La carrière universitaire de Romain Lopez se termine, mais si l'aventure était à refaire, il n'hésiterait pas une seconde.

Nous sommes en plein tournoi national en Division I de la NCAA. Quelques élus ont le bonheur de participer au tournoi d’après-saison, qui couronne le champion national, et de continuer à prolonger leur belle aventure. D’autres ne connaissent pas le même destin et sont laissés dans l’oubli.

La saison de Romain Lopez, que nous avons suivi dans Fight for the College Cupa pris fin après l’élimination des Mastodons de Fort Wayne contre les Mavericks d’Omaha en demi-finale de la Summit League Tournament.

Mais le petit génie de Fort Wayne a terminé son année sénior avec le numéro 10 et n’a toujours pas fini de faire parler de lui. Il termine sa boucle avec le College Soccer dans cet entretien exclusif à Midnight on Campus.

 

 

Romain Lopez n’aurait jamais pu connaitre l’aventure du soccer universitaire.

Il a évolué pendant plusieurs années au centre de formation du Sporting Club Bastia. Tout se passait pour le mieux jusqu’à sa dernière dernière année où une pubalgie a mis fin à la belle aventure qu’il espérait construire avec le club Corse.

 

“J’étais au centre de formation à Bastia en U-17 et U-19 nationaux. J’ai fais un match en CFA 2 aussi. L’année de mes U-19 nationaux, j’ai contracté une pubalgie qui m’a fait manqué la 2ème partie de saison, soit environ 3-4 mois. J’ai manqué toute la 2ème partie alors que j’étais titulaire en début de saison.

Je pense que c’est à cause de cela qu’ils ne m’ont pas gardés. Ils ne m’ont pas donnés ma chance alors que je pensais avoir ma chance là-bas quelques années de plus.”

 

Beaucoup de joueurs ne restent pas indemnes d’une telle mésaventure. Leur rêve d’accéder au monde professionnel s’évapore et ils ne voient plus les opportunités qui peuvent s’ouvrir à eux. Mais Romain Lopez n’est pas resté sur cet échec et a su rebondir en apercevant une nouvelle chance aux Etats-Unis. Plusieurs éléments l’ont motivé à faire ce choix.

 

“C’est d’abord une seconde chance.

Déjà, en France, ce n’est pas que ça ne me plaisait plus mais j’ai vu une opportunité d’aller aux USA. Je me suis dit : ‘Wouah, c’est incroyable’. Partir aux USA, jouer au football, continuer mes études et surtout une deuxième chance sportive pour essayer de briller là-bas. En plus de cela, on a réalisé les démarches avec des amis. On étais 3-4 au début pour partir et cela nous a motivé encore plus.”

 

(Crédit photo : Fort Wayne Athletics)

Direction la Division 2 de la NCAA. Comme beaucoup de joueurs internationaux, le niveau d’anglais n’est pas assez élevé pour rejoindre une équipe de Division I, malgré l’intérêt de celles-ci. Les universités en Division II sont beaucoup plus souples concernant le niveau de langue et cela explique un nombre important de joueur internationaux dans cette division.

 

“J’avais eu des offres en Division 1 mais pour cela, il fallait un bon TOEFL, chose que je n’avais pas. Donc on s’est dirigé vers la Division 2. C’est là que c’est plus flexible, on va dire. Ils ne demandaient pas vraiment de bon test d’anglais. C’était ma seule option.”

 

C’est ainsi chez les Bears de Lenoir-Rhyne que Romain Lopez s’est dirigé. Il jouera dès son année freshman ; mais il ne s’attendait pas du tout aux spécificités du soccer universitaire. Cela l’aidera tout de même à se préparer au mieux pour son futur grand saut en Division I.

 

“Lors de mon année freshman, j’ai commencé les premiers matchs titulaire. J’ai été choqué par le niveau parce que c’était vraiment physique. Moi je n’étais pas costaud, je le suis toujours pas trop. (rires). Je l’étais encore moins que cela.

C’était dur au début, j’ai passé quelques matchs sur le banc. Cela m’a permis de m’adapter et j’ai bien fini. Je pense que j’ai joué plus de la moitié de la saison titulaire en tant que freshman dans une bonne équipe de Division 2.

La première année, nous avons eu des résultats moyens. Et la saison suivante, un nouveau head coach est arrivé et a changé toute la philosophie. Il a vraiment fait les choses bien et on a connu une très bonne saison où j’étais titulaire à tous les matchs avec un tournoi national à la clé.

Puis je me suis dis : ‘Bon, on va partir maintenant pour essayer de voir plus haut’.”

 

Le chemin pour trouver une université en Division I ne sera pas un long fleuve tranquille.

