Ce n'est qu'une proposition à cette heure mais l'intention semble être dans la bonne voie.

Tout le monde sait que le fonctionnement de la NCAA n’est pas le plus paritaire ou le plus favorable aux athlètes, d’autant plus lorsque l’on compare avec la puissance des nombreuses instances dirigeantes que peuvent être les Présidents d’Université ou les commissionnaires de conférence.

Un tel système, qui est censé permettre l’épanouissement des jeunes athlètes du point de vue scolaire ou encore du point de vue social (et qui, vous l’aurez bien compris, ne le fais pas comme il le devrait), provoque de vives tensions ou ouvre des débats plus ou moins houleux. Ce n’est pas une surprise de savoir que la question du pouvoir (réel) des athlètes demeure un sujet hautement sensible.

C’est ainsi que la discussion à propos des transferts a pris de l’ampleur au fil des années et est devenu une des discussions les plus cristallisantes du paysage universitaire.

Elle concentre en effet, aujourd’hui, l’attention de nombreux observateurs et/ou supporters dès qu’un athlète entreprend un transfert vers une autre université.

Mais cette discussion pourrait bien changer de paradigme dans les prochaines semaines.

D’après Dennis Dodd de CBS Sports, une proposition de loi émanant de la conférence Big 12 permettrait aux athlètes d’entreprendre un transfert sans aucune restriction dès lors que leur head coach a été renvoyé ou est parti pour un autre job ; ils ne pourraient par contre pas se rendre dans la nouvelle université de leur entraineur.

En outre, cette proposition de loi autoriserait les athlètes à opérer un transfert sans perdre une année d’éligibilité sur le banc de leur équipe (comme le mandatent actuellement les règles de la NCAA) dans l’éventualité où leur programme recevrait une interdiction de participer aux activités d’après-saison dans le cadre d’une punition donnée par la ligue universitaire.

Il est également intéressant de noter que cette année passée hors des terrains à la suite d’un transfert sera étendue à l’ensemble des sports universitaires reconnus par la NCAA ; à l’heure actuelle, seulement cinq sports sont couverts par cette règle (football, basketball masculin et féminin, baseball et hockey sur glace).

Des représentants des Universités de Baylor et Iowa State portent cette proposition qui a reçu de nombreux avis favorables. Bien que rien ne soit officiel du tout, il s’agit tout de même d’une grande avancée au sein d’un système de transfert très largement et régulièrement décrié pour sa rigidité.

“En somme, on dit que ces jeunes hommes peuvent aller où ils veulent,” déclare le directeur athlétique de l’Université d’Iowa State, Jamie Pollard. “Pour la première fois de l’histoire du sport universitaire, l’athlète-étudiant obtient davantage de pouvoir.”

“Je pense que c’est une idée phénoménale,” poursuit Jamie Pollard. “Il existe des trous dans celle-ci, il y en aura toujours. Mais c’est la meilleure chose que j’ai vu pour le moment. C’est beaucoup mieux que là où l’on se dirige.”

Que cela implique-t-il réellement ?

Les head coaches ont depuis longtemps le pouvoir sur la destination d’un athlète lorsque celui-ci décidé de changer d’université.

Ils peuvent effectivement “bloquer” certaines écoles du choix d’un joueur ; le plus souvent, cela se résume aux équipes de la même conférence ou bien aux équipes au calendrier du programme dans le futur.

Qui plus est, les athlètes doivent soumettre une demande à leur administration afin d’être libéré de leur bourse d’études et obtenir une aide financière immédiatement au sein de leur nouvelle université ; et cela implique aussi que les athlètes doivent demander la permission à leur école pour rejoindre telle ou telle université.

Tous ces stratagèmes bénéficient à l’université et aux entraineurs pour contrôler le départ vers une nouvelle école, et surtout, quelle école ces joueurs peuvent rejoindre.

Un tel système draconien (du point de vue du joueur, tout du moins) prendrait fin si la proposition décrite ci-dessus vient à être intronisé dans le règlement.

Plus concrètement, un athlète de l’équipe de football de Florida State aurait eu la possibilité de choisir un transfert vers n’importe quelle université lorsque Jimbo Fisher a quitté son poste pour Texas A&M (à part cette dernière université). De même pour les joueurs de football d’Arizona lorsque Rich Rodriguez a été renvoyé de son poste quelques semaines plus tard.

