Chino Hills a marqué le High School de son empreinte comme rarement il a été le cas.

Le buzzer sonne. 70-50 sur le tableau d’affichage. Chino Hills est champion 2016 de l’Etat de Californie devant De LaSalle.

Exit Mater Dei, Sierra Canyon ou Bishop Montgomery.

Le petit lycée de Chino Hills, bourgade de la banlieue de Los Angeles, ramène le titre dans les très grandes largeurs. Pourtant, toutes les meilleures équipes de l’Etat auront tenté de stopper les Huskies. Mais ces derniers étaient trop fort : +22 contre Bishop Montgomery, +20 contre Foothills Christian, +22 contre Sierra Canyon et surtout +48 contre Mater Dei.

Personne ne pouvait résister aux joueurs de Steve Baik.

Une domination étonnante pour un lycée public qui est donc, rappelons-le, soumis à une règle stricte : il ne peut pas recruter hors de son district contrairement aux institutions privées comme Foothills, Sierra Canyon ou Mater Dei par exemple.

 

Une ascension fulgurante

 

La belle histoire commence en 2013, quand Lonzo Ball arrive dans le lycée de Chino Hills, bien loin de l’emballement médiatique désormais produit par la famille. Mais il est déjà un joueur talentueux et performant (13 points de moyenne en freshman).

L’année suivante, notamment épaulé par le pivot Nnamdi Okongwu, de nombreux seniors et son frère Liangelo, Lonzo Ball et son équipe empochent 29 victoires pour 6 défaites et se classent quatrième meilleur lycée de l’Etat. Malheureusement, le décès tragique, suite à un accident de skateboard, de Nnamdi Okongwu marque un coup d’arrêt dans la progression de Chino Hills.

Toutefois, l’arrivée du troisième membre de la fratrie en 2015, LaMelo Ball, conjuguée avec celle du petit frère de Nnamdi Okongwu, Onyeka, sonne la révolte à Chino Hills.

Sous l’impulsion des frères Ball, les Huskies enchaînent les victoires ; 35 de suite au cours de la saison 2015-16, sans la moindre défaite.

Le tableau de chasse répertorie d’excellents lycées tels que High Point Christian (emmené par l’un des meilleurs joueurs du pays et aujourd’hui en NBA, Bam Adebayo), la très célèbre Patrick School (Harry Giles aujourd’hui joueur des Sacramento Kings, et Theo Pinson, joueur majeur de North Carolina), et surtout la superpuissance de Montverde Academy, classée meilleure équipe du pays.

Il faut dire que l’effectif de Montverde était rempli de futurs joueurs universitaires : Marcus Carr (en transfert vers Minnesota après trois années à Pittsburgh), Simi Shittu (#18, 2018, engagé à Vanderbilt), Anfernee Simmons (Draft NBA), E.J. Montgomery (#14, 2018, engagé à Kentucky), Sean Mobley (junior à VCU et ancienne recrue 4-étoiles), Howard Washington (junior à Syracuse et ancienne recrue 4-étoiles), Davonta Jordan (senior à Buffalo) , Silvio De Sousa (sophomore à Kansas et ancienne recrue 5-étoiles), Bruno Fernando (sophomore à Maryland et ancienne recrue 4-étoiles) et surtout R.J. Barrett, prospect classé à l’unanimité comme #1 de la classe de recrutement en 2018 (après reclassement).

Vous l’aurez compris, Montverde était tout simplement une arme de destruction massive.

Pourtant avec une rotation quasi inexistante, Chino Hills parvient à prendre le dessus au deuxième tour du City Of Palms Tournament face à l’incroyable académie floridienne (83-82).

A l’arrivée, Lonzo Ball termine avec 29 points, 6 rebonds, 8 passes et 5 interceptions, tandis que ses frères Liangelo et Lamelo complètent le scoring avec respectivement 32 et 16 points, laissant les miettes pour leurs coéquipiers, Eli Scott et Onyeka Okongwu.

 

Eli Scott et Onyeka Okongwu, le (vrai) duo gagnant

 

Si le talent des frères Ball était reconnu, il était également dû à un système de jeu imposé au head coach par leur père, certes, mais qui était diablement efficace faut-il le souligner.

Les Huskies mettent en place une press tout terrain au cours des 32 minutes que dure une rencontre de basketball en High School. La prise de risque est maximale. Et puis on joue la carotte, dès qu’un joueur semble libre de l’autre côté du terrain, après un rebond défensif ou une interception, on lui envoie un véritable « hail mary ».