Après Bastia, un nouvel obstacle survient pour lui barrer la route de l’élite du soccer universitaire. Sans son meilleur ami, Hugo Fauroux, qui lui fera une passe décisive pour trouver une université, Romain Lopez n’aurait pu jamais découvrir la Division I.

 

“Dès que j’ai demandé à être transféré, j’ai reçu une offre de Fairleigh Dickinson. J’étais prêt à signer là-bas, j’avais une bonne offre. Mais au dernier moment, du jour au lendemain, le coach a arrêté de me parler alors que j’avais presque donné l’accord pour venir un semestre en avance.

J’étais vraiment déçu. En décembre, je me suis dit que les universités avaient recruté tous leurs joueurs, qu’ils n’auraient pas beaucoup d’argent ou de place pour offrir une bonne bourse d’études.

J’attendais, j’attendais encore. J’ai même essayé de trouver de bonne équipe de Division 2 en Californie ou en Floride. J’ai parlé à quelques entraîneurs de Division 2. Après, Hugo [Fauroux] est parti en janvier pour une visite à Fort Wayne. Pendant la visite, l’entraîneur lui a dit qu’il recherchait un milieu de terrain et il a fait ma promotion.

J’ai reçu directement un mail du staff et en à peine deux jours, cela s’est fait.”

 

(Crédit photo : Fort Wayne Athletics)

Grace à son ami d’enfance, Romain Lopez peut découvrir l’élite du soccer universitaire à Indiana Purdue Fort Wayne.

Il devait d’ailleurs évoluer avec son meilleur ami à Fort Wayne mais une proposition de Florida International est arrivée sur la table de Hugo Fauroux. Le néo-Mastodon a poussé son ami à rejoindre les Panthers. Une telle opportunité ne pouvait se refuser.

Comment Romain Lopez a-t-il pu avoir une telle influence dans la carrière d’Hugo Fauroux ? Les deux joueurs se connaissent depuis de longues années. Ils sont comme des frères, ce qui a penché dans la décision de son ami de toujours.

 

“On se connait depuis qu’on a 5-6 ans, je pense. On était au collège ensemble, on a joué toute notre enfance ensemble et même après quand on a changé de club, on habitait à 2 min l’un de l’autre. On avait toujours le même groupe d’amis, on était au lycée ensemble, on était à la fac de sport ensemble, on a passé le permis ensemble, on a eu la même note au bac ensemble.

On a tout fait ensemble et nos parents se connaissent bien.

Après, moi, j’étais vraiment content quand on a signé ensemble. Je me suis dit que ça va être superbe, on va jouer ensemble. Et puis, il m’a dit que Florida International lui avait parlé et qu’il y a des possibilités. Je lui ai dit : ‘Fonce ! C’est vraiment le top, Florida International, fonce et tu t’en fous. Vas-y et puis on se retrouvera un jour’.”

 

Romain Lopez découvre alors la Division I avec la petite université de Fort Wayne sans son ami d’enfance. Sa première année en Division I est une réussite individuellement avec un Player of The Week de la Summit League et une sélection dans la All-Newcomers Team de la conférence.

Seuls les résultats collectifs ne sont pas la hauteur, sans que cela n’empêche le senior originaire de Cannes de se démarquer totalement :

  • Meilleur passeur de l’histoire du programme en Division I sur une saison avec 10 passes.
  • Meilleur passeur de la Summit League avec 10 passes.
  • Top 10 des passeurs pendant la saison régulière.
  • Top 16 des meilleurs passeurs de la conférence sur une saison avec 10 passes.
  • Top 19 des passes décisives par match de la Summit League sur une saison avec une moyenne de 0.53 passes par match.
  • Un upset contre Northern Kentucky, jusque-là invaincu.
  • La barre des 10 victoires franchie pour la première fois du programme en Division I.
  • Une qualification pour la Summit League Tournament.

Romain Lopez a affolé les compteurs. Il écrit d’autant plus l’histoire en s’inscrivant parmi les légendes du programme de soccer de Fort Wayne. Son nom figure au plus haut des listes pour certains ne disparaîtront jamais.

 

“Collectivement, l’objectif était de remporter plus de 9 victoires. Le plus grand nombre de victoires était à 9 donc on a réussi à franchir ce cap. On a eu des nouveaux joueurs qui nous ont vraiment beaucoup apporté. C’était vraiment une très bonne année, on étais tous solidaire, on a vraiment fait des choses bien. Sur et en dehors du terrain, cela a vraiment changé.

