Les Badgers demeurent invaincus à une semaine de la fin de la saison régulière, avec de vrais espoirs de College Football Playoff toujours en vie.

Nombreux sont les observateurs critiquant la faiblesse du calendrier de Wisconsin.

Mais quoi qu’il en soit, au crépuscule de la saison régulière, les Badgers ont passé avec brio l’ensemble de leurs tests et ne sont plus qu’à une marche d’un record immaculé de 12-0 en vue de la finale de conférence Big Ten.

Faut-il l’avouer, l’équipe dirigée par Mike Riley peut espérer une saison parfaite, et plus primordial encore, elle se trouve de plein pied dans la course pour une qualification au College Football Playoff.

Ce n’était qu’une utopie à l’été. Aujourd’hui, les Badgers font clairement partie du peloton des favoris.

On se doutait, en regardant le calendrier des matchs, que Wisconsin pouvait arriver tout prêt d’une saison si réussie. Toutefois, chaque scénario prenait fin lors de la finale de conférence face aux ogres que sont Ohio State, Penn State, si ce n’est Michigan.

Et pourtant, à ce jour, l’ogre ne serait-il pas tout simplement Wisconsin plutôt que ses adversaires ?

Wisconsin sait jouer au jeu du chat et de la souris mieux que quiconque

Wisconsin ne déroule pas le football le plus spectaculaire et encore moins le plus productif. Ceci n’est plus un secret et les Badgers ne s’en cachent pas.

Ils excellent en revanche lors de certaines situations de jeu et ne gâchent rarement une occasion lorsqu’elle se présente à eux. Un prototype de jeu vintage, si ce n’est perdu dans les oubliettes du temps, mais terriblement efficace.

La recette de Wisconsin fonctionne pour autant toujours aussi bien, en atteste le record de 11-0.

Un tel succès se remarque dans la colonne des victoires, mais sur le gazon, cela n’est pas réellement la panacée. Wisconsin a ramé un bon moment contre Northwestern, Nebraska, Purdue, Illinois et Indiana. Soit près de la moitié des matchs de conférence et certainement pas face aux équipes les plus compétitives (à part les Wildcats, après réflexion).

Et puis ces deux dernières semaines, face à #20 Iowa et #24 Michigan, les deux plus gros poissons que les Badgers ont eu à affronter cette année, le résultat final plutôt large n’indique pas les différents soucis plus ou moins sérieux que l’escouade de Mike Riley a connu lors de ces rencontres.

Wisconsin s’est imposé 38 à 14 face aux Hawkeyes puis 24 à 10 contre les Wolverines. Pourquoi des scores si distincts alors que les Badgers ont marché dans la semoule ?

Ils franchissent un cap supérieur en seconde mi-temps et réalisent la différence lors des 30 dernières minutes, lorsque l’enjeu est le plus fort.

Qualifions Wisconsin de bon vieux diesel pour que cela parle à tout le monde.

Les Badgers ont toujours du mal à démarrer, tout du moins du côté offensif de l’équipe, avant de monter en puissance et de se sublimer au cours des deux derniers quart-temps. Autrement dit, lorsqu’il faut être clutch pour surpasser son adversaire, surtout si celui-ci colle aux baskets.

Ceci apparait comme plutôt logique dès que l’on connait le fonctionnement de l’attaque des Badgers.

Des forces toujours aussi flagrantes au fil des saisons

Wisconsin se repose quasi uniquement sur son jeu de course surpuissant, aidé par une ligne offensive terrifiante pour n’importe quelle équipe. Ceci n’est pas une nouveauté. Le jeu de quarterback ne casse pas des briques, au même titre que les playmakers aériens, qui ne pullulent pas de tous les côtés du terrain. Ceci n’est pas une nouveauté non plus.

L’attaque est somme toute classique, mais les spécificités offensives des Badgers sont d’autant plus extrêmes.

La transcendance du jeu au sol est tenu cette année par un true freshman aussi talentueux que spectaculaire, Jonathan Taylor. Dans les pas des plus grandes stars universitaires telles que Bryce Love ou Rashaad Penny, le jeune running back de Wisconsin éclabousse la ligue dès ses premiers pas avec 150 yards par match en moyenne et 12 touchdowns déjà inscrits sur la saison.

A l’heure actuelle, Jonathan Taylor n’a empoché moins de 120 yards en un match à seulement deux reprises et il n’est jamais tombé en deçà des 5 yards par course en moyenne par match. Des statistiques hallucinantes pour un coureur si jeune.

