Certains programmes peuvent se mordre les doigts de ne pas avoir récruté le (petit) meneur de jeu.

La conférence Atlantic-10 ressemble de plus en plus à la Big East en terme d’homogénéité, croyez-moi sur parole. Je développe d’ailleurs une attention particulière pour Rhode Island, qui pouvait réaliser une grande saison en 2016-17 avec des rêves de Sweet 16 (au minimum), mais qui n’a jamais pu mettre le cinq majeur titulaire à cause des blessures… Bref, la galère.

Mais cette saison, Rhode Island a fait en sorte d’avoir un peu plus de profondeur de banc et un joueur est en train d’exploser : il s’agit d’un petit meneur de jeu freshman, Daron “Fatts” Russell.

Tout allait bien pour Fatts Russell au lycée. Il évoluait dans le prestigieux circuit de Philadelphie, qui est l’un des meilleurs du pays en terme d’adversité. Il défendait les couleurs de l’un des meilleurs lycées de l’Etat, l’Inhotep Charter School. Son bilan est exceptionnel en quatre ans : il a mené son équipe à trois titres de championnat, avec à la clé un titre lors du Pennsylvania State Title.

Outre cette performance, à titre individuel, il a été nommé à trois reprises MVP d’après-saison, sans l’ombre d’un doute. Sa carrière en High School fut tout bonnement incroyable, inscrivant son nom dans les livres d’histoires de son programme au niveau des points inscrits, des passes et des interceptions.

Et malgré cela, il n’a pas attiré les foules au niveau universitaire.

Classé 3-étoiles par les sites de scouting, Daron “Fatts” Russell n’a pas eu énormément de bourse, enfin, pas au niveau attendu après un tel cursus lycéen. Pas de grands noms ronflants, mais des programmes reconnus en mid-majors : SMU, Grand Canyon, La Salle, Seton Hall ou encore Western Kentucky et… Rhode Island.

Pour un prospect de ce calibre, avec un tel parcours au lycée, ne recevoir que 3-étoiles est une injustice. Mais voilà, Fatts Russell possède un petit problème : sa taille.

Le meneur de jeu ne mesure que 1m77 (il a pris 5 centimètres depuis sa saison de senior au lycée).

“Vous savez, après un tel cursus, dans un Etat tellement compétitif, je pensais que les grands programmes allaient se jeter sur lui. Mais j’ai été surpris du peu d’intérêt le concernant.

J’ai été voir quelques matchs et dès ma deuxième visite sur son campus, je me suis entretenu avec lui. Après cette entrevue, je lui ai proposé une bourse ainsi qu’une visite à Rhode Island. Ne pas mettre Fatts dans le Top 150 de sa promotion est une injure à son talent.

D’un autre côté, le fait qu’il soit dans l’anonymat nous a permis de l’avoir,” déclare David Cox, l’assistant head coach de Rhode Island et la personne en charge du recrutement pour le programme.

Mais clairement, la petite taille du prospect n’a pas joué en sa faveur, comme peut le confirmer un spécialiste du circuit de Philadelphie en High School, Daniel Gallen.

“Fatts Russell n’a pas attiré l’intérêt des conférences du Power Six, hormis Seton Hall, à cause de sa taille. Les programmes ont été frileux sur ce coup. Je pense que maintenant, bons nombres peuvent s’en mordre les doigts vu son début de saison canon.”

Arrivé en catimini sur le campus de Rhode Island, Daron “Fatts” Russell a rapidement gagné sa place, dès le premier entraînement. Après un début de saison d’adaptation avec quelques minutes au compteur (une quinzaine en sortie de banc), il a réellement explosé aux yeux de tous le 2 décembre, lors de la rivalité opposant Rhode Island à Providence.

Le meneur de jeu sortait d’un match à 20 points en 22 minutes face à Brown, le meilleur de sa carrière, mais c’était avant ce match face aux Friars.

Pour son premier match télévisé, en prime time, Fatts Russell a tout simplement illuminé la rencontre. Il termine avec 20 points au compteur, dont 14 en première période. Il a porté à bout de bras son équipe dès son entrée en jeu et a été inarrêtable. Il a permis à son équipe de rentrer au vestiaire avec une dizaine de points d’avance, permettant ensuite de gérer le deuxième acte. Rhode Island s’impose sur le score de 75 à 68, mettant fin à la série de 7 victoires consécutives des Friars dans ce derby.

“Il est tout simplement incroyable. Aucun doute là-dessus, il va être un grand joueur. Il a été exceptionnel ce soir, on n’a rien pu faire contre lui en première période. J’ai tout essayé, personne ne pouvait le ralentir. Rhode Island possède un excellent joueur et bravo à eux pour l’avoir recruté,” souligne Ed Cooley, le head coach de Providence après le match.

Depuis cette rencontre (et celle face à Brown) Daron “Fatts” Russell connaît une période un peu plus en retrait, notamment sur le plan offensif. Mais fort heureusement pour Rhode Island, le meneur de jeu possède plusieurs cordes à son arc.

Il est en effet une vraie pile électrique sur le parquet. Dès qu’il rentre, il apporte une forte énergie défensive, joue à 300%, se jette sur chaque ballon, défend dur sans broncher. Malgré son passage à vide en ce moment, il garde la confiance de ses entraîneurs mais surtout des leaders du vestiaire, comme Jarvis Garrett, le senior.

“C’est un calvaire à l’entraînement quand il défend sur moi. A chaque fois que l’on part sur du scrimmage, je prie pour que je sois dans son équipe. Il n’est jamais fatigué, il est toujours à 300%, c’est incroyable.

Il me rappelle mon époque où j’étais freshman. Je le prends sous mon aile car il est comme moi. Je veux qu’il progresse avec nous, le temps qu’on est encore là. Après, il aura les clés de la maison de Rhode Island et je ne me fais aucun soucis pour son avenir. Il revient de loin, il a un mental d’acier.”

Rhode Island a trouvé son rythme de croisière cette saison. Un bilan de 11 victoires pour 3 défaites, une série de 6 victoires consécutives en cours. Les Rams peuvent dire merci à ses cadres et surtout à son banc, avec en tête d’affiche, Daron “Fatts” Russell.

Son histoire nous apprend qu’il ne faut pas forcément prendre en compte les classements de prospects lycéens. Certes, la plupart du temps, les scoutings sont représentatifs du talent du prospect, mais il y a tellement de paramètres qu’il existe des exceptions.

Fatts Russell en est la preuve vivante que, peu importe la taille ou le physique, on peut arriver à tout avec de la détermination. On connaît quelques programmes du Top 25 qui auraient besoin d’un joueur comme lui… mais qui n’ont pas pris le risque à sa sortie du lycée.