Soutenez Midnight on Campus avec Patreon !

William James Herve revient sur ses débuts à Maryland : “la meilleure année de ma vie”

La saison de soccer universitaire reprend de plus belle dès le 30 août prochain. De nouvelles attentes entourent cette nouvelle saison.

Maryland est devenu le champion national et a ainsi ramené un 4ème titre dans l’histoire du programme. Mais, ce trophée possède une saveur particulière : cela faisait 9 ans que le célèbre head coach des Terrapins, Sasho Cirvoski, chassait le Graal, puisque le dernier sacre remontait à 2008.

Ce titre, acquis dans une période où le soccer universitaire vit une vraie métamorphose, a été une libération. Il faut maintenant le remettre en jeu et il ne sera pas facile de le conserver. Maryland est logiquement beaucoup plus attendu mais un joueur revient à College Park pour mener les Terrapins.

Et il s’agit d’un français, William James Herve.

Image

William James Herve est une étoile montante qui amène un vent de fraîcheur en soccer universitaire. Ses performances ne sont pas passées inaperçues, tant et si bien qu’il a été qualifié de star mondiale du soccer sur les réseaux sociaux et les médias télévisés, une comparaison inhabituelle en College Soccer.

Lauréat du titre national dès sa première année, le “frenchman” de Maryland revient pour Midnight on Campus sur le rêve éveillé qu’il connaît aux États-Unis.

 

La première contre Stanford ? “Cela m’a donné des frissons”.

 

” C’est la meilleure décision que j’ai prise. J’ai passé la meilleure année de ma vie. “

 

7 mois sont maintenant passés depuis le sacre acquis sur le gazon de Santa Barbara. Les moments de joie du titre ont fini par s’estomper. Et le regard de William James Herve est maintenant focalisé sur une nouvelle saison qui arrive très bientôt.

 

“La pression est retombée. Forcément, on y pense toujours et on se dit qu’on est l’école numéro un du pays. Mais c’est vrai que toutes les joies sont passées et on est concentré maintenant sur la nouvelle saison.”

 

Ces premiers pas en soccer universitaire ont été vécus en grand, dès le ‘home-opener‘ de Maryland contre le triple champion en titre, Stanford. En effet, cette opposition a été diffusée sur Fox Sports 1, une première pour un match de soccer universitaire masculin.

Mais bien que la rencontre se solde par un 0-0, le petit nouveau des Terrapins a eu le bonheur d’évoluer devant une foule de 5.800 personnes.

 

” C’est la première fois que je joue devant autant de personnes. On peut se dire : ‘Wouah, ça met la pression, je ne peux pas me rater’. Mais j’ai eu un sentiment différent.

À cette période-là, j’étais encore sur le banc et je ne commençais pas les matchs. Et quand on voit la présentation avec la présentation, l’hymne national et les photos d’avant-match, on n’a pas du tout ça en France. On n’a pas tout cet environnement autour de nous. Cela m’a donné des frissons. C’est incroyable, c’est ça que j’aime en fait.

Je me suis rendu compte que les fans sont vachement importants. Cela te motive et on a la chance d’avoir les meilleurs fans du pays à Maryland. Pendant le match [contre Stanford], je me suis dit : ‘Ah ouais !’. Je rentre et la seule chose que j’avais envie était de leur donner du plaisir, les faire crier, leur montrer que j’étais nouveau et ce que je pouvais apporter au programme. Cela m’a vachement motivé d’avoir tout ce beau monde derrière soi. Tu veux marquer leur esprit.”

 

C’est une entrée rêvée pour la première de William James Herve, mais, c’est aussi le début d’une route semée d’embûches vers le chemin du titre national.

Alors que les Terrapins de Maryland étaient considérés comme des prétendants au titre en début de saison, les garçons de Sasho Cirovski naviguent en eaux troubles pendant l’ensemble de la saison régulière. D’un statut de favoris, ils sont passés au cours de la saison à celui d’une équipe au bord de l’élimination pour le tournoi national, s’ils ne remportaient pas leur tournoi de conférence.

Toutefois, les liens forts créés dans l’adversité ont permis de s’en sortir au cours de cette période cruciale.

