Rick Pitino a juste oublié un petit détail : les maux propagés reviennent un jour ou l'autre vous hanter.

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Rick Pitino ne laisse pas indifférent. L’entraineur possède cette qualité particulière de cristalliser les débats autour de lui, qu’ils soient positifs ou négatifs, productifs ou chronophages.

Le head coach historique de Louisville a participé à l’écriture de certaines des plus belles pages du basketball universitaire au cours de sa carrière qui a débuté durant les années 1980.

Enfin, ancien head coach de Louisville, devrait-on dire.

Rick Pitino a été mis à la porte manu militari par les Cardinals alors que l’on pensait qu’il était immune de toute sanction, couvert ad vitam aeternam par l’administration de l’Université. L’entraineur a multiplié les frasques au cours des années, sans que de grandes répercussions ne lui soient attribuées. Jusqu’à 2017, tout du moins.

Il a fallu que deux scandales d’envergure nationale soient révélés et/ou jugés dans la même année civile pour que Rick Pitino quitte son piédestal du Kentucky. Et encore, le fait que de jeunes hommes (qui n’étaient pas tous majeurs) soient charmés par des prostitués mis à la disposition par le programme de basketball de Louisville ne semblait pas être une raison suffisante pour dire au revoir au maitre des Cardinals depuis plus de 15 ans.

Il a fallu que le FBI mette son nez dans un système de corruption généralisé, gangrénant la totalité du sport, et laisse entendre que Rick Pitino et son équipe d’assistants sont soupçonnés d’avoir commis des crimes fédéraux.

On aura attendu mais il est temps de s’écrier : bon débarras.

Pourquoi écrire un article à charge contre Rick Pitino maintenant et pas le mois dernier, au moment de son éviction, me diriez-vous ? La réponse est simple : à l’image de Rick Pitino.

Laissez-moi vous expliquer la situation. La défense favorite de l’entraineur face à n’importe quelle accusation, qu’elle soit minime ou bien moins, est de dire “je ne suis au courant de rien”. Il a encore utilisé cette technique, aussi abjecte soit-elle lorsque l’on se trouve à la tête d’un programme athlétique universitaire, pour se défendre du scandale sexuel ainsi que de l’affaire de corruption déterrée par le FBI.

Sauf que la patrouille a rattrapé Rick Pitino.

Bien qu’il affirme le contraire, enlevant une nouvelle fois ses bijoux de famille (je ne parle pas de ses bagues de champion national…), ESPN rapporte que Rick Pitino était au courant du stratagème monté afin de payer Brian Bowen pour que ce dernier s’engage avec les Cardinals et qu’il a même participé directement au sein de celui-ci.

“Christian Dawkins [entraineur de AAU inculpé par le FBI ce mercredi ; ndlr] a expliqué qu’au moment où [Rick Pitino] et l’Université de Louisville étaient en train de recruter [Brian Bowen], Dawkins a demandé à [Pitino] d’appeler James Gatto [responsable d’Adidas lui-aussi inculpé par la FBI ; ndlr] et de demander que [Adidas] fournisse de l’argent à la famille de [Bowen], ce pour lequel [Pitino] avait donné son autorisation,” explique la mise en accusation fédérale publiée cette semaine par le procureur général de New York.

OF F*CKING COURSE.

Un dernier mensonge, possiblement le plus important de tous. Mais peut-on qualifier ceci de mensonge si Rick Pitino pensait “honnêtement” qu’il n’avait rien commis de mal ?

(Crédit photo : Michael Clevenger, Associated Press)

Jeté de son royaume par le système qu’il a engendré

A tous ceux qui ont été surpris du renvoi de Rick Pitino : il ne faut surtout pas l’être. Cette décision pendait au nez de l’entraineur depuis belle lurette.

Rick Pitino s’est imposé dans le paysage du basketball universitaire au moment de son explosion nationale. Il a récupéré la gloire des succès et la notoriété des plus grands entraineurs alors que le sport grandissait et connaissait ses plus grandes heures.

Fils spirituel de Jim Boeheim à Syracuse à ses débuts en 1976. Premiers pas en tant que head coach à la création de la conférence Big East au milieu des années 1980, amenant Providence jusqu’au Final Four et gagnant par la même occasion ses premières lettres de noblesse. Une petite dizaine d’années à Kentucky où il a tiré les Wildcats d’un marasme systémique jusqu’au statut de champion national. Et puis la confirmation de son statut de quasi-légende à Louisville, tractant les Cardinals à un titre de champion national alors que la Big East connaissait une période des plus compliquées.

Mais les vices associés à la victoire se sont également accolés au personnage.

De ses débuts en tant qu’entraineur à sa chute fracassante, l’histoire de Rick Pitino est intimement liée aux violations (qu’elles soient d’ordre moral ou d’ordre légal).

  • head coach en intérim à Hawaii en 1976, il a eu le temps d’être impliqué dans 8 des 64 violations que la NCAA a noté à l’encontre du programme.
  • il a pris en main un programme de Kentucky en 1989 en proie à de nombreux scandales et s’est employé à les corriger avec succès pour relancer la machine infernale des Wildcats.
  • après deux périodes en NBA, il retourne à l’université et prend en charge l’équipe de Louisville où il y connait une foule de scandales :
    • il avoue en 2009 avoir eu une relation avec la femme d’un de ses assistants et a payé pour qu’elle subisse un avortement.
    • un scandale de prostitution a été révélé en 2015 (un assistant du programme de basketball fournissait à de potentielles recrues des strip-teaseuses et prostituées dans des dortoirs du campus) et a fragilisé la situation du head coach avec les Cardinals.
    • et puis, dernièrement, un scandale de corruption a été mis au gout du jour par le FBI au sein duquel il utilisait l’argent d’Adidas pour s’adjuger des recrues de haut rang.

