Le quarterback hawaiien était la dernière pièce manquante du puzzle d'Alabama.

En 11 ans et 5 titres nationaux avec le Crimson Tide d’Alabama, on pensait connaitre la recette gagnante de Nick Saban. 

Une préparation militaire suivi d’une exécution sans failles. Une équipe composée des meilleures athlètes issues des meilleures classes de recrutement, pour une domination outrageuse dans les tranchées. Une attaque efficace pour concrétiser les efforts surhumains de la défense.

Nick Saban n’a cessé d’intégrer des améliorations à son équipe au fil des années, notamment en attaque, dès lors qu’un certain Lane Kiffin a posé ses valises sur le campus de Tuscaloosa. L’animation générale est devenue plus rapide et s’est éloignée des préceptes conservateurs de Jim McElwain ou Doug Nussmeier, basés sur une abondance de courses puissantes avant d’exploser sur play-actions.

Lane Kiffin a apporté une touche de fraicheur dans un marasme offensif avec l’installation d’une attaque « spread » et plus horizontale, afin d’étirer et fatiguer les défenses adverses. Brian Daboll, pour sa seule année à Alabama, a renforcé cette tendance en prenant appui sur un quarterback dual-threat en la personne de Jalen Hurts.

Jalen Hurts a révolutionné le poste de quarterback du Crimson Tide, dès son arrivée, en 2016. Mais la consécration de la flexibilité autorisée par Nick Saban sur son attaque n’a été ressentie que cette saison, lorsque Jalen Hurts a été mis sur la touche au profit d’un autre quarterback.

Son nom : Tua Tagovailoa.

 

Tua Tagovailoa a apporté une nouvelle narration à Alabama

 

Rares sont les équipes capables de subir une et encore moins plusieurs transformations radicales sous l’égide du même head coach. Cela a même coûté le poste d’entraineur de Les Miles à LSU, pour rester dans la même division. Ce qu’a réalisé Nick Saban sur ce point, seulement, est déjà un accomplissement en soi.

Mais les révolutions opérées ont été couvertes de succès, tout en s’adaptant à la modernisation du jeu en football universitaire et en n’oubliant pas que Alabama est avant tout représenté par une défense féroce, intransigeante et impossible à transpercer. Gus Malzahn, à Auburn, connait régulièrement des soucis pour allier une excellente défense à sa philosophie offensive basée sur des concepts « spread » et un jeu de course puissant et non-conventionnel.

Par le passé, le Crimson Tide n’avait pas besoin d’une attaque multi-dimensionnelle pour remporter des titres nationaux. Une défense étoilée et un jeu de course increvable suffisaient.

Mark Ingram en 2009. Trent Richardson en 2011. Eddie Lacy en 2012. Derrick Henry en 2015. Chacune de ses équipes, qui ont remporté un titre national à l’ère du BCS ou du CFP, possédait un running back transcendant qui agglomérait l’attention médiatique ainsi que l’identité offensive.

On se souvient de ces équipes championnes au travers de ses running back, non pas de ses quarterbacks, comme il est généralement le cas. 

Et puis Tua Tagovailoa a changé la narration autour de cette équipe d’Alabama à la suite d’une performance scintillante lors du College Football Playoff Championship Game en 2017. C’est réellement à ce moment-là que, aussi impensable que cela puisse être, le Crimson Tide a franchi un nouveau pallier afin de se rapprocher de la suprématie nationale.

Tua Tagovailoa a supplanté Jalen Hurts, non sans difficultés, débats et controverses, afin de propulser Alabama dans une nouvelle dimension. 

Fini le temps où la plan de jeu du Crimson Tide se suffisait à une accumulation outrageuse de stops défensifs et un tempo plus ou moins lent dicté par les running backs. Aujourd’hui, l’attaque aérienne est au moins si ce n’est plus dangereuse que le reste de l’équipe.

 

Le quarterback presque parfait sur 3ème tentative

 

Le premier mois de compétition montre simplement que Alabama peut crucifier n’importe quelle équipe dans les airs. Et avec style, qui plus est. 

