Les Bonnies commencent à se faire un nom sur le plan national.

La plupart des suiveurs de la conférence Atlantic 10 (dont je fais partie) parle d’un potentiel ticket pour la March Madness à l’intention de St. Bonaventure. Récit d’un mois de décembre complètement fou, où les Bonnies basculé dans une autre dimension.

Si vous aimez les conférences denses, avec du spectacle à chaque rencontre, l’A-10 est faite pour vous. On y retrouve des programmes comme Rhode Island, Dayton, VCU, George Washington ou encore Davidson et St Bonaventure. Lorsque six programmes luttent pour le titre de champion de conférence, forcément, cela donne des scenarii plus fous les uns que les autres.

Au début de saison, lors des traditionnels “way-too early predictions”, Rhode Island apparaissait comme le favori légitime. Un cinq majeur exceptionnel, mais qui la saison dernière n’a évolué qu’à cinq reprises sur l’intégralité de la saison (des blessures à répétitions pour les cadres).

Alors qu’on se dirigeait vers une domination des Rams, un programme émerge depuis ce mois de décembre : les Bonnies de St. Bonaventure.

En cause ? Une victoire incroyable de par son scénario, et non pas au niveau du jeu pur, puisque ce fut un calvaire même en replay. Le 23 décembre, St. Bonaventure se déplace dans le magnifique Carrier Dome de Syracuse pour le choc de la soirée au sein des mid-majors. Si l’on se réfère au jeu pur et dur, mon dieu, quelle purge et le score final parle de lui-même : 60 à 57…

Après prolongation.

 

Première victoire en onze rencontres pour St. Bonaventure au Carrier Dome. Une performance magistrale, une victoire ô combien importante et des enseignements à gogos sur ce match.

Le début des hostilités est à l’avantage des Bonnies, qui prennent rapidement le match en mains. L’équipe compte même 13 points d’avance à 10 minutes du terme, mais ne va pas inscrire un seul point dans les sept dernières minutes du temps réglementaire. Une panne sèche, qui profite à Syracuse et qui arrache une prolongation.

C’est dans cette période de prolongation que St. Bonaventure s’est (définitivement) écrit un nom. Les Bonnies peuvent remercier l’héroïque junior Courtney Stockard, qui en plus d’inscrire 5 des 7 points de son équipe, a sacrifié son corps en provoquant un passage en force adverse à 12 secondes de la fin du match tellement crucial.

“Je suis aux anges. C’est notre défense qui nous a fait gagner ce soir. Nous avons inscrit 13 points en seconde période mais malgré cela, la victoire est au bout. Cela montre que notre programme doit être pris au sérieux. Je suis fier des gars,” commente le head coach de St. Bonaventure, Mark Schmidt, au micro d’ESPN après la rencontre.

La défense, la grande différence par rapport aux années précédentes à St. Bonaventure.

Durant les derniers exercices, les Bonnies étaient surtout connus pour être une attaque détonante. Cette saison, en 14 matchs (jusqu’au 5 janvier), ils présentent une moyenne de 76.9 points inscrits (130ème attaque du championnat) et 67.4 points concédés (77ème défense du championnat). Une nouvelle dynamique, une nouvelle mentalité : la clé de la réussite pour les Bonnies.

Le programme possède par ailleurs un bilan de 11 victoires pour 3 défaites, avec un calendrier très respectable.

Pour les amateurs de statistiques avancées, les chiffres concernant le début de saison de St. Bonaventure en disent long sur la nouvelle identité de l’équipe.

On note brièvement que l’équipe joue des possessions assez courtes et défend longtemps. C’est surtout l’aspect défensif qui est impressionnant à voir. Les Bonnies limitent à 47.2% aux tirs leurs adversaires, 29.5% à trois points, provoquent quasiment une perte de balle toutes les quatre possessions. Des statistiques dignes d’un programme de haut de tableau du Power Six, c’est extrêmement solide !

Mais alors, pourquoi serait-ce l’année de St. Bonaventure ?

Vous avez une demi-réponse avec l’apport défensif du programme. Mais n’oublions pas l’aspect offensif qui, même s’il a été un peu négligé (pour le bien de l’équipe) dans cette première partie de saison, le potentiel est bien présent.

Naturellement, on pense à la paire d’arrière entre Jaylen Adams et Matt Mobley, qui est tellement redoutable.

Jaylen Adams a vécu un début de carrière universitaire comme on en voit trop souvent (malheureusement). Pas de hype au lycée, très peu de programmes et de bourses venant de la Division I des rangs universitaires. Il décide néanmoins de rejoindre Jacksonville, mais ne porta pas une seule fois le maillot des Dolphins. En effet, l’entraîneur qui a cru en lui, Cliff Warren, a été démis de ses fonctions et le prospect a décidé de ré-ouvrir son processus de recrutement.

C’est alors que les scouts de St. Bonaventure ont conseillé au coaching staff de tenter un pari avec Jaylen Adams. La suite, on l’a connaît et l’histoire d’amour a commencé dès les premiers instants.

Saison après saison, il a pris des responsabilités, jusqu’à devenir le leader la saison dernière (il affichait 20.6 points et 6.5 passes de moyenne). Son destin était lié avec les Bonnies, une bonne chose pour les deux camps.

Son coéquipier du backcourt, Matt Mobley, possède à peu de choses près le même parcours que Jaylen Adams. Très peu d’offres de bourse, il décide de rejoindre le campus de Central Connecticut. Après une saison de freshman en transition, il explose sur son année de sophomore, affichant une moyenne de 17.2 points. Mais lassé de ne pas jouer les premiers rôles, il décide de quitter le programme, puisqu’il voulait jouer dans une équipe plus compétitive. St. Bonaventure a sauté sur l’occasion, les scouts ont encore flairé le bon coup.

Maintenant, les deux prospects, qui n’avaient aucune hype à la sortie du lycée, se font une place dans le paysage universitaire. Ils peuvent évoluer dans une équipe qui joue le haut de tableau au sein d’une conférence du Power Six et le nombre conséquent de scouts NBA aux matchs des Bonnies reflètent bien la qualité des prospects.

La bonne saison (ou non) de St. Bonaventure dépend essentiellement de ce duo.

Lors des six premiers matchs, Jaylen Adams n’était pas sur le parquet à cause d’une blessure. Depuis son retour, le bilan est de 7 victoires pour une seule défaite (en réalité, deux, puisque le programme a perdu face à Saint Joe’s samedi). Il faudra suivre les Bonnies de très près malgré le départ un peu délicat lors des matchs de conférence. On tient là un potentiel sleeper pour la qualification à la March Madness.

Mais du talent, il y en a également au sein de l’Atlantic-10 et les places sont très chères.