Dans une Atletic Amateur Union (AAU) réputée pour encourager l’individualisme, une équipe fait figure d’anomalie : la Team Takeover.

Le circuit AAU, rappelons-le, est le système qui régit les tournois estivaux des jeunes basketteurs lycéens ayant pour objectif d’atteindre les meilleurs universités de la Division I du niveau universitaire. De nombreux joueurs se sont déjà exprimés contre cette ligue, qui met plus en valeur les performances individuelles que les résultats collectifs. Les plus grandes marques d’équipementier américaines se sont emparées du phénomène en créant leur propre ligue, comme Under Armour, Adidas, ou Nike avec la Elite Youth Basketball League (EYBL).

C’est dans cette dernière, considérée comme la ligue la plus relevée des Etats-Unis, que sévit la fameuse Team Takeover.

A l’image des San Antonio Spurs en NBA, le leader du Nike EYBL ne dispose pas de l’effectif le plus ronflant du championnat. Aucune mixtape des joueurs de l’équipe n’a atteint des millions de vues sur les réseaux sociaux, et s’ils sont reconnus par les scouts, ces joueurs restent des anonymes, même pour les fans de basketball lycéen.

Ce qui fait la force de cette équipe, c’est justement son collectif et sa capacité à interchanger les joueurs sans perdre la moindre once d’intensité et de performance.

Une statistique qui prouve cette puissance ? A la fin des quatre sessions composant le tournoi, Team Takeover n’a perdu aucune rencontre : 16 victoires pour 0 défaite.

Parole à la défense

Si cette équipe parvient à enchaîner les victoires, c’est d’abord au travers de sa défense.

Elle est celle qui encaisse le moins de points du tournoi avec 62 points par matchs. Douze équipes n’ont pas dépassé la barre des 50 points marqués face aux joueurs de Washington DC. Pourtant, elle n’est que la 11ème équipe en termes d’interceptions par matchs (6.9), et reste très moyenne aux contres (2.5).

Mais « défense » est bien le seul mot qui revient à la bouche du head coach, comme l’explique le pivot de l’équipe, Armando Bacot, à Flohoops :

« Nous rencontrons des gens qui nous disent que nous sommes peut-être la meilleure équipe défensive de l’histoire du EYBL, mais Keith Stevens est toujours en train de nous dire de nous améliorer là-dessus ».

Résultat, les adversaires sont asphyxiés par une défense efficace (seulement 14.8 fautes par match), et n’ont surtout pas droit à une seconde chance. Avec le duo Armando Bacot et Hunter Dickinson dans la raquette, les rebonds sont parfaitement sécurisés.

Une attaque spectaculaire quand il le faut

Une défense efficace sublimée de l’autre côté du terrain, les joueurs de Keith Stevens sont tout simplement imprenables.

Voyez plutôt : 49,4% de réussite aux tirs (1er de la ligue), 39,6% à 3 points (2ème), 15,8 passes décisives par matchs (2ème) et seulement 10 ballons perdus par rencontres. A l’image des Warriors de Golden State lors des NBA Finals 2018, Team Takeover joue avec justesse et précision. Tout le monde participe et a le droit de toucher le ballon.

Si la défense se relâche, le score peut prendre des proportions énormes : 108 points contre Las Vegas Prospects, 96 contre New York Lightning. Les coéquipiers de Justin Moore peuvent en effet aussi bien attaquer une défense placée que pratiquer la contre-attaque avec une précision chirurgicale. D’autant que la menace est multiple.

Dans la victoire (80-56) face à Team Final, l’ensemble des 13 joueurs de l’effectif a marqué (!) et seul deux ont atteint la barre des 10 points. Et contre les Rose City Rebels, le head coach s’est même payé le luxe de faire reposer ses 7 meilleurs joueurs, pour une victoire 72 à 47, notamment grâce aux 30 points de Jahmir Young.

