Avec 8 victoires à la mi-décembre, Ohio State étonne et cela prouve que Chris Holtmann est tellement sous-côté.

Pour sa première année sur le campus de Ohio State, l’ancien entraîneur de Butler fait déjà des merveilles avec le peu de moyens à sa disposition.

A tel point que bon nombre de spécialistes, qui prédisaient une saison galère pour les Buckeyes, commencent à retourner leurs vestes. Récit d’un début de saison incroyable dans l’anonymat le plus total.

Le conte de fées connait à ses débuts un véritable cauchemar. Thad Matta, l’emblématique head coach de Ohio State, avait annoncé sa retraite peu avant la reprise officielle des entraînements. Cette déclaration, aussi soudaine qu’imprévisible, avait plongé le programme des Buckeyes dans un profond doute. Qui pour lui succéder, en si peu de temps ?

Une semaine plus tard, on apprend que Chris Holtmann, qui sort d’une saison très bonne à Butler, a décidé de rejoindre le campus de Columbus. Son arrivée n’a pas empêché un petit exode des talents chez les Buckeyes et forcément, cela allait compliquer ses premiers pas.

“Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand patient,” déclare Chris Holtmann lors de sa conférence de presse.

Le décor était planté : Chris Holtmann veut remettre le programme à sa juste place, avec les cadors, le plus rapidement possible.

Il est mi-décembre et Ohio State affiche un bilan de 8 victoires pour 3 défaites, avec un bilan de 2 victoires pour aucune défaite lors des matchs face à des opposants de la conférence Big Ten.

Lors de ces deux dernières saisons, regarder un match de Ohio State était souvent synonyme de punition. Fade, old school, et on voyait que les joueurs ne prenaient pas de plaisir. C’est l’exact opposé sur ce début de saison avec une équipe qui joue up-tempo, qui court dans tous les sens, qui possède le sens du sacrifice et qui prend (enfin !!!) du plaisir à être sur un parquet.

“Mon but sur cette première saison, c’est d’évaluer le potentiel de ce groupe mais je ne veux pas que cela stresse mes joueurs. Du coup, je leur dis de jouer simplement, avec leur cœur, et prendre du plaisir.

Cela donne une équipe qui nous propose, certes un jeu débridé, mais qui fait en sorte que l’on passe un bon moment en tant que spectateur. Les gens qui viennent voir un match veulent vibrer et c’est ce que l’on souhaite procurer à nos fans. C’est important dans ce processus de reconstruction”.

Un basketball plus moderne est en vue pour Ohio State, qui tourne définitivement l’ère de Thad Matta. Cela se traduit sur le parquet par quelques statistiques toutes aussi croustillantes les unes que les autres.

Ma préférée ? Hormis le pivot sophomore Micah Potter, chaque joueur sortant du banc prend en moyenne cinq tirs à trois points par match. Il faut dire que le groupe est très jeune, surtout chez es remplaçants. Du coup, pas de grands systèmes sur demi-terrain, juste quelques fonds de jeu simplistes, en laissant la responsabilité aux joueurs.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela marche plutôt bien.

Mais voilà, ce jeu simpliste est seulement éphémère. Petit à petit, Chris Holtmann met sa patte dans le jeu de son équipe. Les petites doses de travail en plus chaque semaine permettent à ce groupe de progresser doucement mais sûrement.

On n’attend pas Ohio State à la March Madness cette saison, tout le monde en est conscient. Chris Holtmann se sert d’abord de cette saison de transition pour instaurer une nouvelle mentalité. Un nouveau visage au programme, le tout en redevant attrayant aux yeux des prospects.

“Vous savez, la clé du succès est simple en NCAA : il faut gagner des matchs.

Lorsque votre groupe goûte à ce sentiment de victoire, cela rend la tâche plus facile en tant qu’entraîneur. On ne veut plus connaître la défaite et forcément, chaque jour qui passe, cela nous permet de travailler encore mieux que la semaine précédente. C’est toujours important, en début de saison, d’avoir la confiance de son groupe. Vous pouvez être le meilleur entraîneur au monde, si les résultats ne suivent pas, le groupe va en prendre un coup.

C’est aussi important d’instaurer un climat de confiance entre les joueurs et le coaching staff. C’est un travail quotidien qui est très important. Une fois que cela fonctionne, vous allez pouvoir en demander plus à ces joueurs, qui répondront positivement. Tout le monde est gagnant.”

Une recette qui fait des émules au sein du vestiaire et notamment chez les anciens de la maison de Ohio State. Un joueur comme Jae’Sean Tate, le leader dans le vestiaire, celui qui met l’ambiance, est un nouveau joueur cette saison. Certes, son apport est en baisse par rapport à ces deux dernières saisons, mais il apporte tellement plus que du simple scoring.

L’autre cadre qui a passé un cap sous l’ère Holtmann est Keita Bates-Diop. Il a doublé ses statistiques par rapport à la saison dernière, tournant dorénavant à 18 points et 9 rebonds de moyenne.

Avoir ces deux joueurs enfin “libres” dans leur tête est un avantage indéniable pour Ohio State.

En effet, derrière, c’est assez light avec trois freshmen qui sortent du banc, un manque de profondeur chez les intérieurs et des transfuges qui ont du mal à s’adapter. Voilà les possibles raisons de ne pas entrevoir les Buckeyes à la March Madness dès cette saison.

Il faut que certains joueurs élèvent leur niveau de jeu assez rapidement afin de prouver le contraire. On pense notamment à C.J. Jackson, en provenance de Junior College, qui a du mal à limiter ses pertes de balles en Division I. Son suppléant Andrew Dakich, ancien walk-on à Michigan (sans bourse) est lui aussi en train d’apprendre le métier de meneur de jeu à haut niveau.

Sait-on jamais, si les deux joueurs précédemment cités se mettent réellement au niveau, Ohio State aura une petite fenêtre pour la grande danse de mars.

Même si officiellement, ce n’est pas l’objectif, avoir une potentielle place à la March Madness est déjà une grande victoire pour Chris Holtmann. Alors qu’on prédisait le pire, Ohio State étonne sur cette première partie de saison et la marge de progression reste immense.

Encore une fois, cela prouve que Chris Holtmann est l’un des entraîneurs les plus sous-côtés de notre championnat.