Tua Tagovailoa repousse les limites à chaque sortie sur le gazon.

Seulement huit titularisations en carrière et on est déjà capable de nommer Tua Tagovailoa dans le cercle des légendes d’Alabama.

Le Crimson Tide réinvente la notion de domination avec l’aide du jeune polynésien de 20 ans, qui semble afficher la barre un peu plus haut à chaque semaine. Le quarterback sophomore ferait presque de l’ombre à ses ainés légendaires, tels que Bart Starr, Joe Namath ou Ken Stabler, tous à la barre de l’équipe dans les années 50 et 60. 

Bien que Kyler Murray (Oklahoma) aligne des statistiques aussi impressionnantes dans le système génial de Lincoln Riley, on pourrait donner le Heisman Trophy à Tua Tagovailoa dès aujourd’hui que cela ne souffrirait d’aucune contestation. Il a placé la barre si haute avec une facilité déconcertante qu’il semble à même de la repousser à chaque sortie sur le gazon.

Le voyage dantesque sur le campus de LSU devait servir de confirmation d’un talent hors-norme, et non d’une consécration. Evidemment, comme à chaque occurence de sa carrière, Tua Tagovailoa a délivré et surpassé les attentes placées de lui.

 

Alabama et Oklahoma, deux attaques (quasiment) identiques

 

« Il est l’un des meilleurs joueurs que je n’ai jamais vu, » avoue Ed Orgeron, le head coach des Tigers.

Lorsque l’on connait le caractère de mule et le franc-parler d’Ed Orgeron, cette annonce prend une solennité d’autant plus marquante, surtout pour un joueur de Nick Saban et d’Alabama. Il sait de quoi il parle. Il possède de la bouteille en football universitaire. Et force est de constater qu’il n’a pas tort.

Contre LSU, malgré un coup de casque assez violent dans les parties intimes dès la première série, Tua Tagovailoa a sorti une performance exceptionnelle et a transmis directement la domination outrageuse de Crimson Tide. 

Des ballons parfaitement placés à tire-larigot pour ses receveurs, qui n’ont plus qu’à transpercer le dernier rideau défensif avec leur explosivité caractéristique. Jerry Jeudy, Jaylen Waddle, Henry Ruggs III et DeVonta Smith ne nous contrediront pas. 

Jerry Jeudy est par ailleurs la quintessence d’une escouade de receveurs qui ne connait aucun précédent à Tuscaloosa. A l’instar de Julio Jones, Amari Cooper ou Calvin Ridley, il est l’un des meilleurs receveurs du pays et propose des statistiques à couper le souffle : 22.6 yards par réception (4ème du pays), 880 yards (7ème du pays) et 10 TDs (5ème du pays). Le plus effrayant dans cette situation ? Tous les autres receveurs cités peuvent reproduire les mêmes performances et compenser les coups de moins bien de Jerry Jeudy à n’importe quel moment.

La « Death Valley » a été le théâtre d’une telle interchangeabilité lorsque Irv Smith Jr. Est sorti de sa boite dans le second quart-temps. La passe de touchdown vers le tight end, millimétrée, à la limite de l’orgasme, donne déjà l’impression de sceller l’issue de la rencontre. Alabama ne menait « que » 16 à 0.

Il est impossible de contrer une telle animation offensive et les yards s’empilent à vue d’oeil. 149 (contre 38) à la fin du 1er quart-temps, 325 (contre 67) à la mi-temps, 471 (contre 108) à la fin du 3ème quart-temps et 576 (contre 196) au coup de sifflet final.

Cette furie offensive caractérise l’attaque d’Alabama depuis le début de saison, devenue une des plus passionnantes et productives de la ligue, notamment dans le secteur aérien. Vous souvenez-vous du temps où Nick Saban employait un système offensif ultra-physique, basé sur le jeu au sol à outrance et une ligne offensive effrayante au possible ? Ce temps est révolu.

Aujourd’hui, le Crimson Tide aligne 341.6 yards aériens par match (2ème du pays) et 565.6 yards offensifs par match (1er du pays), pour une moyenne de 8.2 yards par action (2ème du pays). 

