accordé le pouvoir de faire tourner son effectif afin de voir en action les seconds couteaux. Le score n’est donc pas représentatif de la physionomie du match bien que, je vous l’accorde, 14 points encaissés reste 14 points encaissés quoi qu’il en soit.

Mais même avec ces deux touchdowns subis, la défense de Clemson continue de contempler les hauts de classements, en terme de résultat (6-0, premier de l’ACC Atlantic) mais aussi en terme de statistiques. En voici quelques unes basées sur moyenne par match :

  • 264.3 yards encaissés (8e)
  • 4.06 yards encaissés par jeu (7e)
  • 98.83 yards encaissés à la course (13e)
  • 165 yards encaissés à la passe (15e)
  • 11.3 points encaissés (5e)
  • 8 touchdowns encaissés (7e)
  • 14 1st downs autorisés (6e)
  • 3.67 sacks (5e)
  • 7.3 plaquages pour perte (15e)
  • 27.83% de conversion concédé sur 3rd down (14e)

Impressionnant, n’est-ce pas ?

Voici six actions défensives extraites de la rencontre de samedi qui m’ont marqué et qui représentent parfaitement le système défensif de Clemson et son coordinateur défensif, Brent Venables, incontestablement un des meilleurs en football universitaire à son poste.

Une ligne défensive infranchissable

Sur cette première action, on peut voir tout de suite que la ligne offensive de Wake Forest se fait littéralement marcher dessus par l’armada des Tigers. Dans un premier temps, le front-four se met en place avant que Dorian O’Daniel, le strongside linebacker, vienne les rejoindre sur la ligne de scrimmage. Sur le duel en face-à-face avec les six adversaires, la ligne défensive remporte clairement la bataille des tranchées et empêche ainsi le running back des Deamon Deacons de s’engouffrer dans une brèche.

Mais au-delà de la puissance des Tigers, ce qui ressort également est l’incroyable capacité des linebackers et safeties à lire les tracés adversaires. Ici, le strong safety Van Davis vient aider le très complet middle linebacker Tre’ Lamar pour plaquer le coureur. Supériorité physique et QI football sont une des clés de ce front-seven modulable.

Ce genre de jeu défensif s’est répété inlassablement durant tout la partie. A part quelques big plays autorisés (133 yards à la cours au total), les Tigers ont effectivement gardé de nombreuses fois les coureurs adversaires au point de départ pour de maigres gains. Par exemple, sur cette action, la ligne offensive semble pour une fois tenir le coup physiquement.

Cependant, le travail de sappe du defensive end Clelin Ferrell et du defensive tackle Dexter Lawrence écrase le côté gauche de la ligne adverse, ce qui permet d’isoler Kendall Quinton, qui voit très rapidement arriver cinq défenseurs foncés sur lui. A partir de là, il est impossible d’avance d’un seul yard.


Un pass rush exemplaire

Clemson possède un des meilleurs pass rushs du pays et cela s’est encore vu sur ce match. Que ce soit sur des blitz exécutés à la perfection ou grâce à la vitesse et au jeu de jambe des pass rushers, le quarterback est très souvent mis sous pression. Nous pouvons le voir d’ailleurs sur cette action.

Tout au début, nous apercevons le weakside linebacker Kendall Joseph, un des patrons de la défense, prévenir ses coéquipiers de la tentative de blitz. Puis, il surgit. La première fois que l’on voit l’action, on ne comprend pas d’où il vient. Mais lorsque l’on se penche sur ses mensurations, on se rend compte qu’il compte sur une explosivité rare à ce niveau.

De plus, même s’il ne plaque pas le quarterback directement, la solidarité sur laquelle l’équipe repose est toujours là pour aider. Pas de quoi s’inquiéter, les joueurs se connaissent par cœur. Un atout non négligeable pour le coaching staff.

Deuxième action et deuxième blitz. Logique lorsque c’est l’une des spécialités du programme. Cette fois-ci en revanche, c’est le secondary qui est utilisé par le biais du strong safety Tanner Muse. La ligne offensive est une nouvelle prise de vitesse bien que le running back de Wake Forest, Matt Colburn, tente de le stopper dans sa course au sack. Mais il est encore trop tard et le quarterback est mis sous pression. Cela le force à lancer rapidement et l’interception n’est pas loin d’être réalisée par les defensive backs des Tigers.


Un secondary difficile à manœuvrer pour l’attaque

La supériorité du front-seven est très souvent mise en avant à Clemson, mais du crédit est également à mettre à l’actif de l’escouade de defensive backs. Ces derniers forment un groupe expérimenté grâce aux titulaires tandis que la jeunesse pousse du côté des remplaçants. Face aux Deamon Deacons, leur très belle lecture des trajectoires ont mis à mal le jeu aérien adverse.

Ici, justement, un redshirt freshman, Isaiah Simmons, dévie la passe après avoir gagné seul son duel face au tigh end malgré le déficit de puissance. Sa capacité à le gêner à la limite de l’interférence lui permet effectivement d’éviter le big play aérien.

Enfin, on termine cette chronique avec sûrement la plus belle action défensive de la rencontre signée Tanner Muse. Un homme-à-homme exécuté à la perfection suivi d’une exceptionnelle couverture. C’est les deux ingrédients que le strong safety a mélangé pour exécuter ce jeu défensif. Alors que son coéquipier cornerback part au blitz, il récupère son vis-à-vis avec un petit temps de retard qui est souvent synonyme de gros gain.

Mais pas sur coup-ci. Il réussit, en effet, à le suivre puis à se placer entre lui et le ballon. A partir de là, c’est sa lecture du jeu qui fait la différence, comme lors de nombreuses autres actions cette saison.

Du coup, peut-on considérer la défense de Clemson comme la meilleure défense du pays ? Oui. Il est fort probable que vous ne partagiez pas mon avis quand l’on voit les autres écuries telles Michigan ou Alabama, mais cette défense est plus que complète. Il est tout simplement impossible d’arrêter le front-seven et le secondary réalise davantage que son boulot en étant toujours présent en couverture.