 

“Quand j’ai intégré le programme, l’équipe sortait d’une saison médiocre où ils avaient été éliminés très tôt lors du tournoi national. L’équipe vivait un peu une phase de reconstruction où ils essayaient de trouver un équilibre. C’est vrai que le début de saison était compliqué : on ne marquait pas, on enchaînait les matchs nuls, on allait en overtime à chaque fois et on finissait avec des scores médiocre.

Je pense que c’est dû au fait que les nouveaux joueurs devaient bien s’intégrer et qu’on prenne nos repères avec tout le monde. Au final, on s’est rendu compte qu’on a créé des liens très forts et une bonne cohésion d’équipe. C’est qui a tout changé et on a réussi à devenir une équipe très très forte et redoutable.”

 

Un tel changement a clairement été ressenti au cours du tournoi national et lors de la College Cup. Maryland était beaucoup plus solide, sur de ses forces et avec un état d’esprit nouveau. Le déclic est survenu à un moment de la saison où tout faux-pas était interdit, sous peine que leur saison se termine plus vite que prévue.

 

“Personnellement, j’ai ressenti ce changement après la demi-finale du tournoi de conférence Big Ten contre Indiana. On a perdu le match après penalty mais personne n’était déçu car on savait qu’on avait réalisé un grand match et que l’on avait causé de gros problèmes à Indiana.

Contre Denver, soit on gagne et on participe au tournoi national ou soit on ne le gagne pas et la saison se termine. On a gagné ce match et après on a fait abstraction de tout ce qui s’était passé pendant la saison. On a déroulé.”

 

Personne ne pouvait arrêter les Terrapins et, eux, plus que quiconque, avaient faim du trophée ultime.

 

A l’inverse de Valenciennes, William James Herve peut être lui-même à Maryland.

 

Rejoindre Maryland est un pari gagnant pour William James Herve. Mais, il a obtenu cette opportunité de jouer pour Sasho Cirvoski et de s’être s’intégrer rapidement au sein du groupe grâce à son excellente maîtrise de l’anglais.

 

“Ma mère est anglaise, du coup, j’étais entre guillemets bilingue. Cela m’a beaucoup aidé à m’intégrer et à parler aux gens à Maryland car la culture est très différente de la culture française.

Après le ‘showcase’, j’ai reçu pas mal d’offres. Ce qui m’a permis d’avoir une chance pour les plus grandes universités, comme Maryland ou UNC, est que je parlais anglais. Elles requièrent une note assez haute au TOEFL et c’est cet aspect qui m’a permis de rentrer dans ces écoles.”

 

Mais, alors que UNC s’était intéressé au français, pourquoi avoir pris plutôt la direction de Maryland ?

Le programme de soccer de l’Université de Chapel Hill est extrêmement prisé aux Etats-Unis et tous les joueurs rêvent un jour de jouer dans la conférence ACC, une conférence considérée comme la meilleur en soccer universitaire.

 

“La différence s’est faite au showcase que j’ai réalisé avec tous les différents head coaches : Maryland y était mais UNC n’y était pas.

UNC m’a contacté car ils ont appris que Maryland voulait me faire venir. Ils ont commencé à me contacter au moment où ils ont compris que Maryland s’était intéressé à moi. J’étais plus intéressé pour intégrer une université comme Maryland, qui m’avait vu joué et qui connaissait mes qualités, par rapport à UNC qui n’était pas venu ce jour-là, et qui m’ont contacté par les échos qu’ils avaient eu.”

 

UNC a tenté un coup de poker, qui les a, finalement, mis hors-course. Ont-ils pensé que leur prestige et la réputation de leur conférence leur permettaient de jouer un sale tour à un ancien pensionnaire de l’ACC ? La réalité est que cela n’a pas fonctionné et un tel échec peut expliquer pourquoi un représentant de UNC a été envoyé cette année à un showcase en France.

Autre réalité : à Maryland, William James Herve a remporté le titre suprême, s’est fait un nom en soccer universitaire et plus encore, il a trouvé un lieu qui lui permet enfin d’être lui-même.

