Je suis convaincu d'une chose : Ohio State place les victoires au-dessus de la morale.

On connait désormais le prix auquel correspond la couverture de violences domestiques, l’ignorance et le passage sous silence de tels faits, dans le petit monde merveilleux de Ohio State : trois matchs de suspension pour Urban Meyer.

L’Université de Ohio State, à la suite d’une investigation interne de deux semaines, a jugé bon que Urban Meyer ne soit suspendu que lors des trois premiers matchs de la saison pour son implication dans le scandale de violences domestiques centré autour de Zach Smith.

Urban Meyer demeure à son poste de head coach après trois semaines de turbulence médiatiques et de spéculations sur son avenir avec les Buckeyes.

Trois matchs de suspension. Six semaines sans rémunération.

Ce serait donc la punition que Ohio State juge bon d’infliger à l’homme en charge de veiller sur le bon fonctionnement et le succès de l’un des programmes de football les plus influents des Etats-Unis ; enfin, faut-il comprendre par cette décision que la victoire surpasse toutes les autres missions du programme, de la préparation à la vie adulte à la dispense d’une éducation morale et professionnelle de premier choix.

“Zero-tolerance policy”.

Ces trois mots sont affichés en lettres géantes sur la quasi-totalité des murs des infrastructures à plusieurs millions de dollars du programme de football. Mais aujourd’hui, il faut comprendre que cette politique de tolérance zéro s’applique à tout le monde… sauf à Urban Meyer.

Un homme levant la main sur sa femme, d’autant plus avec de multiples occurrences entre 2009 et 2015, doit tomber dans la catégorie de tolérance zéro. Mais il semble que Urban Meyer ne comprenne réellement la gravité et les conséquences de violences domestiques, surtout auprès des victimes.

Urban Meyer ne comprend d’ailleurs pas que la véritable victime de cette tragique histoire se nomme Courtney Smith ; et non pas Urban Meyer.

Nous n’aurions jamais dû nous retrouver dans une telle situation,” déclare Urban Meyer en conférence de presse à la suite de la révélation de la suspension et des résultats de l’investigation.

“Nous” ?

Urban Meyer se place en position de victime, au même titre que Courtney Smith, et ce simple mot montre sans aucun doute, qu’au fond de lui, il juge n’avoir fauté à aucun moment. Un tel parallèle est choquant : trois matchs de suspension équivaudrait, selon lui, à des années de persécution, de peur, de blessures physiques et morales.

Courtney Smith n’a pas demandé une ordonnance de protection contre son ex-mari pour son propre plaisir. Elle n’a pas porté plainte à de nombreuses reprises, malheureusement, sans suite, pour faire de l’ombre au grand et magnifique Urban Meyer.

La réputation de gardien de la bonne morale de Urban Meyer est définitivement passée par la fenêtre, tout du moins, pour les observateurs qui ne sont pas des supporters des Buckeyes aveuglés par le succès de leur équipe préférée.

Mais davantage d’une réputation perdue, Urban Meyer aurait dû perdre son poste de head coach du programme de football de Ohio State.

Les résultats de l’investigation montrent que Urban Meyer et Gene Smith, directeur athlétique des Buckeyes, n’ont pas couvert les accusations de violences domestiques à l’encontre de Zach Smith en 2015, mais ils n’ont pas réussi à rapporter les faits de manière adéquate et n’ont pas investigué suffisamment les accusations à l’encontre d’un membre du staff de l’équipe de football.

Urban Meyer n’a pas manqué de raisons de se séparer de Zach Smith au fil des années et il a raté chaque opportunité jusqu’à ce que la pression médiatique se resserre au mois de juillet dernier.

Et, outre un aveuglement persistant et une négligence qui a permis le maintien d’un homme violent, dangereux, immoral et instable dans le coaching staff des Buckeyes de 2012 à 2018, Urban Meyer a choisi de prendre des actions et des réponses face à un sujet d’une importance vitale soulevant davantage de questions.

A-t-il quelque chose à se reprocher ou pire, à cacher ?

On est en droit de se poser des tonnes de questions à son sujet dès lors que l’on connait les résultats de l’investigation :