A Ole Miss, les seniors du programme de football avaient la possibilité d’entreprendre un transfert sans pénalité quand l’Université a reçu une suspension d’activités d’après-saison par la NCAA à la suite du scandale de recrutement illicite. Sous la proposition de la conférence Big 12, tous les athlètes auraient pu se rendre au sein d’une nouvelle université sans contraintes.

Plusieurs underclassemen à Ole Miss cherchent actuellement à obtenir une exemption auprès de la NCAA afin d’être capable d’opérer un transfert vers une nouvelle école sans devoir oublier une année d’éligibilité. Ils n’en sont pas autorisés à l’heure actuelle et cela semble assez injuste puisqu’ils doivent payer les pots cassés de l’ancien coaching staff sans pouvoir quitter un environnement qu’ils n’ont pas voulu.

Une nouvelle fois, cela n’aurait pas lieu sous la proposition de loi expliquée plus haut dans cet article.

Tous les athlètes sont-ils vraiment gagnants ?

Cette proposition intervient principalement en réponse à la situation actuelle en football et en basketball masculin. Les deux sports connaissent une forte recrudescence en terme de transferts depuis quelques années, confrontant de manière chronique deux mondes aux visions et enjeux différents : les instances dirigeantes et les athlètes.

De nombreuses administrations redoutent qu’un phénomène de “free agency” se développe, notamment au sein de la ligue de basketball masculin, où le taux de transfert inquiète de plus en plus à presque 40%.

Ces deux ligues sont les plus médiatisées du monde universitaire et sont, par dessous tout, celles qui rapportent la quasi-totalité des revenus à la NCAA ainsi qu’aux conférences et universités elles-même.

Mais la régulation de ces deux sports pourraient impacter le reste du paysage universitaire avec la proposition de la conférence Big 12. Comme il est expliqué en tête d’article, seulement 5 sports sont soumis aujourd’hui à la nécessité qu’un athlète oublie une année d’éligibilité à la suite d’un transfert ; cependant, avec cette proposition, une telle obligation serait étendue à tous les athlètes de la NCAA dans le cadre d’un transfert “traditionnel”, quel que soit le sport d’appartenance.

Cette proposition cherche à instaurer un sentiment d’uniformité à l’ensemble de la ligue universitaire.

“Ce n’est pas pour cela que l’on s’occupe de ce problème,” se justifie Jamie Pollard. “On s’en occupe à cause du football et du basketball [masculin]. Pouvez-vous me noter un athlète avec une grande réputation bloqué pour un transfert dans un autre sport ? 

Maintenant, on veut que tout le monde soit traité de manière égale. Donner du pouvoir aux athlètes-étudiants mais en les aidant à prendre une décision académique judicieuse.”

Cette proposition n’est pas parfaite. Les athlètes de sports moins médiatisés et importants (comme la natation, l’athlétisme, le tennis, etc…) perdraient en liberté simplement pour accommoder les joueurs de football et basketball masculin, qui représentent une minorité dans l’ensemble du paysage universitaire.

Il existe également des craintes qu’une telle proposition, si tant elle est acceptée dans les mois prochains, soit la première étape vers l’ouverture d’une boite en Pandore qui serait le système de “free agency” pour les transferts tant redouté.

Il est évident que athlètes bénéficieraient d’une telle proposition, bien qu’elle ne soit évidemment pas parfaite.

Les observateurs sont régulièrement dubitatifs lorsqu’un entraineur “bloque” une ou plusieurs destinations de transfert d’un athlète, sans aucune raison valable ; la proposition empêcherait une telle restriction. Celle-ci offrirait aussi la possibilité aux athlètes de prendre un nouveau départ au même titre que leur entraineur lorsque ce dernier quitte une équipe pour un nouveau job dans une autre école.

Malheureusement, cette proposition ne règle pas le souci (peut-être encore plus important) de la prise d’otage via la bourse d’études. La liberté de l’athlète est grandement réduite au moment de la signature et lorsque, pour x ou y raison, il décide de quitter son université, les entraineurs se trouvent en position de supériorité et peuvent faire chantage auprès de l’athlète lui-même, contre son gré.

La proposition émise par la conférence Big 12 n’est qu’une parmi tant d’autres mais elle apparait comme la plus sérieuse et légitime à cette heure. Une proposition devrait être officialisé d’ici le mois de juin avant une possible acceptation et une année de mise en oeuvre, que ce soit 2018 ou 2019.

Le chemin ne fait que débuter, mais quoi qu’il en soit, la considération des athlètes est en bonne voie d’amélioration. Petit pas après petit pas.