Cette édition du Final Four est mis en lumière par la présence d'équipes comme Gonzaga, South Carolina et Oregon, issues d'un territoire méconnu du basketball universitaire.

Vous l’avez certainement déjà vu, lu et entendu à toutes les sauces. Cette édition du Final Four est composée de deux équipes participant à cet événement pour la première fois de leur histoire (Gonzaga et South Carolina), et d’une autre qui ne s’y était pas présentée depuis 1939 (Oregon).

Si on le voulait vraiment, on pourrait considérer qu’il s’agit de la grande première des Ducks au sein du dernier carré de la March Madness ; en effet, lors de leur dernière participation 78 ans en arrière, on parlait encore des Webfoots d’Oregon.

North Carolina, et ses 5 couronnes de champions nationaux, peut faire figure de survivant des bluebloods, et ce n’est pas plus mal que les Tar Heels soient un peu esseulés face à ces nouvelles pousses du basketball universitaire.

Mais plus important que de simples statistiques, ce qui transpire davantage de la composition de ce Final Four sont les terres couvertes par les participants. Des terres qui n’appartiennent pas nécessairement à l’histoire du basketball universitaire.

Lorsque l’on parle de basketball universitaire, on pense automatiquement au Nord-Est et au Midwest des Etats-Unis. Les conférences ACC, Big Ten et Big East. On ne fait pas nécessairement le lien avec la conférence SEC, mondialement connue pour être le coeur du football universitaire, et la conférence Pac-12 est davantage réputée pour son empreinte quasiment hégémonique sur les sports olympiques.

Et pourtant, aujourd’hui, les acolytes de North Carolina sont plus éclectiques qu’autre chose. Une université du fin fond du Sud des Etats-Unis, territoire incontesté du football, et de deux écoles blotties dans les montagnes du “Pacific Northwest”, nouvelle vague du sport universitaire avec la montée en puissance de l’impact de la Côte Ouest depuis une bonne vingtaine d’années.

Le recensement géographique parle de lui-même (en comparaison avec l’AP Top 25 de pré-saison, souvent critiqué pour mettre en avant les équipes à forte influence du basketball universitaire).

Certes, Oregon (#5), North Carolina (#6) et Gonzaga (#14) étaient déjà nommés dans le Top 25 de pré-saison. Ce n’est pas une immense surprise de les retrouver au Final Four. Toutefois, la confirmation de l’expansion du sport universitaire hors de ses limites géographiques historiques (Nord-Est, Midwest et l’Etat de Californie) est ce qui est davantage surprenant.

J’ai écrit plus tôt cette semaine sur la nouvelle influence de l’Etat de Caroline du Sud, représentée actuellement par l’omniprésence des Gamecocks dans le monde du basketball universitaire (les programmes masculin et féminin participent chacun à leur Final Four respectif).

Mais pour ceux qui ne le sauraient pas, le football universitaire est une véritable religion au sein du “Deep South”. Une culture incroyablement puissante qui régit l’activité automnale de fond en comble. Le football, et rien d’autre. Aussi bien que ce soit sur le campus d’Athens (Georgia), de Tuscaloosa (Alabama) ou de Knoxville (Tennessee), manquer un match de football le samedi après-midi et du tailgate précédant la rencontre peuvent être considérés comme un crime de lèse-majesté.

S’apercevoir que l’Etat de Caroline du Sud, à travers l’Université de South Carolina, fait aussi bien que l’Etat de Caroline du Nord, où le basketball universitaire exerce une loi sans partage entre Chapel Hill, Durham ou bien Raleigh, montre bien que la dynamique subit une petite courbe.

D’autant plus que les Gamecocks ne sont pas réputés du tout pour leur succès sur le parquet de basketball. Avant cette saison, ils n’avaient jamais dépassé le stade du Sweet 16, atteint à trois reprises de 1971 à 1973.

Ils restaient même sur quatre échecs de suite au First Round (1989, 1996, 1998 et 2004). L’escouade de la conférence SEC a réalisé une saison régulière correcte, et elle ne s’est pas qualifiée sur le fil. En revanche, elle a complètement explosé au grand jour au mois de mars en se révélant comme une machine à gagner sous les ordres de Frank Martin.

Ce succès est si inattendu que South Carolina a été forcé d’avancer le début du “spring game” en football pour que les fans puissent regarder le Final Four. Oui, vous avez bien lu, le basketball a obtenu la priorité sur le football !

