Les Knights n'avaient jamais connu un record de 6-0 dans leur histoire.

George O’Leary a écrit les plus grandes heures du jeune programme de UCF au cours des années 2000. Le cap des 10 victoires par saison a été atteint à quatre reprises, avec en apothéose, une victoire au Fiesta Bowl face à Baylor en 2013.

Blake Bortles, Storm Johnson, Breshad Perriman. Tant de noms qui ont marqué l’époque dorée de UCF, empochant deux titres de conférence lors des deux premières années au sein de l’AAC. Mais le départ de cette génération transcendante a sonné le glas de bien plus qu’une simple saison.

L’élastique s’est tendu, petit à petit, avant d’éclater à la face des Knights en 2015. George O’Leary a donné sa démission et a pris sa retraite d’entraineur au bout de huit matchs, tous conclus par une défaite. UCF ne remporta par ailleurs aucune rencontre lors de cette saison ; les Knights ont lourdement chuté de leur piédestal, passant du statut de programme moteur du Group of Five à celui de risée nationale.

Rien ne fonctionnait tel qu’il le devait sur le campus d’Orlando. Et c’est à la suite de cette débâcle que Scott Frost a repris les rennes du programme de football floridien. Moins de deux années civiles plus tard, la colonne des défaites est passé de 12 unités à vierge de toute erreur.

Formé à l’école de Chip Kelly à Oregon, protégé de l’ancien head coach des Ducks avant de devenir le coordinateur offensif de Mark Helfrich, il a décidé de prendre son envol en Floride, très loin du campus de Eugene, qu’il a quitté avec la frustration des supporters à son encontre.

Le génie offensif de l’ancien quarterback de Nebraska a replacé UCF dans le droit chemin. Agonisante en 2015, l’attaque a repris des forces dès les premières semaines du nouveau coaching staff. Tout n’était pas parfait, évidemment, tant le chantier était immense, mais les Knights ont tout de même réalisé une progression aussi fulgurante que surprenante pour une équipe à la dérive et dirigée par un head coach qui faisait ses débuts à un tel poste.

UCF a obtenu une qualification inespérée pour un Bowl dès la première saison de Scott Frost sur le campus, concluant l’exercice avec un record de 6-7. Mais faut-il croire que ce n’était que le début d’une nouvelle histoire.

Les Knights attendent toujours de connaitre la défaite en 2017.

Ils peuvent même se targuer de posséder une place au sein de l’AP Top 25. 6 victoires, aucune défaite et cerise sur le gâteau, une des meilleures attaques du pays. Il n’est pas donné à tout le monde d’enchainer des performances à 61, 38, 40, 51 et 63 points marqués malgré l’influence de l’Ouragan Irma.

La réception de Memphis devait être le premier véritable test de l’année pour UCF; elle ne l’a pas été. Les Knights ont dévoré un autre concurrent à la couronne de la conférence sans faire de miettes. Il a fallu ainsi attendre le voyage sur le campus de la Navy pour que cette épreuve ait lieu.

Avant la confrontation, les Midshipmen restaient sur 17 succès successifs à Annapolis tout en proposant une attaque triple-option toujours aussi efficace avec une moyenne de 397,5 yards au sol par match (#1 du pays). UCF avait fort à faire pour contenir l’académie navale, mais pouvait compter sur la meilleure attaque du pays en terme de points marqués avec une moyenne de 50,6 points par match.

Il n’est d’ailleurs jamais aisé de défendre une attaque triple-option, surtout qu’elle revient très sporadiquement dans le paysage universitaire actuel. Mais les Knights avaient une astuce cachée dans leur manche : Scott Frost.

Le head coach de UCF a dirigé une des meilleures attaques triple-option de tous les temps lors de ces années en tant que quarterback titulaire de Nebraska à la fin des années 1990. C’est ainsi tout naturellement que Scott Frost a re-chaussé les crampons afin de préparer son équipe pour les spécificités de la Navy.

Il devait certainement se douter que cette bataille face aux Middies serait âpre, du début à la fin. Et c’est ce qu’il s’est passé. Les deux équipes, au sommet de la hiérarchie de leur division respective dans l’AAC, s’en sont donnés à coeur joie et ont délivré une rencontre des plus physiques et stressantes.