  • Urban Meyer et sa femme, Shelley, ont douté de la véracité des accusations de Courtney Smith à l’encontre de son ex-mari et le head coach aurait rencontré la victime après la première arrestation de Zach Smith en 2009, moment durant lequel Courtney Smith aurait rétracté les propos qu’elle a tenue auprès des autorités (ce qu’elle a démenti lors de la récente investigation).
  • Urban Meyer a demandé à un membre de son staff de supprimer tous les messages de plus d’un an sur son propre téléphone en changeant les paramètres, et cela juste après qu’un rapport d’investigation de Brett McMurphy fasse état de messages échangés entre Courtney Smith et Shelley Meyer en 2015.
  • Alors que l’investigation tentait de comprendre les déclarations mensongères de Urban Meyer aux Big Ten “Media Days”, où il a clamé son ignorance totale sur les accusations à l’encontre de Zach Smith en 2015, les enquêteurs ont appris que le head coach subissait parfois des pertes de mémoire significatives à cause d’un traitement médical, pour lequel il doit prendre des médicaments qui altère sa mémoire, concentration et attention.
  • Urban Meyer, Gene Smith et d’autres membres de l’Université ont jugé que ce n’était pas leur rôle de réagir face aux allégations à l’encontre de Zach Smith, à moins que les autorités judiciaires ne prennent davantage d’actions, tel qu’un dépôt de plainte.
  • Zach Smith a été réprimandé et mis en garde oralement par Urban Meyer à de nombreuses reprises, sans qu’aucun rapport écrit ou aucune investigation n’aient été complété.

Oui, vous avez bien lu. Urban Meyer a supprimé des messages de son téléphone (possiblement compromettants ou bien ce serait une coïncidence absolument inouïe), mais non, il n’a rien à se reprocher.

Et il a sauvé son poste de head coach en faisant appel à un traitement médical qui lui jouerait des tours. Sa performance lors des Big Ten “Media Days” est bien l’événement qui aurait pu le conduire le plus assurément à son éviction ; et il n’a trouvé mieux comme défense que des médicaments lui causant des pertes de mémoire (très précises, qui plus est).

On te croit, Urban, sans aucun doute.

Un head coach qui se souvient d’une action précise en conférence de presse des heures après qu’elles se soient produites en plein milieu d’un match, où il réalise des décisions cruciales en l’espace de quelques secondes, ne peut se souvenir d’événements qui durent depuis 2009, et plus sérieusement depuis trois ans.

C’est complètement irréel que l’un des head coaches les plus glorieux de l’histoire du football universitaire, au succès spectaculaire de ses débuts à Bowling Green puis à Utah, Florida et aujourd’hui à Ohio State, perde complètement pied et s’écrase au sol de manière tout aussi spectaculaire pour la couverture d’un entraineur assistant tout au plus médiocre, et qui n’a été apparemment secouru que par son grand-père, Earle Bruce, entraineur légendaire des Buckeyes dans les années 1980.

Et au-delà des violences domestiques révélées par Brett McMurphy, les résultats de l’investigation affichent une lumière encore plus terne sur les activités malsaines de Zach Smith :

  • L’investigation a révélé une tendance inquiétante dans le comportement de Zach Smith : “promiscuité et des tendances sexuelles gênantes, abus de drogue et d’alcool, absentéisme chronique, malhonnêteté et irresponsabilité financière”.
  • Zach Smith a dépensé plus de $600 en fonds personnels dans un strip club en Floride avec le head coach d’un lycée au cours d’un déplacement dans le cadre de recrutement.
  • En juin 2016, Zach Smith a été accepté un établissement de désintoxication pour une addiction à un médicament sur ordonnance, et Gene Smith n’avait jamais été mis au courant.

Urban Meyer a sacrifié l’optique d’une carrière légendaire, sur le terrain de football, pour un homme physiquement violent et moralement instable. Pourquoi, demeure une question dont la réponse manque encore à l’heure actuelle.

N’importe quel autre head coach dans une telle situation, où couverture de violences domestiques se mêle à mensonges et réponses douteuses, ne serait déjà plus en poste.

Ce n’est pas le cas de Urban Meyer.

Jim Tressel a été renvoyé de son poste de head coach des Buckeyes pour avoir menti et couvert un réseau d’échange de maillots pour des tatouages gratuits. Urban Meyer reçoit une minuscule punition de trois matchs de suspension pour avoir menti et couvert des violences domestiques.

Au même moment, le quarterback de UNC, Chaz Surratt, est suspendu quatre matchs pour avoir vendu des chaussures fournies gratuitement par Nike. Et il y quelques années, le running back de Georgia, Todd Gurley, a été suspendu lui-aussi quatre matchs pour avoir reçu $3.000 en échanges d’autographes.

Urban Meyer a peut-être conservé son job, mais il perdu une réputation qu’il a mis près de deux décennies à construire.

Et celle-ci s’est évanouie au même titre que toute crédibilité dans les décisions de Ohio State, qui envoie un message clair : les victoires apportées par le head coach surpassent toute responsabilité morale de l’un des hommes les plus influents d’une des universités les plus importantes des Etats-Unis.

Une nouvelle ère s’ouvre à Ohio State et Urban Meyer n’apparait plus comme le messie.

Réfléchissez un moment, plus aucune comparaison avec les autres head coaches ne sera valide. Urban Meyer est-il meilleur que Nick Saban ? Et bien, l’un a jeté la morale par la fenêtre et vous savez de qui il s’agit.