LiAngelo Ball, de par son physique de déménageur en raffolait, prenant facilement l’avantage sur ses adversaires, bien moins puissants.

Au même moment, Chino Hills artille à 3-points sans compter. Face à Montverde, le lycée de Los Angeles a pris 45 tirs à 3-points en 32 minutes de jeu, pour seulement 12 réussites. Un pari risqué mais payant à la vue des résultats de l’équipe.

Entre passes spectaculaires, jeu ultra-rapide, dunks et tirs à 3-points à foison, Chino Hills possédaient tous les ingrédients pour être repérer du grand public. Les Huskies ont dépassé la barre des 100 points marqués 18 fois au cours de cette saison 2015-16, une performance hallucinante en High School.

Mais tout cela n’aurait pas été possible sans la présence de deux véritables soldats sous le panier, Elizjah Scott et Onyeka Okongwu.

Le premier vient de terminer sa saison freshman au sein de l’Université de Loyola Marymount (12.6 points, 7.5 rebonds). Il y a battu le record de l’Université du nombre de rebond pris par un freshman avec 225 prises.

Avec son physique de footballeur américain, cet ailier de 2m pour 105 kilos avait l’air d’un athlète de haut niveau au milieu d’enfants sur le terrain. Capable d’abattre un travail monstre en défense pour compenser les errements des frères Ball, il se battait également comme un beau diable sur chaque ballon, sur chaque tir manqué que ce soit en attaque, comme en défense. Doté d’un cardio incroyable, il épuisait ses adversaires sans jamais faiblir, prenant 12 rebonds sur la tête de joueurs bien plus grands et talentueux que lui contre Montverde par exemple.

Malgré sa capacité a apporté également au scoring, Eli Scott n’a pas attiré l’œil d’universités mieux cotées que Loyola Marymount, malgré des statistiques flatteuses dans la meilleure équipe du pays (15.8 points, 8.6 rebonds, 1.4 interceptions par matchs).

Son compère dans la raquette, Onyeka Okongwu, a connu un parcours quelque peu différent.

Son grand frère le vantait comme un joueur très talentueux ; à raison ! Lorsqu’il n’était que freshman, ce pivot de 2m10 était déjà considéré comme l’un des tous meilleurs de sa classe d’âge. Récemment engagé auprès de USC, il est actuellement considéré comme le 19e meilleur joueur de sa promotion. Et à l’instar de Eli Scott, son rôle était de défendre.

Avec ses longs bras, et sa mobilité, il était, et est toujours, la tour de contrôle de Chino Hills, tournant à plus de 3 contres par match dès sa première saison (auxquels s’ajoutent 7 points et 7 rebonds par matchs). Son rôle était capital, distribuant d’ailleurs quelques crêpes bien senties pour relancer son équipe en finale du championnat d’Etat.

 

Chino Hills ou le renouveau du basketball en High School

 

La notoriété de Chino Hills a par ailleurs apporté une nouvelle façon de consommer le basketball et un regain d’intérêt pour le basketball au niveau High School.

Les plus anciens se souviennent des célèbres mixtapes créées par Ballislife ou feu Hoopmixtape, ces vidéos centrées sur les highlights d’un joueur en particulier. Avec les Huskies, le format vidéo a changé pour retransmettre le caractère ultra-spectaculaire des rencontres. Les films se sont rallongés, passant autour des 10 minutes et capturant les moindres paniers d’un match.

Désormais, celles-ci sont légions sur internet et le moindre tournoi, le moindre match est filmé de cette façon. On ne centre plus seulement les vidéos sur un joueur, mais sur toute une rencontre.

Un tel format participe notamment, à donner un regain d’intérêt au basketball en High School, privilégiant cependant les joueurs spectaculaires, élevés au rang de stars grâce aux réseaux sociaux, et ce, dès leur plus jeune âge.

Avant de devenir des stars de la téléréalité américaine et de faire parler d’eux davantage au travers des déclarations de leur père, les frères Ball étaient simplement de jeunes basketteurs très talentueux.

Au sein d’un système construit pour eux, ils ont imposé leur marque pendant un an dans le lycée de Chino Hills, détruisant une à une, les meilleures équipes du pays. Rappelons notamment que l’année suivante (sans Lonzo Ball), Chino Hills n’est pas passé loin de battre Oak Hill Academy (défaite 91-96) mais la blessure de Liangelo Ball pendant la rencontre leur a couté cher.

Une nouvelle preuve que cette équipe avait quelque chose de spécial, et que nous ne sommes pas prêt de revoir un tel phénomène.