Jamais au cours de cette saison UCF n’a été forcé à une telle adversité. Les deux équipes développent un niveau de jeu relativement identique, malgré les profondes distinctions systémiques. Les performances affichées ne sont pas spectaculaires, d’ailleurs, et l’on sait que l’issue de la rencontre se jouera sur quelques détails.

La Navy ré-installe les équipes dos à dos, 14 partout, dès les premières minutes de la seconde mi-temps avec une passe de touchdown longue de 75 yards. Mais UCF enclenche la vitesse supérieure à ce moment-là de la rencontre, réalisant ce que l’équipe sait faire de mieux : exploser en attaque.

Sur le jeu suivant le touchdown égalisateur, le running back Andrew Killins Jr. s’envole le long de la ligne de touche et répond par un touchdown de son fait. 79 yards parcourus à la vitesse de l’éclair, éclipsant un défense qui ne peut que regarder un lièvre leur passer entre les mains.

La rencontre continue de plus belle par la suite et même sans Zach Abey, quarterback et moteur d’une excellente attaque, sorti sur blessure au cours de la seconde mi-temps, la Navy reste dans la partie. L’académie navale recolle à nouveau à trois points de retard (24-21) au tout début de l’ultime quart-temps. Rien n’est fait et un tel scénario avait tout pour déstabiliser une équipe qui a toujours battu ses adversaires avec un écart supérieur à 28 points.

Et c’est ce qu’il s’est passé. Le quarterback sophomore de UCF, McKenzie Milton, révélation des Knights en cette saison particulièrement bonne, se prend les pieds dans le tapis et lance une interception des plus malvenues au moment le plus chaud de la rencontre.

Les locaux possédaient une opportunité en or de prendre les devants à partir de ce point-ci. Les trois prochaines séries des Midshipmen ? Fumble, turnovers on downs, interception.

La défense floridienne a pris la relève de l’attaque lorsqu’elle en avait cruellement besoin. Cette dernière a tout de même refermé le couvercle au milieu de ces séries manquées par la Navy, grâce au running back freshman Otis Anderson, qui a transpercé la défense adverse à de nombreuses reprises pour finalement inscrire un touchdown salvateur (31-21).

Le momentum a réellement changé de main au moment du fumble. La Navy semblait être bien partie pour renverser la rencontre. Ceci dit, sur un screen pass, le cornerback redshirt freshman Brandon Moore, souvent considéré comme le point faible du secondary des Knights, a réalisé un jeu du tonnerre. Littéralement.

Il a fondu sur le porteur de balle, le running back Darryl Bonner, esseulé sur le côté gauche du terrain, et lui a asséné un contact si violent que le cuir s’est envoyé loin des bras du cadet. Il a évidemment été récupéré par UCF, qui, dans les minutes suivantes, porte le coup fatal par le biais d’Otis Anderson.

Les Knights ont répondu à leur premier vrai test par l’affirmative.

Ils ont peut-être flanché, ne délivrant pas leur puissance offensive habituelle, mais ils ont tout de même trouvé des moyens pour répondre aux piques ennemies. McKenzie Milton s’en est sorti avec une belle performance (15/23, 233 yards, TD à la passe ; 47 yards au sol) malgré une interception qui aurait pu être très couteuse. La défense a haussé son niveau et a contré comme il le fallait une excellente attaque triple-option, qui a développé une centaine de yards à la course qu’à son habitude.

Scott Frost a constitué une équipe à son image : offensivement transcendante grâce aux apprentissages de Chip Kelly, détenant un répondant mental et physique grâce à sa carrière de joueur à la barre de la légendaire attaque triple-option de Nebraska.

Tout s’entrecroise aujourd’hui et permet à UCF de continuer un chemin invaincu, classé parmi les 20 meilleures équipes du pays, possiblement en route vers une place à un Bowl du Nouvel An.

Mais avant cela, il faudra s’attaquer aux Bulls de Charlie Strong dans le cadre d’une “War on I-4” immanquable face à USF en clôture de saison.

Pour la couronne entre les powerhouses floridiennes du Group of Five. Déjà.