L’équipe qui possède les moyennes les plus comparables à celles-ci ? Oklahoma. On vit réellement dans un monde où l’attaque d’Alabama et Oklahoma sont presque identiques.

 

La réussite de Tua Tagovailoa remonte jusqu’à Hawaii

 

Le coordinateur offensif novice à Alabama, Mike Locksley, a concocté un système offensif époustouflant. Les receveurs semblent toujours ouverts pour recevoir une passe dans la course de Tua Tagovailoa, une de ses spécialités, qui met en lumière ses qualités les plus précieuses : une confiance à toute épreuve et un instinct inégalable.

Tua Tagovailoa pense qu’il est capable de réussir n’importe quel lancer ; et aussi incroyable soit-il, il réussit n’importe quel lancer.

« Il possède une confiance infaillible, avant tout, » décrit Greg McElroy, ancien quarterback d’Alabama QB et actuel analyste pour ESPN. « Il est presque trop jeune pour vraiment comprendre la magnitude de ce qu’il est en train de réaliser. Quand j’étais senior, je pouvais sentir la pression en essayant de tout faire correctement. Lui, il rentre sur le terrain et renverse tout sur son passage. Il est détendu dans tout ce qu’il fait. »

Cette confiance inébranlable a causé une interception face à LSU. Toutefois, cette erreur est arrivée au bout de 179 passes complétées et 26 touchdowns sans qu’aucune interception ne se soit glissée jusque-là. Il s’agit réellement d’un niveau d’efficacité encore jamais observé en football universitaire.

Mais renverser des barrières est le propre de la carrière de Tua Tagovailoa, depuis ses débuts sur l’île de Oahu, à Hawaii.

Tout le monde se souvient encore du moment qui a révélé le jeune quarterback sur la scène nationale ; le College Football Playoff Championship Game face à Georgia. Lancé à la pause avec comme objectif de combler un retard de 20 points, il égalise à lui-seul cette rencontre et offre un énième titre national à Alabama avec une bombe de 41 yards sur 2nd-&-26 en prolongations d’une finale.

Depuis lors, Tua Tagovailoa ne s’est pas retourné et a porté Alabama dans une nouvelle forme de domination. Le quarterback sophomore réalise des prouesses offensives qui force l’admiration, et rien d’autre. Une balle placée littéralement dans les bras d’un receveur, une deuxième, une troisième, un touchdown et on repart pour un tour. 

C’est de cette manière que les premiers entraineurs de Tua Tagovailoa, à la Saint Louis High School de Honolulu, ont découvert l’ampleur du talent du jeune homme dès sa première année au lycée. Chantel Jennings, de The Ahtletic, s’est rendu sur place pour re-tracer l’histoire.

Il n’a que 13 ans et il n’a aucune raison d’échanger avec les seniors de l’équipe de football, tous âgés de 4 ans supplémentaires. Sauf que Darnell Arceneaux (head coach de Saint Louis ; ndlr) a repéré ses qualités et a commencé à l’intégrer au groupe lors des entrainements. Et lors d’une séance impromptue, il le lance sur le terrain pour découvrir ce dont il était capable.

Tua Tagovailoa, petit et quelque peu enrobé, prend le snap et lance un ballon parfait de 70 yards dans les airs. 

Quelques temps plus tard, en 2014, lorsqu’il est enfin éligible pour jouer en match officiel, il obtient un demi-poste de titulaire puisqu’il se partage les tâches avec l’autre quarterback titulaire de l’équipe, Ryder Kuhns. Il a participé dans un premier temps aux deuxièmes et quatrièmes quart-temps, avant de prendre possession du poste de titulaire.

Il termine la saison avec plus de 2.500 yards et 33 TDs. En 236 passes tentées, il n’a lancé que trois interceptions.

Cela ne vous rappelle rien ?

Tua Tagovailoa ne fait que gratter la surface et les plus belles années de sa carrière semblent être devant lui. Ce qui veut dire, logiquement, que Alabama n’a pas terminé de ré-écrire la définition du mot « domination ».