 

“Ce qui m’a permis de me lâcher, de montrer mon jeu, c’est le fait que Sasho Ciroviscki a compris mes qualités. Il savait que si je venais à Maryland, il fallait qu’il me donne cette liberté de m’exprimer. On a beaucoup parlé de mon style. Au moment où il m’a fait confiance il m’a dit : ‘Fais ton jeu, je te fais confiance, montre ce que tu sais faire’.

Cette marque de confiance m’a permis de me lâcher. C’est un personnage unique. Il n’y a pas deux personnes comme lui sur cette planète. C’est quelqu’un qui prend son rôle très à cœur et qui motive énormément ses joueurs. Je pense que la motivation qu’il nous donne, c’est sa principale qualité : il tient à ces joueurs.

Si il y a quelque chose de mal qui nous arrive, il ira dans notre sens. On sait que c’est quelqu’un sur qui on peut compter.”

 

Sasho Ciroviscki a eu un rôle indéniable sur l’épanouissement de William James Herve. L’environnement dont il avait tant besoin pour se relancer, il l’a trouvé en venant aux Etats-Unis. Mais une question reste en suspens. Le français a évolué pendant 4 ans au centre de formation de Valenciennes : alors, comment peut-il avoir changé à ce point à Maryland ?

 

“J’ai toujours eu ce style de jouer avec ma semelle, de faire des dribbles parce que dans le bassin parisien c’est un peu comme cela qu’on joue. J’ai obtenu cette technique en jouant avec le club de ma ville et même les jeunes de la récréation en futsal.

En arrivant à Valenciennes, j’étais un petit nouveau qui venait d’une petite équipe. On est impressionné, au début, et ils m’avaient signé en temps que défenseur. J’ai donc intégré le centre de formation en tant que défenseur central. Je suivais à la lettre ce que me disaient les entraineurs, de jouer simple, en un-deux touches. C’était un style de jeu complètement différent de ce que j’avais l’habitude de faire. Et au fur et à mesure des années, je me suis dit que ce n’est pas mon style de jeu, que ce n’était pas comme cela que je voulais jouer.

J’ai commencé à jouer un peu comme je voulais et ça plaisait pas du tout aux entraineurs. Ils refusaient que je touche les ballons de la semelle jusqu’à en arrêter les entraînements quand je le faisais. Je faisais un passement de jambes, ça dérangeait. Je faisais un dribble, ça dérangeait.

À un moment je suis allé dans les bureaux et je leur ai dit : ‘Écoutez j’ai besoin de changer de poste, je peux pas être un joueur qui joue simple comme vous me le demandez.’ Cela ne leur a pas plu et je pense qu’ils m’ont mis à l’écart à partir de ce moment-là.

Moi j’avais envie de partir parce que je voulais m’exprimer et je sentais que Valenciennes le refusait. En partant aux États-Unis, j’ai annoncé lors du recrutement que j’avais besoin de cette liberté si vous voulez me faire venir.”

 

Cette période à Valenciennes a été une véritable mésaventure ; à tel point qu’il commençait à perdre la joie. Le besoin de passer à autre chose, de se couper de ce monde-ci, lui était vital. Et le chemin de William James Herve s’est alors dirigé de l’autre côté de l’Océan Atlantique.

 

“J’ai vécu des moments très difficiles après ces 4 années à Valenciennes, surtout, mentalement. J’avais perdu le sourire et je perdais espoir. Quand j’ai eu cette chance pour les États-Unis, je me suis dit que je devais aller là-bas, que je pourrais vraiment montrer ce que je sais faire, que je pourrais m’épanouir là-bas.

J’avais besoin de partir loin, d’une autre culture, d’un autre style de jeu. Tout ce qui était français, cela n’était plus ce qui m’intéressait donc il me fallait un endroit qui était assez éloigné de tout cela.”

 

“Je ne suis pas là à prendre tout au sérieux, je rigole, aucune prise de tête.”

 

Pour Valenciennes, William James Herve est probablement une déception mais pour les des fans de soccer universitaire, il est une bénédiction et un vent de fraîcheur qui fait vibrer les fans à chaque rencontre. Son jeu, ses dribbles spectaculaire et ses buts lui ont valu une ressemblance : Cristiano Ronaldo.