Armando Bacot, de nouveau, parle sans doute le mieux de la mentalité de cette équipe :

« C’est vraiment bon de jouer dans une équipe avec autant de joueurs généreux. Bien sûr je veux tourner à 20 points et 15 rebonds mais jouer avec eux et se sacrifier pour obtenir le meilleur de mon équipe, je sens que ça me prépare bien mieux pour le niveau supérieur ».

Chaque joueur a mis les intérêts de l’équipe avant ses intérêts personnels afin de pouvoir se sublimer. Pour l’instant, cela fonctionne à merveille. Trois d’entre eux sont même sélectionnés pour jouer avec la Team USA U18 (Moore, Bacot, Dickinson), alors que Jeremy Roach est quant à lui sélectionné avec la Team USA U17.

“The Magnificient Seven”

 

A quelque semaine du tournoi final du Nike EYBL, l’incontournable Peach Jam, rassemblant les 24 meilleures équipes du championnat, opérons une revue d’effectif de Team Takeover pour découvrir les futures stars du basketball universitaire.

Justin Moore (#55, 2019)

Au sein de ce collectif bien huilé, un joueur sort légèrement du lot : Justin Moore.

Le 2ème meilleur scoreur de l’équipe (11.9 points, auxquels s’ajoutent 4.4 rebonds, 2.3 passes et 1.2 interceptions) est en quelque sorte le métronome de cette équipe. Le 55ème meilleur joueur de la promotion 2019 selon 247 Sports profite pleinement du collectif mis en place pour shooter efficacement (50% aux tirs).

C’est finalement peu surprenant d’apprendre que le jeune ailier a déjà donné son engagement à Jay Wright et Villanova. Arrière d’1m95, capable de mener le jeu ou de jouer sans ballon, Justin Moore sait à peu près tout faire sur un terrain et devrait parfaitement s’intégrer au collectif du champion national en titre.

Casey Morsell (#141, 2019)

La première lame du Team Takeover, meilleur scoreur de l’équipe (12 points par matchs, 50% aux tirs, 80% aux lancers-francs, 44.6% à 3 points), Casey Morsell est un poison pour les défenses.

Capable d’attaquer le panier comme de tirer de loin, en catch-and-shoot ou en se créant son propre tir, son jeu devrait d’ailleurs parfaitement s’adapter à celui de Virginia, sa prochaine équipe au niveau universitaire, pour laquelle il s’est d’ores et déjà engagé.

Mais il a également montré des aptitudes en défense (près d’une interception par match), un atout indéniable qui lui permettra de trouver du temps de jeu à l’étage supérieur. Et comme pour Justin Moore, c’est presque logique de savoir qu’il renforcera l’équipe d’un des meilleurs collectifs de la NCAA chez les Cavaliers.

Armando Bacot (#22, 2019)

S’il n’est pas le joueur qui remplit la meilleure feuille de statistiques, Armando Bacot est bien considéré comme étant le plus gros potentiel de Team Takeover.

Le 20ème meilleur joueur de la classe de 2019 selon 247 Sports est déjà suivi par les plus grands : UNC, Duke, Georgetown, Florida State, Baylor, Miami, USC, Villanova et Harvard tentent d’attirer l’intérieur de 2m10 pour 106 kilos.

Au sein du circuit AAU, il amène 10.5 points, 5 rebonds et 0.5 contres par matchs. Des statistiques ronflantes pour un joueur qui n’a rejoint l’équipe que lors de la 2ème session du Nike EYBL cette année. En effet, Armando Bacot était à l’origine engagé dans les tournois Adidas avec Team Loaded Virginia, au sein de laquelle il a joué avec le désormais célèbre Mac McClung.

Un changement d’équipe et de style pour ce pivot qui cherchait un nouveau challenge et qui souhaitait se montrer face à différents joueurs.

Bien lui en a pris puisque sa production est toujours aussi efficace, grâce à un style de jeu presque atypique pour un intérieur de nos jours. N’allez pas demander à Armando Bacot de prendre un tir à 3 points, ce n’est pas son jeu. Il utilise son physique pour enfoncer son adversaire vers le cercle, lui dunker dessus, ou utiliser un petit moove près du panier pour shooter.