Et puis face à Michigan, qui possède une des meilleures défenses du pays au côté d’Alabama, Jonathan Taylor ne s’est pas démonté et a sorti quelques courses autoritaires, terminant avec 132 yards accumulés en 19 courses.

Uniquement le running back de Penn State, Saquon Barkley, avait dépassé la barre des 100 yards accumulés à la course face aux Wolverines en 2017.

Mais il peut remercier l’excellence de la ligne offensive des Badgers.

Véritable ADN de l’équipe de football depuis des décennies, la ligne offensive continue de briller et a fortiori de faire briller ses partenaires. Sa réputation n’en démord pas et l’unité porte littéralement l’attaque de Wisconsin sur ses épaules. Solidité, technicité, collectivité. Toutes les caractéristiques permettant à une ligne offensive de marcher sur ses adversaires.

Et puis, enfin, faut-il vraiment revenir sur la force défensive des Badgers, qui justifie son statut élite malgré les doutes à chaque nouvelle saison ? Non.

Sachez seulement que Wisconsin joue au même niveau défensif que Alabama et Michigan avec un coordinateur défensif novice, qui était encore un joueur professionnel en NFL en 2014 (alors que les seniors de sa propre équipe se trouvaient déjà sur le campus de Madison).

Et que cette défense a forcé Michigan à 9 punts, un fumble, un turnovers on downs, 58 yards à la course et 10 petits points.

Mais tout n’est pas aussi beau qu’on le veuille

Les points forts sont les catalyseurs principaux du record immaculé des Badgers à ce moment-ci de la saison. Mais les 11 victoires ne seraient jamais arrivées si le gros point faible de cette escouade n’avait pas enfoncé les siens un peu davantage.

On pense bien évidemment à Alex Hornibrook.

Certes, le quarterback n’est que sophomore et il est entièrement normal qu’il commette des erreurs pour son expérience. Cependant, il cherche vraiment à se faire taper dessus avec un discernement des plus obscurs par moments.

L’interception en début de seconde période face à Michigan aurait pu enterrer les espoirs des Badgers si ce n’était pas pour les performances fantastiques de la défense.

L’organisation offensive de Wisconsin ne l’aide pas non plus à exceller, puisque celle-ci, orientée largement vers un succès proéminent du jeu de course, laisse le quarterback un peu tout seul au moment où ce dernier doit accomplir des prouesses.

Très souvent, des courses sont appelées sur premier et second jeu, et lors des situations de third down, Alex Hornibrook se retrouve à devoir lancer le ballon dans des situations évidentes de passe.

Cela n’a pas réussi au quarterback en première période face aux Wolverines, comme à peu près à chaque rencontre de la saison. Sauf qu’au retour de la pause, le sophomore était transformé.

A la suite de son plus mauvais jeu de la partie, l’interception en l’occurrence, Alex Hornibrook a joué les sauveteurs en enchaînant deux passes magnifiques pour A.J. Taylor, une bombe de 51 yards le long de la ligne de touche opposée et le touchdown qui a permis à Wisconsin de prendre les devants définitivement, sur third down, qui plus est.

En parlant de troisième tentative à nouveau, le quarterback a terminé la rencontre avec 5 passes complétées (sur 7 tentatives) pour 118 yards et bien sur, un touchdown.

Il a beau cristallisé nombre de critiques, à l’instar de ses prédécesseurs, et il peut être considéré comme le point faible des Badgers en attaque, Alex Hornibrook a développé cette année une capacité à encaisser les revers avant de rebondir d’autant plus fort. Ses erreurs grossières sont très régulièrement, si ce n’est toujours, suivies par des exploits individuels tout aussi impressionnants.

Et si l’on y réfléchit bien, on peut toujours arriver à trouver des bons points à l’attaque de Wisconsin, qui n’est clairement pas son point fort.

On ne peut pas dire que le jeu offensif des Badgers soit hyper spectaculaire ; mais il est terriblement efficace et colle parfaitement aux prouesses défensives de l’équipe. Un tel système porté sur la défense et une attaque plus rouleau compresseur que le contraire force à un ajustement naturel sur le niveau de l’adversaire ; ce qui est d’autant plus véridique lorsque les points saillants des deux équipes ne sont pas si éloignés que cela les uns des autres.

La critique est facile. Cependant, est-ce qu’il ne serait juste de considérer Wisconsin comme l’équipe la plus dangereuse de la conférence Big Ten ?