 

“Même mon head coach me demande si je sais courir sans faire un passement de jambes. On ne m’appelle pas tous les jours Cristiano Ronaldo, c’est juste des comparaisons sur des dribbles. Mais c’est vrai que c’est flatteur et j’apprécie beaucoup.”

Tous ces petits détails ont permis à William James Herve de se faire connaître dans ses objectifs de devenir un jour professionnel. Il est devenu l’une des étoiles montantes du soccer universitaire, et plus encore, un de ces rares joueurs pour qui les fans pourraient se déplacer expressément afin de le voir jouer depuis les gradins.

Et contrairement aux apparences, le français est bien de loin de ce monde-là. Il est avant tout un jeune homme qui profite de chaque instant de la vie, en gardant les pieds ancrés sur terre.

 

“Je ne sais pas si je suis la star de l’équipe ou une star universitaire, je sais que je suis un bon joueur et que je suis entouré de bons joueurs. Ce qui est bien dans le groupe, c’est que l’on ne ressent pas cet effet de ‘qui est la star ?’. On est tous des frères et on connaît tous nos qualités.

Après que je sois reconnu pour mes qualités, j’en suis fier et j’apprécie tous les commentaires ainsi que la force que les gens me donnent. Je sens avoir moi-même plus de responsabilités par rapport à l’équipe. C’est vrai que cela me fait plaisir.

Après, toute cette attente, je prends juste cela comme un plus. Je suis quelqu’un de simple, je ne me prends pas la tête. Je ne suis pas là à prendre tout au sérieux, je suis très second degré, je rigole, aucune prise de tête.

Et c’est vrai que j’aime beaucoup la mode, tout ce qui est créatif comme le style hip-hop ou rap  J’aime m’habiller différemment.”

William James Herve a d’ailleurs eu le droit à une surprise pendant la saison : sa mère est venu le voir jouer contre Northwestern. Et cette belle histoire est le fruit d’une incroyable coïncidence.

Le jour-même de la rencontre, elle était en déplacement professionnel à Chicago. Le campus de Northwestern, étant en banlieue de Chicago, elle a saisi cette opportunité pour voir son fils. C’est alors que William James Herve fait les choses en grand devant sa mère et marque 2 buts dont un en overtime pour offrir la victoire aux Terrapins.

 

“C’était un gros coup de bol. Ma mère ne va pas souvent aux Etats-Unis pour le boulot. Cette fois-ci, comme par hasard, elle était à Chicago et elle a réussi à venir me voir à Northwestern. Ça m’a donné cette motivation en plus parce que je ne l’avait pas vu depuis longtemps, puisque l’on est séparé par l’Atlantique. Ça m’a fait du bien de la voir.

J’ai marqué ces 2 buts pour elle, comme ma manière de lui dire : ‘Tu vois, tu m’as fait confiance pour partir aussi loin et je voulais te montrer que, ne t’inquiète pas, je vais réussir’.”

William James Herve a rendu hommage à sa mère de la meilleure des manières.

Après cela, la suite est connue et Maryland remporte le titre national à la dernière College Cup. Cette saison de freshman rapproche, déjà, Williams James Herve de son objectif de devenir professionnel. Il est un des probables joueurs qui peut signer un des sept contrats “Generation Adidas” en MLS afin de quitter plus tôt l’université et de se présenter à la Draft.

Ce serait une première pour un français, mais, avant que cette opportunité voit le jour, une nouvelle saison doit être jouée, au cours de laquelle il devra défendre le titre acquis avec Maryland.

Courant mai, le calendrier des Terrapins a été dévoilé. Chaque rencontre possède son lot d’intérêts à cause des rivalités, de la conférence d’origine des adversaires, de l’histoire des programmes et des head coaches légendaires. Mais y a-t-il une rencontre qu’il vaut mieux s’intéresser plus que d’autres ?

 

“Tout les matchs. Je ne pourrais pas en sortir un. Je donne rendez-vous à tous les matchs que je vais jouer.”

Plus de lecture ?
Des nouvelles de Jeffrey M’Ba : il se reclasse en 2020 et retire son engagement de Virginia