Le gouvernement (et la NCAA) gagne sa victoire contre la fraude organisée en basketball universitaire.

Les trois accusés, dans le procès mené par le gouvernement fédéral des Etats-Unis contre un système de corruption organisée en basketball universitaire, ont tous été jugés coupables de crimes fédéraux ce mercredi.

Ce mercredi, à la suite de plus de 20 heures de délibération au tribunal fédéral de New York, le jury a déclaré que James Gatto et Merl Code, deux représentants d’Adidas, ainsi que Christian Dawkins, ex-aspirant agent de joueurs, étaient coupables de crimes pour fraude et conspiration en vue de commettre une fraude.

Les trois hommes ont été jugés coupables de fraude organisée contre l’Université de Louisville, tandis que James Gatto a également été jugé coupable de fraude contre l’Université de Kansas.

Selon les premières informations, ils devraient tous faire appel de cette décision dans le futur proche, avant une condamnation officielle prévue le 5 mars prochain.

Techniquement, la peine maximale que Christian Dawkins peut recevoir serait une condamnation d’environ 200 ans alors que James Gatto et Merl Code peuvent subir des condamnations maximales d’environ 80 ans ; ceci dit, des experts évalueraient leur temps effectif en prison à une période entre 3 et 7 ans, selon Dan Wetzel de Yahoo Sports.

Vous avez manqué un épisode du scandale puis du procès contre le système de corruption en basketball universitaire ? Cet article est une leçon de rattrapage idéale.

 

Une victoire pour le gouvernement…

 

Un tel verdict est une victoire majeure pour le bureau du procureur de New York, et a fortiori, le gouvernement fédéral des Etats-Uni.

Le bureau du procureur fédéral Lewis A. Kaplan est arrivé, à la suite d’une investigation du FBI qui s’est écoulée sur près de trois ans et au cours de laquelle des écoutes téléphoniques, des enregistrements vidéo cachés et des agents sous couverture ont catalogué des preuves à conviction, de transformer des violations du règlement de la NCAA en crimes fédéraux.

Il est effectivement arrivé à convaincre le jury que les accusés ont escroqué les Universités de Louisville et Kansas dans l’intention de verser des sommes d’argent cachées aux futures recrues (et leurs familles) afin que ces dernières s’inscrivent dans certaines écoles. Un tel système rendait de ce fait les joueurs inéligibles et ouvrait la voie aux universités, qui ignoraient les échanges d’argent, à des sanctions de la NCAA pour la violation des règles d’amateurisme de la ligue universitaire.

Puisque les universités publiques (comme Louisville et Kansas), et ainsi les bourses universitaires reçues par les joueurs, sont financées avec des sommes d’argent fédéral, cette affaire est devenue une affaire de fraude fédérale.

Le but du procès était de déterminer si les universités (Louisville et Kansas, en l’occurence) pouvaient être jugées comme des victimes du système de corruption organisée. Le verdict conclut que tel serait le cas.

La défense des accusés a tenté de prouver au cours du procès que leurs clients aidaient les universités en dirigeant les meilleures recrues vers telle ou telle école. Elle a également essayé de montrer le visage caché du basketball universitaire, au sein duquel certains head coaches et assistants participaient à un tel système en demandant de l’aide aux équipementiers sportifs et leurs représentants pour acquérir les meilleures recrues lycéennes, via les ligues de basketball extra-scolaires.

Bien qu’aucune preuve tangible n’ait été présentée, la défense a argumenté que les entraineurs étaient au courant que des échanges d’argent avaient lieu entre les équipementiers et les joueurs, notamment grâce à des échanges de messages récurrents entre Rick Pitino, Bill Self et des représentants d’Adidas.

D’autres accusations sur témoignage, tel qu’un paiement de $1.300 entre Kenny Johnson (ancien assistant de Louisville) et Brian Bowen Sr. ainsi qu’un échange de $40.000 entre T.J. Gassnola et Orlando Early (assistant de NC State), seraient des preuves que les universités ne sont pas aveugles face aux pratiques du système de corruption.

 

… et une victoire pour la NCAA.

 

Le verdict du jury établit une jurisprudence pénale d’envergure majeure.

Le procès a montré que les violations du règlement d’une organisation privée (la NCAA) peuvent être transformées en crimes fédéraux. Cela pourrait avoir des répercussions massives à partir de maintenant dans l’ensemble des affaires criminelles liées à une organisation privée – dont la NCAA.

Une telle décision, où les trois accusés ont été jugés coupables de l’ensemble des chefs d’accusation montés contre eux, n’incite pas les futurs accusés à combattre les inculpations criminelles formulées par le gouvernement. L’ancien assistant d’Auburn, Chuck Person, prévu à comparaitre en février, ainsi que les anciens assistants Emanuel “Book” Richardson (Arizona), Tony Bland (USC) et Lamont Evans (Oklahoma State), appelés à comparaitre en avril, devraient certainement plaidés coupables et accepter une remise de peine.

Pourquoi la NCAA et les universités gagnent-t-elles au change ? Elles évitent ainsi un procès comme celui que l’on vient de vivre, où des accusations brûlantes se sont enchaînées pendant trois semaines, et il existe peu de chances que d’autres écoles soient cités.

De plus, la NCAA ressort vainqueur du procès fédéral car son système d’amateurisme n’est pas remis en question avec le verdict final.

L’accusation initiale émise par le gouvernement faisait clairement référence au règlement de la NCAA et aux notions archaïques d’amateurisme : le jury devait en effet établir si les universités étaient escroquées en lien direct avec les bourses universitaires. Le procès était associé depuis le début avec le règlement universitaire, qui interdit aux joueurs d’obtenir des sommes d’argent dès lors qu’ils participent à un sport universitaire, puisqu’ils reçoivent en contrepartie une éducation “gratuite” et une “expérience” unique en son genre.

Le bureau du procureur général n’a pas aidé, non plus, la défense des accusés.

Il a convoqué un groupe de jurés ignorant totalement le fonctionnement complexe du sport universitaire, il n’a pas proposé une explication de celui-ci en profondeur et il a limité les preuves apportées par la défense au contexte spécifique du procès et non à un contexte général, qui pouvait inscrire le fonctionnement du basketball universitaire dans une compréhension plus globale.

Mais à la fin, le jury a jugé (à raison) que les inculpations du gouvernement étaient suffisantes pour décider que les accusations avaient commis des crimes… et la NCAA s’en sort avec guère plus que quelques égratignures de son égo.