La révélation de Tua Tagovailoa a permis au Crimson Tide d’ajouter la dernière (?) pièce manquante au puzzle de cette dynastie : une attaque aérienne très verticale et explosive, digne des animations les plus agressives qui ont révolutionné le paysage universitaire. 

51 points contre Louisville, 57 contre Arkansas State, 62 contre Ole Miss et enfin 45 contre #22 Texas A&M. Quatre victoires en autant de matchs, mais le plus effroyable est que le champion national en titre y ajoute cette fois-ci la manière. Les rencontres sont pliées à la mi-temps tant la nouvelle domination offensive est puissante : 28-0 à la mi-temps contre Louisville, 40-0 contre Arkansas State, 49-7 contre Ole Miss et enfin 31-13 contre #22 Texas A&M.

Cette dernière rencontre face à Texas A&M a été particulièrement révélatrice de la transcendance du jeune quarterback hawaiien. Il s’agissait de la première opposition de la saison contre une équipe un tant soit peu au niveau de Alabama, et on attendait à ce qu’il démontre ce dont il était capable.

Pour la première action offensive du Crimson Tide lors de la partie ? Une passe en profondeur de 30 yards pour DeVonta Smith. 

Ni plus, ni moins que le remake de l’action victorieuse pour le titre national face à Georgia en janvier dernier. Le ton est donné.

Le sophomore récidive quelques minutes plus tard en se connectant au centre du terrain avec Jerry Jeudy, ce qu’il réussira à de nombreuses reprises. Les tight ends ont également été à la fête contre les Aggies. Hale Hentges a capté son premier touchdown du match sur une « seam » route en sortie de « RPO », tandis qu’en seconde période, Irv Smith Jr. attrape une superbe passe de 42 yards sur un tracé « corner », alors que Tua Tagovailoa avait un défenseur en plein dans le visage.

 

 

Ce ne sont que quelques exemples de la facilité de Tua Tagovailoa pour lancer dans le bon timing et avec précision des balles en profondeur. Il possède par ailleurs un instinct hors du commun pour se connecter avec ses receveurs sur les tracés « seam » au centre du terrain, ce dont il a déjà fait sa spécialité avec Alabama.

Une autre spécialité ? Les 3ème et 4ème tentatives. Le quarterback gaucher détient des statistiques hallucinantes lors de ces moments clutch : 17 passes complétées sur 20 tentatives pour 6 touchdowns (!), aucun turnover, aucun sack et 17 premières tentatives obtenues en 24 actions jouées. Et il n’avait lancé aucune passes incomplète sur 3ème tentative avant la rencontre face à Texas A&M.

Il a tellement dominé ses adversaires qu’il n’a toujours pas terminé une rencontre de la saison sur le terrain, et il a péniblement foulé le gazon lors des différentes quatrièmes quart-temps. 

Avec Jalen Hurts aux commandes, Alabama était une excellente équipe mais elle apparaissait vulnérable lorsque le jeu aérien était convenablement pris en étau. Regardez la première mi-temps du CFP Championship Game contre les Bulldogs par exemple. Avec Tua Tagovailoa derrière le centre, Alabama est absolument effrayant et parait invincible. 

Le Crimson Tide ajoute à son arsenal de guerre un élément que l’on n’avait encore jamais vu sous l’égide de Nick Saban : une animation aérienne transcendante qui permet de se projeter rapidement et agressivement en profondeur. Et lorsque l’on additionne cela avec les autres forces de l’équipe, que ce soit des lignes offensive et défense terrifiantes, un jeu de course aussi puissant que versatile et une défense sans aucun faille, on n’arrive à court d’idées pour trouver des points faibles.

Tua Tagovailoa pourrait être exceptionnel dans n’importe quelle équipe du pays ; cependant, son association avec Alabama permet la création d’une hydre (presque) invincible où chaque tête se complète pour composer, possiblement, une des meilleures équipes de tous les temps en football universitaire.