(Crédit photo : Bob Donnan, USA TODAY Sports)

L’expansion des protagonistes influents en basketball universitaire est une véritable dynamique (tout du moins au sein du Power Six) ; il n’y a rien de plus flagrant que la présence de non pas une, mais de deux universités du Nord-Ouest.

Gonzaga, une école de à peine 5000 âmes, joue toujours le titre de la plus grande compétition universitaire existante en sortant d’une petite conférence connue seulement par les suiveurs les plus aguerris.

Oregon, une université qui n’est réapparue aux sommets du sport universitaire que depuis 10-20 ans grâce à l’apport financier d’un certain Phil Knight, co-fondateur de Nike.

Attention, la Côte Ouest n’est pas étrangère aux sports universitaires, loin de là. Personne ne pouvait résister à UCLA lors des années 1960 et 1970 en basketball, derrière le légendaire head coach John Wooden, qui a apporté 10 des 11 titres nationaux des Bruins. USC est également une des équipes qui a largement popularisé le football universitaire lors de la première partie du siècle dernier ; sans oublier le Rose Bowl Game, premier vrai événement de ce sport, qui se déroule en banlieue de Los Angeles depuis 1902.

Los Angeles joue les premiers rôles du sport universitaire depuis les débuts de la ligue universitaire (la Baie de San Francisco en second plan, avec Stanford et California). Mais l’ouverture vers le Nord-Ouest est une nouvelle donne.

Route de l’Oregon Trail original (Crédit photo : Ezra Meeker, University of Texas Libraries)

Le célèbre “Oregon Trail” dirigé par Lewis et Clarke au tout début de la ruée vers le Far West. Le “California Trail” à la recherche des mines d’or de la Sierra Nevada. L’inégalable “Pacific Coast Highway“, un fil de goudron s’étirant des frontières mexicaines de San Diego jusqu’aux contrées canadiennes de Seattle.

Tant d’événements de l’expansion vers de nouveaux horizons que l’on pourrait transposer aujourd’hui au basketball universitaire.

Depuis le début de l’ère moderne du sport en 1986, année de l’introduction de la ligne de tir à 3-point et de l’horloge des 45 secondes (aujourd’hui réduite à 30 secondes), le constat est assez parlant : les célèbres Runnin’ Rebels de UNLV restent à ce jour la seule équipe issue des mid-majors à avoir remporté le titre de champion national en 1990.

(N.B. : précisons que le roster de UNLV, cette année-là, était digne d’un effectif professionnel (Larry Johnson, Greg Anthony et Stacey Augmon), afin de mettre l’exploit dans son contexte)

Gonzaga peut rejoindre les Runnin’ Rebels dans l’histoire avec une victoire finale au Final Four.

Les Bulldogs n’arrivent pas de nulle part, loin de là. Ils participent actuellement à leur 19e March Madness consécutives, et le head coach actuel, Mark Few, n’a jamais manqué la “grande danse” avec les “Zags” depuis 1999. L’Elite 8 s’est longtemps refusé à lui (2015 et désormais 2017) et le Final Four a finalement ouvert ses portes aux pensionnaires de la West Coast Conférence cette année.

(Crédit photo : Kyle Terada, USA TODAY Sports)

Un vent frais souffle la planète du basketball universitaire. Au côté de North Carolina, trois équipes issues d’un terrain inexploré par la balle orange se retrouvent à jouer les premiers rôles et peuvent s’adjuger la plus grande compétition universitaire.

Gonzaga et South Carolina sont à deux victoires d’écrire leur nom sur une nouvelle page de la riche histoire du basketball. Oregon peut (enfin) réellement affirmer la nouvelle puissance de la conférence Pac-12, et plus généralement de la Côte Ouest dans son ensemble, au-delà de la baie des Anges.

Ou bien, aussi paradoxalement que cela puisse paraitre, North Carolina a la possibilité de montrer que les bluebloods restent une valeur inaltérable, une puissance indétronable des parquets.

La dernière décennie a connu un déroulement relativement identique à chaque édition de la March Madness : les universités historiques au sommet de la hiérarchie avec un challenger inédit apparaissant au Final Four (Wichita State en 2013, VCU en 2011, Butler en 2010, Memphis en 2008, George Mason en 2006, Illinois en 2005).

Vous pouvez désormais ajouter Gonzaga, South Carolina et Oregon à cette liste. Trois d’un coup.