Rick Pitino a grandi en tant qu’entraineur avec l’expansion nationale du basketball universitaire. Il a participé à cette évolution dans la modernité, devenant par ailleurs un des pionniers du tir à 3-points en l’inscrivant dans l’univers du sport à son installation en 1987.

Ceci dit, le statut de légende sportive possède un coût ; et celui-ci se trouve en dehors des parquets pour Rick Pitino.

Il était très souvent décrit comme un individu borderline, pour rester dans le politiquement correct. Une bombe qui a explosé à plusieurs reprises sans que cela ne cause aucun effet ; ce serait un portait adéquat pour un homme qui ne relevait pas de la logique et qui se foutait royalement des normes et autres règles qui lui étaient fixés.

Il s’est peu à peu recroquevillé sur lui-même et s’est retrouvé aux mains d’un processus insidieux qu’il a lui-même engendré. Coupé des réalités et enfermé dans un monde où les cadres normatifs de bien et de mal, de correct ou d’incorrect, de juste et d’injuste étaient renversés, Rick Pitino pensait jouer le bon samaritain alors qu’il violait le sacro-saint règlement de la NCAA.

Les fans de basketball universitaire se sont peu à peu éloignés de Rick Pitino au fur et à mesure que les scandales éclataient à proximité du head coach.

L’administration de Louisville peut être (en partie) tenue responsable de la descente aux enfers de Rick Pitino. Tom Jurich, directeur athlétique des Cardinals évincé lui-aussi le mois dernier, a maintenu son head coach en place, coûte que coûte, afin de battre le rival de l’Etat, Kentucky.

Cette obstination a participé à la luxure sportive commis par Rick Pitino. Aller toujours plus loin dans la débauche pour une histoire de hiérarchie face aux Wildcats de John Calipari ; ce ne pouvait tenir en état.

(Crédit photo : Doug Pensinger/Getty Images)

On ne peut mentir au FBI

Le carcan au sein duquel Rick Pitino s’est enfermé a été rendu visible lors de ces dernières années. Une certaine immoralité a émergé à Louisville, que ce soit dans l’affaire d’adultère ou plus tard lors du scandale de prostitution. Mais une administration conciliante lui a permis d’éviter la guillotine.

Quand le système fédéral des Etats-Unis décide de fouiller dans ses affaires, il n’existe plus de moyens de retarder son sort.

Le FBI n’a peut-être arrêté personne issu du programme de basketball de Louisville, mais les détails présents dans la déposition initiale ont suffi au Président de l’Université pour tourner le dos à Rick Pitino et a passé un coup de balai chez les Cardinals.

Rick Pitino a une nouvelle fois utilisé son argumentation favorite, qui revient à dire qu’il n’est au courant de rien et qu’il est une victime. Il s’est enterré tout seul, comme un grand. Se justifier de telle manière droit dans les yeux de ses détracteurs revient à perdre tout crédibilité, si ce n’est tout honneur.

On pourrait considérer une telle manoeuvre comme criminelle, ni plus ni moins.

Rick Pitino renonce à toute responsabilité alors que son poste, faudrait-il lui rappeler, est celui de head coach du programme de basketball des Cardinals. Soit le numéro trois (!) de l’organigramme administratif de l’Université de Louisville à égalité avec Bobby Petrino, derrière le Président et le directeur athlétique.

Cela en dit beaucoup sur la mentalité de Rick Pitino. Et puis, cerise sur le gâteau, il décide de contredire les accusations du FBI.

Qui peut être aussi borner pour ne pas reconnaitre les paroles d’une des plus importantes organisations du système fédéral des Etats-Unis ?

On ne peut pas honnêtement considérer que Rick Pitino est sain d’esprit à ce jour. On peut lui en vouloir après tous les impairs qu’il a commis, certes, mais faut-il réellement lui accorder tous les malheurs de la Terre ?

La peste l’a envahi au fil des années, au fil des saisons où le succès s’est accumulé et où son statut de légende vivante du basketball universitaire s’est élargi. Mais cette peste, il a lui-même contribué à la propager au sein d’un sport qu’il a construit de ses propres mains. Il a établi une certaine base de normes et de standards pour atteindre le succès que d’autres s’en sont inspirés à leur tour.

Adidas n’aurait pas décidé de s’allier avec le programme de Rick Pitino en sachant qu’il ne coopérerait pas. Il fallait redistribuer de l’argent à une personne de “confiance”, à une personne dont ils étaient certains qu’il saurait utiliser ces sommes d’argent.

Et puis, ne soyons pas surpris non plus des détails monétaires autour de Rick Pitino.

Il possédait déjà la paie la plus élevée d’entres tous les head coaches en basketball universitaire avec largement plus de $7 millions annuels, mais on a appris au cours des dernières semaines que 98% des revenus que Adidas fournissait à Louisville… allait directement dans la poche du head coach.

Personne n’obtenait plus de revenus externes que Rick Pitino. Rien qu’en exemple, l’ancien head des Cardinals avait reçu près de $1.5 millions en 2014-15 et 2015-16 de la part de l’équipementier alors que Louisville n’avait empoché que $10.000 puis $25.000. Un écart tout simplement gigantesque qui ne fait qu’apporter de l’eau au moulin à une personnalité immorale.

Rick Pitino a joué avec le système pendant des décennies, remportant un nombre incalculable de batailles. Sauf que le système est finalement revenu le hanter, causant une perte qui était prévisible pour toute personne le connaissant un tant soit peu.

Lorsque l’on propage la peste et qu’on aide à la développer, il existe une chance incroyable que cette peste participe à la mort de cet individu.

Rick Pitino semble avoir oublié ce petit détail et une telle déchéance n’est qu’un sort mérité.