Individuellement, j’avais un objectif. Comme aux Etats-Unis, cela marche avec des stats, le but était d’avoir un maximun de stats que ce soit avec les buts ou les passes. J’ai commencé avec les passes décisives. Avec Hugo, on s’était dit 5 buts et 10 passes décisives ou 7 buts et passes. Après, avoir le plus grand nombre de passes du programme c’est flattant.”

 

(Crédit photo : Fort Wayne Athletics)

Afin de réussir ce qu’il a entrepris, Romain Lopez a été obligé de faire des sacrifices pour atteindre ses objectifs et de réaliser, un jour, son rêve de devenir professionnel. Des heures et des heures de travail en mettant parfois de coté du temps avec sa famille.

 

“Quand je parle de sacrifices, c’est du mode de vie.

Avec Hugo, on n’est pas des mecs qui sortent en boîte, qui vont boire, etc. On préfère aller au cinéma, manger correctement, rester en forme. A chaque fois, quand on rentrait les étés, on était au stade tous les jours, où on restait pendant 2h-2h30. On rentrait tard chez nous vers 21-22h du soir. On ne mangeait même pas avec nos familles. On allait à la salle de musculation.

Des fois, c’était vraiment dur. On faisait deux entrainements par jour avec du travail physique qui parfois était vraiment à vomir. Il y a des jours où je n’avais pas envie, Hugo non plus, mais il y en avait toujours un pour motiver l’autre.

Je me dois de réussir pour mes parents, pour tout ce qu’ils ont fait pour mes quatre frères, et moi, et les valeurs et l’éducation qu’ils nous ont donné.”

 

On attendait à ce que Romain Lopez soit récompensé dans les récompenses de fin de saison avec une sélection dans la All-First Team de la conférence. Cela n’a pas été le cas, ni même pour la All-Second Team, ni pour les récompenses individuelles hebdomadaires. Le français a été inexplicablement snobé, celui qui a écrit une nouvelle page dans l’histoire de Fort Wayne.

Le chemin de Romain Lopez continue d’être rempli d’embûches.

 

“Ce que regrette pour les récompenses de fin d’année, c’est la First Team. C’est vraiment dur à encaisser. Mon entraineur m’a dit que j’ai été volé. Mais bon, c’est comme ça, on avance et c’est une motivation en plus.”

 

La saison est maintenant terminée pour le français des Mastodons. On ne le reverra plus en College Soccer. Cette aventure a changé l’homme et Romain Lopez ne retient que du bénéfice de son aventure. Et si cela était à refaire ? Il le referait.

 

” J’ai l’impression d’être une personne qui a évolué. Quatre ans aux Etats-Unis, loin de la France avec des nouveaux coéquipiers, de nouveaux entraîneurs, j’ai vécu une expérience folle. Même si j’ai préféré mes 2 dernières années, bien sur, c’est vraiment une expérience que je ne regrette pas du tout. Si tout était à recommencer, je ferais pareil.”

 

(Crédit photo: Lenoir-Rhyne Athletics & Indiana Purdue Fort Wayne Athletics)

D’autres français avec qui il a évolué en France l’ont rejoint dans l’aventure du soccer universitaire : son ami d’enfance Hugo Fauroux, senior à FIU, et Julien Armaroli, junior à Grand Canyon, qui a lui-aussi découvert la Division I en 2018. Nous avons suivi leur saison dans Fight for the College Cup et Romain Lopez apporte son regard sur la saison de ces anciens coéquipiers.

 

” Hugo [Fauroux] n’a pas eu de chance cette année. Sa défense l’a lâchée et il était seul contre tous mais il a quand même montré que c’était un très bon gardien. Il les a sauvé plein de fois. Sans lui, FIU aurait fait bien pire comme saison. Ils ont quand même fini 3ème ou 4ème de leur conférence. Je suis sur que Hugo va faire le travail nécessaire et vous allez le voir très haut bientôt.

Julien vient de se qualifier pour le NCAA Tournament avec Grand Canyon. C’est bien ce qu’il fait aussi, être nouveau dans une équipe en Division I. Lui-aussi c’est un peu comme nous. Il a été en Division I. J’ai joué contre lui en Division II et il a fait le grand pas en D1. Il est allé dans une bonne école, et c’est un tournoi national dès sa première année. Franchement, chapeau !”

 

Maintenant, l’objectif pour Romain Lopez est de devenir professionnel en MLS ou ailleurs.

Ses performances ont certainement dû sonner à quelques oreilles de recruteurs en MLS. Le Graal pourrait arriver très bientôt en étant sélectionné à la MLS SuperDraft. Les premières indications seront indiquées en décembre pour la Draft de janvier, si son nom apparaît dans la liste des joueurs éligible à la Draft.