C’est également un joueur compliqué à maintenir dans la bataille au rebond, où il n’abandonne jamais. Si vous souhaitez l’observer de plus près, sachez qu’il participe au championnat des Amériques U18 avec la Team USA dès le 10 juin, en direct et en replay sur la chaîne Youtube de la FIBA.

Terrance Williams (#65, 2020)

Attention, il ne rejoindra la NCAA que dans deux ans avec la promotion de 2020 mais Terrance Williams est déjà une grosse côte en étant le 4ème meilleur scoreur de l’équipe.

Il s’est déjà affirmé comme un joueur important de Gonzaga College High School, et cette fois, il est l’archétype de l’intérieur moderne : 2m10 pour 88 kilos et une très bonne capacité à jouer loin du panier, comme en témoignent ses statistiques. Terrance Williams tourne à 9 points et 4.7 rebonds par matchs avec un joli 46% de réussite aux tirs et surtout un hallucinant 55% à 3 points, sachant qu’il prend près de 2 tirs de loin par rencontre.

N’essayez pas non plus de l’envoyer sur la ligne des lancers-francs, il n’en manque quasiment pas (39/45 soit 86.7%).

Désormais, l’ailier fort doit confirmer au Peach Jam pour faire monter sa côte, considéré pour le moment comme un prospect 4-étoiles (#65) par 247 Sports.

Hunter Dickinson (#14, 2020)

2m12, 105 kilos, Hunter Dickinson est un massif pivot à l’ancienne.

L’international américain avec les U18, coéquipier de Justin Moore en High School avec DeMatha Catholic (16 points, 9.1 rebonds, 2.7 contres) et de Armando Bacot en sélection américaine U18, est également le 14ème meilleur joueur de la promotion 2020 selon 247 SportsUn classement flatteur et justifié à la vue de ses statistiques sur le terrain (8.9 points, 5.4 rebonds, 0.7 contre par match).

S’il ne monte pas au plafond et ne cours pas très vite, Hunter Dickinson reste assez mobile pour un joueur de cette taille. Ses forces restent sa capacité à marquer près du panier et son sens du placement aussi bien en attaque qu’en défense, et notamment au rebond.

Jeremy Roach (#13, 2020)

13ème joueur de la promotion 2020 selon 247 Sports, Jeremy Roach est également un très gros talent et est capable de s’exprimer face à des joueurs plus agés que lui. Membre de la pré-sélection américaine U17 qui jouera le mondial cet été, ce meneur d’1m90 montre déjà de grosses qualités d’attaquant.

Si son shoot manque de constance, notamment à 3 points, (33% de réussite en seulement 15 tirs), il a montré une belle habilité à attaquer le cercle et à distribuer le jeu (3 passes par matchs, 1er de l’équipe). Son intelligence de jeu en fait d’ailleurs une pièce importante dans le système du Team Takeover, dont il est le meneur.

Attention à lui dans le futur, quand vous le verrez en NBA, vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu.

Anthony Harris (#62, 2019)

Coéquipier de Jeremy Roach à Paul VI Catholic, avec qui il forme un duo détonnant, Anthony Harris rentre, comme Justin Moore, Armando Bacot et Casey Morsell, dans sa dernière année lycéenne.

Véritable pile électrique, ce joueur d’1m92 semble avoir 3 poumons, ce qui lui permet notamment de défendre fort sur les arrières adverses. Il est, en Nike EYBL, le 2ème fer de lance de l’équipe avec Jeremy Roach. Anthony Harris apporte ainsi 8.3 points, 2.6 passes et plus d’une interceptions par match. Ses pourcentages sont également excellents : 48.8 % de réussite aux tirs, 54% à 3 points, tout en montrant beaucoup de justesse dans son jeu (moins d’une perte de balle par matchs).

Suivi par Georgia, Connecticut, Cincinnati, Louisville, FSU, Ohio State, Georgetown ou West Virginia, le jeune meneur a du potentiel et les scouts ne sont pas dupes.